Mathématiques · 5ᵉ · Les expressions littérales

Les expressions littérales

Yasmine achète 3 stylos identiques à la papeterie. Elle ne se souvient plus du prix d'un stylo, mais elle sait déjà écrire sa dépense : c'est « 3 fois le prix d'un stylo ». Pas besoin de connaître ce prix pour décrire le calcul. Appelons ce prix inconnu x, en dirhams : sa dépense vaut alors 3x dirhams. Cette petite lettre x tient la place d'un nombre qu'on ne fixe pas tout de suite — et le calcul, lui, est déjà tout prêt.

À revoir avant de commencer
Tu passes en 4ᵉ ?Consolide l'essentiel de la 5ᵉ avant la rentrée.

Qu'est-ce qu'une expression littérale ?

Tu manipules déjà des expressions littérales depuis des années sans le savoir. Les formules de périmètre et d'aire du primaire en sont remplies : P=2×L+2× pour le rectangle, A=c×c pour le carré, V=L××h pour le pavé droit. Dans toutes ces formules, les lettres ne sont pas des inconnues à trouver : elles désignent un nombre quelconque, qu'on choisira au moment du calcul.

DÉFINITION

Une expression littérale est un calcul qui contient à la fois des nombres et des lettres. Chaque lettre représente un nombre dont on ne fixe pas la valeur tout de suite ; on l'appelle une variable.

Par exemple, 3x+2 est une expression littérale. La lettre x peut désigner 5 (et alors 3x+2=17), ou 2 (et alors 3x+2=4), ou n'importe quel autre nombre. La force d'une expression littérale, c'est justement de couvrir tous les cas en une seule écriture.

Les conventions d'écriture

En calcul littéral, on simplifie l'écriture pour aller plus vite. Trois règles à mémoriser :

  • Devant une lettre, le signe × disparaît. On écrit 3a au lieu de 3×a, et 5x au lieu de 5×x.
  • Entre deux lettres, le signe × disparaît aussi. On écrit ab au lieu de a×b, et xy au lieu de x×y.
  • Devant une parenthèse, le signe × disparaît. On écrit 3(a+b) au lieu de 3×(a+b).

Mais attention : entre deux nombres, le × reste obligatoire. Si tu écris 3×5 sans le ×, tu obtiens 35, ce qui n'a plus rien à voir.

À RETENIR

Le signe × disparaît devant une lettre, entre deux lettres, et devant une parenthèse. Il reste entre deux nombres.

Les puissances en notation simplifiée

Quand une lettre est multipliée par elle-même, on utilise une puissance : a×a s'écrit a2 (qui se lit "a au carré"), et a×a×a s'écrit a3 ("a au cube"). C'est exactement la même règle que pour les nombres (52=25).

Donc l'aire d'un carré de côté c s'écrit aussi bien c×c que c2. Les deux écritures sont équivalentes ; on préfère c2 qui est plus compact.

Calculer la valeur d'une expression littérale

Une expression littérale prend une valeur numérique précise dès qu'on remplace ses lettres par des nombres. Cette opération s'appelle la substitution.

DÉFINITION

Substituer une valeur dans une expression littérale, c'est remplacer chaque lettre par le nombre qu'on lui attribue, puis effectuer le calcul.

Exemple. Calcule la valeur de 3x+2 pour x=4.

On remplace : 3×4+2=12+2=14. Donc l'expression vaut 14 quand x=4.

Note bien que le signe × réapparaît au moment de la substitution. La règle "le × disparaît devant une lettre" ne s'applique qu'au calcul littéral. Dès qu'on remplace la lettre par un nombre, on est de retour entre deux nombres, et le × redevient obligatoire.

Substituer une valeur dans une expression littérale Dans l'expression 3x + 2, la lettre x occupe une case. On y glisse le nombre 4, c'est-à-dire x = 4. La case devient 4, et le calcul 3 fois 4 plus 2 donne 14. Substituer : on remplace la lettre par un nombre 4 3 x + 2 x = 4 3 × 4 + 2 = 14 La lettre x tient une place ; on y glisse un nombre, et le calcul se fait.
La lettre x occupe une case ; on y glisse le nombre 4, puis le calcul 3 × 4 + 2 = 14 se fait

Le piège des nombres relatifs

Quand tu remplaces une lettre par un nombre négatif, il faut toujours mettre le nombre entre parenthèses. Sinon tu confonds le signe du nombre avec une opération.

Exemple 1. Calcule 3x+2 pour x=5.

Bonne méthode : 3×(5)+2=15+2=13.

Mauvaise méthode : 3×5+2 — cette écriture est ambiguë, on ne sait plus si le est un signe ou une opération. Au chapitre 1 sur les nombres relatifs, tu as vu que les parenthèses servent justement à distinguer signe et opération. C'est exactement le même réflexe ici.

Exemple 2. Calcule a24 pour a=3.

Bonne méthode : (3)24=94=5.

Si tu écris 324, la priorité fait calculer 32=9 d'abord, puis on applique le signe : 94=13. Le résultat n'est pas le même. Donc les parenthèses changent vraiment le résultat ; ne les oublie jamais quand tu substitues un nombre négatif.

À RETENIR

Quand tu remplaces une lettre par un nombre négatif, mets-le entre parenthèses. Le signe × qui avait disparu réapparaît dès que la lettre devient un nombre.

Plusieurs lettres, plusieurs valeurs

Quand une expression contient plusieurs lettres, il faut une valeur pour chacune.

Exemple. Calcule 2a+3b pour a=5 et b=2.

2×5+3×(2)=10+(6)=4

L'expression vaut 4 pour ce choix de a et b. Pour d'autres valeurs, le résultat serait différent — c'est ça la flexibilité du calcul littéral.

Tester une égalité

Quand on écrit une égalité entre deux expressions littérales, comme 3x+2=11, deux questions se posent : cette égalité est-elle vraie pour toutes les valeurs de x, ou seulement pour certaines ?

DÉFINITION

Tester une égalité pour une valeur donnée, c'est calculer séparément la valeur de chaque membre pour cette valeur, puis comparer les deux résultats. Si les deux donnent le même nombre, l'égalité est vraie pour cette valeur ; sinon, elle est fausse.

Exemple 1. L'égalité 3x+2=11 est-elle vraie pour x=3 ?

Membre de gauche : 3×3+2=11. Membre de droite : 11. Les deux donnent 11, donc l'égalité est vraie pour x=3.

Exemple 2. Même égalité, est-elle vraie pour x=5 ?

Membre de gauche : 3×5+2=17. Membre de droite : 11. Les deux résultats, 17 et 11, ne sont pas égaux. L'égalité est fausse pour x=5.

Cette égalité 3x+2=11 n'est donc vraie que pour certaines valeurs de x. Trouver la valeur exacte qui rend l'égalité vraie, c'est résoudre une équation — un sujet que tu étudieras en détail en 4e.

Les égalités toujours vraies

Certaines égalités sont vraies pour toutes les valeurs des lettres. Par exemple, 2(a+3)=2a+6 est vraie quel que soit a. Tu peux le tester pour a=0 (2×3=6 ✓), pour a=5 (2×8=16 et 2×5+6=16 ✓), ou pour a=1 (2×2=4 et 2+6=4 ✓). Ce genre d'égalité est en fait une règle de calcul déguisée — celle de la distributivité, qu'on étudiera à la dernière leçon.

À RETENIR

Pour tester si une égalité est vraie pour une valeur, on calcule séparément les deux membres et on compare. Une égalité vraie pour toutes les valeurs est une règle de calcul.

Réduire une expression

Quand une expression contient plusieurs termes "du même type", on peut la réduire : la réécrire en moins de termes, sans en changer la valeur.

DÉFINITION

Deux termes sont semblables s'ils contiennent exactement la même partie littérale. Par exemple, 3a et 5a sont semblables (tous les deux en a), mais 3a et 5b ne le sont pas, et 3a et 5a2 ne le sont pas non plus.

Quelques exemples de termes semblables :

  • 3x et 7x (tous deux en x)
  • 4ab et 2ab (tous deux en ab)
  • 5y2 et y2 (tous deux en y2)

Et de termes non semblables :

  • 3x et 3x2 (l'un est en x, l'autre en x2)
  • 3a et 3b (lettres différentes)
THÉORÈME

Pour additionner ou soustraire des termes semblables, on additionne ou soustrait leurs coefficients (les nombres devant), en gardant la même partie littérale.

Exemple 1. Réduis 3a+5a.

Les deux termes sont semblables. On additionne les coefficients : 3+5=8. Donc 3a+5a=8a.

Exemple 2. Réduis 7x4x+2x.

Tous les termes sont en x. On calcule 74+2=5. Donc 7x4x+2x=5x.

Exemple 3. Réduis 4a+3b+2a5b.

On regroupe les termes en a et les termes en b séparément. 4a+2a=6a et 3b5b=2b. L'expression réduite est 6a2b.

Réduire en regroupant les termes semblables Trois carrés marqués x et cinq carrés marqués x, tous de la même couleur, se regroupent en huit x : 3x + 5x = 8x. En dessous, un carré x et un carré y de couleurs différentes ne se regroupent pas, comme des pommes et des oranges. Réduire : on regroupe les termes semblables x x x + x x x x x = 8x 3x + 5x = 8x x + y = x + y on ne réduit pas On regroupe des objets identiques : des x avec des x. Un x et un y ne se mélangent pas — comme des pommes et des oranges.
Trois x plus cinq x se regroupent en 8x, mais un x et un y ne se regroupent pas, comme des pommes et des oranges

Le piège de la lettre seule

Quand une lettre apparaît "toute seule", sans coefficient visible, son coefficient est 1. De même, quand elle apparaît avec un signe devant elle, son coefficient est 1.

Exemple 1. Réduis a+3a.

La lettre a "toute seule" compte comme 1a. Donc a+3a=1a+3a=4a.

Exemple 2. Réduis 5xx.

Le x compte comme 1x. Donc 5xx=5x1x=4x.

Cette convention est naturelle quand on y pense, mais elle piège souvent. Le réflexe à prendre : dès qu'une lettre est seule, lui imaginer mentalement un 1 devant.

À RETENIR

On ne réduit que des termes semblables. Une lettre seule a un coefficient de 1 ; précédée d'un signe , elle a un coefficient de 1.

Distribuer et factoriser

Une dernière opération essentielle du calcul littéral, qu'on retrouvera dans tous les chapitres d'algèbre suivants : la distributivité.

THÉORÈME

Pour tout nombre k et toutes lettres ou expressions a et b : k(a+b)=ka+kb k(ab)=kakb

C'est la règle qui permet de "supprimer" une parenthèse en multipliant chaque terme intérieur par le facteur extérieur.

Représentation géométrique de la distributivité : aire totale ka + kb Un grand rectangle de hauteur k et de longueur a + b est divisé verticalement en deux rectangles juxtaposés. Le rectangle de gauche, de largeur a, a pour aire ka. Le rectangle de droite, de largeur b, a pour aire kb. L'aire totale du grand rectangle, k(a + b), est égale à ka + kb. Distributivité : k(a + b) = ka + kb ka kb a b k a + b Aire totale = ka + kb
Représentation géométrique de la distributivité : aire totale ka + kb

Exemple 1. Développe 3(x+4).

On multiplie 3 par chaque terme entre parenthèses : 3×x+3×4=3x+12.

Exemple 2. Développe 5(2a3).

5×2a5×3=10a15.

Le piège du signe négatif

Quand le facteur extérieur est négatif, chaque terme entre parenthèses change de signe. C'est l'erreur la plus fréquente du chapitre.

Exemple. Développe 3(x2).

On multiplie 3 par x (donne 3x), puis 3 par 2 (donne +6, parce qu'un produit de deux négatifs est positif — règle vue au chapitre 1). Résultat : 3x+6.

L'erreur classique consiste à écrire 3x6 en oubliant que le second produit est positif. Pour t'éviter ce piège, le bon réflexe est de toujours calculer le signe et la valeur séparément pour chaque terme.

La factorisation : l'opération inverse

Quand on a une expression sous la forme ka+kb, on peut la factoriser : la réécrire comme k(a+b).

THÉORÈME

Quand un même facteur k apparaît dans tous les termes d'une somme, on peut le mettre en facteur : ka+kb=k(a+b)

Exemple 1. Factorise 3x+3y.

Le facteur commun est 3. On l'écrit devant la parenthèse : 3x+3y=3(x+y).

Exemple 2. Factorise 7a7.

Le facteur commun est 7. Attention au second terme : 7 tout seul, c'est 7×1. Donc 7a7=7(a1).

Exemple 3. Factorise 5x+10.

Le facteur commun n'est pas immédiatement visible. Mais 10=5×2, donc l'expression devient 5x+5×2=5(x+2).

À RETENIR

Distribuer, c'est passer de k(a+b) à ka+kb ; factoriser, c'est passer de ka+kb à k(a+b). Avec un facteur négatif, attention au signe de chaque terme.

Pièges classiques

Les six erreurs qui reviennent le plus en classe sur ce chapitre.

Piège 1 : oublier les parenthèses lors de la substitution d'un nombre négatif. Quand on remplace x par 3 dans 2x+1, on doit écrire 2×(3)+1, pas 2×3+1. Le risque : confondre le signe du nombre avec l'opération qui le précède. La parenthèse rend l'écriture sans ambiguïté.

Piège 2 : confondre 2a et a2. Ce sont deux choses très différentes. 2a veut dire a+a (deux fois la même quantité), et a2 veut dire a×a (le carré). Pour a=3 : 2a=6 mais a2=9. Apprends à les distinguer en les calculant pour quelques valeurs.

Piège 3 : réduire des termes non semblables. 3a+5b ne se réduit pas. On ne peut pas écrire 8ab, ni 8a, ni 8b. Tant que les parties littérales sont différentes, l'expression reste telle quelle. Réduire revient à compter ensemble des "objets identiques" — additionner 3 pommes et 5 oranges ne donne ni 8 pommes ni 8 oranges.

Piège 4 : se tromper de signe en distribuant un facteur négatif. Dans 2(x5), le 2 doit multiplier les deux termes : 2×x=2x et 2×(5)=+10. Donc 2(x5)=2x+10, pas 2x10. Le réflexe à prendre : traiter chaque terme séparément, signe par signe.

Piège 5 : oublier le coefficient 1 devant une lettre seule. Quand on réduit 4xx, on doit voir le second terme comme 1x, pas comme un terme à ignorer. Donc 4xx=3x, pas 4x. Pareil dans a+5a, où le a tout seul vaut 1a : le résultat est 6a.

Piège 6 : confondre développer et factoriser. "Développer", c'est passer de k(a+b) à ka+kb : on supprime la parenthèse. "Factoriser", c'est l'inverse : passer de ka+kb à k(a+b), on fait apparaître une parenthèse. Si l'énoncé demande "factorise", ne réponds pas avec une expression sans parenthèses.

Application concrète

Yasmine compare deux forfaits internet pour son téléphone. Le forfait A coûte 30 dirhams d'abonnement par mois, plus 2 dirhams par giga-octet consommé. Le forfait B est à tarif unique : 5 dirhams par giga, sans abonnement.

Elle ne sait pas combien de gigas elle consommera ce mois-ci, donc elle décide d'écrire le coût de chaque forfait sous forme d'expression littérale, en notant g le nombre de gigas consommés.

Étape 1 — Écrire les expressions.

Pour le forfait A : 30 dirhams fixes, plus 2 dirhams par giga, donc le coût est 30+2g dirhams.

Pour le forfait B : 5 dirhams par giga, sans rien d'autre, donc le coût est 5g dirhams.

Étape 2 — Calculer pour quelques valeurs.

Yasmine teste pour g=5, g=10 et g=15 gigas, en substituant la valeur dans chaque expression.

Gigas g Forfait A : 30+2g Forfait B : 5g
5 30+2×5=40 dh 5×5=25 dh
10 30+2×10=50 dh 5×10=50 dh
15 30+2×15=60 dh 5×15=75 dh

À 5 gigas, B est moins cher. À 15 gigas, A est moins cher. Il y a donc un seuil où les deux forfaits coûtent la même chose.

Étape 3 — Tester l'égalité au seuil.

D'après le tableau, le seuil semble être à 10 gigas. Yasmine vérifie : pour g=10, est-ce que 30+2g=5g ?

Membre de gauche : 30+2×10=50. Membre de droite : 5×10=50. Les deux valent 50, donc l'égalité est vraie pour g=10. Le seuil est confirmé.

Étape 4 — Réduire une expression.

Si Yasmine cumule les forfaits A et B (par exemple parce qu'elle paie aussi celui de son frère), son coût total est 30+2g+5g dirhams. Elle réduit : 2g+5g=7g, donc le coût total s'écrit 30+7g dirhams — beaucoup plus simple à manipuler.

Étape 5 — Factoriser.

Yasmine remarque que le forfait A peut s'écrire 30+2g, mais aussi sous forme factorisée. Elle cherche un facteur commun à 30 et à 2g : c'est 2, puisque 30=2×15 et 2g=2×g. Donc le forfait A se factorise en 2(15+g). Cette écriture met en évidence que le forfait coûte deux fois "quinze plus le nombre de gigas" — pas forcément plus utile au quotidien, mais ça reste une réécriture correcte du même prix.

Conclusion.

Avec une seule lettre g, Yasmine a couvert tous les cas en même temps — au lieu de refaire le calcul pour chaque nombre de gigas possible. C'est exactement ce que sert le calcul littéral : décrire en une seule fois une infinité de situations. Tu utiliseras ce même outil au lycée pour modéliser des situations en physique (distance parcourue en fonction du temps), en finance (intérêts en fonction du capital), et même en biologie (population en fonction du temps).

À retenir

À RETENIR

Une expression littérale est un calcul contenant des nombres et des lettres, où chaque lettre est une variable qui peut prendre n'importe quelle valeur.

À RETENIR

Le signe × disparaît devant une lettre, entre deux lettres et devant une parenthèse. Il reste obligatoire entre deux nombres.

À RETENIR

Pour calculer la valeur d'une expression littérale, on substitue chaque lettre par sa valeur, puis on effectue le calcul. Quand on substitue un nombre négatif, on l'écrit entre parenthèses.

À RETENIR

Pour tester une égalité, on calcule séparément ses deux membres pour la valeur donnée, puis on compare. Une égalité vraie pour toutes les valeurs est une règle de calcul.

À RETENIR

On ne réduit que des termes semblables (même partie littérale). Une lettre seule a un coefficient de 1, et précédée d'un signe , un coefficient de 1.

À RETENIR

Distributivité : k(a+b)=ka+kb. Factoriser, c'est l'opération inverse : ka+kb=k(a+b). Avec un facteur négatif, attention au signe de chaque terme intérieur.

Ce chapitre prépare à