Physique-Chimie · 2ⁿᵈᵉ · La mole et la quantité de matière

La mole et la quantité de matière

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Compter l'invisible : la mole et le nombre d'Avogadro

Une molécule d'eau a une masse de l'ordre de 3×1023 g. Autrement dit, dans une simple goutte, il y a des milliers de milliards de milliards de molécules. Aucun chimiste ne pourrait les compter à l'unité, pas plus qu'un grossiste de Casablanca ne vend ses œufs un par un : il les vend par paquets. Le chimiste fait pareil. Il a inventé un « paquet » géant, adapté à la petitesse des entités, pour rendre leur comptage praticable.

DÉFINITION

La mole (symbole mol) est la quantité de matière d'un système contenant exactement NA=6,02×1023 entités identiques (atomes, molécules ou ions). Ce nombre NA s'appelle le nombre d'Avogadro (ou constante d'Avogadro).

Une mole, c'est donc un paquet contenant toujours le même nombre d'entités, 6,02×1023, exactement comme une douzaine contient toujours douze objets, qu'il s'agisse d'œufs ou d'oranges. La seule différence, c'est l'échelle : la douzaine compte douze unités, la mole en compte six cent deux mille milliards de milliards.

Exemple 1. Une mole d'atomes de fer contient 6,02×1023 atomes de fer. Une mole de molécules d'eau contient 6,02×1023 molécules H2O. Une mole d'ions chlorure contient 6,02×1023 ions Cl. Le paquet est toujours le même nombre ; seul change ce qu'on met dedans.

Exemple 2. Dans la goutte d'eau de Yasmine, il y a environ 1,7×1021 molécules. Cela fait n=1,7×10216,02×10232,8×103 mol, soit moins de trois millièmes de mole. La goutte est minuscule à notre échelle, mais elle contient déjà un nombre d'entités qui dépasse l'imagination.

La quantité de matière

Le mot « mole » désigne l'unité ; la grandeur qu'on mesure avec cette unité s'appelle la quantité de matière, notée n.

DÉFINITION

La quantité de matière n d'un échantillon est le nombre de moles d'entités qu'il contient. Si l'échantillon contient N entités, alors n=NNA,n s'exprime en moles (mol) et NA=6,02×1023 mol1.

La quantité de matière joue exactement le rôle que jouait le nombre de paquets chez le grossiste : au lieu de dire « j'ai 3,6×1024 atomes », ce qui est ingérable, le chimiste dit « j'ai 6 mol d'atomes ». C'est le même contenu, exprimé en paquets.

Exemple 3. Karim affirme avoir compté 1,204×1024 molécules de dioxygène. Sa quantité de matière est n=NNA=1,204×10246,02×1023=2,0 mol. Réciproquement, si tu connais n, tu retrouves le nombre d'entités par N=n×NA.

Le piège de l'entité non précisée

Une mole de quoi ? La question n'est jamais facultative. « Une mole de dioxygène » est ambigu si l'on ne dit pas s'il s'agit de molécules O2 ou d'atomes O : une mole de molécules O2 contient deux moles d'atomes d'oxygène. De même, une mole d'eau, c'est 6,02×1023 molécules H2O, mais cela fait 2 moles d'atomes d'hydrogène et 1 mole d'atomes d'oxygène. Précise toujours l'entité que tu comptes : atome, molécule ou ion. Sans cette précision, le nombre n'a pas de sens.

À RETENIR

La mole est un paquet de NA=6,02×1023 entités identiques. La quantité de matière n=NNA se mesure en moles. On précise toujours de quelle entité il s'agit.

La masse molaire

On sait maintenant compter en paquets. Mais on ne sait toujours pas relier ces paquets à la balance. Or c'est tout l'enjeu : Yasmine pèse 250 g, combien cela fait-il de moles ? Il manque un facteur de conversion entre la masse et la quantité de matière. Ce facteur, c'est la masse molaire : la masse d'une mole.

DÉFINITION

La masse molaire M d'une espèce chimique est la masse d'une mole de cette espèce. Elle s'exprime en grammes par mole (g/mol ou gmol1).

C'est donc « combien pèse un paquet ». Pour le savoir, on part des atomes, puis on assemble.

Masse molaire atomique

DÉFINITION

La masse molaire atomique d'un élément est la masse d'une mole de ses atomes. Sa valeur se lit directement dans la classification périodique, sous le symbole de l'élément, en g/mol.

C'est une donnée que tu n'as pas à calculer : la classification te la fournit. Voici les valeurs les plus fréquentes, à connaître ou à savoir retrouver.

Extrait de classification périodique : masses molaires atomiques Six cases d'éléments chimiques. Chaque case porte le symbole de l'élément en gros et, dessous, sa masse molaire atomique en grammes par mole : hydrogène H 1,0 ; carbone C 12,0 ; azote N 14,0 ; oxygène O 16,0 ; sodium Na 23,0 ; chlore Cl 35,5. La valeur lue sous chaque symbole est la masse molaire atomique en g/mol. H 1,0 C 12,0 N 14,0 O 16,0 Na 23,0 Cl 35,5 valeur lue sous le symbole, en g/mol
Extrait de classification : six cases (H, C, N, O, Na, Cl) avec leur masse molaire atomique en g/mol

Élément Symbole Masse molaire atomique
Hydrogène H 1,0 g/mol
Carbone C 12,0 g/mol
Azote N 14,0 g/mol
Oxygène O 16,0 g/mol
Sodium Na 23,0 g/mol
Chlore Cl 35,5 g/mol

Exemple 1. La masse molaire atomique du carbone est M(C)=12,0 g/mol : une mole d'atomes de carbone, soit 6,02×1023 atomes, pèse 12,0 g.

Masse molaire moléculaire

Une molécule est un assemblage d'atomes. Sa masse molaire est donc tout simplement la somme des masses molaires atomiques de tous les atomes qui la composent, en respectant les indices de la formule.

DÉFINITION

La masse molaire moléculaire d'une molécule est la somme des masses molaires atomiques de tous les atomes de sa formule, chacun compté autant de fois qu'il apparaît.

Exemple 2. Pour l'eau H2O (deux atomes d'hydrogène, un d'oxygène) : M(H2O)=2×M(H)+M(O)=2×1,0+16,0=18,0 g/mol. Une mole d'eau pèse 18,0 g. C'est pourquoi 18 g d'eau, soit à peine plus d'une cuillère à soupe, contiennent déjà une mole entière de molécules.

Exemple 3. Pour le dioxyde de carbone CO2 : M(CO2)=M(C)+2×M(O)=12,0+2×16,0=44,0 g/mol. Et pour le glucose C6H12O6, le sucre que ton corps brûle pour produire de l'énergie : M(C6H12O6)=6×12,0+12×1,0+6×16,0=72,0+12,0+96,0=180,0 g/mol.

Le piège des indices oubliés

L'erreur la plus fréquente est d'oublier de multiplier par l'indice. Dans H2O, l'hydrogène compte deux fois : écrire M=1,0+16,0=17,0 est faux, c'est la formule de l'ion hydroxyde OH, pas de l'eau. De même, dans C6H12O6, chaque indice s'applique à l'atome qui le précède : six carbones, douze hydrogènes, six oxygènes. Relis la formule atome par atome avant d'additionner.

À RETENIR

La masse molaire atomique se lit dans la classification (g/mol). La masse molaire moléculaire est la somme des masses molaires atomiques, chaque atome compté selon son indice dans la formule.

Quantité de matière et masse : la relation n=mM

Voilà le pont entre la balance et le comptage en paquets. On connaît la masse m d'un échantillon (on la pèse) et la masse molaire M de l'espèce (on la calcule). Combien y a-t-il de moles ? La logique est celle de toute division par un prix unitaire : si un paquet pèse M grammes et que tu en as m grammes en tout, le nombre de paquets est m divisé par M.

DÉFINITION

La quantité de matière n d'un échantillon de masse m, constitué d'une espèce de masse molaire M, vaut n=mM, avec n en moles (mol), m en grammes (g) et M en grammes par mole (g/mol).

C'est la relation la plus utilisée de toute la chimie quantitative. Elle convertit une masse pesable en un nombre de paquets manipulable dans une réaction.

Exemple 1. Yasmine pèse 250 g de sucre, c'est-à-dire de saccharose C12H22O11, de masse molaire M=342 g/mol. La quantité de matière de saccharose vaut n=mM=2503420,73 mol. Dans sa cuillère, il y a donc environ 0,73 mole de molécules de saccharose, soit 0,73×6,02×10234,4×1023 molécules.

Manipuler la relation dans les deux sens

Comme toute relation entre trois grandeurs, n=mM se réarrange. Si tu connais deux des trois grandeurs, tu trouves la troisième : m=n×MetM=mn.

Exemple 2. Amine veut peser exactement 0,50 mol de chlorure de sodium NaCl pour une expérience. La masse molaire vaut M(NaCl)=M(Na)+M(Cl)=23,0+35,5=58,5 g/mol. La masse à peser est m=n×M=0,50×58,5=29,25 g29,3 g. Amine sait maintenant qu'il doit poser 29,3 g de sel sur la balance pour obtenir une demi-mole.

Le piège des unités de masse

La relation n=mM ne donne directement des moles que si la masse m est en grammes, puisque M est en grammes par mole. Si une masse est donnée en milligrammes ou en kilogrammes, convertis d'abord en grammes. Rappel : 1 g=1000 mg et 1 kg=1000 g. C'est exactement la même vigilance que celle exigée au chapitre 1 pour la concentration en masse : une grandeur composée n'a de sens qu'avec des unités cohérentes.

Exemple 3. Salma calcule la quantité de matière contenue dans 500 mg d'aspirine (M=180 g/mol). Elle écrit étourdiment n=5001802,8 mol, ce qui est absurde — 2,8 moles d'aspirine pèseraient un demi-kilo. L'erreur : 500 mg=0,500 g. Le calcul correct est n=0,5001802,8×103 mol.

À RETENIR

n=mM relie masse et quantité de matière. On la réarrange en m=n×M. La masse doit être convertie en grammes avant tout calcul.

Le volume molaire des gaz

Peser un solide ou un liquide est facile. Mais comment fait-on avec un gaz, qu'on ne peut pas poser sur une balance sans difficulté ? Yasmine peut difficilement peser le dioxyde de carbone qui s'échappe de sa pâte qui lève, ou le butane de la bouteille de gaz de la cuisine. Pour les gaz, on dispose d'une propriété remarquable : à température et pression données, une mole de n'importe quel gaz occupe toujours le même volume, quel que soit le gaz. C'est la loi d'Avogadro, et la grandeur correspondante est le volume molaire.

DÉFINITION

Le volume molaire Vm est le volume occupé par une mole d'un gaz, dans des conditions de température et de pression données. Dans les conditions usuelles d'un laboratoire (environ 25 °C sous pression atmosphérique), on prend Vm24 L/mol.

Le fait remarquable, c'est que Vm ne dépend pas de la nature du gaz : une mole de dioxygène, une mole de dioxyde de carbone et une mole de butane occupent le même volume dans les mêmes conditions, car les molécules d'un gaz sont si espacées que leur taille propre devient négligeable.

DÉFINITION

Pour un gaz occupant un volume V, la quantité de matière vaut n=VVm, avec n en moles (mol), V en litres (L) et Vm en litres par mole (L/mol).

Exemple 1. Un ballon de baudruche gonflé à Marrakech contient 1,2 L de dioxyde de carbone, dans les conditions usuelles (Vm=24 L/mol). La quantité de matière de gaz est n=VVm=1,224=0,050 mol.

Exemple 2. Karim veut connaître le volume occupé par 0,25 mol de dioxygène dans ces mêmes conditions. Il réarrange la relation : V=n×Vm=0,25×24=6,0 L.

Le piège du volume molaire des gaz seulement

La relation n=VVm est réservée aux gaz. Elle n'a aucun sens pour un solide ou un liquide : il n'existe pas de « volume molaire universel » pour le sucre ou l'eau liquide, car leurs molécules sont au contact les unes des autres et leur encombrement dépend fortement de l'espèce. Pour un liquide ou un solide, on revient à la masse via la masse volumique du chapitre 1 (m=ρ×V), puis à n=mM. Réserve le volume molaire aux gaz, et seulement aux gaz.

À RETENIR

Pour un gaz, n=VVm avec Vm24 L/mol dans les conditions usuelles, indépendant de la nature du gaz. Cette relation ne vaut que pour les gaz.

Pièges classiques

1. Oublier de préciser l'entité comptée. « Une mole de dioxygène » est ambigu : s'agit-il de molécules O2 ou d'atomes O ? Une mole de O2 contient deux moles d'atomes d'oxygène. Précise toujours atome, molécule ou ion.

2. Oublier l'indice dans une masse molaire moléculaire. Pour H2O, l'hydrogène compte deux fois : M=2×1,0+16,0=18,0 g/mol, et non 1,0+16,0=17,0. Chaque indice multiplie l'atome qui le précède.

3. Ne pas convertir la masse en grammes dans n=mM. La formule donne des moles seulement si m est en grammes. Une masse en mg ou en kg doit être convertie d'abord, sous peine d'un résultat faux d'un facteur 1000.

4. Confondre nombre d'entités N et quantité de matière n. N est un nombre pur (sans unité, souvent une énorme puissance de 10) ; n est en moles. On passe de l'un à l'autre par n=NNA, jamais en les confondant.

5. Appliquer le volume molaire à un liquide ou un solide. n=VVm ne vaut que pour les gaz. Pour un liquide ou un solide, on passe par la masse volumique ρ puis par n=mM. Il n'existe pas de volume molaire universel pour les phases condensées.

6. Confondre masse molaire M et masse de l'échantillon m. M est une propriété de l'espèce (la masse d'une mole, en g/mol), fixe pour une espèce donnée ; m est la masse de l'échantillon que tu as pesé, qui dépend de la quantité prélevée. Ne mets jamais l'une à la place de l'autre dans n=mM.

Application concrète

Yasmine prépare une boisson gazeuse maison dans sa cuisine de Rabat. Elle dissout du sucre dans de l'eau, puis ajoute une pastille effervescente qui libère du dioxyde de carbone. Curieuse, elle décide de tout exprimer en quantités de matière, comme une chimiste, pour comprendre ce qu'elle manipule réellement à l'échelle des molécules.

Étape 1 — Compter les molécules de sucre. Yasmine pèse 34,2 g de saccharose C12H22O11. Elle calcule d'abord la masse molaire : M=12×12,0+22×1,0+11×16,0=144,0+22,0+176,0=342,0 g/mol. La quantité de matière de sucre est alors nsucre=mM=34,2342,0=0,100 mol. Soit, en nombre de molécules, N=n×NA=0,100×6,02×1023=6,02×1022 molécules de saccharose. Une simple cuillerée, et déjà des dizaines de milliers de milliards de milliards de molécules.

Étape 2 — Compter les molécules d'eau. Elle ajoute 250 g d'eau (M=18,0 g/mol). La quantité de matière d'eau est neau=25018,013,9 mol. Il y a donc bien plus de moles d'eau que de moles de sucre — l'eau est, et de loin, le constituant majoritaire de la boisson.

Étape 3 — Doser le gaz libéré. La pastille effervescente libère 0,60 L de dioxyde de carbone CO2, dans les conditions usuelles (Vm=24 L/mol). Comme c'est un gaz, Yasmine n'utilise pas n=mM mais le volume molaire : nCO2=VVm=0,6024=0,025 mol. Elle vérifie au passage la masse de gaz que cela représente, avec M(CO2)=44,0 g/mol : m=n×M=0,025×44,0=1,1 g. Un peu plus d'un gramme de gaz, dispersé dans un volume bien visible : c'est toute la particularité de l'état gazeux.

Étape 4 — Comparer et conclure à l'échelle moléculaire. Yasmine range ses résultats : 0,100 mol de sucre, 13,9 mol d'eau, 0,025 mol de CO2. Elle remarque qu'une masse importante d'eau (250 g) correspond à beaucoup de moles, tandis qu'un volume de gaz pourtant visible ne correspond qu'à très peu de matière. La quantité de matière ne se lit ni dans la masse seule, ni dans le volume seul : elle se calcule, et c'est elle qui compte vraiment pour le chimiste.

Conclusion. En convertissant chaque ingrédient en quantité de matière, Yasmine a fait exactement ce que fait un chimiste avant toute réaction : ramener des masses pesées et des volumes mesurés à un langage commun, la mole. C'est ce langage qui rend les réactions chimiques comptables. Au chapitre 4, tu rapporteras cette quantité de matière au volume de la solution pour définir la concentration molaire, héritière directe de la concentration en masse du chapitre 1. Et en classes préparatoires, la mole sera le point de départ de tout bilan de matière, de toute stœchiométrie, de tout calcul de rendement : ce paquet de 6,02×1023 entités ne te quittera plus.

À retenir

À RETENIR

La mole est un paquet de NA=6,02×1023 entités identiques. La quantité de matière n, en moles, se relie au nombre d'entités par n=NNA.

À RETENIR

La masse molaire M (en g/mol) est la masse d'une mole. La masse molaire atomique se lit dans la classification ; la masse molaire moléculaire est la somme des masses molaires atomiques, chaque atome compté selon son indice.

À RETENIR

La relation centrale n=mM convertit une masse en quantité de matière ; elle se réarrange en m=n×M. La masse doit être en grammes.

À RETENIR

Pour un gaz, n=VVm avec Vm24 L/mol dans les conditions usuelles, indépendant de la nature du gaz. Cette relation ne s'applique pas aux liquides ni aux solides.

À RETENIR

Distingue toujours le nombre d'entités N (nombre pur), la quantité de matière n (en mol), la masse de l'échantillon m (en g) et la masse molaire M (en g/mol) : ce sont quatre grandeurs différentes reliées par les formules ci-dessus.