Les statistiques
Le vocabulaire, consolidé
Avant de calculer, on remet en place le vocabulaire de 5ᵉ, car tout le chapitre repose dessus. Une série statistique est l'ensemble des données recueillies sur un caractère.
Dans une série statistique, l'effectif d'une valeur est le nombre de fois où cette valeur apparaît. L'effectif total est le nombre total de données ; il est égal à la somme de tous les effectifs.
Reprenons les prix relevés par Amine sur cinq jours : . La valeur a pour effectif , les valeurs , et ont chacune l'effectif . L'effectif total est .
La fréquence d'une valeur est le quotient de son effectif par l'effectif total : Elle s'exprime en fraction, en décimal, ou en pourcentage (on multiplie alors par ).
C'est exactement la proportionnalité que tu as travaillée : on ramène chaque effectif au même total de référence. Pour la valeur (effectif , total ) : . La somme de toutes les fréquences vaut toujours , soit — un contrôle systématique de tes calculs.
Effectif, effectif total et fréquence sont le socle. La fréquence est une part du tout, comprise entre et ; la somme des fréquences fait toujours .
La moyenne, simple et pondérée
La moyenne est le résumé que tu connais déjà. Elle répartit équitablement le total entre tous les individus, comme si on redistribuait tout à parts égales.
La moyenne d'une série de valeurs est le quotient de la somme de toutes les valeurs par leur nombre :
Exemple 1. Yasmine a obtenu en français les notes , , , . Sa moyenne est :
La moyenne pondérée par les effectifs
Quand les données sont rangées dans un tableau d'effectifs, réécrire toute la liste serait absurde : une valeur d'effectif doit compter dix fois. On pondère chaque valeur par son effectif.
Quand chaque valeur a un effectif , la moyenne est :
Exemple 2. Voici les notes d'un contrôle dans la classe de Karim, à Fès :
| Note | 8 | 10 | 12 | 14 | 16 |
|---|---|---|---|---|---|
| Effectif | 3 | 6 | 8 | 5 | 2 |
L'effectif total est . La moyenne pondérée vaut :
La moyenne de la classe est . Remarque qu'elle n'est pas forcément une des valeurs de la série : aucun élève n'a eu .
Le piège de la moyenne non pondérée
Karim, lui, regarde le tableau et calcule . Il a fait la moyenne des valeurs, en oubliant leurs effectifs. C'est faux : la valeur , obtenue par élèves, doit peser bien plus lourd que la valeur , obtenue par élèves seulement. Le vrai est légèrement inférieur à son , parce que les notes basses sont nombreuses. La règle est intangible : dès qu'il y a des effectifs, on pondère.
Moyenne simple : somme des valeurs sur leur nombre. Avec un tableau d'effectifs, on pondère par les effectifs. Une valeur fréquente pèse plus lourd, et la moyenne n'est pas forcément une valeur de la série.
La médiane : la valeur du milieu
La moyenne a un défaut : une seule valeur extrême peut la déformer. Reviens au carnet d'Amine. Sur la semaine, les prix du kilo de tomates étaient . La moyenne vaut dh. Mais ce est tiré vers le haut par le d'un jour de pénurie ; quatre jours sur cinq, le prix était à dh ou moins. La moyenne ment un peu sur le prix « habituel ». Il nous faut un indicateur insensible aux valeurs extrêmes : la médiane.
La médiane d'une série est une valeur qui partage la série, une fois rangée dans l'ordre croissant, en deux moitiés de même effectif : au moins la moitié des valeurs lui sont inférieures ou égales, et au moins la moitié lui sont supérieures ou égales.
Autrement dit, c'est la valeur « du milieu » de la série ordonnée. Le mot-clé absolu, c'est ranger dans l'ordre : une médiane calculée sur une liste en désordre n'a aucun sens.
Cas d'un effectif impair
Quand le nombre de données est impair, il y a une vraie valeur au centre : c'est elle, la médiane.
Si est impair, range la série dans l'ordre croissant. La médiane est la valeur de rang , c'est-à-dire la valeur exactement au milieu.
Exemple 1. Les prix d'Amine rangés : . Ici , le rang central est . La valeur est . La médiane est donc dh : la moitié des jours, le prix était , l'autre moitié . C'est bien plus représentatif du prix habituel que la moyenne .
Cas d'un effectif pair
Quand est pair, aucune valeur n'est exactement au milieu : il y a deux valeurs centrales. Par convention au collège, on prend leur moyenne.
Si est pair, range la série dans l'ordre croissant. Les deux valeurs centrales sont celles de rang et . La médiane est la moyenne de ces deux valeurs.
Exemple 2. Salma relève les températures de midi à Ouarzazate sur six jours : (déjà ordonnées). Ici , les rangs centraux sont et : les valeurs et . La médiane est °C. Remarque que n'apparaît pas dans la série : une médiane peut être une valeur absente, comme la moyenne.
Le piège de la série non rangée
Salma calcule la médiane de en prenant « la valeur du milieu de la liste », soit (le de la liste brute)… et tombe juste par hasard. Mais essaie avec : elle dirait , alors que la vraie médiane de est . La valeur du milieu n'a de sens qu'après avoir rangé la série. Range toujours d'abord.
La médiane partage la série ordonnée en deux moitiés égales. Effectif impair : la valeur centrale. Effectif pair : la moyenne des deux valeurs centrales. On range toujours avant de chercher la médiane.
L'étendue et la comparaison moyenne / médiane
La moyenne et la médiane résument une série par sa « position centrale ». Mais elles ne disent rien de sa dispersion : une classe où tout le monde a et une classe moitié à , moitié à ont la même moyenne, et pourtant rien à voir. Le premier indicateur de dispersion, c'est l'étendue.
L'étendue d'une série est la différence entre sa plus grande et sa plus petite valeur :
Exemple 1. Pour les prix d'Amine , l'étendue est dh. Elle mesure l'amplitude des variations de prix sur la semaine.
L'étendue est facile à calculer, mais elle ne repose que sur les deux valeurs extrêmes : un seul jour de pénurie la fait bondir, même si tous les autres prix sont stables. C'est une mesure grossière de la dispersion, à manier avec ce recul.
Moyenne ou médiane : laquelle choisir ?
C'est la question reine de ce chapitre. La différence essentielle :
La moyenne tient compte de toutes les valeurs, donc elle est sensible aux valeurs extrêmes. La médiane ne dépend que du rang des valeurs, donc elle résiste aux valeurs extrêmes.
Exemple 2. Dans une petite entreprise de Tanger, cinq salaires mensuels (en milliers de dh) : (le dernier est celui du patron). La moyenne est : « salaire moyen dh ». Mais aucun employé ne gagne dh ! La médiane est la valeur, : la moitié gagne dh. La médiane décrit honnêtement le salarié « typique » ; la moyenne, gonflée par le salaire du patron, donne une image trompeuse. C'est pourquoi on parle souvent de salaire médian.
Le piège du choix automatique
Karim retient « la médiane est toujours meilleure que la moyenne ». Faux : tout dépend de la question. Pour calculer le coût total à répartir (le budget d'une classe, la consommation moyenne d'essence), c'est la moyenne qu'il faut, car elle est liée à la somme. Pour décrire l'individu typique d'une série déséquilibrée, c'est la médiane. Aucune n'est « meilleure » dans l'absolu : on choisit selon ce qu'on veut dire.
L'étendue mesure la dispersion (). Pour une série avec des valeurs extrêmes, médiane et moyenne peuvent diverger fortement : la médiane résiste, la moyenne se laisse tirer. Le bon indicateur dépend de la question.
Données regroupées en classes
Parfois, les valeurs sont si nombreuses et variées qu'un tableau valeur par valeur serait illisible : les tailles de élèves, les durées de trajet, les salaires. On regroupe alors les données par classes, c'est-à-dire par intervalles.
Une classe est un intervalle de valeurs, noté (la borne est incluse, la borne exclue). On range chaque donnée dans la classe qui la contient, et on compte l'effectif de chaque classe.
Exemple 1. On relève la durée du trajet domicile-collège de élèves de Rabat, en minutes :
| Durée (min) | ||||
|---|---|---|---|---|
| Effectif | 6 | 11 | 9 | 4 |
Un élève dont le trajet dure exactement min va dans la classe , pas dans : la borne de droite est exclue. C'est la convention à respecter sans hésiter.
![Histogramme des durées de trajet : quatre rectangles accolés sur les classes [0;10[, [10;20[, [20;30[, [30;40 de hauteurs 6, 11, 9 et 4 ; les barres sont collées car les classes sont contiguës.
Ici, toutes les classes ont la même amplitude ( min), et c'est ce qui autorise à lire l'effectif directement sur la hauteur des rectangles. Dans ce chapitre, on se limite toujours à des classes de même amplitude : dans ce cas seulement, la hauteur d'un rectangle peut représenter l'effectif de la classe. Si les classes avaient des largeurs différentes, ce serait l'aire du rectangle, et non sa hauteur, qui devrait être proportionnelle à l'effectif — un raffinement que tu retrouveras plus tard.
La moyenne approchée par les centres de classes
Avec des données en classes, on a perdu les valeurs exactes : on sait qu'un élève est dans , mais pas s'il met ou min. Pour estimer la moyenne, on fait l'hypothèse raisonnable que, dans chaque classe, les valeurs se répartissent autour du centre de la classe.
Le centre d'une classe est . La moyenne approchée d'une série en classes est la moyenne pondérée des centres de classes, chacun affecté de l'effectif de sa classe.
Exemple 2. Les centres des classes ci-dessus sont , , , . La moyenne approchée vaut :
C'est une approximation : on remplace chaque vraie durée par le centre de sa classe. Le résultat n'est pas la vraie moyenne, mais une bonne estimation, d'autant meilleure que les classes sont étroites.
Le piège du centre de classe oublié
Salma calcule la moyenne en pondérant par les bornes : elle prend au lieu des centres . Ou pire, elle pondère par le numéro de la classe (). Le bon représentant d'une classe, c'est son milieu : c'est la valeur la plus juste pour résumer tout l'intervalle.
On regroupe les données en classes (borne droite exclue). Pour la moyenne approchée, on pondère les centres de classes par leurs effectifs. L'histogramme représente ces effectifs par des rectangles accolés.
Lire et interpréter les représentations
Un tableau est précis, mais une image se comprend d'un coup d'œil. Trois représentations dominent au collège, et chacune a son usage.
Le diagramme en bâtons convient à un caractère quantitatif à valeurs isolées (les bâtons sont séparés). Le diagramme circulaire montre les parts du tout (angle ). L'histogramme représente des données regroupées en classes (rectangles accolés).
La grande différence visuelle entre bâtons et histogramme : dans un diagramme en bâtons, les barres sont séparées car les valeurs sont isolées (, , frères et sœurs) ; dans un histogramme, elles sont collées car les classes sont contiguës (les durées passent sans trou de à ).
Lire un diagramme circulaire
Dans un diagramme circulaire, le disque entier représente l'effectif total , et l'angle de chaque part est proportionnel à son effectif. Pour retrouver un effectif à partir d'un angle, on inverse la formule :
Exemple 1. Sur un diagramme des moyens de transport de élèves de Casablanca, le secteur « tramway » a un angle de . Son effectif est élèves.
Le piège de la lecture du mauvais axe
Salma lit un diagramme en bâtons et confond les deux axes : elle prend la hauteur d'un bâton (l'effectif, axe vertical) pour la valeur (axe horizontal). Le réflexe : la hauteur se lit à gauche (effectif, combien), l'étiquette se lit en bas (valeur, quoi). De même, sur un histogramme, ne confonds pas la largeur d'un rectangle (l'amplitude de la classe) avec sa hauteur (l'effectif).
Bâtons séparés pour valeurs isolées ; rectangles accolés (histogramme) pour des classes ; disque pour les parts du tout. Toujours identifier ce que porte chaque axe avant de lire un nombre.
Pièges classiques
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Calculer une moyenne sans pondérer par les effectifs. Devant un tableau d'effectifs, faire ignore que certaines notes sont obtenues par bien plus d'élèves que d'autres. La bonne formule pondère : .
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Chercher la médiane sans ranger la série. « La valeur du milieu de la liste » n'a de sens qu'après avoir rangé dans l'ordre croissant. Sur une liste brute, le résultat est faux (sauf coïncidence). Range d'abord, toujours.
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Se tromper de méthode selon la parité de . Si est impair, la médiane est l'unique valeur centrale. Si est pair, c'est la moyenne des deux valeurs centrales. Confondre les deux cas, ou prendre une seule valeur quand est pair, fausse le résultat.
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Croire que la médiane est « toujours la moyenne des deux valeurs du milieu ». C'est vrai uniquement quand est pair. Quand est impair, il y a une seule valeur centrale, et on la prend telle quelle, sans rien moyenner.
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Penser que la moyenne est toujours le meilleur résumé. Une seule valeur extrême (un salaire de patron, un jour de pénurie) tire la moyenne et la rend trompeuse. Pour décrire l'individu typique d'une série déséquilibrée, la médiane est plus honnête. Le choix dépend de la question.
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Pondérer par les bornes au lieu des centres de classes. Pour la moyenne d'une série regroupée en classes, le représentant de la classe est son centre , jamais une borne ni le numéro de la classe.
Application concrète
Yasmine prépare un exposé sur la fréquentation du tramway de Casablanca. Elle a relevé, pendant jours ouvrables, le nombre de passagers (en milliers) à la station Casa-Port aux heures de pointe du matin : Le relevé, , correspond au jour d'un grand match au stade : une affluence exceptionnelle. Yasmine veut décrire « une journée ordinaire » sans se laisser piéger.
Étape 1 — Calculer l'étendue. La plus grande valeur est , la plus petite . L'étendue vaut milliers de passagers. Énorme — mais Yasmine soupçonne que ce est un cas isolé. L'étendue, qui ne dépend que des extrêmes, est justement gonflée par lui.
Étape 2 — Calculer la moyenne. La somme des relevés est . La moyenne est : Or, un seul jour dépasse vraiment : c'est le jour du match. La moyenne est tirée vers le haut par ce .
Étape 3 — Calculer la médiane. Yasmine range d'abord la série dans l'ordre croissant : L'effectif est impair, le rang central est . La valeur est . La médiane est donc milliers de passagers : la moitié des jours, la station accueille voyageurs ou moins.
Étape 4 — Comparer et interpréter. La moyenne () est nettement supérieure à la médiane (). Cet écart est le signe d'une valeur extrême qui tire la moyenne : le jour du match. Pour décrire une journée ordinaire, la médiane est bien plus fidèle. Karim, qui voulait annoncer « passagers en moyenne », aurait donné une image trompeuse de l'affluence habituelle.
Étape 5 — Vérifier la robustesse. Pour s'en convaincre, Yasmine recalcule en imaginant que le jour du match n'ait pas eu lieu (elle retire le ). Sur les jours restants, la médiane (moyenne des et valeurs, et ) reste : inchangée. La moyenne, elle, retombe à . La médiane n'a pas bougé d'un pouce, la moyenne a chuté de . C'est la preuve concrète que la médiane résiste aux valeurs extrêmes, là où la moyenne s'y laisse prendre.
Conclusion. Yasmine retiendra pour son exposé : « affluence médiane de passagers en journée ordinaire, avec des pics exceptionnels les jours de match ». Elle a mobilisé tout le chapitre — étendue, moyenne pondérée, médiane, et surtout le choix raisonné de l'indicateur. Cette idée de résumer intelligemment une masse de données te suivra jusqu'au lycée, où tu rencontreras les quartiles puis l'écart-type, qui affinent encore la mesure de la dispersion.
À retenir
La moyenne est . Avec un tableau d'effectifs, on pondère : . Elle tient compte de toutes les valeurs et reste sensible aux extrêmes.
La médiane partage la série ordonnée en deux moitiés égales. impair : la valeur centrale (rang ). pair : la moyenne des deux valeurs centrales. Elle résiste aux valeurs extrêmes.
L'étendue mesure la dispersion, mais ne dépend que des deux valeurs extrêmes. Un écart marqué entre moyenne et médiane signale la présence de valeurs extrêmes.
Pour des données regroupées en classes , la moyenne approchée pondère les centres par les effectifs. La borne droite d'une classe est exclue.
Bâtons séparés pour des valeurs isolées ; histogramme à rectangles accolés pour des classes ; diagramme circulaire pour les parts du tout (angle ). On choisit toujours l'indicateur et la représentation selon la question posée.