La proportionnalité
Reconnaître la proportionnalité et son coefficient
Tout commence par une question de tri : la situation que tu as sous les yeux est-elle proportionnelle, oui ou non ? La méthode n'a pas changé depuis la 5ᵉ, mais l'exigence monte : on ne se contente plus de « ça a l'air proportionnel », on prouve.
Deux grandeurs sont proportionnelles lorsqu'on passe de l'une à l'autre en multipliant toujours par un même nombre, appelé coefficient de proportionnalité. Conséquence directe : à la valeur d'une grandeur correspond toujours la valeur de l'autre.
Le test rigoureux dans un tableau : tu calcules le quotient pour chaque colonne. Si tu obtiens partout le même nombre, c'est proportionnel, et ce nombre est le coefficient. Si un seul quotient diffère, ce n'est pas proportionnel — et un contre-exemple suffit à conclure.
Exemple 1. Le tableau ci-dessous est-il un tableau de proportionnalité ?
| Masse de dattes (kg) | 2 | 5 | 8 |
|---|---|---|---|
| Prix (dh) | 36 | 90 | 144 |
On teste chaque colonne : , , . Même quotient partout : c'est proportionnel, de coefficient (le prix d'un kilo de dattes).
Exemple 2. Et celui-là ?
| Côté du carré (cm) | 2 | 3 | 5 |
|---|---|---|---|
| Aire (cm²) | 4 | 9 | 25 |
On teste : mais . Les quotients diffèrent dès la deuxième colonne : ce n'est pas proportionnel. L'aire d'un carré n'est jamais proportionnelle à son côté.
Le coefficient a toujours un sens concret
Un coefficient n'est jamais un nombre nu : il porte une unité et un sens. Prix d'un kilo en dh/kg, vitesse en km/h, masse volumique en g/cm³, taux de change en dh par euro. Savoir nommer le coefficient, c'est comprendre la situation.
Pour prouver qu'un tableau est proportionnel, il faut que tous les quotients (deuxième ligne sur première ligne) soient égaux. Un seul quotient différent suffit à prouver le contraire.
Le piège du « ça augmente donc c'est proportionnel »
Karim regarde un tableau où le prix augmente quand la quantité augmente, et conclut aussitôt « c'est proportionnel ». Erreur. Que les deux grandeurs croissent ensemble ne suffit pas : l'âge et la taille d'un enfant croissent ensemble sans être proportionnels. Il faut le même coefficient à chaque colonne, pas seulement une croissance commune.
La quatrième proportionnelle et le produit en croix
Le problème le plus fréquent du chapitre : tu connais trois valeurs d'un tableau de proportionnalité, tu cherches la quatrième. Cette valeur manquante s'appelle la quatrième proportionnelle. La méthode reine pour la trouver, celle qui marche dans tous les cas même quand le coefficient est « moche », c'est le produit en croix.
Dans un tableau de proportionnalité
les produits en diagonale sont égaux : . On en déduit n'importe quelle valeur inconnue, par exemple .
Exemple 1. À Agadir, kg de sardines coûtent dh. Combien coûtent kg au même prix ?
| Masse (kg) | 7 | 11 |
|---|---|---|
| Prix (dh) | 42 |
Produit en croix : , donc , donc dh.
Exemple 2. Le produit en croix brille surtout quand le coefficient n'est pas un nombre rond. Si litres de lait coûtent dh, combien coûtent litres ?
, donc dh. Le coefficient était simple ici, mais tu n'as pas eu besoin de le calculer : le produit en croix passe directement à la réponse.
Le piège de la diagonale mal orientée
Salma pose son tableau correctement mais multiplie deux cases de la même ligne au lieu de croiser. Le produit en croix relie toujours une case du haut à la case du bas de l'autre colonne. Sur la diagonale, jamais sur la ligne ni sur la colonne. Pose le tableau proprement, repère la case vide, et croise.
Le produit en croix transforme une proportion en une égalité de produits, , qu'on résout par une division. Il fonctionne quel que soit le coefficient, même non entier.
Appliquer et calculer un pourcentage
Un pourcentage n'est rien d'autre qu'une proportion dont le « tout » vaut . C'est l'application de la proportionnalité que tu rencontres le plus souvent dans la vraie vie : soldes, taux d'intérêt, statistiques, TVA.
Un pourcentage désigne la fraction . Calculer d'une quantité , c'est calculer .
Exemple 1. Un manteau coûte dh. La TVA appliquée est de . Quel est le montant de la TVA ? Calcul : dh.
Calculer un pourcentage à partir d'une proportion
L'opération inverse est tout aussi utile : on connaît une partie et un tout, on cherche le pourcentage que représente la partie.
Pour savoir quel pourcentage une partie représente d'un tout : .
Exemple 2. Dans une classe de élèves d'un collège de Rabat, sont externes. Quel pourcentage cela représente-t-il ? Calcul : .
Le piège du pourcentage appliqué au mauvais total
Amine lit « des places sont vendues », puis « il reste places ». Il croit qu'il reste . Faux : de , c'est places vendues, donc il en reste . Avant d'appliquer un pourcentage, demande-toi toujours : pourcentage de quoi, et la réponse décrit-elle la partie ou le reste ?
de vaut ; et une partie représente pour cent du tout. Identifie toujours clairement quel est le « tout ».
Les pourcentages d'évolution
Voici la vraie nouveauté de la 4ᵉ, et de loin la plus puissante. Quand un prix augmente ou diminue d'un certain pourcentage, on peut traiter l'évolution en une seule multiplication au lieu de deux étapes. La clé s'appelle le coefficient multiplicateur.
Augmenter une quantité de revient à la multiplier par le coefficient multiplicateur . La diminuer de revient à la multiplier par .
Le raisonnement est limpide. Augmenter de , c'est garder les de départ et ajouter , soit du prix, c'est-à-dire . Diminuer de , c'est garder du prix, soit .
| Évolution | Coefficient |
|---|---|
Exemple 1. Un vélo coûte dh. Pendant les soldes, il baisse de . Coefficient : . Nouveau prix : dh. Une seule multiplication, fini les deux étapes.
Les évolutions successives se multiplient
C'est ici que le coefficient multiplicateur devient indispensable. Lorsque deux évolutions s'enchaînent, on multiplie leurs coefficients ; on ne jamais additionne les pourcentages.
Le coefficient multiplicateur de deux évolutions successives est le produit des deux coefficients. Une hausse de suivie d'une hausse de ne correspond pas à une hausse de .
Exemple 2. Le prix d'un billet de train Casablanca–Tanger augmente de en janvier, puis encore de en juillet. L'augmentation totale n'est pas de . Coefficient global : , soit une hausse réelle de .
Exemple 3. Un article subit puis . Coefficient global : , soit une baisse totale de — et non de .
Le piège du « ça revient au prix de départ »
Karim affirme : « Si on augmente de puis qu'on baisse de , on retombe sur le prix initial. » Faux, et c'est l'erreur la plus célèbre du chapitre. Coefficient global : . On termine à du prix initial : on a perdu . Les deux pourcentages s'appliquent à des montants différents, donc ils ne se compensent pas.
donne , donne . Les évolutions successives se multiplient : jamais d'addition de pourcentages.
Vitesses, débits et grandeurs composées
La vitesse est la grandeur composée par excellence : elle relie une distance et une durée. C'est aussi le terrain où l'on fait le plus d'erreurs, parce que les unités y sont piégeuses et que les durées ne sont pas décimales.
La vitesse moyenne sur un trajet est le quotient de la distance parcourue par la durée mise à la parcourir : . Si est en km et en h, alors est en km/h.
De cette relation on tire les deux autres : et .
Exemple 1. Un car relie Fès à Meknès, soit km, en d'heure. Vitesse moyenne : km/h.
Le piège des durées en minutes
Le tramway de Casablanca parcourt km en minutes. Sa vitesse n'est pas . Il faut d'abord convertir la durée en heures : min h. Alors km/h. Et attention : h min ne s'écrit pas h mais h, car min h. Le système des durées est sexagésimal, pas décimal.
Un débit est une autre grandeur composée : c'est une quantité écoulée par unité de temps (litres par minute, m³ par heure). On le calcule comme une vitesse : quantité divisée par durée.
Exemple 2. Un robinet remplit un bassin de litres en minutes. Débit : litres par minute.
Avant tout calcul de vitesse ou de débit, vérifie la cohérence des unités, et convertis les minutes en heures par division par . Une durée n'est pas un nombre décimal d'heures : h min h.
Échelles et représentation graphique
Une carte, un plan, une maquette : tous reposent sur une proportionnalité entre les longueurs du dessin et les longueurs réelles. Le coefficient de cette proportionnalité porte un nom — l'échelle — et la proportionnalité elle-même a une signature graphique imparable.
L'échelle d'un plan ou d'une carte est le coefficient de proportionnalité , les deux longueurs étant exprimées dans la même unité. Une échelle de signifie que cm sur la carte représente cm réels, soit m.
Exemple 1. Sur un plan à l'échelle , un mur mesure cm. Quelle est sa longueur réelle ? Comme , le réel vaut cm m.
Le piège des unités de l'échelle
Salma calcule une distance réelle et obtient — mais quoi ? L'échelle se calcule avec la même unité au numérateur et au dénominateur (souvent le cm). Le résultat sort donc en cm, et il faut le reconvertir : cm m km. Oublier cette reconversion est la faute n°1 sur les échelles.
La signature graphique de la proportionnalité
Deux grandeurs proportionnelles se représentent par des points alignés sur une droite passant par l'origine du repère. Réciproquement, si les points d'un graphique sont alignés et passent par l'origine, les grandeurs sont proportionnelles.
La pente de cette droite est exactement le coefficient de proportionnalité. C'est pourquoi une droite qui ne passe pas par l'origine, même parfaitement droite, ne traduit pas une proportionnalité (souvenir des forfaits avec abonnement de la 5ᵉ).
Une échelle est un rapport dans la même unité. Sur un graphique, proportionnalité équivaut à : points alignés et droite passant par l'origine, dont la pente est le coefficient.
Pièges classiques
-
Croire que « ça augmente ensemble » suffit. Deux grandeurs qui croissent de concert ne sont pas forcément proportionnelles. Il faut le même coefficient à chaque colonne. L'aire d'un carré croît avec son côté, mais pas proportionnellement : côté donne aire .
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Croiser sur la ligne au lieu de la diagonale. Dans le produit en croix, on multiplie une case du haut par la case du bas de l'autre colonne. Multiplier deux cases d'une même ligne, ou d'une même colonne, donne un résultat faux. Pose le tableau, repère la case vide, croise.
-
Additionner les pourcentages d'évolutions successives. puis ne fait pas mais , soit . Les évolutions se multiplient par leurs coefficients.
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Croire qu'une hausse puis une baisse de même taux s'annulent. puis donne : on perd . Les deux taux s'appliquent à des montants différents.
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Oublier de convertir les minutes en heures. km en min ne fait pas km/h. On convertit d'abord : min h, d'où km/h. Et h min h, jamais h.
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Oublier de reconvertir les unités d'une échelle. Une longueur réelle de cm n'est pas m. L'échelle se calcule en cm/cm ; le résultat sort en cm et doit être reconverti en m ou km.
Application concrète
Yasmine organise une excursion d'une journée pour son club de lecture, de Casablanca jusqu'à la cascade d'Ouzoud, située à km. Elle veut tout boucler : itinéraire, budget, réduction, timing. Toutes les leçons du chapitre vont y passer.
Étape 1 — Lire la carte (échelle). Sur sa carte routière à l'échelle , le trajet mesure cm. Vérifions que cela colle : cm m km. Cohérent avec le panneau. L'échelle convertit du dessin au réel par une simple multiplication, à condition de reconvertir les cm en km à la fin.
Étape 2 — Estimer la durée (vitesse). Yasmine table sur une vitesse moyenne de km/h sur le trajet. Durée : h, soit h min. Attention : h vaut bien h min, et non h min — la partie décimale h se traduit par min.
Étape 3 — Calculer l'essence (proportionnalité et produit en croix). Sa voiture consomme litres pour km, et le diesel est à dh le litre. Consommation pour km, par produit en croix :
| Distance (km) | 100 | 230 |
|---|---|---|
| Carburant (L) | 6 |
, donc L. Coût : dh.
Étape 4 — Appliquer la réduction (pourcentage d'évolution). Le club bénéficie d'une remise de groupe de sur les dh d'entrées au site. Coefficient multiplicateur : . Montant à payer : dh.
Étape 5 — Encaisser une hausse de dernière minute (évolutions successives). La veille du départ, le parking annonce sur son tarif, déjà majoré de le mois précédent par rapport au tarif de base de dh. Tarif final : dh. Yasmine note bien qu'il ne s'agit pas de (qui donnerait dh) mais de , soit .
| Poste | Calcul | Montant |
|---|---|---|
| Essence | dh | |
| Entrées (remise ) | dh | |
| Parking ( puis ) | dh | |
| Total | dh |
Conclusion. En une seule journée d'excursion, Yasmine a lu une échelle, calculé une vitesse, résolu une quatrième proportionnelle au produit en croix, appliqué un coefficient multiplicateur et enchaîné deux évolutions successives. Ce sont exactement les six gestes du chapitre. Tu les retrouveras en physique pour les vitesses et les masses volumiques, en SVT pour les concentrations, et en classes de première et terminale lorsque les pourcentages d'évolution deviendront des suites géométriques. Les maîtriser maintenant, c'est s'équiper pour longtemps.
À retenir
Deux grandeurs sont proportionnelles si tous les quotients (deuxième ligne sur première) sont égaux à un même coefficient. Un seul quotient différent prouve la non-proportionnalité.
La quatrième proportionnelle se calcule par le produit en croix : dans un tableau de proportionnalité, . Il fonctionne avec n'importe quel coefficient.
Augmenter de , c'est multiplier par ; diminuer de , c'est multiplier par . Les évolutions successives se multiplient ; on n'additionne jamais les pourcentages.
La vitesse moyenne est . Avant tout calcul, on rend les unités cohérentes : les minutes se convertissent en heures par division par , et h min h.
Une échelle est le rapport dans la même unité. Sur un graphique, la proportionnalité équivaut à des points alignés passant par l'origine, et la pente de la droite est le coefficient.