Physique-Chimie · 2ⁿᵈᵉ · Réactions chimiques et bilan de matière

Réactions chimiques et bilan de matière

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L'équation de réaction et son ajustement

Au chapitre 8, tu décrivais une transformation chimique par une phrase : « le carbone et le dioxygène donnent du dioxyde de carbone ». C'est correct, mais un chimiste veut une notation compacte, universelle, et surtout comptable : qui peut compter les atomes. Cette notation, c'est l'équation de réaction.

DÉFINITION

Une équation de réaction décrit symboliquement une transformation chimique. Elle s'écrit avec les formules des réactifs à gauche, celles des produits à droite, séparées par une flèche qui indique le sens de la transformation. Devant chaque formule, un nombre stœchiométrique (un entier, sous-entendu 1 s'il n'est pas écrit) indique les proportions dans lesquelles les espèces réagissent.

La flèche se lit « donne » ou « se transforme en ». Elle n'est pas un signe « égal » au sens de l'arithmétique : elle marque le sens d'évolution, des réactifs vers les produits.

Exemple 1. La combustion du carbone s'écrit C+O2CO2. À gauche, un atome de carbone et une molécule de dioxygène ; à droite, une molécule de dioxyde de carbone. Compte les atomes : un C et deux O de chaque côté. L'équation est ajustée.

Exemple 2. La synthèse de l'eau, que tu retrouveras partout, s'écrit 2H2+O22H2O. Les nombres stœchiométriques sont ici 2, 1 et 2 : deux molécules de dihydrogène réagissent avec une molécule de dioxygène pour former deux molécules d'eau.

Pourquoi et comment ajuster

Une équation n'est correcte que si elle respecte la conservation des éléments vue au chapitre 8 : autant d'atomes de chaque sorte à gauche qu'à droite. Ajuster (on dit aussi « équilibrer »), c'est choisir les nombres stœchiométriques pour que ce comptage tombe juste.

La méthode est systématique. On n'a pas le droit de modifier les formules (changer H2O en H2O2 inventerait une autre espèce) : on n'agit que sur les nombres placés devant. On ajuste élément par élément, en gardant les plus simples pour la fin.

Exemple 3. Ajustons la combustion du méthane CH4. On part du squelette : CH4+O2CO2+H2O. Le carbone est déjà équilibré (un C de chaque côté). L'hydrogène ne l'est pas : quatre H à gauche, deux à droite. On place un 2 devant l'eau : CH4+O2CO2+2H2O. Comptons enfin l'oxygène à droite : deux dans CO2 et deux dans 2H2O, soit quatre O. On place donc un 2 devant O2 : CH4+2O2CO2+2H2O. Vérification : un C, quatre H, quatre O de chaque côté. Ajustée.

Le piège de Salma : changer les indices au lieu des nombres

Salma, pour équilibrer l'oxygène de l'exemple précédent, propose d'écrire CO au lieu de CO2 « pour qu'il y ait moins d'oxygène ». C'est l'erreur la plus grave qu'on puisse faire. Les indices d'une formule sont sacrés : CO et CO2 sont deux espèces chimiques différentes (le monoxyde et le dioxyde de carbone). Modifier un indice, c'est changer la nature des réactifs ou des produits, donc raconter une autre réaction. Pour ajuster, on ne touche jamais aux indices ni aux formules : on agit uniquement sur les nombres stœchiométriques placés devant les formules.

À RETENIR

Une équation de réaction est ajustée quand chaque élément apparaît en quantité égale à gauche et à droite. On ajuste en plaçant des nombres stœchiométriques devant les formules, jamais en modifiant les indices d'une formule.

Les lois de conservation

Pourquoi faut-il ajuster ? Parce qu'une équation de réaction n'est pas une convention arbitraire : elle traduit une loi physique fondamentale, énoncée par Lavoisier à la fin du XVIIIᵉ siècle et déjà rencontrée au chapitre 8. Une réaction chimique réarrange les atomes, elle n'en crée ni n'en détruit.

DÉFINITION

Au cours d'une transformation chimique, les éléments chimiques sont conservés : il y a autant d'atomes de chaque élément après la réaction qu'avant. De même, la charge électrique totale est conservée : la somme algébrique des charges est la même à gauche et à droite. C'est la traduction du principe de Lavoisier : « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. »

La conservation des éléments est ce que tu vérifies en comptant les atomes. La conservation de la charge intervient dès qu'apparaissent des ions, ce qui sera courant dès le chapitre suivant avec les solutions.

Exemple 1. Dans 2H2+O22H2O, on retrouve quatre atomes H et deux atomes O de chaque côté : les éléments hydrogène et oxygène sont conservés. Aucun n'apparaît ni ne disparaît, ils se recombinent.

Exemple 2. L'attaque du fer par l'acide chlorhydrique met en jeu des ions : Fe+2H+Fe2++H2. Vérifions deux conservations à la fois. Les éléments : un Fe et deux H de chaque côté. La charge : à gauche, 0 (le fer métal) +2×(+1)=+2 ; à droite, (+2)+0=+2. Charge conservée, éléments conservés. L'équation est correcte.

La conséquence sur la masse

Si aucun atome ne se crée ni ne disparaît, et si chaque atome garde sa masse, alors la masse totale du système est conservée au cours de la réaction. La masse des réactifs consommés est exactement égale à la masse des produits formés.

Exemple 3. Karim affirme : « Quand le carbone brûle, il se consume et part en fumée, donc la masse diminue forcément. » Réfléchis avant de le croire. Le carbone ne disparaît pas : il se combine au dioxygène de l'air pour donner du dioxyde de carbone, un gaz invisible. Si l'on pesait tout (le carbone, le dioxygène consommé, le CO2 produit), la masse serait rigoureusement conservée. Karim oublie de compter le dioxygène de l'air qui entre dans la réaction : ce n'est pas la masse qui diminue, c'est qu'une partie des produits s'échappe sous forme gazeuse. Le raisonnement de Karim est faux.

À RETENIR

Une transformation chimique conserve les éléments (autant d'atomes de chaque sorte avant et après), la charge électrique totale, et donc la masse totale du système. C'est le fondement de l'ajustement des équations.

Le tableau d'avancement

Savoir qu'une réaction respecte des proportions ne dit pas encore combien d'espèces ont réagi à un instant donné. Pour suivre les quantités de matière au fil de la réaction, le chimiste dispose d'un outil d'une efficacité redoutable : le tableau d'avancement. Il repose sur une seule grandeur, qui résume tout l'état de la transformation.

DÉFINITION

L'avancement x d'une réaction, exprimé en moles (mol), est la quantité de matière qui mesure « combien de fois » la réaction s'est produite. Quand l'avancement augmente de x, chaque réactif voit sa quantité diminuer de (son nombre stœchiométrique) ×x, et chaque produit voit la sienne augmenter de (son nombre stœchiométrique) ×x.

L'avancement vaut 0 au début (rien n'a réagi) et croît au fur et à mesure. Il est l'unique inconnue qui pilote toutes les quantités à la fois.

Le tableau d'avancement organise tout cela en trois lignes : l'état initial (avant réaction), l'état en cours (avancement x quelconque) et l'état final (réaction terminée). Considérons la synthèse de l'eau 2H2+O22H2O, avec au départ n0(H2) moles de dihydrogène et n0(O2) moles de dioxygène.

Tableau d'avancement de la synthèse de l'eau Tableau d'avancement de la réaction 2 H2 + O2 donne 2 H2O. Les colonnes portent les espèces et les lignes l'état initial (x = 0), l'état en cours (avancement x) et l'état final (x = x max). Les réactifs sont en soustraction du coefficient fois x, le produit en addition. 2 H2 O2 2 H2O État 2 H₂ + O₂ → État initial (x = 0) n0(H2) n0(O2) 0 départ En cours (avancement x) n0(H2) − 2x n0(O2) − x 2x x quelconque Final (x = x_max) n0(H2) − 2xmax n0(O2) − xmax 2xmax terminé réactif : on soustrait (coefficient × x) ; produit : on ajoute (coefficient × x)
Tableau d'avancement de la synthèse de l'eau : états initial, en cours et final

À RETENIR

Le tableau d'avancement donne, à tout instant, la quantité de chaque espèce en fonction de l'avancement x : pour un réactif, n=n0(nombre stœchiomeˊtrique)×x ; pour un produit, n=(nombre stœchiomeˊtrique)×x.

Exemple 1. On part de n0(H2)=5,0 mol et n0(O2)=4,0 mol. À un avancement x, il reste 5,02x mol de dihydrogène, 4,0x mol de dioxygène, et il s'est formé 2x mol d'eau. Pour x=1,5 mol par exemple : 5,02×1,5=2,0 mol de H2, 4,01,5=2,5 mol de O2, et 2×1,5=3,0 mol d'eau.

Lire la cohérence du tableau

Le tableau d'avancement contient une vérification gratuite de la conservation de la masse. À tout instant, la quantité d'atomes de chaque élément, recalculée à partir des espèces présentes, doit rester constante. Si tu doutes de tes nombres stœchiométriques, le tableau te le dira : un élément qui « apparaît » ou « disparaît » en cours de route signale une équation mal ajustée.

Exemple 2. Reprenons l'exemple 1 à x=1,5 mol. Comptons les atomes d'oxygène présents : 2,5 mol de O2 apportent 2×2,5=5,0 mol d'atomes O, et 3,0 mol d'eau en apportent 3,0 mol, soit 8,0 mol au total. À l'état initial : 4,0 mol de O2, soit 8,0 mol d'atomes O. Identique : l'élément oxygène est bien conservé.

Le piège de l'avancement confondu avec une quantité de matière

L'avancement x s'exprime en moles, et c'est là que naît la confusion. x n'est pas la quantité d'un réactif ou d'un produit en particulier : c'est un « compteur de tours de réaction ». La quantité d'eau formée vaut 2x, pas x ; celle de dihydrogène consommée vaut 2x, pas x. Ne lis jamais x comme « le nombre de moles d'eau » : multiplie toujours par le nombre stœchiométrique de l'espèce qui t'intéresse.

À RETENIR

L'avancement x (en mol) est un compteur commun à toute la réaction. Pour obtenir la quantité d'une espèce donnée, on multiplie x par son nombre stœchiométrique, en soustrayant pour un réactif et en ajoutant pour un produit.

Le réactif limitant et l'avancement maximal

La réaction ne dure pas éternellement. Elle s'arrête au moment précis où l'un des réactifs est épuisé : il n'en reste plus une seule mole pour continuer. C'est ce réactif qui dicte la fin de la transformation — c'est le réactif limitant. Voilà la réponse à la question d'Amine au début du chapitre : la réaction s'arrête parce que le fer (et non l'acide) s'est épuisé.

DÉFINITION

Le réactif limitant est le réactif qui est entièrement consommé en premier ; il fixe la fin de la réaction. L'avancement maximal xmax est la valeur de l'avancement à l'état final : c'est la plus grande valeur de x pour laquelle aucune quantité ne devient négative.

Une quantité de matière ne peut jamais être négative : on ne peut pas consommer plus de réactif qu'on n'en a. C'est exactement ce qui donne la méthode de calcul de xmax.

Trouver le réactif limitant et xmax

La méthode est mécanique et infaillible. Pour chaque réactif, on écrit la condition « sa quantité finale est nulle » et on en tire la valeur de x qui l'épuiserait : n0(nombre stœchiomeˊtrique)×x=0x=n0nombre stœchiomeˊtrique. On calcule ce rapport pour chaque réactif. Le réactif limitant est celui qui donne le plus petit de ces rapports, et cette plus petite valeur est xmax.

Exemple 1. Reprenons 2H2+O22H2O avec n0(H2)=5,0 mol et n0(O2)=4,0 mol. On calcule pour chaque réactif : n0(H2)2=5,02=2,5 mol;n0(O2)1=4,01=4,0 mol. Le plus petit rapport est 2,5 mol, obtenu pour le dihydrogène : H2 est le réactif limitant, et xmax=2,5 mol. Le dioxygène, lui, est en excès : il en restera à la fin.

Réactif limitant : comparaison des rapports n0 sur coefficient Deux barres horizontales représentent les rapports quantité initiale divisée par le nombre stœchiométrique. La barre du dihydrogène vaut 2,5 mol, plus courte, surlignée comme réactif limitant. La barre du dioxygène vaut 4,0 mol, plus longue, étiquetée en excès. Une flèche désigne la barre la plus courte : l'avancement maximal vaut 2,5 mol. 0 1 2 3 4 5 rapport n₀ / nombre stœchiométrique (mol) — le plus petit décide H2 limitant n₀/2 = 2,5 mol O2 en excès n₀/1 = 4,0 mol xmax = 2,5 mol
Comparaison des rapports n0 sur coefficient désignant le réactif limitant

Le piège de Karim : prendre le réactif le moins abondant

Karim regarde les quantités initiales 5,0 mol de H2 et 4,0 mol de O2, et conclut : « il y a moins de dioxygène, donc c'est lui le limitant. » C'est faux, et l'exemple 1 vient de le montrer : c'est le dihydrogène qui s'épuise le premier alors qu'il est plus abondant. L'erreur de Karim est de comparer les quantités brutes au lieu des rapports n0nombre stœchiomeˊtrique. Le dihydrogène est consommé deux fois plus vite (nombre stœchiométrique 2 contre 1) : sa plus grande quantité de départ ne compense pas. C'est le rapport, jamais la quantité brute, qui désigne le limitant.

Le cas du mélange stœchiométrique

Il existe un cas particulier élégant : celui où tous les réactifs s'épuisent en même temps. Cela arrive quand les quantités initiales sont exactement dans les proportions des nombres stœchiométriques. On parle alors de mélange stœchiométrique (ou « proportions stœchiométriques »). Aucun réactif n'est en excès : à la fin, il ne reste que des produits.

Exemple 2. Pour 2H2+O22H2O, un mélange stœchiométrique vérifie n0(H2)2=n0(O2)1, c'est-à-dire n0(H2)=2×n0(O2). Avec n0(O2)=3,0 mol, il faut n0(H2)=6,0 mol : les deux rapports valent alors 3,0 mol, les deux réactifs s'épuisent ensemble, xmax=3,0 mol.

À RETENIR

Le réactif limitant est celui qui donne le plus petit rapport n0nombre stœchiomeˊtrique ; cette valeur est xmax. En mélange stœchiométrique, tous les réactifs s'épuisent simultanément et aucun n'est en excès.

Le bilan de matière en fin de réaction

Une fois xmax connu, dresser le bilan de matière consiste à calculer la quantité de chaque espèce à l'état final, puis, si on le souhaite, à convertir ces quantités en masses. C'est l'aboutissement concret de tout le chapitre : la réponse aux questions « combien reste-t-il de chaque réactif ? » et « combien a-t-on produit ? ».

DÉFINITION

Le bilan de matière d'une réaction est l'inventaire des quantités de matière de toutes les espèces à l'état final. On l'obtient en remplaçant x par xmax dans la dernière ligne du tableau d'avancement : le réactif limitant tombe à zéro, les réactifs en excès gardent un reliquat, et les produits atteignent leur quantité maximale.

Le réactif limitant a, par définition, une quantité finale nulle. Un réactif en excès garde une quantité finale strictement positive : c'est son reste (ou « excès »). Chaque produit atteint sa quantité maximale, donnée par son nombre stœchiométrique multiplié par xmax.

Exemple 1. Avec 2H2+O22H2O, n0(H2)=5,0 mol, n0(O2)=4,0 mol et xmax=2,5 mol : nf(H2)=5,02×2,5=0 mol(limitant, eˊpuiseˊ), nf(O2)=4,02,5=1,5 mol(exceˋs, reste), nf(H2O)=2×2,5=5,0 mol(produit formeˊ). À la fin : plus de dihydrogène, 1,5 mol de dioxygène en excès, 5,0 mol d'eau.

Du nombre de moles à la masse

Les bilans s'énoncent souvent en grammes, pas en moles. Le pont entre les deux est la relation du chapitre 3, n=mM, soit, dans le sens qui sert ici, m=n×MM est la masse molaire de l'espèce. On l'applique à chaque ligne du bilan.

Exemple 2. Quelle masse d'eau a-t-on formée dans l'exemple 1 ? La masse molaire de l'eau vaut M(H2O)=18 g/mol. Donc m(H2O)=nf(H2O)×M(H2O)=5,0×18=90 g. On a produit 90 g d'eau.

Le piège du bilan oublié pour l'excès

Une fois le réactif limitant trouvé, beaucoup d'élèves ne calculent que les produits et déclarent le bilan terminé. C'est incomplet : un bilan de matière complet inclut le réactif en excès et son reliquat. Oublier nf(O2)=1,5 mol dans l'exemple 1, c'est prétendre que le dioxygène a disparu, ce qui violerait la conservation de la matière. Un bilan se vérifie d'ailleurs en recomptant les atomes : la masse totale finale doit égaler la masse totale initiale.

À RETENIR

Le bilan de matière donne la quantité finale de toutes les espèces : réactif limitant à zéro, réactifs en excès avec leur reste, produits à leur maximum. On convertit en masse par m=n×M, et la masse totale est conservée.

Pièges classiques

1. Modifier une formule (ou ses indices) pour ajuster. Pour équilibrer une équation, on n'agit que sur les nombres stœchiométriques placés devant les formules. Changer CO2 en CO ou H2O en H2O2 revient à écrire une autre réaction : les indices font partie de l'identité de l'espèce et sont intouchables.

2. Croire que la masse diminue dans une combustion. Si l'on pèse tout, réactifs gazeux compris, la masse est conservée (Lavoisier). L'impression de « perte » vient du fait que certains produits s'échappent sous forme de gaz invisible, comme le CO2. Aucun atome ne disparaît.

3. Lire l'avancement x comme la quantité d'une espèce. x est un compteur commun à toute la réaction, pas la quantité d'un réactif ou d'un produit. La quantité d'une espèce s'obtient en multipliant x par son nombre stœchiométrique (et en soustrayant pour un réactif, en ajoutant pour un produit).

4. Désigner comme limitant le réactif le moins abondant. Ce qui compte n'est pas la quantité brute n0, mais le rapport n0nombre stœchiomeˊtrique. Un réactif plus abondant mais consommé plus vite (grand nombre stœchiométrique) peut très bien être le limitant.

5. Oublier le réactif en excès dans le bilan. Un bilan de matière complet recense toutes les espèces finales, y compris le reliquat du réactif en excès. Ne calculer que les produits, c'est faire disparaître de la matière par mégarde.

6. Confondre l'état final avec « tous les réactifs à zéro ». Sauf en mélange stœchiométrique, un seul réactif (le limitant) s'épuise ; les autres restent en excès. Mettre tous les réactifs à zéro à l'état final est faux dès qu'il y a un excès.

Application concrète

Amine, de retour de l'atelier de ferronnerie de Fès, veut comprendre par le calcul ce qu'il a vu : on plonge du fer dans de l'acide chlorhydrique, du gaz se dégage, puis tout s'arrête alors qu'il reste de l'acide. Au laboratoire du lycée, il introduit m(Fe)=1,4 g de fer en poudre dans une solution contenant n0(H+)=0,080 mol d'ions hydrogène. Il veut le réactif limitant, l'avancement maximal et le bilan complet, notamment la masse de dihydrogène dégagée. On donne M(Fe)=56 g/mol et M(H2)=2,0 g/mol.

Étape 1 — Écrire et vérifier l'équation. La réaction du fer avec les ions hydrogène s'écrit Fe+2H+Fe2++H2. Amine vérifie les deux conservations. Éléments : un Fe et deux H de chaque côté. Charge : à gauche 0+2×(+1)=+2, à droite (+2)+0=+2. Équation ajustée, charge conservée. Les bulles observées à Fès, c'est ce dihydrogène H2 qui s'échappe.

Étape 2 — Calculer les quantités initiales. La quantité de fer se tire de la relation du chapitre 3 : n0(Fe)=m(Fe)M(Fe)=1,456=0,025 mol. La quantité d'ions hydrogène est donnée : n0(H+)=0,080 mol.

Étape 3 — Dresser le tableau d'avancement. À un avancement x, le tableau donne :

Espèce Fe 2H+ Fe2+ H2
État initial 0,025 0,080 0 0
État en cours 0,025x 0,0802x x x

Étape 4 — Trouver le réactif limitant et xmax. Amine compare les rapports n0nombre stœchiomeˊtrique : n0(Fe)1=0,025 mol;n0(H+)2=0,0802=0,040 mol. Le plus petit est 0,025 mol, pour le fer : Fe est le réactif limitant, et xmax=0,025 mol. Le calcul confirme et chiffre ce qu'Amine avait observé à l'atelier : c'est bien le fer qui s'épuise le premier, alors que l'acide, lui, est en excès. Remarque au passage le piège évité : en quantités brutes, il y avait pourtant beaucoup plus d'ions H+ (0,080 mol) que de fer (0,025 mol) — ce n'est pas la quantité brute qui décide, mais le rapport n0nombre stœchiomeˊtrique.

Étape 5 — Établir le bilan de matière. En remplaçant x par xmax=0,025 mol : nf(Fe)=0,0250,025=0 mol(limitant, eˊpuiseˊ), nf(H+)=0,0802×0,025=0,030 mol(acide en exceˋs, il en reste), nf(Fe2+)=0,025 mol,nf(H2)=0,025 mol. La masse de dihydrogène dégagée vaut donc m(H2)=nf(H2)×M(H2)=0,025×2,0=0,050 g=50 mg.

Conclusion. Le calcul résout l'énigme de l'atelier : avec ces quantités, c'est le fer qui est limitant, il s'épuise totalement tandis qu'il reste 0,030 mol d'ions H+ non consommés — exactement ce qu'Amine voyait, les bulles qui cessent alors qu'il reste encore beaucoup d'acide dans la cuve. On a produit 0,025 mol de dihydrogène, soit 50 mg de gaz. Cette démarche — équation ajustée, tableau d'avancement, réactif limitant, bilan — est l'outil quantitatif de toute la chimie. Tu la retrouveras dès le chapitre suivant pour les titrages, où c'est précisément le mélange stœchiométrique qui repère le point d'équivalence, puis sans relâche en classes préparatoires, dès que tu écriras une réaction quantitative en solution.

À retenir

À RETENIR

Une équation de réaction s'ajuste en plaçant des nombres stœchiométriques devant les formules — jamais en modifiant les indices d'une formule, qui définissent l'identité de l'espèce.

À RETENIR

Une transformation chimique conserve les éléments (atomes), la charge électrique et donc la masse totale (Lavoisier). C'est ce qui rend l'ajustement obligatoire.

À RETENIR

Le tableau d'avancement exprime chaque quantité en fonction de l'avancement x (en mol) : n=n0(nombre stœchiomeˊtrique)×x pour un réactif, n=(nombre stœchiomeˊtrique)×x pour un produit.

À RETENIR

Le réactif limitant donne le plus petit rapport n0nombre stœchiomeˊtrique ; cette valeur est l'avancement maximal xmax. En mélange stœchiométrique, tous les réactifs s'épuisent ensemble.

À RETENIR

Le bilan de matière recense les quantités finales de toutes les espèces (limitant à zéro, excès avec son reste, produits au maximum). On passe des moles aux masses par m=n×M.