Probabilités conditionnelles
Leçon 1 — Probabilité conditionnelle
Quand on sait qu'un événement est réalisé, l'univers possible se réduit à . On ne raisonne plus sur toute la population, mais seulement sur les cas où est vrai.
Soient et deux événements avec . La probabilité de sachant est notée et définie par :
On lit : « probabilité de sachant ».
Exemple. Dans une classe, des élèves font espagnol. Parmi les élèves qui font espagnol, participent à un club.
Si désigne « l'élève fait espagnol » et désigne « l'élève participe à un club », alors :
Cela ne signifie pas que de toute la classe participe au club. Cela signifie que des élèves parmi ceux qui font espagnol participent au club.
Une probabilité conditionnelle se lit toujours avec l'information donnée : signifie probabilité de parmi les cas où est réalisé.
Le piège de l'univers
Karim confond et .
Ce sont deux probabilités différentes :
- regarde toute la population ;
- regarde seulement la partie où est réalisé.
Dès qu'il y a « sachant que », l'univers de référence change.
Leçon 2 — Formule du produit
La définition de la probabilité conditionnelle permet de calculer une intersection.
Si , alors :
Cette formule est très utilisée dans les arbres pondérés.
Exemple. Une entreprise reçoit des candidatures. viennent de la filière scientifique. Parmi ces candidatures, sont retenues.
On note :
- : « la candidature vient de la filière scientifique » ;
- : « la candidature est retenue ».
On a :
et :
Donc :
Ainsi, des candidatures sont à la fois scientifiques et retenues.
Pour calculer la probabilité d'un chemin dans un arbre, on multiplie les probabilités portées par ses branches.
Le piège de l'addition
Salma additionne et et trouve .
C'est faux. Pour une intersection le long d'un chemin, on multiplie.
Dans un arbre, un chemin correspond à une intersection : on multiplie les probabilités.
Leçon 3 — Arbres pondérés
Un arbre pondéré est une manière claire d'organiser des probabilités conditionnelles.
Pour construire un arbre pondéré :
- Placer les premiers événements au premier niveau.
- Placer les événements conditionnels au deuxième niveau.
- Écrire les probabilités sur les branches.
- Multiplier le long d'un chemin pour obtenir une intersection.
- Additionner les chemins compatibles pour obtenir une probabilité totale.
Exemple. Une compagnie de transport observe que des voyageurs achètent leur billet en ligne. Parmi eux, valident leur billet sans aide. Parmi ceux qui achètent au guichet, valident leur billet sans aide.
On note :
- : « achat en ligne » ;
- : « validation sans aide ».
On a :
Donc :
On a aussi :
La probabilité du chemin est :
La probabilité du chemin est :
Un arbre pondéré sert à visualiser les conditions. Chaque branche dépend de ce qui s'est passé avant.
Le piège des branches complémentaires
Karim écrit que si , alors .
C'est faux. Le complément de est , pas .
Ici :
Mais :
Le complément se prend sur une même branche conditionnelle : .
Leçon 4 — Formule des probabilités totales
Quand un événement peut se produire par plusieurs chemins, on additionne les probabilités de ces chemins.
Si et forment une partition de l'univers, alors :
Avec les probabilités conditionnelles :
Exemple. Dans l'exemple du transport, la probabilité qu'un voyageur valide son billet sans aide est :
Donc :
Ainsi, des voyageurs valident leur billet sans aide.
Pour calculer une probabilité totale, on additionne les probabilités de tous les chemins qui mènent à l'événement voulu.
Visualise pourquoi : l'univers se découpe en parts disjointes, et traverse chacune d'elles.
Le piège du chemin oublié
Salma calcule seulement et oublie le chemin .
Elle trouve au lieu de .
Quand un événement peut arriver par plusieurs chemins, il faut tous les additionner.
Leçon 5 — Inversion de condition et formule de Bayes
Une erreur fréquente consiste à confondre et .
Ces deux probabilités sont généralement différentes.
Inverser une condition consiste à passer de à .
Pour cela, on utilise la formule de Bayes.
Si et , alors :
Exemple. On reprend l'exemple du transport. On sait :
On cherche la probabilité qu'un voyageur ait acheté en ligne sachant qu'il a validé sans aide :
Donc :
Environ des voyageurs qui valident sans aide ont acheté leur billet en ligne.
La formule de Bayes sert à inverser une condition : elle permet de passer de « probabilité de sachant » à « probabilité de sachant ».
Le piège de l'inversion automatique
Karim pense que :
C'est faux en général.
Par exemple, la probabilité d'avoir un résultat positif sachant qu'on est malade n'est pas la même chose que la probabilité d'être malade sachant que le test est positif.
On n'inverse jamais une condition sans calcul.
Leçon 6 — Indépendance
Deux événements sont indépendants lorsque la réalisation de l'un ne change pas la probabilité de l'autre.
Deux événements et sont indépendants si :
Si , cela revient à dire :
Pourquoi ces deux écritures sont-elles équivalentes ? La démonstration
L'indépendance a deux visages : l'égalité symétrique , et l'égalité conditionnelle qui traduit littéralement l'intuition « savoir que est réalisé ne change rien à la probabilité de ». Démontrons qu'elles disent exactement la même chose lorsque . C'est un résultat exigible — sache l'établir dans les deux sens.
On suppose donc , ce qui donne un sens à .
Sens 1 — de la définition vers la forme conditionnelle. Suppose et indépendants, c'est-à-dire . Alors, par définition de la probabilité conditionnelle :
Sens 2 — de la forme conditionnelle vers la définition. Suppose maintenant . En partant de la définition , on a , et en multipliant les deux membres par :
Les deux implications étant établies, les deux caractérisations sont équivalentes. Retiens que la forme symétrique est la bonne définition : elle ne suppose pas , elle est symétrique en et (l'indépendance est une relation réciproque), et elle reste valable même quand une probabilité conditionnelle n'a pas de sens. La forme n'en est qu'une lecture, précieuse pour l'intuition.
Exemple. Si la probabilité d'être sélectionné est la même chez les élèves qui font option théâtre que dans toute la population, alors l'option théâtre et la sélection sont indépendantes.
Exemple numérique
Supposons :
On calcule :
Donc :
Les événements et sont indépendants.
Si deux événements sont indépendants, connaître l'un ne change pas la probabilité de l'autre.
Le piège de l'incompatibilité
Salma confond événements indépendants et événements incompatibles.
Deux événements incompatibles ne peuvent pas se produire ensemble :
Deux événements indépendants peuvent très bien se produire ensemble.
Indépendant ne veut pas dire incompatible. Ce sont deux notions différentes.
Pièges classiques
-
Confondre et .
La première probabilité concerne tout l'univers, la seconde seulement les cas où est réalisé. -
Additionner au lieu de multiplier le long d'un chemin.
Dans un arbre, un chemin correspond à une intersection : on multiplie. -
Oublier un chemin dans la formule des probabilités totales.
Il faut additionner tous les chemins qui mènent à l'événement demandé. -
Confondre condition et condition inverse.
n'est pas forcément égal à . -
Oublier les compléments conditionnels.
. -
Confondre indépendance et incompatibilité.
Deux événements indépendants ne sont pas forcément incompatibles. -
Mal lire un énoncé.
« Parmi les élèves admis » et « parmi les élèves scientifiques » ne désignent pas le même univers.
Application concrète
Salma étudie un test de dépistage dans une population.
On note :
- : « la personne est malade » ;
- : « le test est positif ».
On sait que :
Donc :
Le test est positif chez des personnes malades :
Mais il est aussi positif chez des personnes non malades :
Étape 1 — Calculer la probabilité d'un test positif.
On utilise la formule des probabilités totales :
Donc :
Ainsi :
La probabilité d'avoir un test positif est donc .
Étape 2 — Calculer la probabilité d'être malade sachant que le test est positif.
On cherche :
Avec la formule de Bayes :
Donc :
Donc, parmi les personnes qui ont un test positif, environ sont réellement malades.
Interprétation.
Même avec un test fiable, si la maladie est rare, un résultat positif ne garantit pas que la personne est malade. Il faut tenir compte de la fréquence de la maladie dans la population et des faux positifs.
C'est précisément ce que permettent les probabilités conditionnelles.
À retenir
La probabilité de sachant est , avec .
La formule du produit est .
Dans un arbre pondéré, on multiplie le long d'un chemin et on additionne les chemins compatibles.
La formule des probabilités totales est .
La formule de Bayes est .
Deux événements sont indépendants si .
Ne confonds jamais condition et condition inverse : et répondent à deux questions différentes.