Corps purs et mélanges
Tu passes en 1ʳᵉ ?Consolide la 2ⁿᵈᵉ avant d'attaquer les spécialités.Espèce chimique, corps pur et mélange
Avant de mesurer quoi que ce soit, il faut fixer le vocabulaire. Le mot le plus fondamental de toute la chimie de cette année est espèce chimique. C'est lui qui désigne « une sorte de matière » bien définie.
Une espèce chimique est un ensemble d'entités (atomes, molécules ou ions) toutes identiques. L'eau (molécules ), le dioxygène (molécules ), le chlorure de sodium (ions et ) sont des espèces chimiques. Chaque espèce porte un nom et possède une formule chimique.
Une espèce chimique n'est pas un objet : c'est une sorte de matière. L'eau de la bouteille de Yasmine, l'eau d'un nuage et l'eau d'un glaçon sont la même espèce chimique, l'eau, même si l'objet « bouteille » est différent de l'objet « glaçon ».
Un corps pur est une substance constituée d'une seule espèce chimique. Un mélange est une substance constituée de plusieurs espèces chimiques différentes.
Exemple 1. Le sucre de table (saccharose) sorti d'un sachet neuf est un corps pur : une seule espèce chimique. De l'eau distillée est un corps pur. Le diamant, fait uniquement d'atomes de carbone, est un corps pur.
Exemple 2. L'eau minérale d'Oulmès est un mélange : de l'eau, plus des sels minéraux dissous (calcium, magnésium, bicarbonates…). L'air que tu respires est un mélange de diazote, de dioxygène, d'argon et d'autres gaz. Le thé à la menthe que prépare Amine est un mélange.
Le piège du mot « pur » du quotidien
Dans la vie courante, « pur » veut dire « naturel », « sans additif », « de bonne qualité ». En chimie, « pur » a un sens beaucoup plus strict : une seule espèce chimique, point. Une eau minérale « pure et naturelle » au sens de la publicité est, au sens du chimiste, un mélange, puisqu'elle contient de l'eau et des sels dissous. L'huile d'argan « pure » du souk est en réalité un mélange de plusieurs molécules (acides gras, vitamine E…). Ne confonds jamais le « pur » commercial et le corps pur du chimiste.
Espèce chimique = une sorte d'entités identiques. Corps pur = une seule espèce. Mélange = plusieurs espèces.
Mélanges homogènes et mélanges hétérogènes
Tous les mélanges ne se ressemblent pas. Dans certains, on distingue à l'œil plusieurs constituants ; dans d'autres, tout semble se fondre en une seule phase uniforme. C'est cette distinction qui sépare les mélanges hétérogènes des mélanges homogènes.
Un mélange est homogène si l'on n'y distingue qu'une seule phase, d'aspect uniforme, même à l'œil aidé (loupe). Il est hétérogène si l'on y distingue au moins deux phases, c'est-à-dire au moins deux constituants séparés visuellement.
Le mot clé est phase : une portion de matière d'aspect uniforme. Un mélange homogène a une seule phase ; un mélange hétérogène en a plusieurs.
Exemple 1. L'eau salée bien remuée est un mélange homogène : une fois le sel dissous, on ne voit plus qu'un liquide limpide et uniforme. L'air est un mélange homogène de gaz.
Exemple 2. Un jus d'orange avec pulpe est hétérogène : on voit les morceaux de pulpe en suspension. L'eau et l'huile d'argan dans le même verre forment un mélange hétérogène : deux phases liquides superposées, l'huile au-dessus.
Le rôle de l'échelle d'observation
L'homogénéité dépend de l'échelle à laquelle on regarde. Le lait paraît homogène à l'œil nu, mais au microscope on voit de minuscules gouttelettes de matière grasse en suspension : c'est en réalité hétérogène. En seconde, on tranche à l'œil, éventuellement aidé d'une loupe : c'est la convention. Si rien ne se distingue à cette échelle, on dit homogène.
Homogène = une seule phase visible. Hétérogène = plusieurs phases visibles. On juge à l'œil (ou à la loupe).
La composition d'un mélange : proportions et concentration en masse
Dire « c'est un mélange d'eau et de sel » ne suffit pas à un chimiste. Il veut savoir combien : la composition du mélange. Pour un soluté dissous dans un liquide, la grandeur reine est la concentration en masse.
La concentration en masse (ou ) d'une espèce dissoute est la masse de cette espèce divisée par le volume de la solution : Avec en grammes (g) et en litres (L), s'exprime en grammes par litre (g/L).
La concentration en masse répond à la question : « quelle masse de soluté y a-t-il dans un litre de solution ? » Plus elle est grande, plus le mélange est concentré.
Exemple 1. Amine dissout de sel dans de l'eau pour obtenir de solution. La concentration en masse du sel est Chaque litre de cette eau salée contient de sel.
Exemple 2. Une bouteille d'eau minérale indique « calcium : ». Cela signifie que dans chaque litre, il y a d'ions calcium dissous. La concentration en masse est ici donnée directement par l'étiquette.
Retrouver la masse ou le volume
La relation se manipule dans les deux sens. Si tu connais deux des trois grandeurs, tu trouves la troisième :
Exemple 3. Yasmine veut préparer de sirop à la concentration . La masse de sucre à dissoudre est
Le piège des unités
La formule ne donne directement des g/L que si est en grammes et en litres. Si une masse est en milligrammes ou un volume en millilitres, convertis d'abord. Rappel utile : et .
Concentration en masse , en g/L. Convertis toujours masse en g et volume en L avant de calculer.
Identifier une espèce : grandeurs caractéristiques
Comment Yasmine peut-elle vérifier que l'huile du vendeur est bien de l'huile d'argan, et non une huile bon marché diluée ? Elle ne peut pas « voir » les molécules. Mais chaque espèce chimique possède des grandeurs physiques caractéristiques : des valeurs qui lui sont propres, reproductibles, et qu'on peut comparer à des tables de référence.
Une grandeur caractéristique d'une espèce chimique est une grandeur physique mesurable dont la valeur ne dépend que de l'espèce (et des conditions de température et de pression), pas de la quantité prélevée. Les principales sont : la température de changement d'état (fusion, ébullition), la masse volumique et la densité.
Le point crucial : une grandeur caractéristique ne dépend pas de la quantité. Que tu prennes une goutte ou un litre d'eau pure, sa température d'ébullition reste (sous pression atmosphérique normale) et sa masse volumique reste la même.
Température de changement d'état
Sous une pression donnée, un corps pur change d'état à une température fixe : l'eau pure bout à , fond à . Le fer pur fond à . Cette température, comparée à une table, aide à identifier l'espèce.
Exemple 1. Un liquide incolore bout à sous pression atmosphérique. La table indique que l'éthanol bout à : c'est un fort indice qu'il s'agit d'éthanol.
Masse volumique
La masse volumique (lettre grecque « rhô ») d'une espèce est sa masse divisée par le volume qu'elle occupe : En unités usuelles, s'exprime en g/mL (ou g/cm³), ou en kg/m³.
Attention à ne pas confondre (masse volumique d'un corps) avec (concentration en masse d'un soluté) : les deux s'écrivent « masse divisée par volume », mais la masse volumique concerne la substance elle-même, tandis que la concentration concerne un soluté dissous dans une solution.
Exemple 2. Karim pèse d'huile d'argan et trouve . La masse volumique est La table donne pour l'huile d'argan : cohérent.
Densité
La densité est une façon de comparer la masse volumique d'un corps à celle d'une référence — l'eau pour les liquides et les solides.
La densité d'un liquide ou d'un solide est le rapport de sa masse volumique à celle de l'eau : La densité est un nombre sans unité.
Comme , la valeur numérique de la densité d'un liquide est égale à celle de sa masse volumique exprimée en g/mL — mais la densité, elle, n'a pas d'unité. C'est une subtilité qu'on attend de toi.
Exemple 3. L'huile d'argan de Karim, de masse volumique , a pour densité Comme , l'huile est moins dense que l'eau : elle flotte. C'est pourquoi, dans le verre eau + huile de la leçon 2, l'huile se plaçait au-dessus.
Masse volumique (avec unité). Densité (sans unité). : flotte sur l'eau ; : coule.
Corps pur ou mélange : comment trancher par la mesure ?
On arrive à la question du vendeur du souk. Les grandeurs caractéristiques offrent un critère de pureté rigoureux, qui ne dépend ni de l'apparence ni de la confiance.
Un corps pur change d'état à température constante : pendant toute la fusion ou toute l'ébullition, la température ne bouge pas (palier). Un mélange, lui, change d'état sur une plage de température : la température varie pendant le changement d'état (pas de palier net).
C'est le test le plus sûr. Si tu chauffes un liquide et qu'il bout à température rigoureusement constante, c'est un corps pur ; si la température grimpe pendant l'ébullition, c'est un mélange.
Exemple 1. Salma chauffe de l'eau distillée : la température monte jusqu'à , puis reste bloquée à pendant toute l'ébullition. Palier net : c'est un corps pur. Cohérent, l'eau distillée en est un.
Exemple 2. Salma chauffe ensuite de l'eau de mer : la température dépasse et continue de grimper pendant que l'eau bout. Pas de palier franc : c'est un mélange. Le sel dissous le trahit.
Croiser plusieurs critères
Un seul critère peut tromper : deux espèces différentes peuvent partager une même masse volumique par coïncidence. Le chimiste croise donc les indices : température de changement d'état et masse volumique et densité. Quand toutes les valeurs mesurées coïncident avec celles d'une espèce de référence, l'identification devient solide. C'est exactement la démarche que tu approfondiras au chapitre 2.
Corps pur → palier de température au changement d'état. Mélange → pas de palier, la température varie. Croiser plusieurs grandeurs caractéristiques fiabilise l'identification.
Pièges classiques
1. Confondre « pur » du quotidien et corps pur. Une eau minérale « pure » de la publicité est un mélange (eau + sels). Le corps pur du chimiste n'admet qu'une seule espèce chimique.
2. Oublier de convertir les unités dans . La formule ne donne des g/L que si la masse est en g et le volume en L. Une masse en mg ou un volume en mL fausse tout si on ne convertit pas.
3. Confondre masse volumique et concentration en masse . Les deux s'écrivent « masse / volume », mais caractérise une substance, alors que mesure la quantité d'un soluté dissous dans une solution. Une eau salée a une concentration en sel et une masse volumique : ce ne sont pas la même chose.
4. Donner une unité à la densité. La densité est un rapport de deux masses volumiques : elle est sans unité. Écrire « » est une faute. On écrit « ».
5. Croire qu'une grandeur caractéristique dépend de la quantité. La température d'ébullition, la masse volumique et la densité d'un corps pur ne changent pas selon qu'on en prend une goutte ou un litre. Ce sont des propriétés de l'espèce, pas de l'échantillon.
6. Juger l'homogénéité à la mauvaise échelle. En seconde, on tranche homogène / hétérogène à l'œil ou à la loupe. Invoquer le microscope (qui rendrait presque tout hétérogène) sort de la convention attendue.
Application concrète
Yasmine veut vérifier l'huile d'argan achetée au souk de Marrakech. Le vendeur affirme : « pure à 100 %, garantie ». Elle rentre au lycée et utilise le matériel du laboratoire pour mener l'enquête en chimiste.
Étape 1 — Observer. Dans un bécher, l'huile forme un liquide jaune doré, limpide, d'aspect uniforme : une seule phase. À ce stade, rien ne distingue un corps pur d'un mélange homogène — l'œil ne suffit pas. Yasmine note qu'il faudra mesurer.
Étape 2 — Mesurer la masse volumique. Elle prélève d'huile à l'éprouvette graduée et les pèse : la balance affiche . Elle calcule La table de référence donne pour l'huile d'argan. Premier indice favorable.
Étape 3 — Calculer la densité. Elle en déduit Sans unité, : l'huile flottera sur l'eau. Yasmine le vérifie en versant un peu d'huile sur de l'eau : elle reste bien en surface. Cohérent.
Étape 4 — Tester par le changement d'état (critère de pureté). Là, Yasmine sait que les huiles ne bouillent pas proprement, mais elle se rappelle la règle générale : un corps pur change d'état à température constante. Elle raisonne donc sur ce que dit la science : une huile d'argan authentique est en réalité un mélange de plusieurs molécules (acides gras, tocophérols). Donc, au sens strict du chimiste, même « 100 % naturelle », ce n'est pas un corps pur.
Conclusion. Les mesures (masse volumique et densité conformes aux tables) confirment qu'il s'agit bien d'huile d'argan, non frelatée par une huile bon marché — ce qui aurait décalé la masse volumique. Mais sur le mot « pure », Yasmine corrige le vendeur : au sens chimique, l'huile d'argan est un mélange d'espèces, pas un corps pur. La publicité dit « pure » ; la chimie dit « mélange authentique et conforme ». Cette rigueur de vocabulaire et cette démarche par grandeurs caractéristiques sont exactement celles que tu déploieras au chapitre 2 pour identifier formellement une espèce, puis jusqu'en classes prépa avec les diagrammes d'état des corps purs.
À retenir
Une espèce chimique est un ensemble d'entités identiques (atomes, molécules ou ions). Un corps pur ne contient qu'une seule espèce ; un mélange en contient plusieurs.
Un mélange est homogène s'il présente une seule phase visible (à l'œil ou à la loupe), hétérogène s'il en présente plusieurs.
La concentration en masse d'un soluté vaut , en g/L (masse en g, volume en L).
La masse volumique (avec unité) et la densité (sans unité) sont des grandeurs caractéristiques : elles ne dépendent pas de la quantité prélevée.
Critère de pureté : un corps pur change d'état à température constante (palier) ; un mélange change d'état sur une plage de température (pas de palier).