Droites du plan et équations
Vecteur directeur et pente
Une droite, ce n'est pas seulement un trait : c'est avant tout une direction. Si tu te tiens sur une droite et que tu veux rester dessus, tu n'as le choix qu'entre deux sens, mais une seule direction. Au chapitre 9 sur les vecteurs, tu as appris à décrire un déplacement par un vecteur de coordonnées . L'idée centrale de ce chapitre est là : on attache à chaque droite un vecteur qui donne sa direction.
Un vecteur directeur d'une droite est un vecteur non nul dont la direction est celle de . Autrement dit, si et sont deux points distincts de , alors est un vecteur directeur de .
Une droite possède une infinité de vecteurs directeurs : tous ceux qui pointent dans la même direction. Si est un vecteur directeur de , alors , , ou le sont aussi. Ce qui compte, ce n'est pas la longueur ni le sens, mais la direction — exactement la notion de colinéarité que tu as vue avec les vecteurs.
Exemple 1. On considère les points et . Le vecteur est un vecteur directeur de la droite . Le vecteur , colinéaire à puisque , en est un autre, plus simple à manipuler.
De la direction à la pente
Lis le vecteur directeur comme un déplacement : pour avancer le long de la droite, on se décale de horizontalement (vers la droite) et de verticalement (vers le haut). On retrouve l'idée de la 3ᵉ : quand on avance de en abscisse, de combien monte-t-on ? C'est la pente.
Soit un vecteur directeur d'une droite , avec . Le coefficient directeur (ou pente) de est le nombre Il mesure le déplacement vertical pour un déplacement horizontal de .
La condition n'est pas un détail : si le vecteur directeur est vertical, on ne peut pas diviser par , et la droite n'a pas de pente. Garde cette exception en tête, on y reviendra.
Exemple 2. Pour la droite de l'exemple 1, de vecteur directeur , la pente vaut Quand on avance de en abscisse, on monte de . Tu peux le vérifier sur le vecteur simplifié : . Le choix du vecteur directeur ne change pas la pente, c'est rassurant.
Exemple 3. Calculons la pente de la droite passant par et . Un vecteur directeur est d'où La pente est négative : la droite descend. Quand on avance de vers la droite, on descend de .
Le piège de l'ordre des coordonnées
Pour passer de deux points et à la pente, on écrit L'erreur classique : mélanger l'ordre, par exemple écrire avec le numérateur et le dénominateur calculés dans des sens opposés. Le résultat aurait alors le signe inversé. La règle est simple : numérateur et dénominateur doivent suivre le même sens, de vers (ou de vers , peu importe, mais le même pour les deux). C'est exactement la coordonnée verticale du vecteur directeur divisée par sa coordonnée horizontale.
Tout vecteur non nul de la direction d'une droite en est un vecteur directeur ; ils sont tous colinéaires entre eux. Si est un vecteur directeur avec , la pente est . Une droite verticale n'a pas de pente.
Équation réduite d'une droite
On sait maintenant décrire la direction d'une droite. Mais une direction ne suffit pas à fixer une droite : il en existe une infinité de parallèles, toutes de même pente. Il faut une information de plus — savoir où la droite se situe en hauteur. C'est le rôle de l'équation réduite, qui dit exactement quels points appartiennent à la droite.
Toute droite non verticale admet une unique équation de la forme appelée son équation réduite. Le nombre est la pente (coefficient directeur) et est l'ordonnée à l'origine : c'est l'ordonnée du point où la droite coupe l'axe des ordonnées, de coordonnées .
Tu reconnais la forme : c'est exactement celle d'une fonction affine de la 3ᵉ, où l'on notait souvent et . Ici on note et , mais l'objet est le même. Un point est sur la droite si, et seulement si, ses coordonnées vérifient l'égalité.
Exemple 1. La droite d'équation a pour pente et pour ordonnée à l'origine . Elle coupe l'axe des ordonnées en . Le point est-il dessus ? On remplace : . Oui. Le point ? On a : non, n'est pas sur la droite.
Le cas des droites verticales
Une droite verticale réunit tous les points de même abscisse. Sur une telle droite, ne bouge jamais : on ne peut pas écrire en fonction de , donc pas d'équation réduite . Son équation est d'une autre nature.
Une droite verticale (parallèle à l'axe des ordonnées) a une équation de la forme où est l'abscisse commune à tous ses points. Elle n'a pas de pente.
Exemple 2. La droite d'équation est la verticale passant par tous les points d'abscisse : , , … Un vecteur directeur en est . Comme sa première coordonnée est nulle, la pente n'existe pas : cohérent, une verticale n'a pas de pente.
Déterminer m et p à partir de deux points
C'est la manœuvre la plus utile du chapitre. On connaît deux points d'une droite (non verticale) et on cherche son équation réduite. La méthode tient en deux temps : la pente d'abord, l'ordonnée à l'origine ensuite.
Exemple 3. Trouvons l'équation réduite de la droite passant par et .
D'abord la pente : L'équation est donc de la forme . Pour trouver , on utilise le fait que est sur la droite : ses coordonnées vérifient l'équation. La droite a pour équation . On vérifie avec : . Parfait.
Exemple 4. Même méthode avec et . La pente : On a , et on injecte : L'équation réduite est .
Le piège de la vérification oubliée
Une fois et trouvés, prends le réflexe de vérifier avec le second point — celui que tu n'as pas utilisé pour calculer . C'est un filet de sécurité gratuit. Dans l'exemple 4, on a trouvé avec ; on vérifie avec : . L'égalité tombe juste, l'équation est correcte. Si elle n'était pas tombée juste, c'est qu'une erreur de signe s'était glissée dans le calcul de ou de .
Une droite non verticale a une unique équation réduite ; est sa pente, son ordonnée à l'origine. Une droite verticale a une équation et n'a pas de pente. Pour trouver l'équation réduite à partir de deux points : calcule , puis injecte un point pour trouver , et vérifie avec l'autre point.
Équation cartésienne
L'équation réduite a un défaut : elle ignore les droites verticales, traitées à part avec . Pour avoir une seule forme qui décrit absolument toutes les droites du plan, on utilise l'équation cartésienne. C'est la forme la plus générale, et celle qui dialogue le mieux avec les vecteurs.
Toute droite du plan admet une équation cartésienne de la forme où , , sont des réels avec et non tous les deux nuls (c'est-à-dire ).
Cette forme englobe tout. Si , la droite n'est pas verticale et on peut revenir à la forme réduite. Si , l'équation devient , soit : une droite verticale. Aucun cas n'échappe à .
Lire un vecteur directeur sur l'équation cartésienne
C'est là que l'équation cartésienne révèle sa puissance. Les coefficients et portent directement la direction de la droite.
La droite d'équation cartésienne admet pour vecteur directeur
Retiens bien l'ordre et les signes : on prend les coefficients et , on les échange, et on change le signe du premier. Le coefficient donne en abscisse, le coefficient donne en ordonnée.
Exemple 1. La droite d'équation a pour coefficients et . Un vecteur directeur est donc . Sa pente vaut .
Exemple 2. La droite d'équation , c'est-à-dire , a pour coefficients et . Vecteur directeur : , vertical. C'est cohérent : est la droite verticale .
Passer d'une forme à l'autre
Savoir naviguer entre forme réduite et forme cartésienne est indispensable.
De la réduite à la cartésienne. Il suffit de tout ramener d'un même côté.
Exemple 3. Soit . On multiplie tout par pour chasser le dénominateur : On ramène à gauche : On retrouve l'équation cartésienne de l'exemple 1.
De la cartésienne à la réduite. Quand , on isole .
Exemple 4. Soit . On isole le terme en : puis on divise par : La pente est , l'ordonnée à l'origine . On peut le recouper avec la propriété : vecteur directeur , donc pente . Tout concorde.
Le piège du vecteur directeur
L'erreur la plus fréquente est d'écrire au lieu de , c'est-à-dire prendre les coefficients tels quels sans les échanger ni changer de signe. C'est faux. Pour t'en convaincre, vérifie toujours que le vecteur est bien colinéaire à la direction : la droite passe par et ; le vecteur entre ces points est , qui est bien et pas . Note aussi que tout vecteur colinéaire convient : est tout aussi correct, c'est .
Toute droite a une équation cartésienne avec ; cette forme décrit aussi les verticales. Un vecteur directeur est . On passe de la réduite à la cartésienne en regroupant tout d'un côté, et de la cartésienne à la réduite (si ) en isolant .
Parallélisme et intersection
Reviens à la question de Yasmine sur les deux lignes de tramway. Deux droites du plan sont dans l'un de deux cas : soit elles ont la même direction (parallèles), soit elles se coupent en un point unique (sécantes). Savoir distinguer les deux, et trouver le point de croisement le cas échéant, c'est l'aboutissement du chapitre.
Deux droites sont parallèles si, et seulement si, elles ont la même direction, c'est-à-dire si leurs vecteurs directeurs sont colinéaires. Pour deux droites non verticales, cela revient à dire qu'elles ont la même pente.
Exemple 1. Les droites et ont la même pente : elles sont parallèles. Elles ne diffèrent que par leur ordonnée à l'origine, donc par leur hauteur — comme deux rails qui ne se rejoignent jamais.
Exemple 2. Les droites et ont pour vecteurs directeurs et . Ces vecteurs sont colinéaires : . Les droites sont parallèles. (Pour tester la colinéarité de et , tu calcules le déterminant , comme au chapitre 9.)
Trouver le point d'intersection
Si deux droites ne sont pas parallèles, elles se coupent en un point unique. Ce point appartient aux deux droites : ses coordonnées vérifient les deux équations à la fois. Le trouver, c'est donc résoudre un système de deux équations à deux inconnues et .
Deux droites non parallèles se coupent en un unique point, dont les coordonnées sont l'unique solution du système formé par leurs deux équations.
Exemple 3. Cherchons l'intersection de et . Comme les pentes et sont différentes, les droites sont sécantes. On résout le système : Les deux expressions de sont égales, donc On regroupe : , d'où . On reporte dans la première équation : . Le point d'intersection est . Vérification dans la seconde : . Correct.
Exemple 4. Avec des équations cartésiennes, et . On résout : En additionnant les deux équations, les termes en s'éliminent : , donc . La première équation donne , soit . Le point d'intersection est .
Le piège du système sans solution
Que se passe-t-il si tu appliques la méthode du système à deux droites parallèles ? Le calcul se bloque. Prends et . En égalant : , donc , une absurdité. Cette contradiction n'est pas une erreur de ta part : c'est la traduction algébrique du fait que les droites ne se croisent jamais. Le système n'a aucune solution. À l'inverse, si tu obtiens une égalité toujours vraie comme , c'est que les deux équations décrivent la même droite (parallèles confondues), et il y a une infinité de points communs. Vérifie donc d'abord les pentes : si elles diffèrent, le système aura une solution unique.
Deux droites sont parallèles si, et seulement si, leurs vecteurs directeurs sont colinéaires (même pente pour les non verticales). Sinon elles sont sécantes en un point unique, que l'on trouve en résolvant le système de leurs deux équations. Un système contradictoire signale des parallèles distinctes ; une égalité toujours vraie, des droites confondues.
Pont avec les fonctions affines
Tu l'as sûrement senti tout au long du chapitre : on parle de la même chose qu'en 3ᵉ, vue sous un autre angle. C'est le moment de rendre le lien explicite, car il éclaire les deux notions.
La représentation graphique d'une fonction affine est exactement la droite d'équation réduite . Le coefficient directeur de la fonction est la pente de la droite ; l'ordonnée à l'origine est l'ordonnée du point où la droite coupe l'axe des ordonnées.
Autrement dit, « tracer la fonction » et « tracer la droite d'équation » sont une seule et même opération. La différence est seulement de point de vue : la fonction insiste sur le lien « à j'associe », la droite sur l'objet géométrique « ensemble de points alignés ». Attention : toute droite non verticale est le graphe d'une fonction affine, mais une droite verticale ne l'est pas — elle associerait à un seul une infinité de , ce qu'aucune fonction ne fait.
Exemple 1. La fonction a pour graphe la droite , c'est-à-dire (exemple 3 de la leçon 3). Pour la tracer, on place l'ordonnée à l'origine , puis on lit la pente : quand augmente de , diminue de . Ces deux points suffisent à tracer toute la droite.
Lire pente et ordonnée à l'origine sur un graphique
L'opération inverse est tout aussi importante : devant une droite tracée, retrouver son équation. On lit deux choses. D'abord le point où elle coupe l'axe des ordonnées : c'est . Ensuite, en partant de ce point, on avance de vers la droite et on regarde de combien on monte ou descend : c'est .
Exemple 2. Une droite coupe l'axe des ordonnées en et, quand on avance de en abscisse, elle descend de . Alors et . Son équation réduite est . C'est la traduction directe, en langage de droites, de ce que tu faisais en 3ᵉ avec « la montée pour un pas de 1 ».
Le piège de la verticale qui n'est pas une fonction
Salma, devant la droite , veut écrire « ». Erreur de lecture classique : est la fonction constante, dont le graphe est la droite horizontale , et non la verticale . La verticale n'est tout simplement pas le graphe d'une fonction : pour l'abscisse , elle contient une infinité de points , alors qu'une fonction n'autorise qu'une seule image par antécédent. Ne confonds pas (verticale, pas une fonction) et (horizontale, fonction constante).
La courbe d'une fonction affine est la droite ; on lit la pente et l'ordonnée à l'origine directement sur le graphique. Les droites non verticales sont exactement les graphes de fonctions affines ; une verticale n'est pas une fonction.
Pièges classiques
Piège 1 : oublier que les droites verticales n'ont pas d'équation réduite. La forme ne décrit que les droites non verticales. Une droite verticale s'écrit et n'a pas de pente (on ne peut pas diviser par la coordonnée horizontale nulle de son vecteur directeur). Si un problème te donne deux points de même abscisse, par exemple et , ne cherche surtout pas une pente : l'équation est directement .
Piège 2 : confondre la pente et l'ordonnée à l'origine. Dans , la pente est et l'ordonnée à l'origine est . Karim affirme que la droite coupe l'axe des ordonnées en : c'est faux, elle le coupe en (le terme constant), et est l'inclinaison. Le coefficient devant le est la pente ; le terme seul, sans , est l'ordonnée à l'origine.
Piège 3 : se tromper sur le vecteur directeur . À partir de , le vecteur directeur n'est pas : il faut échanger les coefficients et changer le signe du premier, ce qui donne . Pour , c'est , pas . Recoupe toujours avec deux points de la droite si tu as un doute.
Piège 4 : croire que deux droites se coupent toujours. Deux droites parallèles ne se croisent jamais. Avant de te lancer dans la résolution d'un système, regarde les pentes (ou les vecteurs directeurs) : si elles sont égales, les droites sont parallèles et il n'y a pas de point d'intersection (ou alors une infinité, si elles sont confondues). Un système qui aboutit à ne contient pas d'erreur : il signale des parallèles distinctes.
Piège 5 : commettre une erreur de résolution du système. Quand tu résous le système des deux équations, surveille les signes lors de l'élimination ou de la substitution, et reporte la valeur trouvée dans les deux équations pour vérifier. Une faute de signe sur un seul terme déplace le point d'intersection et fausse toute la conclusion. La vérification dans la seconde équation est le réflexe qui rattrape l'erreur.
Piège 6 : mélanger l'ordre des coordonnées dans la pente. La pente entre et est : numérateur et dénominateur doivent suivre le même sens de parcours. Écrire inverse le signe et donne une pente fausse. Et n'oublie jamais de placer la variation des ordonnées en haut, celle des abscisses en bas — pas l'inverse.
Application concrète
Yasmine et Amine organisent une course d'orientation dans le parc de la Ligue arabe, à Casablanca. Sur le plan quadrillé du parc (en hectomètres), Yasmine part du point et marche en ligne droite vers . Amine part du point et marche, lui aussi en ligne droite, vers . Ils veulent savoir si leurs trajectoires se croisent et, si oui, à quel point précis poser le drapeau de rencontre.
Étape 1 — Trouver l'équation de la trajectoire de Yasmine. La droite passe par et . Sa pente est Comme a pour abscisse , son ordonnée donne directement l'ordonnée à l'origine : . La trajectoire de Yasmine est
Étape 2 — Trouver l'équation de la trajectoire d'Amine. La droite passe par et . Sa pente est De même, donne . La trajectoire d'Amine est
Étape 3 — Vérifier qu'elles se croisent. Les pentes valent et : elles sont différentes, donc les trajectoires ne sont pas parallèles. Elles se coupent en un point unique. Le drapeau pourra être posé.
Étape 4 — Calculer le point de rencontre. On résout le système : Les deux expressions de sont égales : On multiplie tout par pour chasser la fraction : , d'où et . On reporte dans la seconde équation : . Le point de rencontre est .
Étape 5 — Interpréter et vérifier. Le point est précisément le point : la trajectoire de Yasmine passe donc exactement par l'arrivée d'Amine. On vérifie dans la première équation : . L'égalité tombe juste. Le drapeau de rencontre se pose en sur le plan, soit à hectomètres à l'est et hectomètres au nord du coin de référence du parc.
Conclusion. En transformant deux trajectoires en deux équations de droites, Yasmine et Amine ont ramené une question de géométrie — « où nos chemins se croisent-ils ? » — à un simple système de deux équations. C'est exactement la démarche de la géométrie repérée : remplacer la figure par du calcul fiable. Cette même logique, enrichie du produit scalaire et de l'orthogonalité que tu découvriras en 1ʳᵉ, te permettra de calculer des distances, des angles, et de manier les cercles en géométrie analytique, jusqu'en classes préparatoires.
À retenir
Une droite est caractérisée par sa direction, donnée par un vecteur directeur non nul. Si , sa pente est ; une droite verticale n'a pas de pente.
Une droite non verticale a une unique équation réduite ( pente, ordonnée à l'origine). Une droite verticale a pour équation . Pour trouver l'équation réduite à partir de deux points : calcule , injecte un point pour obtenir , vérifie avec l'autre.
Toute droite admet une équation cartésienne avec ; cette forme décrit aussi les verticales. Un vecteur directeur est : on échange les coefficients et on change le signe du premier.
Deux droites sont parallèles si, et seulement si, leurs vecteurs directeurs sont colinéaires (même pente pour les non verticales). Sinon elles sont sécantes en un point unique, obtenu en résolvant le système de leurs deux équations.
La courbe d'une fonction affine est la droite . Les droites non verticales sont exactement les graphes de fonctions affines ; la verticale n'est pas une fonction.