Mathématiques · 5ᵉ · Les triangles

Les triangles

À revoir avant de commencer
Tu passes en 4ᵉ ?Consolide l'essentiel de la 5ᵉ avant la rentrée.

Le vocabulaire à mettre en place

Tu connais le mot « triangle » depuis l'école primaire. Mais en 5ᵉ, on monte d'un cran : un triangle, ce n'est plus seulement « un dessin à trois pointes », c'est un objet mathématique qu'on doit pouvoir décrire sans figure, juste avec des lettres.

DÉFINITION

Un triangle est une figure géométrique formée par trois points non alignés, appelés sommets, et les trois segments qui les relient deux à deux, appelés côtés.

Trois points non alignés : c'est la condition essentielle. Si les trois points sont sur une même droite, il n'y a plus de triangle, juste un segment épais. On dit alors que le triangle est aplati ou dégénéré — et en pratique, on l'exclut.

Triangle ABC — vocabulaire des sommets, côtés et angles Triangle générique avec ses 3 sommets nommés A, B, C, ses 3 côtés [AB], [AC], [BC], et ses 3 angles intérieurs marqués. A B C [AB] [AC] [BC] 3 sommets : A, B, C 3 côtés : [AB], [AC], [BC] 3 angles : Â, B̂, Ĉ
Triangle ABC avec sommets, côtés et angles nommés

Notations

Quand on parle d'un triangle, on le nomme par ses trois sommets : « le triangle ABC ». L'ordre des trois lettres n'a pas d'importance pour la figure elle-même — ABC, BCA, CAB désignent toutes le même triangle. Mais pour décrire ses éléments, l'ordre devient crucial :

  • Les côtés s'écrivent entre crochets et avec deux lettres : [AB], [BC], [CA]. Les crochets indiquent qu'on parle du segment, pas de la droite ni de la longueur.
  • Les longueurs des côtés s'écrivent sans crochets : AB désigne la longueur du segment [AB]. Donc « AB=5 cm » est correct, « [AB]=5 cm » ne l'est pas.
  • Les angles s'écrivent avec un chapeau sur la lettre du sommet : A^, B^, C^. Quand il y a ambiguïté (ce sera le cas en 4ᵉ), on précise les trois lettres avec le sommet au milieu : BAC^ pour l'angle de sommet A.
REMARQUE

Un côté est opposé au sommet qu'il ne touche pas. Dans le triangle ABC, le côté [BC] est opposé au sommet A. Cette terminologie revient sans cesse dans tout le programme de géométrie — apprends-la maintenant, elle te servira encore en classes prépa.

EXEMPLE · 1

Soit le triangle MNP avec MN=4 cm, NP=6 cm, MP=5 cm. Le côté [NP] est opposé au sommet M, le côté [MP] est opposé au sommet N, et le côté [MN] est opposé au sommet P. L'angle de sommet M se note M^.

À RETENIR

Un triangle, c'est trois sommets, trois côtés, trois angles. Côtés entre crochets, longueurs sans crochets, angles avec chapeau.

L'inégalité triangulaire

Voici une question qui paraît anodine mais qui cache un théorème puissant : avec trois longueurs quelconques, peut-on toujours construire un triangle ?

La réponse est non. Et tu peux le vérifier en deux secondes : prends une règle et essaie de construire un triangle avec des côtés de 2 cm, 3 cm, et 10 cm. C'est impossible. Les deux petits côtés, mis bout à bout, ne sont pas assez longs pour rejoindre les extrémités du grand côté. Ils n'arrivent pas à se toucher.

Inégalité triangulaire — cas impossible avec 2, 3 et 10 cm Un grand segment de 10 cm, et à ses extrémités deux petits segments de 2 cm et 3 cm qui ne peuvent pas se rejoindre car leur somme est strictement inférieure à 10. 10 cm 3 cm 2 cm écart 2 + 3 = 5 < 10 : pas de triangle possible
Trois longueurs 2, 3 et 10 cm ne forment pas un triangle

L'idée intuitive — « le chemin direct est toujours plus court qu'un détour » — se traduit en géométrie par une inégalité fondamentale.

THÉORÈME · INÉGALITÉ TRIANGULAIRE

Dans un triangle, la longueur de chaque côté est strictement inférieure à la somme des longueurs des deux autres côtés.

Autrement dit, si ABC est un triangle, alors les trois inégalités suivantes sont vraies en même temps :

AB<AC+CB,AC<AB+BC,BC<BA+AC.

Pourquoi « strictement » ?

L'inégalité est stricte (< et non ). Si on avait l'égalité — par exemple BC=AB+AC — cela voudrait dire que les deux petits côtés, mis bout à bout, font exactement la longueur du troisième. Les trois sommets seraient alors alignés, et on l'a vu : trois points alignés ne forment pas un triangle.

REMARQUE

L'égalité BC=AB+AC correspond au cas limite où le triangle s'aplatit en segment. C'est précisément la frontière entre « triangle existe » et « triangle n'existe pas ».

La condition d'existence

En pratique, pour vérifier si trois longueurs peuvent former un triangle, un seul test suffit : on compare le plus grand côté à la somme des deux autres.

MÉTHODE

Trois longueurs a, b, c peuvent former un triangle si et seulement si la plus grande est strictement inférieure à la somme des deux autres.

Pourquoi un seul test ? Parce que si la plus grande longueur est inférieure à la somme des deux autres, alors automatiquement chacune des deux autres est inférieure à la somme du grand et d'un troisième — c'est mécanique.

EXEMPLE · 2

Peut-on construire un triangle avec a=7 cm, b=4 cm, c=5 cm ?

La plus grande longueur est a=7. Somme des deux autres : b+c=4+5=9. On compare : 7<9 ✓. Donc oui, le triangle existe.

EXEMPLE · 3

Peut-on construire un triangle avec a=8 cm, b=3 cm, c=5 cm ?

La plus grande longueur est a=8. Somme des deux autres : b+c=3+5=8. On compare : 8<8 ? Faux, c'est une égalité. Donc le triangle est aplati : les trois points sont alignés, pas de triangle.

EXEMPLE · 4

Peut-on construire un triangle avec a=12 cm, b=5 cm, c=4 cm ?

Plus grande : 12. Somme des autres : 5+4=9. On compare : 12<9 ? Faux. Le triangle n'existe pas.

Le piège de la formulation

L'inégalité triangulaire se formule parfois à l'envers, et c'est là que les élèves se trompent. La phrase « le plus grand côté est inférieur à la somme des deux autres » est correcte. La phrase « la somme des deux petits côtés est supérieure au troisième » est équivalente — c'est juste l'inégalité dans l'autre sens. Ce qu'il ne faut jamais écrire, c'est « le grand côté est égal à la somme des deux autres » ; ça, c'est précisément le cas où le triangle n'existe pas.

À RETENIR

Pour qu'un triangle existe, le plus grand côté doit être strictement plus court que la somme des deux autres. Si on a l'égalité, le triangle est aplati. Si le grand côté dépasse, il n'y a aucun triangle possible.

La somme des angles vaut 180°

Voici l'autre grande loi des triangles, et c'est probablement la plus utile de tout ton programme de géométrie au collège.

THÉORÈME

Dans tout triangle, la somme des trois angles intérieurs est égale à 180°.

« Tout triangle » : grand, petit, allongé, écrasé, posé dans n'importe quelle orientation. Toujours 180°. C'est universel. Ce théorème va te permettre, à chaque fois que tu connais deux angles d'un triangle, de calculer le troisième en quelques secondes.

Démonstration

Ce résultat n'est pas évident a priori — il mérite d'être démontré. La preuve est élégante et utilise directement les propriétés des angles que tu as vues au chapitre précédent.

Soit ABC un triangle quelconque. On note A^, B^, C^ ses trois angles intérieurs.

Démonstration de la somme des angles d'un triangle Triangle ABC avec une droite parallèle à (BC) passant par A, montrant que les trois angles du triangle, transportés en A par alternance interne, forment un angle plat de 180°. (d) Â Ĉ Ĉ A B C Les trois angles, transportés en A, forment un angle plat = 180°
Démonstration : la somme des angles d'un triangle vaut 180°

Étape 1. On trace la droite (d) parallèle à (BC) passant par A.

Étape 2. La droite (AB) est une sécante aux deux droites parallèles (d) et (BC). Comme tu l'as vu au chapitre des angles, les angles alternes-internes formés par cette sécante sont égaux. Donc l'angle marqué entre (d) et (AB) — du côté de A situé à gauche — est égal à B^.

Étape 3. De la même façon, la droite (AC) est une sécante aux deux parallèles, donc l'angle alterne-interne correspondant à C^ se retrouve, lui aussi, transporté en A.

Étape 4. Au point A, on a maintenant trois angles côte à côte sur la même droite (d) : l'angle transporté égal à B^, l'angle A^ du triangle, et l'angle transporté égal à C^. Ces trois angles forment ensemble un angle plat, qui mesure 180°.

Conclusion. A^+B^+C^=180°. ∎

Cette démonstration est un petit bijou : elle montre comment une propriété qu'on n'avait, dans le chapitre précédent, qu'au sujet des droites parallèles et de leurs sécantes se transforme en théorème central de la géométrie du triangle. Tu reverras cette technique — « introduire une parallèle bien choisie » — souvent au lycée.

Application : trouver le troisième angle

EXEMPLE · 5

Dans un triangle ABC, on a A^=65° et B^=47°. Quelle est la mesure de C^ ?

C^=180°A^B^=180°65°47°=68°.

EXEMPLE · 6

Un triangle a deux angles de 90°. Possible ?

Si deux angles valaient 90°, leur somme serait déjà 180°, donc le troisième angle vaudrait 0°. Impossible : un angle d'un triangle est toujours strictement positif. Conclusion : un triangle ne peut avoir qu'un seul angle de 90° au maximum.

À RETENIR

Dans tout triangle, A^+B^+C^=180°. Connaître deux angles permet toujours de calculer le troisième.

Les triangles particuliers

Tous les triangles ne se valent pas. Certains, par leurs symétries ou leurs angles spéciaux, ont des propriétés qui les rendent particulièrement utiles. On en distingue trois grandes familles.

Le triangle isocèle

DÉFINITION

Un triangle est isocèle s'il a deux côtés de même longueur. Ces deux côtés sont appelés les côtés égaux (ou côtés isométriques), et le sommet où ils se rejoignent est appelé le sommet principal. Le troisième côté est la base.

Triangle isocèle ABC en A Triangle isocèle de sommet principal A, avec les deux côtés [AB] et [AC] codés de longueur égale et les deux angles à la base B̂ et Ĉ codés de mesure égale. A B C côtés égaux : [AB] et [AC] angles à la base égaux : B̂ = Ĉ
Triangle isocèle ABC en A, avec côtés et angles codés

THÉORÈME · CARACTÉRISTIQUE

Un triangle est isocèle si et seulement si ses deux angles à la base sont égaux.

Cette équivalence est très utile : elle te donne deux façons de prouver qu'un triangle est isocèle. Soit tu montres que deux côtés sont égaux (par les longueurs), soit tu montres que deux angles sont égaux (par les angles). À toi de choisir la voie la plus rapide selon ce que l'énoncé te donne.

EXEMPLE · 7

Dans un triangle ABC isocèle en A, on a B^=50°. Que valent C^ et A^ ?

Comme le triangle est isocèle en A, les angles à la base sont égaux : C^=B^=50°. Et par la somme des angles : A^=180°50°50°=80°.

Le triangle équilatéral

DÉFINITION

Un triangle est équilatéral s'il a ses trois côtés de même longueur.

Triangle équilatéral ABC Triangle équilatéral avec ses trois côtés codés de même longueur (deux traits barrés sur chaque côté) et ses trois angles intérieurs étiquetés 60°. A B C 60° 60° 60° 3 côtés égaux, 3 angles égaux à 60°
Triangle équilatéral, trois côtés et trois angles de 60°

THÉORÈME · CARACTÉRISTIQUE

Un triangle est équilatéral si et seulement si ses trois angles sont égaux. Et dans ce cas, chacun de ses angles vaut exactement 60°.

La justification est immédiate : les trois angles sont égaux et leur somme vaut 180°, donc chacun vaut 180°3=60°.

REMARQUE

Un triangle équilatéral est un cas particulier de triangle isocèle : si tous les côtés sont égaux, alors deux d'entre eux le sont en particulier. Donc tout théorème vrai pour les isocèles est vrai pour les équilatéraux. L'inverse, lui, est faux.

Le triangle rectangle

DÉFINITION

Un triangle est rectangle s'il possède un angle droit (90°). Le sommet de l'angle droit est le sommet de l'angle droit, et le côté opposé à cet angle est appelé l'hypoténuse.

Triangle rectangle ABC en A Triangle rectangle avec angle droit en A (codé par un petit carré), hypoténuse [BC] mise en valeur en terracotta, et les deux angles aigus en B et C marqués. A B C hypoténuse hypoténuse = côté opposé à l'angle droit
Triangle rectangle en A, hypoténuse [BC] mise en valeur

THÉORÈME

Dans un triangle rectangle, les deux angles autres que l'angle droit sont complémentaires : leur somme vaut 90°.

C'est une conséquence immédiate du théorème de la somme des angles : si l'un des angles vaut 90°, les deux autres se partagent les 90° restants.

EXEMPLE · 8

Dans un triangle ABC rectangle en A, on a B^=35°. Alors C^=90°35°=55°.

REMARQUE

Un triangle peut être à la fois isocèle et rectangle (les deux côtés de l'angle droit ont alors même longueur, et les deux angles aigus valent chacun 45°). En revanche, un triangle ne peut pas être à la fois équilatéral et rectangle : tous ses angles vaudraient 60°, donc aucun ne pourrait valoir 90°.

À RETENIR

Trois familles à connaître par cœur : isocèle (2 côtés égaux ⇔ 2 angles égaux), équilatéral (3 côtés égaux ⇔ 3 angles de 60°), rectangle (un angle de 90°, hypoténuse opposée).

Construire un triangle

Connaître la théorie ne suffit pas : il faut savoir tracer un triangle proprement à partir de données. Selon ce qu'on te donne, l'outil change.

Construction à la règle et au compas (3 longueurs données)

Quand tu connais les trois longueurs des côtés, tu peux construire le triangle uniquement avec une règle et un compas.

MÉTHODE

Pour construire un triangle ABC connaissant AB, BC et CA :

  1. Vérifier l'inégalité triangulaire : la plus grande des trois longueurs doit être strictement inférieure à la somme des deux autres. Sinon, le triangle n'existe pas.
  2. Tracer un segment [AB] de la bonne longueur à la règle graduée.
  3. Ouvrir le compas à la longueur AC, piquer en A, tracer un arc de cercle.
  4. Ouvrir le compas à la longueur BC, piquer en B, tracer un arc de cercle.
  5. Les deux arcs se coupent en un point : c'est C. Tracer [AC] et [BC].

Construction d'un triangle au compas — 4 étapes Quatre vignettes illustrant pas à pas la construction d'un triangle ABC à partir des trois longueurs de ses côtés (5 cm, 4 cm, 3 cm) avec règle et compas. A B 5 cm A B A B A B C 1. tracer [AB] 2. arc en A, rayon 4 cm 3. arc en B, rayon 3 cm 4. C est l'intersection
Construction d'un triangle au compas en 4 étapes

Construction au rapporteur (1 longueur et 2 angles donnés)

Quand tu connais un côté et les deux angles à ses extrémités, tu utilises le rapporteur.

MÉTHODE

Pour construire un triangle ABC connaissant AB, A^ et B^ :

  1. Tracer le segment [AB] à la règle.
  2. Avec le rapporteur, tracer en A une demi-droite faisant l'angle A^ avec [AB], dans la direction où on veut que se trouve C.
  3. Tracer en B une demi-droite faisant l'angle B^ avec [BA], dans la même région du plan.
  4. Les deux demi-droites se coupent en C.
REMARQUE

Cette méthode marche tant que A^+B^<180°. Si la somme atteint ou dépasse 180°, les deux demi-droites sont parallèles ou divergentes, et C n'existe pas — c'est cohérent avec le théorème de la somme des angles.

À RETENIR

Pour construire : trois longueurs → règle + compas (avec vérification de l'inégalité triangulaire). Une longueur et deux angles → règle + rapporteur (avec A^+B^<180°).

La médiatrice et le cercle circonscrit

On termine ce chapitre par une notion qui paraît détachée des triangles mais qui leur est intimement liée.

La médiatrice d'un segment

DÉFINITION

La médiatrice d'un segment [AB] est la droite perpendiculaire à (AB) qui passe par le milieu de [AB].

Médiatrice du segment [AB] Segment horizontal [AB], sa médiatrice perpendiculaire passant par le milieu I, et un point M sur la médiatrice avec [MA] et [MB] codés de longueur égale. A B I M tout point de la médiatrice est à égale distance de A et de B
Médiatrice d'un segment et propriété d'équidistance

La médiatrice possède une propriété remarquable, qui justifie tout ce qui suit :

THÉORÈME · CARACTÉRISTIQUE

Un point appartient à la médiatrice de [AB] si et seulement si il est à égale distance de A et de B.

Cette propriété transforme la médiatrice en un outil : si tu cherches « tous les points équidistants de A et de B », la réponse est : « la médiatrice de [AB] ». Pas plus, pas moins.

Construction de la médiatrice au compas

MÉTHODE

Pour construire la médiatrice de [AB] :

  1. Ouvrir le compas à un rayon plus grand que la moitié de AB.
  2. Piquer en A et tracer un arc de cercle de part et d'autre de [AB].
  3. Sans changer l'écartement, piquer en B et tracer un arc qui croise le précédent en deux points.
  4. La droite reliant ces deux points d'intersection est la médiatrice de [AB].

Cette construction est élégante : on n'a besoin ni de mesurer AB, ni de calculer son milieu. Le compas le fait pour toi, par symétrie.

Le cercle circonscrit (intuition)

Considère maintenant un triangle ABC. Tu as trois côtés, donc tu peux tracer trois médiatrices : celle de [AB], celle de [BC], celle de [CA].

Cercle circonscrit au triangle ABC Triangle ABC, ses trois médiatrices qui se coupent en un point O, et le cercle de centre O qui passe par les trois sommets du triangle. A B C O les 3 médiatrices se coupent en O — le cercle de centre O passe par les 3 sommets
Cercle circonscrit d'un triangle, intersection des trois médiatrices

Voici le fait remarquable, à observer attentivement :

THÉORÈME · ADMISE

Les trois médiatrices d'un triangle se coupent en un même point, appelé centre du cercle circonscrit au triangle. Ce cercle, de centre ce point, passe par les trois sommets du triangle.

Pourquoi est-ce vrai ? L'intuition est belle : un point appartient à la médiatrice de [AB] si et seulement s'il est à égale distance de A et B. Donc le point d'intersection des trois médiatrices est à la fois équidistant de A et B, équidistant de B et C, et équidistant de C et A — autrement dit, équidistant des trois sommets. Cette distance commune, c'est le rayon du cercle qui passe par les trois sommets.

REMARQUE

Ce cercle est unique : par trois points non alignés, il passe un seul cercle. Tu le démontreras rigoureusement plus tard. En 5ᵉ, on retient le fait et on l'utilise.

À RETENIR

La médiatrice d'un segment est l'ensemble des points équidistants de ses deux extrémités. Les trois médiatrices d'un triangle se rencontrent au centre du cercle circonscrit, qui passe par les trois sommets.

Pièges classiques

Piège 1 : confondre côté et longueur dans les notations. [AB] avec crochets désigne le segment (un objet géométrique). AB sans crochets désigne sa longueur (un nombre). Donc « AB=5 cm » est correct, mais « [AB]=5 cm » est une faute de notation. C'est minuscule, mais ça compte en correction.

Piège 2 : tester l'inégalité triangulaire avec les mauvaises longueurs. Pour vérifier qu'un triangle existe, on compare la plus grande longueur à la somme des deux autres. Beaucoup d'élèves font les trois comparaisons, ou pire, comparent au hasard. Une seule comparaison suffit, à condition de bien repérer le maximum d'abord.

Piège 3 : croire qu'un triangle peut avoir deux angles obtus ou deux angles droits. La somme des angles vaut 180°. Si deux angles dépassent ou atteignent 90°, leur somme dépasse déjà 180°, ce qui est impossible. Donc dans tout triangle, il y a au plus un angle obtus et au plus un angle droit. Les autres angles sont forcément aigus.

Piège 4 : oublier que « équilatéral implique isocèle » mais que l'inverse est faux. Un triangle équilatéral est, en particulier, isocèle (il a même trois paires de côtés égaux). Donc toute propriété des isocèles s'applique aussi aux équilatéraux. Mais un isocèle n'est pas forcément équilatéral — Salma fait souvent l'erreur de croire « isocèle = équilatéral ».

Piège 5 : se tromper sur ce qu'est l'hypoténuse dans un triangle rectangle. L'hypoténuse est le côté opposé à l'angle droit, jamais un des deux côtés qui forment l'angle droit. C'est aussi toujours le plus long des trois côtés du triangle rectangle. Tu reverras ce vocabulaire en 4ᵉ avec le théorème de Pythagore — le maîtriser dès maintenant te fera gagner un chapitre entier.

Piège 6 : confondre médiatrice et hauteur (ou bissectrice). La médiatrice d'un côté est perpendiculaire à ce côté et passe par son milieu. Elle ne passe pas, en général, par le sommet opposé. Karim confond souvent la médiatrice avec la hauteur (perpendiculaire qui passe par le sommet opposé) ou avec la bissectrice (qui partage l'angle, pas le côté). Ces trois droites sont en général distinctes dans un triangle quelconque — elles ne coïncident que dans des cas très particuliers que tu reverras en 4ᵉ.

Application concrète

Yasmine veut fabriquer une étagère triangulaire pour suspendre dans le coin de sa chambre, à Casablanca. Elle a récupéré dans l'atelier de son oncle trois planches de longueurs respectives 80 cm, 60 cm, et 50 cm. Avant de scier ou de visser quoi que ce soit, elle veut s'assurer que son projet tient debout — au sens propre comme au sens géométrique.

Étape 1 — Vérifier que le triangle existe. La plus grande planche mesure 80 cm. Yasmine compare à la somme des deux autres : 60+50=110 cm. Comme 80<110, l'inégalité triangulaire est respectée : les trois planches peuvent bien former un triangle. Ouf — si la plus grande avait été de 115 cm, le projet aurait été géométriquement impossible, peu importe la précision du bricolage.

Étape 2 — Identifier la nature du triangle. Les trois côtés sont différents (80, 60, 50). Le triangle n'est donc ni équilatéral, ni isocèle. C'est un triangle quelconque. Yasmine se demande s'il est rectangle. Pour le savoir avec ses outils de 5ᵉ, elle ne peut que mesurer les angles à la fin de la construction — le test rigoureux, par les longueurs, viendra l'année prochaine avec Pythagore.

Étape 3 — Tracer le patron à l'échelle. Yasmine décide de dessiner un patron à l'échelle 1/10 sur une feuille avant de découper le bois. Les longueurs deviennent : 8 cm, 6 cm, 5 cm. Elle applique la méthode au compas : trace [AB] de 8 cm, ouvre le compas à 6 cm pour piquer en A, à 5 cm pour piquer en B, et les deux arcs se croisent au point C.

Étape 4 — Calculer le troisième angle pour la fixation. Pour visser solidement l'étagère au mur, Yasmine veut connaître l'angle au sommet A, là où elle compte placer l'équerre de fixation. Au rapporteur, elle mesure sur son patron A^38° et B^51°. Elle vérifie en calculant le troisième : C^=180°38°51°=91°. C'est cohérent avec ce qu'elle voit sur le patron — l'angle en C est presque droit, ce qui rend l'étagère bien adossée au coin du mur.

Étape 5 — Trouver le centre du cercle circonscrit pour la décoration. Touche finale : Yasmine veut peindre un disque clair en arrière-plan derrière son étagère, qui passe exactement par les trois pointes. Elle trace au compas les médiatrices de deux côtés du patron, repère leur intersection O, et obtient ainsi le centre du cercle qui passe par A, B et C. Elle reporte ce cercle à l'échelle 10/1 sur le mur, et son étagère sera parfaitement inscrite dans un grand cercle peint.

Conclusion. En cinq étapes, Yasmine est passée d'un tas de planches à un projet géométriquement sain et esthétiquement abouti. Toutes les notions du chapitre sont mobilisées : l'inégalité triangulaire pour valider la faisabilité, la classification des triangles pour anticiper la forme, la somme des angles pour vérifier les mesures, la construction au compas pour tracer le patron, et la médiatrice pour la décoration. Tu retrouveras les triangles à la base des parallélogrammes au chapitre suivant — beaucoup de leurs propriétés se déduisent de ce que tu viens d'apprendre.

À retenir

À RETENIR

Un triangle est défini par 3 sommets non alignés. Notation : côtés entre crochets ([AB]), longueurs sans (AB), angles avec un chapeau (A^).

À RETENIR

Inégalité triangulaire. Un triangle existe si et seulement si la longueur du plus grand côté est strictement inférieure à la somme des deux autres.

À RETENIR

Somme des angles. Dans tout triangle, A^+B^+C^=180°. Conséquence : un triangle a au plus un angle droit et au plus un angle obtus.

À RETENIR

Triangles particuliers. Isocèle = 2 côtés égaux ⇔ 2 angles à la base égaux. Équilatéral = 3 côtés égaux ⇔ 3 angles de 60°. Rectangle = un angle de 90° ; le côté opposé est l'hypoténuse, c'est le plus long.

À RETENIR

Médiatrice de [AB]. Droite perpendiculaire à (AB) passant par son milieu. Elle est l'ensemble des points équidistants de A et B.

À RETENIR

Cercle circonscrit. Les trois médiatrices d'un triangle se coupent en un même point O, centre du cercle qui passe par les trois sommets.