Les expressions littérales
Yasmine achète stylos identiques à la papeterie. Elle ne se souvient plus du prix d'un stylo, mais elle sait déjà écrire sa dépense : c'est « fois le prix d'un stylo ». Pas besoin de connaître ce prix pour décrire le calcul. Appelons ce prix inconnu , en dirhams : sa dépense vaut alors dirhams. Cette petite lettre tient la place d'un nombre qu'on ne fixe pas tout de suite — et le calcul, lui, est déjà tout prêt.
Qu'est-ce qu'une expression littérale ?
Tu manipules déjà des expressions littérales depuis des années sans le savoir. Les formules de périmètre et d'aire du primaire en sont remplies : pour le rectangle, pour le carré, pour le pavé droit. Dans toutes ces formules, les lettres ne sont pas des inconnues à trouver : elles désignent un nombre quelconque, qu'on choisira au moment du calcul.
Une expression littérale est un calcul qui contient à la fois des nombres et des lettres. Chaque lettre représente un nombre dont on ne fixe pas la valeur tout de suite ; on l'appelle une variable.
Par exemple, est une expression littérale. La lettre peut désigner (et alors ), ou (et alors ), ou n'importe quel autre nombre. La force d'une expression littérale, c'est justement de couvrir tous les cas en une seule écriture.
Les conventions d'écriture
En calcul littéral, on simplifie l'écriture pour aller plus vite. Trois règles à mémoriser :
- Devant une lettre, le signe disparaît. On écrit au lieu de , et au lieu de .
- Entre deux lettres, le signe disparaît aussi. On écrit au lieu de , et au lieu de .
- Devant une parenthèse, le signe disparaît. On écrit au lieu de .
Mais attention : entre deux nombres, le reste obligatoire. Si tu écris sans le , tu obtiens , ce qui n'a plus rien à voir.
Le signe disparaît devant une lettre, entre deux lettres, et devant une parenthèse. Il reste entre deux nombres.
Les puissances en notation simplifiée
Quand une lettre est multipliée par elle-même, on utilise une puissance : s'écrit (qui se lit "a au carré"), et s'écrit ("a au cube"). C'est exactement la même règle que pour les nombres ().
Donc l'aire d'un carré de côté s'écrit aussi bien que . Les deux écritures sont équivalentes ; on préfère qui est plus compact.
Calculer la valeur d'une expression littérale
Une expression littérale prend une valeur numérique précise dès qu'on remplace ses lettres par des nombres. Cette opération s'appelle la substitution.
Substituer une valeur dans une expression littérale, c'est remplacer chaque lettre par le nombre qu'on lui attribue, puis effectuer le calcul.
Exemple. Calcule la valeur de pour .
On remplace : . Donc l'expression vaut quand .
Note bien que le signe réapparaît au moment de la substitution. La règle "le disparaît devant une lettre" ne s'applique qu'au calcul littéral. Dès qu'on remplace la lettre par un nombre, on est de retour entre deux nombres, et le redevient obligatoire.
Le piège des nombres relatifs
Quand tu remplaces une lettre par un nombre négatif, il faut toujours mettre le nombre entre parenthèses. Sinon tu confonds le signe du nombre avec une opération.
Exemple 1. Calcule pour .
Bonne méthode : .
Mauvaise méthode : — cette écriture est ambiguë, on ne sait plus si le est un signe ou une opération. Au chapitre 1 sur les nombres relatifs, tu as vu que les parenthèses servent justement à distinguer signe et opération. C'est exactement le même réflexe ici.
Exemple 2. Calcule pour .
Bonne méthode : .
Si tu écris , la priorité fait calculer d'abord, puis on applique le signe : . Le résultat n'est pas le même. Donc les parenthèses changent vraiment le résultat ; ne les oublie jamais quand tu substitues un nombre négatif.
Quand tu remplaces une lettre par un nombre négatif, mets-le entre parenthèses. Le signe qui avait disparu réapparaît dès que la lettre devient un nombre.
Plusieurs lettres, plusieurs valeurs
Quand une expression contient plusieurs lettres, il faut une valeur pour chacune.
Exemple. Calcule pour et .
L'expression vaut pour ce choix de et . Pour d'autres valeurs, le résultat serait différent — c'est ça la flexibilité du calcul littéral.
Tester une égalité
Quand on écrit une égalité entre deux expressions littérales, comme , deux questions se posent : cette égalité est-elle vraie pour toutes les valeurs de , ou seulement pour certaines ?
Tester une égalité pour une valeur donnée, c'est calculer séparément la valeur de chaque membre pour cette valeur, puis comparer les deux résultats. Si les deux donnent le même nombre, l'égalité est vraie pour cette valeur ; sinon, elle est fausse.
Exemple 1. L'égalité est-elle vraie pour ?
Membre de gauche : . Membre de droite : . Les deux donnent , donc l'égalité est vraie pour .
Exemple 2. Même égalité, est-elle vraie pour ?
Membre de gauche : . Membre de droite : . Les deux résultats, et , ne sont pas égaux. L'égalité est fausse pour .
Cette égalité n'est donc vraie que pour certaines valeurs de . Trouver la valeur exacte qui rend l'égalité vraie, c'est résoudre une équation — un sujet que tu étudieras en détail en 4e.
Les égalités toujours vraies
Certaines égalités sont vraies pour toutes les valeurs des lettres. Par exemple, est vraie quel que soit . Tu peux le tester pour ( ✓), pour ( et ✓), ou pour ( et ✓). Ce genre d'égalité est en fait une règle de calcul déguisée — celle de la distributivité, qu'on étudiera à la dernière leçon.
Pour tester si une égalité est vraie pour une valeur, on calcule séparément les deux membres et on compare. Une égalité vraie pour toutes les valeurs est une règle de calcul.
Réduire une expression
Quand une expression contient plusieurs termes "du même type", on peut la réduire : la réécrire en moins de termes, sans en changer la valeur.
Deux termes sont semblables s'ils contiennent exactement la même partie littérale. Par exemple, et sont semblables (tous les deux en ), mais et ne le sont pas, et et ne le sont pas non plus.
Quelques exemples de termes semblables :
- et (tous deux en )
- et (tous deux en )
- et (tous deux en )
Et de termes non semblables :
- et (l'un est en , l'autre en )
- et (lettres différentes)
Pour additionner ou soustraire des termes semblables, on additionne ou soustrait leurs coefficients (les nombres devant), en gardant la même partie littérale.
Exemple 1. Réduis .
Les deux termes sont semblables. On additionne les coefficients : . Donc .
Exemple 2. Réduis .
Tous les termes sont en . On calcule . Donc .
Exemple 3. Réduis .
On regroupe les termes en et les termes en séparément. et . L'expression réduite est .
Le piège de la lettre seule
Quand une lettre apparaît "toute seule", sans coefficient visible, son coefficient est . De même, quand elle apparaît avec un signe devant elle, son coefficient est .
Exemple 1. Réduis .
La lettre "toute seule" compte comme . Donc .
Exemple 2. Réduis .
Le compte comme . Donc .
Cette convention est naturelle quand on y pense, mais elle piège souvent. Le réflexe à prendre : dès qu'une lettre est seule, lui imaginer mentalement un devant.
On ne réduit que des termes semblables. Une lettre seule a un coefficient de ; précédée d'un signe , elle a un coefficient de .
Distribuer et factoriser
Une dernière opération essentielle du calcul littéral, qu'on retrouvera dans tous les chapitres d'algèbre suivants : la distributivité.
Pour tout nombre et toutes lettres ou expressions et :
C'est la règle qui permet de "supprimer" une parenthèse en multipliant chaque terme intérieur par le facteur extérieur.
Exemple 1. Développe .
On multiplie par chaque terme entre parenthèses : .
Exemple 2. Développe .
.
Le piège du signe négatif
Quand le facteur extérieur est négatif, chaque terme entre parenthèses change de signe. C'est l'erreur la plus fréquente du chapitre.
Exemple. Développe .
On multiplie par (donne ), puis par (donne , parce qu'un produit de deux négatifs est positif — règle vue au chapitre 1). Résultat : .
L'erreur classique consiste à écrire en oubliant que le second produit est positif. Pour t'éviter ce piège, le bon réflexe est de toujours calculer le signe et la valeur séparément pour chaque terme.
La factorisation : l'opération inverse
Quand on a une expression sous la forme , on peut la factoriser : la réécrire comme .
Quand un même facteur apparaît dans tous les termes d'une somme, on peut le mettre en facteur :
Exemple 1. Factorise .
Le facteur commun est . On l'écrit devant la parenthèse : .
Exemple 2. Factorise .
Le facteur commun est . Attention au second terme : tout seul, c'est . Donc .
Exemple 3. Factorise .
Le facteur commun n'est pas immédiatement visible. Mais , donc l'expression devient .
Distribuer, c'est passer de à ; factoriser, c'est passer de à . Avec un facteur négatif, attention au signe de chaque terme.
Pièges classiques
Les six erreurs qui reviennent le plus en classe sur ce chapitre.
Piège 1 : oublier les parenthèses lors de la substitution d'un nombre négatif. Quand on remplace par dans , on doit écrire , pas . Le risque : confondre le signe du nombre avec l'opération qui le précède. La parenthèse rend l'écriture sans ambiguïté.
Piège 2 : confondre et . Ce sont deux choses très différentes. veut dire (deux fois la même quantité), et veut dire (le carré). Pour : mais . Apprends à les distinguer en les calculant pour quelques valeurs.
Piège 3 : réduire des termes non semblables. ne se réduit pas. On ne peut pas écrire , ni , ni . Tant que les parties littérales sont différentes, l'expression reste telle quelle. Réduire revient à compter ensemble des "objets identiques" — additionner pommes et oranges ne donne ni pommes ni oranges.
Piège 4 : se tromper de signe en distribuant un facteur négatif. Dans , le doit multiplier les deux termes : et . Donc , pas . Le réflexe à prendre : traiter chaque terme séparément, signe par signe.
Piège 5 : oublier le coefficient devant une lettre seule. Quand on réduit , on doit voir le second terme comme , pas comme un terme à ignorer. Donc , pas . Pareil dans , où le tout seul vaut : le résultat est .
Piège 6 : confondre développer et factoriser. "Développer", c'est passer de à : on supprime la parenthèse. "Factoriser", c'est l'inverse : passer de à , on fait apparaître une parenthèse. Si l'énoncé demande "factorise", ne réponds pas avec une expression sans parenthèses.
Application concrète
Yasmine compare deux forfaits internet pour son téléphone. Le forfait A coûte dirhams d'abonnement par mois, plus dirhams par giga-octet consommé. Le forfait B est à tarif unique : dirhams par giga, sans abonnement.
Elle ne sait pas combien de gigas elle consommera ce mois-ci, donc elle décide d'écrire le coût de chaque forfait sous forme d'expression littérale, en notant le nombre de gigas consommés.
Étape 1 — Écrire les expressions.
Pour le forfait A : dirhams fixes, plus dirhams par giga, donc le coût est dirhams.
Pour le forfait B : dirhams par giga, sans rien d'autre, donc le coût est dirhams.
Étape 2 — Calculer pour quelques valeurs.
Yasmine teste pour , et gigas, en substituant la valeur dans chaque expression.
| Gigas | Forfait A : | Forfait B : |
|---|---|---|
| dh | dh | |
| dh | dh | |
| dh | dh |
À gigas, B est moins cher. À gigas, A est moins cher. Il y a donc un seuil où les deux forfaits coûtent la même chose.
Étape 3 — Tester l'égalité au seuil.
D'après le tableau, le seuil semble être à gigas. Yasmine vérifie : pour , est-ce que ?
Membre de gauche : . Membre de droite : . Les deux valent , donc l'égalité est vraie pour . Le seuil est confirmé.
Étape 4 — Réduire une expression.
Si Yasmine cumule les forfaits A et B (par exemple parce qu'elle paie aussi celui de son frère), son coût total est dirhams. Elle réduit : , donc le coût total s'écrit dirhams — beaucoup plus simple à manipuler.
Étape 5 — Factoriser.
Yasmine remarque que le forfait A peut s'écrire , mais aussi sous forme factorisée. Elle cherche un facteur commun à et à : c'est , puisque et . Donc le forfait A se factorise en . Cette écriture met en évidence que le forfait coûte deux fois "quinze plus le nombre de gigas" — pas forcément plus utile au quotidien, mais ça reste une réécriture correcte du même prix.
Conclusion.
Avec une seule lettre , Yasmine a couvert tous les cas en même temps — au lieu de refaire le calcul pour chaque nombre de gigas possible. C'est exactement ce que sert le calcul littéral : décrire en une seule fois une infinité de situations. Tu utiliseras ce même outil au lycée pour modéliser des situations en physique (distance parcourue en fonction du temps), en finance (intérêts en fonction du capital), et même en biologie (population en fonction du temps).
À retenir
Une expression littérale est un calcul contenant des nombres et des lettres, où chaque lettre est une variable qui peut prendre n'importe quelle valeur.
Le signe disparaît devant une lettre, entre deux lettres et devant une parenthèse. Il reste obligatoire entre deux nombres.
Pour calculer la valeur d'une expression littérale, on substitue chaque lettre par sa valeur, puis on effectue le calcul. Quand on substitue un nombre négatif, on l'écrit entre parenthèses.
Pour tester une égalité, on calcule séparément ses deux membres pour la valeur donnée, puis on compare. Une égalité vraie pour toutes les valeurs est une règle de calcul.
On ne réduit que des termes semblables (même partie littérale). Une lettre seule a un coefficient de , et précédée d'un signe , un coefficient de .
Distributivité : . Factoriser, c'est l'opération inverse : . Avec un facteur négatif, attention au signe de chaque terme intérieur.