Physique-Chimie · 2ⁿᵈᵉ · Le modèle de l'atome et la configuration électronique

Le modèle de l'atome et la configuration électronique

À revoir avant de commencer
Tu passes en 1ʳᵉ ?Consolide la 2ⁿᵈᵉ avant d'attaquer les spécialités.

Les dimensions de l'atome : un édifice essentiellement vide

Quand on dessine un atome, on est forcé de tricher sur les tailles, exactement comme la maquette du musée. La raison est simple : le noyau et l'atome entier ne sont pas du tout à la même échelle. Pour saisir la structure réelle de la matière, il faut commencer par les ordres de grandeur.

DÉFINITION

Un atome est constitué d'un noyau central, très petit et porteur de presque toute la masse, autour duquel se répartissent des électrons dans un vaste volume appelé nuage électronique. Le rayon d'un atome est de l'ordre de 1010 m, celui de son noyau de l'ordre de 1015 m.

Le rapport entre ces deux tailles est gigantesque : ratomernoyau10101015=105=100000. L'atome est donc environ cent mille fois plus grand que son noyau. Entre le noyau et les électrons, il n'y a essentiellement rien : du vide. La matière qui te paraît si solide — la table, le sol, ta main — est, à l'échelle atomique, presque entièrement vide.

Exemple 1. Si on gonflait un atome jusqu'à lui donner le rayon d'un grand stade, 100 m, son noyau ne serait pas plus gros qu'un petit pois posé au centre du terrain, et les électrons seraient quelques grains de poussière voltigeant dans les tribunes. Tout le reste, du petit pois aux tribunes, est du vide.

Exemple 2. Le rayon d'un atome d'hydrogène vaut environ 0,5×1010 m, soit 5×1011 m. C'est pour cela que l'on mesure les atomes non pas en mètres mais en sous-multiples adaptés : le nanomètre (1 nm=109 m) ou le picomètre (1 pm=1012 m). Un atome mesure typiquement quelques dixièmes de nanomètre.

Où se cache la masse

Le noyau, minuscule, concentre pourtant plus de 99{,}9 % de la masse de l'atome. La raison est que protons et neutrons sont environ 1800 fois plus lourds qu'un électron. Autrement dit, peser un atome, c'est presque exactement peser son noyau ; les électrons ne comptent quasiment pas dans la balance. Retiens cette dissymétrie : le noyau est petit mais lourd, le nuage électronique est vaste mais léger. C'est elle qui expliquait déjà, en 3ᵉ, pourquoi on arrache un électron à un atome sans peine alors que toucher au noyau demande une énergie colossale.

À RETENIR

L'atome (1010 m) est environ 100000 fois plus grand que son noyau (1015 m). Il est essentiellement vide, et sa masse est concentrée dans le noyau.

Le noyau : protons, neutrons, et les nombres Z et A

Maintenant que tu sais où regarder, entrons dans le noyau. Ce point minuscule n'est pas une bille pleine : il est lui-même composé de deux sortes de particules, et c'est leur décompte qui donne à chaque atome son identité chiffrée.

DÉFINITION

Le noyau d'un atome contient des protons, de charge électrique positive, et des neutrons, de charge nulle. Protons et neutrons sont appelés collectivement les nucléons. Le numéro atomique Z est le nombre de protons ; le nombre de masse A est le nombre total de nucléons. Le nombre de neutrons vaut donc N=AZ.

Deux nombres suffisent ainsi à décrire complètement le noyau : Z (combien de protons) et A (combien de nucléons en tout). On les rassemble dans une écriture symbolique compacte, placée à gauche du symbole de l'élément.

DÉFINITION

La notation symbolique d'un noyau s'écrit ZAXX est le symbole de l'élément, Z le numéro atomique (en bas) et A le nombre de masse (en haut). Z et A sont toujours des entiers.

Exemple 1. Le noyau de sodium s'écrit 1123Na. Il possède Z=11 protons et A=23 nucléons, donc N=AZ=2311=12 neutrons. Sa charge électrique vaut +11 charges élémentaires, puisqu'il contient 11 protons positifs et aucun neutron chargé.

Exemple 2. Le noyau d'aluminium 1327Al a Z=13 protons et A=27 nucléons, soit N=2713=14 neutrons. Sa charge vaut +13 charges élémentaires.

De la charge du noyau à la neutralité de l'atome

Le noyau, à lui seul, est toujours chargé positivement : sa charge vaut +Z charges élémentaires. Mais l'atome, lui, est neutre — tu l'as démontré en 3ᵉ. Pour compenser exactement les Z protons positifs, il faut autant de charges négatives, donc exactement Z électrons autour du noyau.

DÉFINITION

Un atome est électriquement neutre : il possède autant d'électrons (négatifs) que de protons (positifs). Le numéro atomique Z donne donc à la fois le nombre de protons et le nombre d'électrons d'un atome.

C'est un point d'ancrage essentiel : connaître Z, c'est connaître d'un coup le nombre de protons et le nombre d'électrons de l'atome. Tu t'en serviras dans deux leçons pour ranger ces électrons.

Le piège de la confusion entre Z et A

L'erreur la plus fréquente consiste à intervertir Z et A, ou à croire que A compte les protons. Garde la logique des positions : Z est en bas et compte les protons (donc l'identité, donc les électrons d'un atome neutre) ; A est en haut et compte tous les nucléons (protons et neutrons), donc il sert surtout à peser. Pour trouver les neutrons, on ne les lit jamais directement : on soustrait, N=AZ. Si tu confonds, tu te trompes sur le nombre de neutrons et sur la masse.

À RETENIR

Notation ZAX : Z = protons = électrons (atome neutre) ; A = nucléons ; neutrons N=AZ. Charge du noyau : +Z.

Élément chimique et isotopes

Tu connais les noms des éléments : hydrogène, carbone, sodium… Mais qu'est-ce qui définit, au fond, un élément chimique ? Pas le nombre de neutrons, pas le nombre d'électrons — un seul nombre tranche.

DÉFINITION

Un élément chimique est caractérisé par son numéro atomique Z, c'est-à-dire par son nombre de protons. Tous les atomes (et tous les ions) ayant le même Z appartiennent au même élément chimique, quel que soit leur nombre de neutrons ou d'électrons.

C'est la suite logique de la 3ᵉ : un ion Na+ reste du sodium, parce que son noyau garde ses 11 protons. Le nombre d'électrons peut changer (on forme un ion), le nombre de neutrons peut changer aussi — mais tant que Z=11, c'est du sodium. Le proton est le marqueur d'identité.

Cette liberté sur le nombre de neutrons mène directement à une notion nouvelle : les isotopes.

DÉFINITION

Deux atomes sont isotopes s'ils ont le même numéro atomique Z (même élément) mais des nombres de masse A différents (donc des nombres de neutrons différents). Ils ont le même nombre de protons et d'électrons, mais pas le même nombre de neutrons.

Exemple 1. Le carbone existe sous trois isotopes naturels ou bien connus : 612C, 613C et 614C. Tous ont Z=6 (donc 6 protons, 6 électrons, ce sont bien tous du carbone), mais respectivement 6, 7 et 8 neutrons. Le 614C, instable, sert à dater les vestiges archéologiques — par exemple le bois des charpentes anciennes de Fès.

Exemple 2. L'hydrogène possède trois isotopes : 11H (un proton, zéro neutron, l'hydrogène ordinaire), 12H (le deutérium, un proton et un neutron) et 13H (le tritium, un proton et deux neutrons). Tous ont Z=1 : ce sont tous de l'hydrogène, malgré une masse qui va du simple au triple.

Les trois isotopes du carbone Trois noyaux côte à côte représentant les isotopes carbone 12, carbone 13 et carbone 14. Chaque noyau est un amas de billes : six protons en couleur chaude pour les trois, et respectivement six, sept et huit neutrons en couleur froide. Tous ont le même numéro atomique Z égal à 6, donc le même élément carbone, mais des nombres de masse A différents. 126C 6 protons, 6 neutrons 136C 6 protons, 7 neutrons 146C 6 protons, 8 neutrons proton neutron même Z = 6, donc même élément carbone ; A différent
Les trois isotopes du carbone : noyaux à 6 protons et 6, 7 puis 8 neutrons

Pourquoi les isotopes ont les mêmes propriétés chimiques

Voici une idée fine, qu'on attend d'un bon élève. Ce sont les électrons qui gouvernent les réactions chimiques — ils sont à la périphérie, ce sont eux qui se rencontrent quand deux atomes interagissent. Or des isotopes ont le même nombre d'électrons (même Z). Ils réagissent donc chimiquement de la même façon : le 12C et le 14C brûlent tous deux en dioxyde de carbone. La différence de neutrons ne change que la masse et, pour certains, la stabilité du noyau (la radioactivité), mais pas la chimie. Retiens la séparation des rôles : le noyau pèse et identifie, les électrons font la chimie.

À RETENIR

L'élément chimique est défini par Z seul. Des isotopes ont le même Z mais des A différents (neutrons différents) : même chimie, masses différentes.

La configuration électronique

Jusqu'ici, on a compté les électrons sans dire ils se trouvent. Or ils ne sont pas n'importe comment autour du noyau : ils s'organisent par couches, comme des étages occupés selon des règles strictes. Décrire cette organisation, c'est donner la configuration électronique de l'atome — l'information la plus utile de tout le chapitre.

DÉFINITION

Les électrons d'un atome se répartissent sur des couches électroniques désignées par les lettres K, L, M… La couche K est la plus proche du noyau, puis L, puis M. Chaque couche ne peut contenir qu'un nombre maximal d'électrons : K:au plus 2L:au plus 8M:au plus 8 (pour les 18 premiers eˊleˊments).

Le remplissage suit une règle simple : on remplit d'abord la couche la plus basse (la plus proche du noyau, donc la plus stable), et on ne passe à la suivante que lorsque la précédente est pleine. On écrit alors la configuration en notant en exposant le nombre d'électrons de chaque couche occupée, par exemple K2L8M1.

DÉFINITION

La configuration électronique d'un atome est la répartition de ses électrons sur les couches K, L, M, obtenue en remplissant les couches dans l'ordre K puis L puis M, sans entamer une couche tant que la précédente n'est pas saturée.

Exemple 1. Le sodium a Z=11, donc 11 électrons. On remplit : K prend 2 électrons (pleine), L prend 8 électrons (pleine), il reste 1128=1 électron pour M. Configuration : K2L8M1. Vérification : 2+8+1=11. Correct.

Exemple 2. Le chlore a Z=17, donc 17 électrons. K2 (pleine), L8 (pleine), reste 1710=7 pour M. Configuration : K2L8M7. Vérification : 2+8+7=17. Correct.

Configuration électronique de l'atome de sodium Atome de sodium représenté en couches concentriques. Au centre, le noyau porte 11 protons et 12 neutrons. Trois cercles concentriques figurent les couches K, L et M, portant respectivement 2, 8 et 1 électrons. La configuration électronique K2 L8 M1 est indiquée à droite. K L M 11 protons 12 neutrons K2 L8 M1 on remplit K, puis L, puis M
Atome de sodium en couches K, L, M portant 2, 8 et 1 électrons

La configuration des 18 premiers éléments

En seconde, on sait écrire la configuration de tous les éléments jusqu'à Z=18 (l'argon), car la couche M accueille au plus 8 électrons sur cet intervalle. Le procédé est toujours le même : compter les électrons (=Z pour un atome neutre), puis verser dans K, L, M dans l'ordre.

Quelques jalons à savoir reconstituer :

  • Hydrogène, Z=1 : K1.
  • Hélium, Z=2 : K2 (K pleine).
  • Carbone, Z=6 : K2L4.
  • Oxygène, Z=8 : K2L6.
  • Néon, Z=10 : K2L8 (K et L pleines).
  • Magnésium, Z=12 : K2L8M2.
  • Argon, Z=18 : K2L8M8.

Un pont vers la prépa

La notation en couches K, L, M est celle du lycée. En classes préparatoires, tu raffineras cette description : chaque couche se subdivisera en sous-couches notées s, p, d, et le sodium s'écrira 1s22s22p63s1. Ce n'est pas une autre théorie, c'est la même répartition vue de plus près : 1s correspond à K, l'ensemble 2s2p correspond à L. La logique de remplissage par énergie croissante, elle, ne change pas. Ce que tu apprends ici est donc directement réinvesti, pas remplacé.

Le piège de la couche non saturée

L'erreur classique est de mettre des électrons sur M alors que L n'est pas pleine, ou d'inventer une configuration comme K2L5M1 pour le carbone (Z=6). C'est faux : on ne commence jamais une couche tant que la précédente n'est pas saturée. Pour le carbone, après K2, les 4 électrons restants vont tous dans L : K2L4. Réflexe de contrôle : la somme des exposants doit toujours redonner Z, et chaque couche intermédiaire doit être pleine.

À RETENIR

On remplit K (2), puis L (8), puis M (8), dans l'ordre, sans entamer une couche avant que la précédente soit pleine. La somme des exposants vaut Z.

Les électrons de valence et la stabilité chimique

On touche au cœur du chapitre, celui qui rend tout le reste utile. Parmi tous les électrons d'un atome, ce ne sont pas tous qui comptent pour la chimie : seuls ceux de la dernière couche occupée décident du comportement de l'atome.

DÉFINITION

La couche externe (ou couche de valence) d'un atome est la dernière couche occupée par des électrons. Les électrons qu'elle contient sont les électrons de valence. Ce sont eux qui gouvernent les réactions chimiques et la formation des ions et des molécules.

Exemple 1. Le sodium K2L8M1 a pour couche externe M, qui contient 1 électron de valence. Le chlore K2L8M7 a pour couche externe M aussi, avec 7 électrons de valence.

Exemple 2. L'oxygène K2L6 a pour couche externe L, soit 6 électrons de valence. Le carbone K2L4 en a 4.

Les gaz nobles : le modèle de stabilité

Pourquoi certains atomes réagissent-ils et d'autres presque jamais ? Observe les gaz nobles (hélium, néon, argon) : ils sont chimiquement inertes, ils ne forment quasiment ni ions ni molécules. Leur point commun est révélateur : leur couche externe est pleine.

DÉFINITION

Un atome est particulièrement stable lorsque sa couche externe est saturée. On distingue :

  • la règle du duet : être stable avec une couche K pleine, soit 2 électrons (cas de l'hélium K2) ;
  • la règle de l'octet : être stable avec une couche externe L ou M portant 8 électrons (cas du néon K2L8, de l'argon K2L8M8).

C'est la configuration des gaz nobles qui sert de modèle de stabilité. Les autres atomes, eux, vont chercher à atteindre cette même structure — duet ou octet — en gagnant, perdant ou partageant des électrons.

Prévoir la charge des ions monoatomiques

Voici la récompense de tout le chapitre. Un atome forme l'ion qui lui permet d'atteindre le plus facilement la configuration d'un gaz noble, c'est-à-dire le duet ou l'octet, en échangeant le moins d'électrons possible.

Exemple 1. Le sodium K2L8M1 a 1 électron de valence isolé sur M. En perdant ce seul électron, il obtient K2L8 — l'octet, configuration du néon. Il forme donc l'ion Na+ (et non Na2+, qui exigerait d'arracher un électron à une couche pleine, bien plus coûteux). Tu retrouves le résultat admis en 3ᵉ, désormais expliqué.

Exemple 2. Le chlore K2L8M7 a 7 électrons de valence : il lui manque un seul électron pour saturer M à 8. En gagnant cet électron, il atteint K2L8M8, l'octet de l'argon. Il forme donc l'ion chlorure Cl. De même, l'oxygène K2L6, à qui il manque 2 électrons pour l'octet, gagne 2 électrons et forme O2.

La règle qualitative à retenir : un atome ayant peu d'électrons de valence (1, 2, 3) a tendance à les perdre (il forme un cation) ; un atome ayant beaucoup d'électrons de valence (6, 7) a tendance à en gagner (il forme un anion). C'est exactement ce que la classification périodique du chapitre 6 organisera en colonnes : les éléments d'une même colonne ont le même nombre d'électrons de valence, donc forment des ions de même charge. Et le partage d'électrons pour atteindre l'octet, plutôt que le don ou le gain, donnera les liaisons covalentes et les schémas de Lewis du chapitre 7.

Le piège de « gagner pour devenir positif »

Attention à ne pas mélanger valence et charge, c'est le prolongement direct du piège de la 3ᵉ. Le sodium perd son électron de valence : il perd du négatif, donc il devient positif (Na+). Le chlore gagne un électron : il gagne du négatif, donc il devient négatif (Cl). On raisonne toujours par bilan de charges. Autre confusion à éviter : le nombre d'électrons de valence n'est pas la charge de l'ion. Le sodium a 1 électron de valence et forme Na+ ; mais le chlore a 7 électrons de valence et forme Cl (charge 1, pas 7). La charge se déduit du nombre d'électrons échangés pour atteindre l'octet, pas du nombre d'électrons de valence lui-même.

À RETENIR

Les électrons de valence (couche externe) gouvernent la chimie. Les atomes tendent vers le duet (2, comme He) ou l'octet (8, comme Ne, Ar). Peu d'électrons de valence → perte → cation ; beaucoup → gain → anion.

Pièges classiques

1. Confondre le numéro atomique Z et le nombre de masse A. Z (en bas) compte les protons ; A (en haut) compte tous les nucléons. On ne lit jamais les neutrons directement : on calcule N=AZ. Inverser les deux fausse à la fois les neutrons et la masse.

2. Croire qu'un isotope est un autre élément. Le 14C et le 12C ont le même Z=6 : ce sont tous deux du carbone. Seul Z définit l'élément. Des neutrons en plus changent la masse et parfois la stabilité du noyau, jamais l'identité chimique.

3. Entamer une couche avant que la précédente soit pleine. Une configuration comme K2L6M2 pour Z=10 est fausse : L accepte 8 électrons, donc le néon est K2L8. On sature K, puis L, puis seulement M. Contrôle systématique : la somme des exposants doit valoir Z, et chaque couche intermédiaire doit être pleine.

4. Compter la masse dans les électrons. Les électrons sont environ 1800 fois plus légers que les nucléons : la masse de l'atome est concentrée dans le noyau (plus de 99,9%). Peser un atome, c'est peser son noyau, gouverné par A, pas par les électrons.

5. Confondre nombre d'électrons de valence et charge de l'ion. Le chlore a 7 électrons de valence mais forme Cl (charge 1), car il lui manque un électron pour l'octet. La charge se lit sur le nombre d'électrons gagnés ou perdus pour atteindre la stabilité, pas sur le nombre d'électrons de valence.

6. Croire que perdre des électrons donne une charge négative. Erreur héritée de la 3ᵉ, toujours d'actualité. Perdre un électron, c'est perdre du négatif : il reste un excès de positif, donc un cation. Le sodium perd 1 électron → Na+, pas Na. Toujours raisonner par bilan de charges.

Application concrète

Au laboratoire du lycée à Casablanca, Amine reçoit une fiche avec une seule donnée : un atome de soufre, de notation symbolique 1632S. Sa mission : tout déduire de cette écriture — composition du noyau, configuration électronique, électrons de valence — puis prévoir l'ion que cet atome formera. Il décide de procéder dans l'ordre, comme un chimiste.

Étape 1 — Lire la notation symbolique. Amine lit 1632S : le nombre du bas est Z=16, celui du haut est A=32. Donc le soufre a Z=16 protons. Comme l'atome est neutre, il a aussi 16 électrons. Et le nombre de neutrons vaut N=AZ=3216=16 neutrons. Bilan du noyau : 16 protons, 16 neutrons, 16 électrons autour. La charge du noyau est +16 charges élémentaires, exactement compensée par les 16 électrons.

Étape 2 — Écrire la configuration électronique. Il doit ranger les 16 électrons sur les couches K, L, M, dans l'ordre, sans entamer une couche avant que la précédente soit pleine. K prend 2 (pleine) ; L prend 8 (pleine) ; il reste 1628=6 électrons pour M. Configuration : K2L8M6. Contrôle : 2+8+6=16=Z. Correct.

Étape 3 — Repérer les électrons de valence. La dernière couche occupée est M, qui porte 6 électrons. Le soufre a donc 6 électrons de valence. C'est beaucoup — proche de l'octet, qui en demande 8.

Étape 4 — Prévoir l'ion formé. Avec 6 électrons de valence, il manque au soufre exactement 2 électrons pour saturer M à 8 et atteindre l'octet de l'argon (K2L8M8). Lui en faire perdre 6 pour revenir à K2L8 serait bien plus coûteux. Le plus économique est donc de gagner 2 électrons. En les gagnant, le soufre gagne 2 charges négatives : il devient l'anion sulfure S2. Amine vérifie la cohérence : beaucoup d'électrons de valence → tendance à gagner → anion. C'est conforme à la règle.

Conclusion. À partir de la seule écriture 1632S, Amine a reconstitué tout l'atome : 16 protons, 16 neutrons, 16 électrons ; configuration K2L8M6 ; 6 électrons de valence ; et il a prévu, sans rien apprendre par cœur, que le soufre forme l'ion S2. Cette démarche — du noyau à l'ion en passant par la configuration — est précisément celle que tu systématiseras au chapitre 6 avec la classification périodique, où le soufre se rangera dans la même colonne que l'oxygène (lui aussi 6 électrons de valence, lui aussi un ion 2), puis au chapitre 7 quand le soufre partagera ses électrons pour bâtir des molécules. Et c'est cette même logique de remplissage qui deviendra, en classes préparatoires, le modèle quantique des orbitales.

À retenir

À RETENIR

L'atome (1010 m) est environ 100000 fois plus grand que son noyau (1015 m) : il est essentiellement vide, et sa masse est concentrée dans le noyau.

À RETENIR

Notation ZAX : Z = nombre de protons = nombre d'électrons (atome neutre) ; A = nombre de nucléons ; neutrons N=AZ. Charge du noyau : +Z.

À RETENIR

Un élément chimique est défini par son seul Z. Des isotopes ont le même Z mais des A différents : mêmes propriétés chimiques, masses différentes.

À RETENIR

La configuration électronique se construit en remplissant K (2), puis L (8), puis M (8), dans l'ordre, sans entamer une couche avant que la précédente soit pleine. La somme des exposants vaut Z.

À RETENIR

Les électrons de valence (couche externe) gouvernent la chimie. Les atomes tendent vers le duet (2) ou l'octet (8) des gaz nobles : peu d'électrons de valence → perte → cation ; beaucoup → gain → anion.