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Molécules, schémas de Lewis et géométrie

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La liaison covalente : pourquoi les atomes s'associent

Un atome isolé est rarement satisfait. Sa couche de valence n'est presque jamais celle, complète, d'un gaz noble. Plutôt que de gagner ou perdre des électrons pour devenir un ion — ce qui coûte de l'énergie —, deux atomes peuvent partager des électrons. C'est l'idée centrale de la liaison covalente : mettre en commun des électrons pour que chaque atome atteigne, dans le compte partagé, la stabilité de l'octet ou du duet.

DÉFINITION

Une liaison covalente est la mise en commun de deux électrons par deux atomes, formant un doublet liant partagé entre eux. Ce doublet est compté dans la couche de valence de chacun des deux atomes. On le représente par un tiret entre les deux symboles : HH.

L'astuce du partage est subtile. Un seul doublet liant « appartient » simultanément aux deux atomes : chacun le compte pour deux électrons dans son propre décompte vers l'octet. C'est ce double comptage qui permet à deux atomes incomplets de devenir, ensemble, deux atomes complets.

Exemple 1. L'atome d'hydrogène possède un seul électron de valence (1s1) ; il lui en faut deux pour atteindre le duet de l'hélium. Deux atomes d'hydrogène mettent chacun leur électron en commun : ils forment un doublet liant partagé. Chaque atome « voit » alors deux électrons : le duet est atteint. On obtient la molécule de dihydrogène HH, soit H2.

Exemple 2. L'atome de chlore a sept électrons de valence ; il lui en manque un pour l'octet. Deux atomes de chlore partagent un doublet liant : chacun atteint alors huit électrons. On obtient ClCl, le dichlore Cl2.

Liaisons simples, doubles et triples

Deux atomes ne partagent pas toujours un seul doublet. Lorsqu'il leur manque davantage d'électrons, ils peuvent mettre en commun deux doublets (liaison double) ou trois doublets (liaison triple).

DÉFINITION

Une liaison simple est un doublet liant partagé (un tiret, AB). Une liaison double correspond à deux doublets partagés (deux tirets, A=B). Une liaison triple correspond à trois doublets partagés (trois tirets, AB).

Exemple 3. Dans le dioxygène O2, chaque atome d'oxygène a six électrons de valence et en cherche deux. Les deux atomes partagent deux doublets : une liaison double O=O. Dans le diazote N2, chaque azote a cinq électrons de valence et en cherche trois : ils partagent trois doublets, une liaison triple NN — d'où la grande stabilité du diazote de l'air.

Le piège de la liaison covalente confondue avec la liaison ionique

Au collège, tu as vu des composés comme le chlorure de sodium Na++Cl, où un atome donne un électron à un autre : ce sont des ions attirés par leur charge opposée, pas une liaison covalente. La liaison covalente, elle, ne crée pas d'ions : les électrons ne sont pas transférés, ils sont partagés. Ne confonds pas « partager un doublet » (covalent, entre non-métaux comme H, C, N, O, Cl) et « échanger un électron » (ionique, typiquement entre un métal et un non-métal). En seconde, les schémas de Lewis ne concernent que les molécules, donc le partage covalent.

À RETENIR

Une liaison covalente = un doublet d'électrons partagé entre deux atomes, qui le comptent tous les deux vers leur octet (ou duet). Simple = 1 doublet, double = 2, triple = 3.

Le schéma de Lewis d'une molécule

Savoir qu'une molécule existe ne suffit pas : on veut une représentation qui montre tous les électrons de valence et la façon dont ils sont organisés. C'est le rôle du schéma de Lewis, inventé par le chimiste Gilbert Lewis en 1916. Il dessine chaque atome avec ses doublets liants (les liaisons) et ses doublets non liants (les électrons restés en propre).

DÉFINITION

Le schéma de Lewis d'une molécule est sa représentation faisant apparaître tous les doublets d'électrons de valence : les doublets liants (tirets entre atomes) et les doublets non liants (tirets portés par un seul atome). Chaque atome doit y respecter la règle de l'octet (ou du duet pour H).

Pour ne jamais te tromper, applique une méthode systématique en quatre temps. Compter, c'est la moitié du travail.

À RETENIR

Méthode pour établir un schéma de Lewis.

  1. Compte le nombre total d'électrons de valence de la molécule (somme sur tous les atomes).
  2. Divise par 2 : tu obtiens le nombre total de doublets à placer.
  3. Place les doublets liants : relie l'atome central aux atomes périphériques (l'hydrogène est toujours périphérique).
  4. Place les doublets non liants restants sur les atomes pour compléter chaque octet (duet pour H), puis vérifie chaque atome.

Schéma de Lewis de la molécule d'eau L'atome d'oxygène central est relié par un doublet liant à chacun des deux atomes d'hydrogène, et porte deux doublets non liants représentés par des paires de points. Une liaison oxygène-hydrogène est étiquetée doublet liant, un doublet non liant de l'oxygène est étiqueté doublet non liant. O H H doublet liant doublet non liant molécule d'eau H2O
Schéma de Lewis de l'eau : oxygène central, deux doublets liants O-H et deux doublets non liants

Exemple 1 — l'eau H2O. Oxygène : 6 électrons de valence ; chaque hydrogène : 1, soit 6+2×1=8 électrons, donc 8/2=4 doublets. On relie l'oxygène à chaque hydrogène : cela consomme 2 doublets liants. Restent 2 doublets, placés sur l'oxygène : ce sont 2 doublets non liants. Vérification : chaque H a son duet (1 doublet liant) ; l'oxygène compte 2 liants +2 non liants =4 doublets =8 électrons, son octet est atteint.

Exemple 2 — le dioxyde de carbone CO2. Carbone : 4 électrons de valence ; chaque oxygène : 6, soit 4+2×6=16 électrons, donc 8 doublets. Le carbone est central. Pour que le carbone atteigne l'octet avec seulement deux voisins, il faut deux liaisons doubles : O=C=O. Cela consomme 4 doublets liants. Restent 4 doublets non liants, répartis à raison de 2 sur chaque oxygène. Vérification : carbone =4 doublets liants =8 électrons ; chaque oxygène =2 liants +2 non liants =8 électrons. Tout est complet.

Schéma de Lewis du dioxyde de carbone Le dioxyde de carbone est représenté de façon linéaire, O double liaison C double liaison O. L'atome de carbone central est relié par une double liaison (deux tirets parallèles) à chaque oxygène, et chaque oxygène porte deux doublets non liants. Une double liaison est étiquetée liaison double et le caractère rectiligne de la molécule est mis en évidence. O C O liaison double molécule linéaire CO2 — O=C=O rectiligne
Schéma de Lewis du dioxyde de carbone : O=C=O linéaire avec deux liaisons doubles et doublets non liants sur les oxygènes

Établir le schéma d'une molécule à atome central : NH3 et CH4

La méthode brille pour les molécules où un atome central s'entoure de plusieurs voisins. L'astuce : l'atome qui forme le plus de liaisons est généralement au centre (souvent C, N ou O), et l'hydrogène, qui ne forme qu'une liaison, est toujours en périphérie.

Exemple 3 — l'ammoniac NH3. Azote : 5 électrons ; trois H : 3, soit 5+3=8 électrons, donc 4 doublets. Trois liaisons NH consomment 3 doublets liants ; reste 1 doublet non liant sur l'azote. Vérification : chaque H a son duet ; l'azote a 3 liants +1 non liant =8 électrons. L'octet est atteint, et l'azote conserve un doublet non liant — détail qui décidera de la géométrie plus loin.

Exemple 4 — le méthane CH4. Carbone : 4 électrons ; quatre H : 4, soit 4+4=8 électrons, donc 4 doublets. Quatre liaisons CH consomment les 4 doublets : il ne reste aucun doublet non liant. Vérification : le carbone a 4 doublets liants =8 électrons (octet), chaque H son duet. C'est exactement pourquoi le carbone s'entoure de quatre hydrogènes, ni plus ni moins : il lui faut quatre liaisons pour son octet.

Schémas de Lewis de l'ammoniac et du méthane À gauche, l'ammoniac NH3 : un azote central relié par trois doublets liants à trois hydrogènes, et portant un doublet non liant mis en évidence en violet. À droite, le méthane CH4 : un carbone central relié par quatre doublets liants à quatre hydrogènes, sans aucun doublet non liant. N H H H doublet non liant ammoniac NH3 C H H H H méthane CH4 — aucun doublet non liant
Schémas de Lewis de l'ammoniac (azote, trois liaisons N-H, un doublet non liant) et du méthane (carbone, quatre liaisons C-H, aucun doublet non liant)

À RETENIR

Pour le schéma de Lewis : compter les électrons de valence, diviser par 2 pour le nombre de doublets, placer les liaisons, compléter par les doublets non liants, vérifier l'octet (duet pour H) sur chaque atome.

Doublets liants et doublets non liants

Tous les doublets d'une molécule ne jouent pas le même rôle. Certains assurent la cohésion en reliant deux atomes ; d'autres restent la propriété d'un seul atome. Cette distinction, qui peut sembler une simple affaire de dessin, est en réalité la clé de la géométrie et de la réactivité.

DÉFINITION

Un doublet liant est un doublet partagé entre deux atomes : il assure une liaison covalente. Un doublet non liant (ou doublet libre) est un doublet appartenant à un seul atome, non engagé dans une liaison.

Pour décompter l'octet d'un atome, on additionne tous ses doublets : ceux qui le lient à ses voisins et ses doublets non liants. Chaque doublet, liant ou non, vaut deux électrons dans son décompte.

Exemple 1. Dans l'eau, l'oxygène porte 2 doublets liants (vers les deux H) et 2 doublets non liants : 2+2=4 doublets =8 électrons. Les doublets non liants sont bien comptés : sans eux, l'oxygène n'aurait que 4 électrons et ne respecterait pas l'octet.

Exemple 2. Dans l'ammoniac, l'azote porte 3 doublets liants et 1 doublet non liant : 3+1=4 doublets =8 électrons. Dans le méthane, le carbone porte 4 doublets liants et 0 doublet non liant : 4+0=4 doublets =8 électrons. Deux façons d'atteindre le même octet.

Le rôle caché des doublets non liants

On pourrait croire les doublets non liants inertes — ils ne lient rien. C'est faux. D'abord, ils occupent de la place dans l'espace autour de l'atome et repoussent les liaisons : ils déforment la géométrie (leçon suivante). Ensuite, ils sont le siège de la réactivité : le doublet non liant de l'azote de l'ammoniac est ce qui lui permet de capter un proton H+ et de jouer le rôle de base. Tu retrouveras ces doublets libres partout en chimie organique et en chimie acide-base. Ne les omets jamais dans un schéma de Lewis : un schéma sans ses doublets non liants est faux.

Le piège de l'octet oublié sur l'atome central

L'erreur la plus fréquente consiste à relier correctement les atomes périphériques, puis à oublier de vérifier l'atome central. Dans CO2, si tu te contentes de liaisons simples OCO, le carbone n'a que 2 doublets liants =4 électrons : son octet n'est pas atteint. C'est ce manque qui impose de passer à des liaisons doubles. Toujours vérifier l'octet de chaque atome, le central inclus, est la garantie d'un schéma juste.

À RETENIR

Décompte de l'octet d'un atome = doublets liants + doublets non liants, chacun comptant pour 2 électrons. Un schéma de Lewis complet montre les deux types de doublets et vérifie l'octet (duet) sur tous les atomes.

La géométrie des molécules

Un schéma de Lewis est plat, dessiné sur le papier. Mais une molécule est un objet de l'espace, en trois dimensions, et sa forme n'est pas arbitraire. L'idée, simple et puissante, est que les doublets autour d'un atome central, tous chargés négativement, se repoussent : ils s'écartent le plus possible les uns des autres. C'est cette répulsion qui dicte la géométrie. (C'est l'esprit de la théorie VSEPR, que tu formaliseras en prépa ; en seconde, on en retient le principe.)

DÉFINITION

Autour d'un atome central, les doublets (liants et non liants) se disposent de façon à minimiser leur répulsion, donc à s'écarter au maximum. La disposition des doublets impose la géométrie de la molécule, décrite par la position des atomes.

La règle de comptage est : on compte le nombre de directions occupées autour de l'atome central, c'est-à-dire le nombre de voisins plus le nombre de doublets non liants. Une liaison double compte pour une seule direction (un seul voisin). Selon ce nombre, la forme change.

Exemple 1 — le dioxyde de carbone, linéaire. Autour du carbone : 2 voisins (deux oxygènes), 0 doublet non liant, soit 2 directions. Deux directions s'écartent au maximum en pointant à l'opposé : 180°. La molécule CO2 est linéaire, O=C=O parfaitement aligné.

Exemple 2 — le méthane, tétraédrique. Autour du carbone : 4 voisins (quatre H), 0 doublet non liant, soit 4 directions. Quatre directions s'écartent au maximum non pas dans un plan, mais vers les sommets d'un tétraèdre régulier, avec des angles de 109,5°. La molécule CH4 est tétraédrique : impossible de la dessiner correctement à plat.

Géométrie tétraédrique du méthane et linéaire du dioxyde de carbone À gauche, le méthane CH4 tétraédrique : un carbone central relié à quatre hydrogènes, deux liaisons dans le plan, une vers l'avant en coin plein, une vers l'arrière en trait pointillé, avec un angle de 109,5 degrés indiqué. À droite, le dioxyde de carbone CO2 linéaire avec un angle de 180 degrés indiqué. C H H H H 109,5° méthane CH4 — tétraédrique O C O 180° dioxyde de carbone CO2 — linéaire
Géométrie tétraédrique du méthane (angle 109,5°) et géométrie linéaire du dioxyde de carbone (angle 180°)

Quand un doublet non liant déforme : eau et ammoniac

Voici la subtilité décisive : les doublets non liants comptent aussi comme directions, et ils repoussent même un peu plus fort que les doublets liants. Ils occupent une direction sans qu'aucun atome n'y soit visible, ce qui « plie » la molécule.

Exemple 3 — l'eau, coudée. Autour de l'oxygène : 2 voisins (deux H) + 2 doublets non liants =4 directions. Comme pour le méthane, les 4 directions visent un tétraèdre. Mais seules 2 directions portent des atomes (les H) ; les 2 autres sont des doublets non liants invisibles. On ne « voit » donc que deux liaisons formant un angle d'environ 104,5° : la molécule H2O est coudée (en forme de V).

Exemple 4 — l'ammoniac, pyramidal. Autour de l'azote : 3 voisins (trois H) + 1 doublet non liant =4 directions, encore une base tétraédrique. Trois directions portent des H, une porte le doublet non liant. Les trois H forment alors la base d'une pyramide dont l'azote est le sommet : la molécule NH3 est pyramidale, avec un angle d'environ 107°.

Géométrie coudée de l'eau et pyramidale de l'ammoniac À gauche, l'eau H2O coudée : un oxygène au sommet, deux liaisons O-H formant un V avec un angle de 104,5 degrés, et deux doublets non liants en violet poussant les liaisons. À droite, l'ammoniac NH3 pyramidal : un azote au sommet, trois liaisons N-H vers une base triangulaire, un doublet non liant pointant vers le haut en violet, et un angle de 107 degrés. O H H 2 doublets non liants 104,5° eau H2O — coudée N doublet non liant H H H 107° ammoniac NH3 — pyramidale
Géométrie coudée de l'eau (angle 104,5°, deux doublets non liants) et géométrie pyramidale de l'ammoniac (angle 107°, un doublet non liant)

Le piège de la formule plate prise pour la géométrie

Écrire H2O ou voir le schéma de Lewis aligné HOH ne signifie pas que la molécule est linéaire. Le schéma de Lewis renseigne sur les liaisons et les doublets, pas sur les angles. C'est le décompte des directions (voisins + doublets non liants) qui donne la forme. Deux molécules de même type AX2 peuvent être l'une linéaire (CO2, sans doublet libre sur le central), l'autre coudée (H2O, avec deux doublets libres). Toujours compter les doublets non liants de l'atome central avant de conclure sur la géométrie.

À RETENIR

La géométrie dépend du nombre de directions autour de l'atome central (voisins + doublets non liants), car les doublets se repoussent. 2 directions → linéaire ; 4 directions → tétraédrique si 0 doublet libre (CH4), pyramidale si 1 (NH3), coudée si 2 (H2O).

Électronégativité et polarité d'une liaison

Dans une liaison covalente, le doublet liant est partagé — mais ce partage est-il toujours équitable ? Pas du tout. Certains atomes attirent les électrons plus fort que d'autres. Cette propriété porte un nom : l'électronégativité. Elle explique pourquoi une liaison peut être déséquilibrée, et donc pourquoi une molécule peut présenter des « pôles » électriques.

DÉFINITION

L'électronégativité d'un atome est sa tendance à attirer vers lui le doublet d'électrons d'une liaison covalente qu'il partage. Plus un atome est électronégatif, plus il tire le doublet liant de son côté.

L'électronégativité n'est pas distribuée au hasard dans la classification périodique que tu as vue au chapitre 6. Elle augmente de la gauche vers la droite sur une période (vers les halogènes) et diminue de haut en bas dans une colonne. Les atomes les plus électronégatifs sont en haut à droite : le fluor est le champion, suivi de l'oxygène, de l'azote et du chlore. Les métaux, à gauche, sont peu électronégatifs.

Exemple 1. Dans la liaison OH de l'eau, l'oxygène est plus électronégatif que l'hydrogène : il attire le doublet liant vers lui. L'oxygène devient le côté légèrement négatif de la liaison, l'hydrogène le côté légèrement positif.

Liaison polarisée et liaison apolaire

Quand les deux atomes liés diffèrent en électronégativité, le doublet n'est plus au milieu : la liaison est polarisée. On marque ce déséquilibre par des charges partielles, notées δ+ et δ (« delta plus » et « delta moins »), qui sont des fractions de charge, plus petites que celle d'un ion entier.

DÉFINITION

Une liaison covalente est polarisée lorsque les deux atomes ont des électronégativités différentes : l'atome le plus électronégatif porte une charge partielle δ, l'autre une charge partielle δ+. Si les deux atomes sont identiques (même électronégativité), la liaison est apolaire : le doublet est partagé équitablement.

Exemple 2. La liaison HH de H2 relie deux atomes identiques : aucun ne l'emporte, la liaison est apolaire. À l'inverse, la liaison HCl du chlorure d'hydrogène est polarisée : on écrit Hδ+Clδ, le chlore plus électronégatif portant δ.

Le piège de la molécule polaire confondue avec la liaison polaire

Une liaison peut être polarisée sans que la molécule entière le soit. La polarité d'une molécule dépend à la fois de la polarité de ses liaisons et de sa géométrie. Le dioxyde de carbone CO2 a deux liaisons C=O bien polarisées ; mais comme la molécule est linéaire et symétrique, les deux déséquilibres pointent exactement à l'opposé et se compensent : la molécule est globalement apolaire. L'eau, elle, est coudée : ses deux liaisons OH polarisées ne se compensent pas, et la molécule est polaire. Géométrie et polarité sont indissociables — c'est pourquoi l'eau dissout le sel et pas l'huile. Tu approfondiras ce lien en chimie des solutions.

À RETENIR

L'électronégativité mesure l'attraction d'un atome sur le doublet liant ; elle augmente vers la droite et vers le haut du tableau. Liaison entre atomes différents → polarisée (δ+/δ) ; entre atomes identiques → apolaire. La polarité d'une molécule combine celle des liaisons et la géométrie.

Pièges classiques

1. Confondre liaison covalente et liaison ionique. Une liaison covalente partage un doublet (entre non-métaux : H, C, N, O, Cl) ; une liaison ionique résulte d'un transfert d'électron créant des ions (Na+, Cl). Les schémas de Lewis de seconde décrivent le partage covalent, pas les ions.

2. Oublier les doublets non liants dans le schéma de Lewis. Un schéma où l'oxygène de l'eau ne porte que ses deux liaisons, sans ses 2 doublets non liants, est faux : il manque 4 électrons. Toujours placer tous les doublets et vérifier l'octet de chaque atome.

3. Ne pas vérifier l'octet de l'atome central. Dans CO2, des liaisons simples OCO ne donnent au carbone que 4 électrons. Il faut des liaisons doubles pour atteindre son octet. Le central se vérifie autant que les périphériques.

4. Lire la géométrie sur la formule ou le schéma à plat. HOH écrit en ligne ne veut pas dire molécule linéaire. La forme se déduit du nombre de directions (voisins + doublets non liants) autour du central, jamais de l'alignement du dessin.

5. Oublier que les doublets non liants comptent dans la géométrie. CO2 (2 voisins, 0 doublet libre) est linéaire, mais H2O (2 voisins, 2 doublets libres) est coudée. Les doublets libres occupent des directions et plient la molécule.

6. Confondre liaison polarisée et molécule polaire. CO2 a des liaisons polarisées mais est une molécule apolaire (les déséquilibres se compensent par symétrie). La polarité d'une molécule dépend des liaisons et de la géométrie, jamais des liaisons seules.

Application concrète

De retour sur la terrasse de Fès, Amine veut comprendre les trois molécules de son réchaud à thé : le méthane CH4 qui brûle, le dioxyde de carbone CO2 qui s'en dégage, et l'eau H2O qui chauffe. Karim, son cousin, parie que les trois molécules ont la même forme « puisqu'elles ont toutes un atome central entouré d'atomes plus petits ». Amine décide de trancher en chimiste, schéma de Lewis à l'appui.

Étape 1 — Compter les électrons de valence. Amine se sert du chapitre 5. Pour le méthane : carbone (4) + quatre hydrogènes (4×1) =8 électrons. Pour le dioxyde de carbone : carbone (4) + deux oxygènes (2×6) =16 électrons. Pour l'eau : oxygène (6) + deux hydrogènes (2×1) =8 électrons. Soit respectivement 4, 8 et 4 doublets à placer.

Étape 2 — Établir les schémas de Lewis. Méthane : 4 liaisons CH, aucun doublet non liant, carbone à l'octet. Dioxyde de carbone : il faut deux liaisons doubles O=C=O pour l'octet du carbone, avec 2 doublets non liants sur chaque oxygène. Eau : 2 liaisons OH et 2 doublets non liants sur l'oxygène. Amine vérifie l'octet (ou le duet des H) de chaque atome : tout est conforme.

Étape 3 — Compter les directions et prévoir la géométrie. Méthane : carbone avec 4 voisins, 0 doublet libre → 4 directions → tétraédrique (109,5°). Dioxyde de carbone : carbone avec 2 voisins, 0 doublet libre → 2 directions → linéaire (180°). Eau : oxygène avec 2 voisins et 2 doublets libres → 4 directions, mais 2 seulement portent des atomes → coudée (104,5°). Trois molécules, trois formes différentes : le pari de Karim tombe. Amine lui montre que ce sont les doublets non liants de l'oxygène, absents du carbone, qui font toute la différence entre la forme linéaire de CO2 et la forme coudée de H2O.

Étape 4 — Discuter la polarité. Les liaisons CH sont à peine polarisées (électronégativités proches), et le méthane, tétraédrique symétrique, est apolaire. Le dioxyde de carbone a des liaisons C=O polarisées, mais sa linéarité symétrique les compense : apolaire lui aussi. L'eau, coudée, ne compense pas ses deux liaisons OH polarisées : elle est polaire. Amine comprend alors pourquoi, dans la théière, l'eau dissout le sucre du thé mais pas les gouttes d'huile d'argan : seule la molécule polaire de l'eau « accroche » les espèces qui le sont aussi.

Conclusion. À partir des seuls électrons de valence comptés au chapitre 5 et de la règle de l'octet du chapitre 6, Amine a reconstruit la structure complète de trois molécules du quotidien : leur schéma de Lewis, leur forme dans l'espace, leur polarité. Karim s'incline : la forme d'une molécule n'est pas une question d'intuition mais de comptage de doublets. Cette démarche — compter, dessiner, prévoir la géométrie, en déduire la polarité — est exactement celle que tu déploieras l'an prochain en chimie organique pour les molécules du carbone, puis en classes préparatoires avec la théorie VSEPR et l'hybridation des orbitales, qui justifieront rigoureusement les angles que tu admets aujourd'hui.

À retenir

À RETENIR

Une liaison covalente est un doublet d'électrons partagé entre deux atomes, compté dans l'octet (ou le duet) de chacun. Simple = 1 doublet, double = 2, triple = 3.

À RETENIR

Pour le schéma de Lewis : compter les électrons de valence, diviser par 2 (nombre de doublets), placer les doublets liants puis les doublets non liants, et vérifier l'octet (duet pour H) de chaque atome.

À RETENIR

Le décompte de l'octet d'un atome additionne ses doublets liants et ses doublets non liants, chacun valant 2 électrons. Les doublets non liants sont indispensables et déterminent la réactivité.

À RETENIR

La géométrie vient de la répulsion des doublets (voisins + doublets non liants) autour de l'atome central : 2 directions → linéaire (CO2) ; 4 directions → tétraédrique (CH4), pyramidale (NH3) ou coudée (H2O) selon le nombre de doublets non liants.

À RETENIR

L'électronégativité augmente vers la droite et le haut du tableau. Liaison entre atomes différents → polarisée (δ+/δ) ; entre atomes identiques → apolaire. La polarité d'une molécule combine celle des liaisons et sa géométrie.