Mathématiques · 2ⁿᵈᵉ · Statistiques descriptives et données

Statistiques descriptives et données

Tu passes en 1ʳᵉ ?Consolide la 2ⁿᵈᵉ avant d'attaquer les spécialités.

Moyenne et médiane

Tu disposes de deux façons de désigner « le centre » d'une série numérique, et elles ne coïncident presque jamais. La première, la moyenne, équilibre les valeurs ; la seconde, la médiane, les coupe en deux moitiés égales. Savoir laquelle utiliser — et pourquoi elles diffèrent — est le vrai contenu de cette leçon.

DÉFINITION

La moyenne d'une série de n valeurs x1,x2,,xn est xˉ=x1+x2++xnn=1ni=1nxi.

La notation xˉx barre ») et le symbole (« somme de ») te suivront jusqu'en prépa : retiens-les dès maintenant.

Exemple 1. Amine relève les notes suivantes sur cinq devoirs : 9;13;12;8;18. Leur somme est 9+13+12+8+18=60, et il y a 5 valeurs, donc xˉ=605=12.

La moyenne pondérée

Quand une même valeur se répète, on ne la recopie pas : on la multiplie par son effectif. C'est la moyenne pondérée, exactement la moyenne « coefficientée » que tu calcules pour un bulletin.

DÉFINITION

Si les valeurs x1,,xp ont pour effectifs respectifs n1,,np (avec N=n1++np l'effectif total), la moyenne pondérée est xˉ=n1x1+n2x2++npxpN=1Ni=1pnixi.

Exemple 2. Dans la classe de Yasmine, le devoir donne la répartition suivante :

Note xi 8 10 12 14 16
Effectif ni 4 6 8 5 2

L'effectif total est N=4+6+8+5+2=25. La somme pondérée vaut 8×4+10×6+12×8+14×5+16×2=32+60+96+70+32=290, donc xˉ=29025=11,6. Chaque note compte autant de fois qu'elle a été obtenue : oublier les effectifs reviendrait à faire 8+10+12+14+165=12, un chiffre faux qui ignore que la classe penche vers les notes basses.

La médiane

DÉFINITION

La médiane Me d'une série ordonnée par valeurs croissantes est une valeur qui partage la série en deux groupes de même effectif : au moins la moitié des données lui sont inférieures ou égales, et au moins la moitié lui sont supérieures ou égales.

Le calcul dépend de la parité de l'effectif N.

  • Si N est impair, la médiane est la valeur de rang N+12 : la valeur du milieu.
  • Si N est pair, la médiane est la demi-somme des deux valeurs centrales, de rangs N2 et N2+1.

Exemple 3. Salma relève les températures maximales (en °C) sur sept jours à Marrakech : 24;31;28;26;33;29;27. Ordonnées : 24;26;27;28;29;31;33. Comme N=7 est impair, la médiane est la 7+12=4e valeur, soit Me=28 °C. Trois jours sont en dessous, trois au-dessus.

Exemple 4. Ajoutons un huitième jour à 30 °C. La série ordonnée devient 24;26;27;28;29;30;31;33, avec N=8 pair. Les deux valeurs centrales sont les rangs 4 et 5, soit 28 et 29, donc Me=28+292=28,5 °C.

Le piège de la sensibilité de la moyenne aux valeurs extrêmes

Voici la différence cruciale entre les deux indicateurs. La moyenne utilise la valeur de chaque donnée : une seule donnée énorme la déplace fortement. La médiane n'utilise que le rang : elle ignore l'ampleur des extrêmes. Reprenons les cinq notes d'Amine, 8;9;12;13;18, de moyenne 12 et de médiane 12. Remplaçons la dernière par un 20 exceptionnel et même un score impossible de 40 pour l'argument : la médiane resterait 12, mais la moyenne grimperait. C'est pourquoi, pour des salaires, on publie le salaire médian : quelques très hauts revenus gonflent la moyenne sans rien dire du salarié « typique ». Quand une série a des valeurs extrêmes (on dit aberrantes ou atypiques), la médiane décrit mieux le centre que la moyenne.

À RETENIR

La moyenne xˉ=1Nnixi équilibre les valeurs et se laisse tirer par les extrêmes ; la médiane partage la série ordonnée en deux moitiés et résiste aux extrêmes. Pour un effectif pair, la médiane est la demi-somme des deux valeurs centrales.

Quartiles et étendue

La médiane coupe la série en deux. Rien n'interdit de la couper plus finement : les quartiles la découpent en quatre, ce qui permet de localiser non plus seulement le centre, mais aussi les « épaules » de la série. Avec eux viennent deux mesures de dispersion : l'étendue et l'écart interquartile.

DÉFINITION

L'étendue d'une série est l'écart entre sa plus grande et sa plus petite valeur : eˊtendue=xmaxxmin.

L'étendue est la mesure de dispersion la plus simple, mais aussi la plus fragile : elle ne dépend que des deux valeurs extrêmes, donc une seule donnée aberrante la fausse entièrement.

DÉFINITION

Pour une série ordonnée d'effectif N :

  • le premier quartile Q1 est la plus petite valeur de la série telle qu'au moins 25% (14) des données lui soient inférieures ou égales ;
  • le troisième quartile Q3 est la plus petite valeur telle qu'au moins 75% (34) des données lui soient inférieures ou égales.

En pratique en Seconde, on calcule les rangs N4 et 3N4 : si le résultat n'est pas entier, on arrondit à l'entier supérieur et on prend la valeur de ce rang ; s'il est entier, certaines conventions prennent la valeur de ce rang. Garde une convention unique et applique-la fidèlement.

Exemple 1. Amine note les prix (en dh) de douze paniers de fruits au marché central, déjà ordonnés : 18;20;22;25;25;28;30;32;35;38;42;50. Ici N=12. Pour Q1 : N4=3, entier, on prend la 3e valeur, Q1=22 dh. Pour Q3 : 3N4=9, entier, on prend la 9e valeur, Q3=35 dh. La médiane est la demi-somme des 6e et 7e valeurs, 28+302=29 dh. L'étendue vaut 5018=32 dh.

DÉFINITION

L'écart interquartile est la longueur de l'intervalle [Q1;Q3] : EIQ=Q3Q1. Il mesure l'étalement des 50% de données centrales, en excluant les quarts extrêmes.

Exemple 2. Sur la série des paniers, EIQ=3522=13 dh. Interprétation concrète : la moitié centrale des paniers — ceux qui ne sont ni les moins chers ni les plus chers — se vend dans une fourchette de 13 dh, entre 22 et 35 dh. C'est un résumé bien plus robuste que l'étendue de 32 dh, que le panier à 50 dh gonfle à lui seul.

Lire un diagramme en boîte

Les cinq nombres xmin, Q1, Me, Q3, xmax se représentent par un diagramme en boîte (ou « boîte à moustaches »). La boîte va de Q1 à Q3, barrée à la médiane ; les moustaches s'étendent jusqu'aux extrêmes. C'est l'outil idéal pour comparer deux séries d'un coup d'œil.

Diagramme en boîte de la série des paniers de fruits Diagramme en boîte horizontal des prix des paniers de fruits, en dirhams. La moustache gauche va du minimum 18 au premier quartile Q1 = 22. La boîte s'étend de Q1 = 22 à Q3 = 35, barrée par un trait vertical à la médiane 29. La moustache droite va de Q3 = 35 au maximum 50. dh 15 20 25 30 35 40 45 50 55 18 22 29 35 50 min Q₁ Me Q₃ max
Diagramme en boîte de la série des paniers de fruits

Le piège de l'étendue trompeuse

Salma compare deux classes de notes. La première a une étendue de 14 (notes de 4 à 18), la seconde une étendue de 8 (notes de 9 à 17). Elle conclut que la première classe est « beaucoup plus hétérogène ». Pas si vite : si dans la première classe une seule note vaut 4 et toutes les autres sont serrées autour de 13, l'étendue ment. L'écart interquartile, lui, ignore cette unique note basse et révélerait que le gros de la classe est en réalité très homogène. L'étendue dépend de deux valeurs ; l'écart interquartile décrit le cœur de la série. Devant une dispersion, regarde toujours l'EIQ avant de conclure.

À RETENIR

L'étendue xmaxxmin mesure l'étalement total mais dépend des seuls extrêmes. Les quartiles Q1 et Q3 encadrent les 50% centraux, et l'écart interquartile Q3Q1 en est une mesure de dispersion robuste, insensible aux valeurs aberrantes.

Écart type et dispersion

Médiane, quartiles et étendue décrivent la dispersion par des positions dans la série ordonnée. L'écart type procède autrement : il mesure, en moyenne, à quelle distance les valeurs se trouvent de la moyenne xˉ. C'est l'indicateur de dispersion roi — celui qui revient partout en physique, en économie et dans toute la théorie des probabilités à venir.

DÉFINITION

La variance d'une série de moyenne xˉ est la moyenne des carrés des écarts à la moyenne : V=1Ni=1pni(xixˉ)2. L'écart type est sa racine carrée : σ=V.

On élève les écarts au carré pour deux raisons : éviter que les écarts positifs et négatifs ne s'annulent (leur somme vaut toujours 0), et pénaliser davantage les grands écarts. La racine carrée finale ramène l'écart type dans la même unité que les données (des dh, des °C, des points), ce qui le rend directement interprétable — contrairement à la variance, exprimée en unités au carré. La lettre σ (sigma) est la notation universelle.

Exemple 1. Karim a obtenu les cinq notes 10;11;12;13;14, de moyenne xˉ=605=12. Les écarts à la moyenne sont 2,1,0,1,2, leurs carrés 4,1,0,1,4, de somme 10. La variance vaut V=105=2, donc l'écart type est σ=21,4. Les notes de Karim s'écartent de sa moyenne d'environ 1,4 point en typique : une classe très régulière.

Comparer deux séries de même moyenne

C'est ici que l'écart type devient indispensable. Deux séries peuvent avoir exactement la même moyenne et des dispersions radicalement différentes.

Exemple 2. Yasmine et Amine ont chacun une moyenne de 12 sur cinq devoirs.

D1 D2 D3 D4 D5 Moyenne Écart type
Yasmine 11 12 12 13 12 12 0,6
Amine 4 18 6 20 12 12 6,6

Même moyenne, 12. Mais Yasmine est d'une régularité métronomique (faible écart type), tandis qu'Amine alterne catastrophes et exploits (fort écart type). Un recruteur, un jury ou un professeur ne les jugera pas de la même façon : la moyenne seule les confondrait, l'écart type les distingue. Une moyenne ne se commente jamais sans une mesure de dispersion à côté.

Le calcul à la calculatrice et au tableur

Au-delà d'un petit exemple comme celui de Karim, on ne calcule pas une variance à la main : c'est long et source d'erreurs. Toute calculatrice scientifique possède un mode statistique (souvent noté STAT ou SD) : tu saisis les valeurs (et leurs effectifs), et la machine renvoie directement xˉ et σ. Au tableur, les fonctions MOYENNE(...) et ECARTYPEP(...) font le travail sur une plage de cellules. Sache interpréter σ ; laisse la machine le calculer.

Le piège de la même moyenne, même série

L'erreur, fréquente, consiste à croire que deux séries de même moyenne « se ressemblent ». Faux : la moyenne est un point d'équilibre, pas une description. Les notes d'Amine (4,18,6,20,12) et celles de Yasmine (11,12,12,13,12) ont la même moyenne 12 et n'ont rien en commun. De même, une moyenne identique peut cacher des médianes différentes. Retiens : moyenne, médiane et écart type sont trois informations indépendantes ; il en faut au moins deux pour décrire honnêtement une série.

À RETENIR

L'écart type σ=V mesure la distance typique des valeurs à la moyenne, dans la même unité que les données. Deux séries de même moyenne peuvent avoir des écarts types très différents : plus σ est grand, plus la série est dispersée. On le calcule à la calculatrice ou au tableur.

Histogrammes, classes et fréquences

Jusqu'ici les valeurs étaient peu nombreuses et listables. Mais comment décrire les salaires de 5000 employés, ou les tailles de tous les élèves d'un lycée ? On regroupe les données en classes — des intervalles — et on compte combien de données tombe dans chacune. C'est le passage des données brutes aux données regroupées, et il introduit l'histogramme.

DÉFINITION

Une classe est un intervalle [a;b[ dans lequel on regroupe les valeurs. L'effectif d'une classe est le nombre de données qu'elle contient ; sa fréquence est la proportion correspondante : f=effectif de la classeeffectif total.

La fréquence est un nombre entre 0 et 1, qu'on exprime souvent en pourcentage. La somme de toutes les fréquences vaut toujours 1 (soit 100%).

Exemple 1. Une entreprise de Casablanca classe les salaires mensuels nets (en dh) de ses 200 employés :

Classe de salaire (dh) Effectif Fréquence
[3000;5000[ 50 0,25
[5000;7000[ 80 0,40
[7000;9000[ 44 0,22
[9000;11000[ 26 0,13
Total 200 1,00

La fréquence de la classe [5000;7000[ est 80200=0,40=40% : 40% des employés gagnent entre 5000 et 7000 dh. Vérifie toujours que les fréquences somment à 1.

Fréquences cumulées

Pour répondre à « combien d'employés gagnent moins de 7000 dh ? », on cumule les effectifs (ou les fréquences) classe après classe.

DÉFINITION

La fréquence cumulée croissante d'une classe est la somme des fréquences de cette classe et de toutes les classes qui la précèdent. Elle donne la proportion de données inférieures à la borne supérieure de la classe.

Exemple 2. On complète le tableau précédent :

Classe (dh) Fréquence Fréquence cumulée croissante
[3000;5000[ 0,25 0,25
[5000;7000[ 0,40 0,65
[7000;9000[ 0,22 0,87
[9000;11000[ 0,13 1,00

La fréquence cumulée à 7000 dh est 0,25+0,40=0,65 : 65% des employés gagnent moins de 7000 dh. Cette colonne permet de localiser approximativement la médiane : elle est dans la classe où la fréquence cumulée franchit 0,50, donc ici dans [5000;7000[.

L'histogramme

DÉFINITION

Un histogramme représente une série regroupée en classes par des rectangles accolés, un par classe. Lorsque les classes ont la même largeur, la hauteur de chaque rectangle est proportionnelle à son effectif (ou à sa fréquence).

Histogramme de la répartition des salaires Histogramme des salaires mensuels nets de 200 employés, regroupés en quatre classes de largeur 2000 dh. Les effectifs sont : 50 pour la classe [3000 ; 5000[, 80 pour [5000 ; 7000[, 44 pour [7000 ; 9000[ et 26 pour [9000 ; 11000[. Les rectangles accolés ont des hauteurs proportionnelles à ces effectifs. 0 20 40 60 80 effectif 50 80 44 26 3000 5000 7000 9000 11000 dh Répartition des salaires (200 employés)
Histogramme de la répartition des salaires

Attention : l'histogramme se distingue du diagramme en bâtons de la 3ᵉ. Le diagramme en bâtons décrit des catégories séparées (sports, transports) par des bâtons disjoints ; l'histogramme décrit des classes continues et accolées d'une grandeur numérique.

Le piège des classes de largeurs inégales

L'erreur subtile : si les classes n'ont pas la même largeur, ce n'est plus la hauteur du rectangle qui doit être proportionnelle à l'effectif, mais son aire. Une classe deux fois plus large que les autres avec le même effectif paraîtrait, à hauteur égale, deux fois trop « lourde » à l'œil. En Seconde, on travaille presque toujours avec des classes de même largeur, ce qui rend hauteur et aire proportionnelles. Mais vérifie toujours la largeur des classes avant de lire un histogramme.

À RETENIR

Regrouper des données en classes [a;b[ donne des effectifs et des fréquences (proportions sommant à 1). Les fréquences cumulées croissantes donnent la proportion de données sous un seuil. L'histogramme représente ces classes par des rectangles accolés dont la hauteur (à largeur égale) est proportionnelle à l'effectif.

Tableaux croisés et fréquences conditionnelles

Tout ce qui précède décrit un seul caractère. Mais les vraies questions croisent souvent deux caractères : le genre et le moyen de transport, la filière et la réussite. Le tableau croisé (ou tableau à double entrée) organise ce croisement, et il introduit une distinction qui sépare les lecteurs pressés des lecteurs rigoureux : marginale contre conditionnelle.

DÉFINITION

Un tableau croisé (ou à double entrée) répartit une population selon deux caractères simultanément : les modalités de l'un en lignes, celles de l'autre en colonnes. Chaque case donne l'effectif de l'intersection.

Exemple 1. On interroge 250 usagers du tramway de Rabat-Salé sur leur tranche d'âge et la possession d'un abonnement.

Abonné Non abonné Total
Moins de 25 ans 70 30 100
25 ans et plus 60 90 150
Total 130 120 250

Les totaux en marge (la ligne et la colonne « Total ») donnent les répartitions de chaque caractère pris seul.

DÉFINITION

La fréquence marginale d'une modalité est sa proportion sur l'ensemble de la population. La fréquence conditionnelle est la proportion d'une modalité calculée à l'intérieur d'une sous-population (une ligne ou une colonne donnée).

Exemple 2 (marginale). La fréquence marginale des abonnés est 130250=0,52=52% : sur tous les usagers interrogés, 52% ont un abonnement.

Exemple 3 (conditionnelle). La fréquence des abonnés parmi les moins de 25 ans est 70100=0,70=70% : on ne regarde plus que la sous-population des jeunes, et 70% d'entre eux sont abonnés. Parmi les 25 ans et plus, la fréquence d'abonnés tombe à 60150=0,40=40%. Le croisement révèle ce qu'aucune marge ne montrait : les jeunes s'abonnent bien plus souvent.

Le sens d'une fréquence conditionnelle

Une fréquence conditionnelle se lit toujours « la proportion de A parmi les B ». Le dénominateur n'est pas l'effectif total, mais l'effectif de la sous-population B. Inverser les deux change radicalement le sens : « la proportion d'abonnés parmi les jeunes » (70100=70%) n'a rien à voir avec « la proportion de jeunes parmi les abonnés » (7013054%). Le mot parmi désigne le dénominateur. C'est exactement la structure des probabilités conditionnelles que tu rencontreras en Première et Terminale.

Le piège de la marginale prise pour une conditionnelle

L'erreur classique consiste à lire 52% d'abonnés (marginale, sur l'ensemble) et à en conclure « donc environ la moitié des jeunes sont abonnés ». Faux : la fréquence marginale mélange toutes les sous-populations et masque les différences. Chez les jeunes, c'est 70% ; chez les plus âgés, 40% — aucune ne vaut 52%. Une marge décrit le tout ; une conditionnelle décrit une partie. Confondre les deux fait perdre toute l'information que le croisement avait justement révélée.

À RETENIR

Dans un tableau croisé, une fréquence marginale se calcule sur l'effectif total (les marges), tandis qu'une fréquence conditionnelle se calcule sur l'effectif d'une sous-population (une ligne ou une colonne). Le mot « parmi » indique le dénominateur à prendre.

Pièges classiques

Piège 1 : confondre moyenne et médiane. La moyenne xˉ équilibre les valeurs et se laisse déplacer par les extrêmes ; la médiane partage la série ordonnée en deux moitiés et ne dépend que des rangs. Pour des salaires ou des prix avec quelques valeurs très hautes, le centre « typique » est la médiane, pas la moyenne. Donner l'un pour l'autre fausse l'interprétation.

Piège 2 : oublier les pondérations ou les effectifs. Dans une moyenne pondérée, chaque valeur doit être multipliée par son effectif avant la division par l'effectif total. Calculer 8+10+12+14+165 au lieu de 8×4+10×6+25 traite à tort des valeurs répétées comme si elles n'apparaissaient qu'une fois. Le même oubli guette dans le calcul de la variance.

Piège 3 : croire que deux séries de même moyenne ont la même dispersion. La moyenne ne dit rien de l'étalement. Les notes 11,12,12,13,12 et 4,18,6,20,12 ont toutes deux pour moyenne 12, mais des écarts types opposés (environ 0,6 contre 6,6). Une moyenne se commente toujours avec une mesure de dispersion (écart type ou écart interquartile).

Piège 4 : mal placer la médiane quand l'effectif est pair. Pour N pair, la médiane n'est pas « une des deux valeurs centrales », mais leur demi-somme. Pour 24;26;27;28;29;30;31;33 (N=8), la médiane est 28+292=28,5, et non 28 ni 29. Oublier la demi-somme décale le centre de la série.

Piège 5 : confondre fréquence marginale et conditionnelle. Une fréquence marginale se calcule sur le total de la population ; une conditionnelle sur une sous-population (le « parmi »). Lire 52% d'abonnés au total et l'appliquer à chaque tranche d'âge efface les écarts réels (70% chez les jeunes, 40% chez les autres). Le dénominateur n'est pas le même.

Piège 6 : confondre étendue et écart interquartile, ou se fier à la seule étendue. L'étendue xmaxxmin ne dépend que des deux extrêmes : une unique valeur aberrante la gonfle entièrement. L'écart interquartile Q3Q1 décrit les 50% centraux et résiste aux valeurs atypiques. Devant une dispersion, privilégie l'EIQ pour juger l'homogénéité du cœur de la série.

Application concrète

Yasmine est déléguée de classe et veut présenter au conseil un bilan honnête du dernier devoir de mathématiques. Sa classe compte 25 élèves, et elle dispose de toutes les notes ainsi que d'un petit sondage qu'elle a mené en parallèle. Elle décide de ne se contenter d'aucun chiffre isolé.

Étape 1 — Résumer le centre (moyenne et médiane). La répartition des notes est celle de la leçon 1 :

Note xi 8 10 12 14 16
Effectif ni 4 6 8 5 2

La moyenne pondérée vaut xˉ=29025=11,6. Pour la médiane, l'effectif total N=25 est impair : la médiane est la 25+12=13e valeur dans l'ordre croissant. Les quatre 8 occupent les rangs 1 à 4, les six 10 les rangs 5 à 10, et les huit 12 les rangs 11 à 18. Le rang 13 tombe donc sur un 12 : Me=12. Moyenne 11,6, médiane 12 : la classe est assez équilibrée, sans valeur extrême qui décale la moyenne.

Étape 2 — Mesurer la dispersion (quartiles et étendue). L'étendue vaut 168=8. Pour Q1, le rang est N4=254=6,25, arrondi à 7 : la 7e valeur est un 10, donc Q1=10. Pour Q3, le rang est 3N4=18,75, arrondi à 19 : la 19e valeur est un 14 (les 14 occupent les rangs 19 à 23), donc Q3=14. L'écart interquartile vaut EIQ=1410=4 : la moitié centrale de la classe se tient dans une fourchette de 4 points, entre 10 et 14. Une classe resserrée.

Étape 3 — Quantifier la régularité (écart type). Yasmine saisit la série dans le mode statistique de sa calculatrice et lit σ2,1. Les notes s'écartent donc de la moyenne d'environ 2 points en typique. Elle compare avec la classe voisine, de même moyenne 11,6 mais d'écart type σ4,3 : même centre, dispersion deux fois plus grande. Sans l'écart type, le conseil aurait cru les deux classes identiques ; avec lui, Yasmine montre que sa classe est nettement plus homogène.

Étape 4 — Croiser deux caractères (tableau croisé). Le sondage de Yasmine croise le fait d'avoir révisé en groupe et le fait d'avoir eu la moyenne (10) :

Moyenne atteinte Sous la moyenne Total
A révisé en groupe 12 2 14
A révisé seul 6 5 11
Total 18 7 25

La fréquence marginale de réussite est 1825=0,72=72%. Mais la fréquence conditionnelle de réussite parmi ceux qui ont révisé en groupe est 12140,86=86%, contre 6110,55=55% parmi ceux qui ont révisé seuls. Le croisement suggère un effet net de la révision en groupe que la marge de 72% masquait totalement.

Conclusion. En empilant moyenne, médiane, quartiles, écart type et lecture conditionnelle, Yasmine livre un bilan qu'aucun chiffre unique n'aurait permis : une classe homogène, légèrement au-dessus de 11, plus régulière que sa voisine, et où la révision en groupe semble payer. C'est exactement la démarche du statisticien — décrire d'abord rigoureusement avant d'expliquer — et la base sur laquelle se construiront, en Première, Terminale et en prépa, l'échantillonnage et les statistiques inférentielles, qui permettent de généraliser un constat d'échantillon à une population entière.

À retenir

À RETENIR

Le centre d'une série se décrit par la moyenne xˉ=1Nnixi (sensible aux extrêmes) et la médiane (qui partage la série ordonnée en deux moitiés et leur résiste). Pour N pair, la médiane est la demi-somme des deux valeurs centrales.

À RETENIR

La dispersion se mesure par l'étendue xmaxxmin (fragile), l'écart interquartile Q3Q1 (robuste, décrit les 50% centraux) et l'écart type σ=V, distance typique des valeurs à la moyenne, dans la même unité que les données.

À RETENIR

Deux séries de même moyenne peuvent avoir des dispersions opposées : ne jamais commenter une moyenne sans une mesure de dispersion à côté. L'écart type se calcule à la calculatrice ou au tableur.

À RETENIR

Pour de grandes séries, on regroupe en classes [a;b[ : effectifs, fréquences (sommant à 1) et fréquences cumulées (proportion sous un seuil). L'histogramme les représente par des rectangles accolés, de hauteur proportionnelle à l'effectif quand les classes ont même largeur.

À RETENIR

Dans un tableau croisé, une fréquence marginale se calcule sur l'effectif total, une fréquence conditionnelle sur une sous-population (« parmi »). Cette distinction est la racine des probabilités conditionnelles à venir.