Probabilités, échantillonnage et simulation
Tu passes en 1ʳᵉ ?Consolide la 2ⁿᵈᵉ avant d'attaquer les spécialités.Vocabulaire des événements
Avant de calculer quoi que ce soit, il faut un langage précis. En probabilités, ce langage décrit ce qui peut arriver quand on confie quelque chose au hasard. On part d'une expérience aléatoire : une opération dont on connaît tous les résultats possibles à l'avance, mais dont on ne peut pas prédire lequel sortira.
Une expérience aléatoire est une expérience qui, reproduite dans les mêmes conditions, peut donner des résultats différents, sans qu'on puisse savoir lequel à l'avance. Chacun de ses résultats possibles s'appelle une issue. L'ensemble de toutes les issues s'appelle l'univers, noté .
Exemple 1. On lance un dé équilibré à six faces. Les issues sont les six faces possibles, donc l'univers est . Il contient issues. On ne peut pas prédire la face qui sortira, mais on connaît la liste complète des possibles.
Exemple 2. Une urne contient boules rouges, boules vertes et boule jaune, toutes de même taille. On en tire une au hasard et on note sa couleur. L'univers est alors , qui compte issues. Attention : ici une issue est une couleur, pas une boule particulière — c'est un choix de modélisation qu'il faut assumer dès le départ.
Une fois l'univers posé, on s'intéresse à des regroupements d'issues : c'est ce qu'on appelle un événement.
Un événement est une partie de l'univers, c'est-à-dire un ensemble d'issues. On dit qu'un événement est réalisé lorsque l'issue obtenue lui appartient. Un événement réduit à une seule issue s'appelle un événement élémentaire.
Exemple 3. Avec le dé, considère l'événement : « obtenir un nombre pair ». C'est l'ensemble . Si on lance et qu'on obtient , alors : l'événement est réalisé. Si on obtient , alors n'est pas réalisé. L'événement « obtenir » est, lui, un événement élémentaire : , une seule issue.
Événement certain et événement impossible
Deux événements occupent les extrêmes. L'un se produit toujours, l'autre ne se produit jamais.
L'événement certain est l'univers tout entier : il est réalisé quelle que soit l'issue. L'événement impossible est l'ensemble vide : il n'est réalisé par aucune issue.
Exemple 4. Avec le dé, « obtenir un nombre entre et » est l'événement certain : c'est toujours vrai. « Obtenir » est l'événement impossible : aucune face ne le permet. Ces deux cas serviront de bornes quand on attribuera des probabilités à la leçon suivante.
Le piège de l'univers mal défini
Tout le reste du chapitre repose sur un univers correctement décrit. L'erreur classique consiste à oublier des issues ou à en compter une deux fois. Salma, à qui on demande l'univers du tirage d'une carte dans un jeu de cartes, répond « pique, cœur, carreau, trèfle, soit issues ». C'est un univers possible si la question ne porte que sur la couleur ; mais si on s'intéresse à la carte tirée, l'univers compte issues, pas . Avant de modéliser, demande-toi toujours : « une issue, c'est quoi exactement dans ce problème ? » Toute la suite en dépend.
Une expérience aléatoire a un univers qui liste toutes ses issues ; un événement est un ensemble d'issues, réalisé quand l'issue obtenue lui appartient ; est l'événement certain, l'événement impossible.
Probabilité d'un événement et équiprobabilité
Décrire les événements ne suffit pas : on veut mesurer leur chance de se produire. C'est le rôle de la probabilité, un nombre attribué à chaque événement.
Attribuer une loi de probabilité à un univers , c'est associer à chaque issue un nombre compris entre et , de sorte que la somme de toutes les probabilités des issues vaille : La probabilité d'un événement est alors la somme des probabilités des issues qui le composent.
Cette condition « la somme fait » n'est pas une formalité : elle traduit le fait qu'une issue, et une seule, finit toujours par se réaliser. Une probabilité vaut pour l'événement impossible et pour l'événement certain.
Exemple 1. Reprenons l'urne de boules : rouges, vertes, jaune. En tirant une boule au hasard, chaque boule a la même chance d'être choisie. La loi de probabilité sur les couleurs est donc , , . Vérification indispensable : . La somme fait bien , la loi est cohérente.
Le cas de l'équiprobabilité
Le cas le plus simple, et le plus fréquent dans les exercices, est celui où toutes les issues ont la même probabilité.
On dit qu'il y a équiprobabilité lorsque toutes les issues de l'univers ont la même probabilité. Si compte issues, chacune a alors la probabilité .
En situation d'équiprobabilité, la probabilité d'un événement se calcule par
C'est la formule que tu connais depuis la 3ᵉ. Elle ne vaut que sous l'hypothèse d'équiprobabilité — un dé équilibré, une pièce honnête, un tirage au hasard. Si le dé est truqué, elle ne s'applique plus.
Exemple 2. On lance un dé équilibré. L'univers compte issues équiprobables. L'événement : « obtenir un multiple de » est , soit cas favorables. Donc
Exemple 3. On tire une carte au hasard dans un jeu de cartes. Quelle est la probabilité de tirer un roi ? Il y a rois (un par couleur) parmi cartes, et le tirage est équiprobable. Donc
Le piège de l'équiprobabilité supposée
L'erreur la plus tenace est d'appliquer la formule des cas favorables sans vérifier que les issues sont équiprobables. Karim étudie la somme de deux dés et déclare : « la somme peut faire , , …, jusqu'à , soit valeurs, donc chaque somme a une probabilité . » C'est faux. Obtenir une somme de exige , une seule combinaison ; obtenir une somme de se fait de six façons : , , , , , . Les sommes ne sont pas équiprobables. Le bon univers équiprobable est celui des couples , et c'est sur lui qu'on compte. La leçon : avant d'écrire , assure-toi que tu comptes sur un univers où chaque issue a réellement la même chance.
Une loi de probabilité attribue à chaque issue un nombre entre et , de somme . En équiprobabilité seulement, .
Réunion, intersection et événement contraire
Les événements ne vivent pas isolés : on veut combiner « obtenir un nombre pair » et « obtenir un multiple de », ou décrire « ne pas obtenir un ». Trois opérations suffisent.
Soit et deux événements d'un même univers.
- La réunion (« ou ») est l'événement réalisé lorsqu'au moins l'un des deux l'est.
- L'intersection (« et ») est l'événement réalisé lorsque les deux le sont en même temps.
- L'événement contraire (« non ») est l'événement réalisé exactement lorsque ne l'est pas.
Exemple 1. Avec le dé, soit (« pair ») et (« multiple de »). Alors (les nombres pairs ou multiples de ) et (les nombres à la fois pairs et multiples de ). Le contraire de est , les nombres impairs.
La formule du contraire
Le contraire offre un raccourci de calcul redoutablement utile : il est souvent plus rapide de calculer « la probabilité que ça n'arrive pas » que « la probabilité que ça arrive ».
Pour tout événement , .
La raison est limpide : une issue est soit dans , soit dans , jamais les deux, jamais aucune. Les probabilités de et de se partagent donc la totalité, qui vaut .
Exemple 2. On lance le dé. Quelle est la probabilité de ne pas obtenir ? L'événement « obtenir » a pour probabilité , donc son contraire « ne pas obtenir » a pour probabilité . Compter directement les cinq faces favorables (, , , , ) donnerait le même ; passer par le contraire fait simplement gagner du temps.
La formule de la réunion
Pour la réunion, on est tenté d'additionner et . C'est presque juste — il faut corriger un double comptage.
Pour deux événements et quelconques,
Pourquoi le terme ? Parce qu'en ajoutant et , on compte deux fois les issues qui sont à la fois dans et dans , c'est-à-dire celles de . On les retranche donc une fois pour rétablir le compte exact.
Exemple 3. Reprenons et sur le dé équilibré. On a , et . Donc On retrouve bien les issues de sur : la formule et le comptage direct concordent.
Deux événements et sont dits incompatibles lorsqu'ils ne peuvent pas se réaliser en même temps, c'est-à-dire . Dans ce cas seulement,
Exemple 4. Dans l'urne ( rouges, vertes, jaune), les événements « tirer une rouge » et « tirer une verte » sont incompatibles : une boule ne peut pas être à la fois rouge et verte. Donc , sans terme correctif.
Le piège de la réunion sans correction
L'erreur reine de cette leçon : écrire même quand et se chevauchent. Sur l'exemple précédent, cela donnerait , alors que la vraie valeur est . La différence est exactement , l'issue comptée deux fois. La règle d'or : on n'a le droit d'additionner les probabilités que si les événements sont incompatibles. Au moindre doute, écris la formule complète avec le ; si l'intersection est vide, ce terme vaut et tu retombes sur l'addition simple.
, et . L'addition simple n'est valable que pour des événements incompatibles, où .
Échantillonnage et fluctuation
Jusqu'ici, on a calculé des probabilités sur le papier, en supposant le hasard parfaitement régulier. Mais que se passe-t-il quand on lance vraiment le dé, encore et encore ? On entre dans le monde de l'expérience, et c'est là que la dispute de Karim et Yasmine se règle.
Un échantillon de taille est la liste des résultats obtenus en répétant fois une même expérience aléatoire, dans les mêmes conditions et de façon indépendante. La fréquence d'un événement dans l'échantillon est le nombre de fois où il s'est réalisé, divisé par .
La fréquence est une grandeur observée, calculée après coup sur des résultats réels. La probabilité, elle, est une grandeur théorique, calculée à l'avance. Ce sont deux choses différentes, et c'est tout l'enjeu de comprendre comment elles se rapportent l'une à l'autre.
Exemple 1. On lance un dé équilibré fois et on obtient le à reprises. La fréquence observée du sur cet échantillon est . Or la probabilité théorique du est . La fréquence observée () ne coïncide pas avec la probabilité () — et ce n'est nullement anormal.
Propriété (fluctuation d'échantillonnage). Deux échantillons de même taille , issus de la même expérience, donnent en général des fréquences différentes. Cette variabilité des fréquences d'un échantillon à l'autre s'appelle la fluctuation d'échantillonnage.
Exemple 2. Yasmine lance le même dé honnête trois fois lancers. Elle obtient le respectivement , et fois, soit des fréquences , et . Trois échantillons, trois fréquences distinctes, toutes autour de sans jamais l'atteindre exactement. C'est précisément la fluctuation : le hasard ne livre pas deux fois le même résultat.
La stabilisation des fréquences
Si les fréquences fluctuent, y a-t-il un ordre quelque part ? Oui — et il apparaît quand la taille de l'échantillon grandit.
Lorsque la taille de l'échantillon augmente, la fréquence observée d'un événement a tendance à se rapprocher et à se stabiliser autour de sa probabilité théorique.
Autrement dit, la fluctuation ne disparaît pas, mais elle se resserre : avec lancers, la fréquence du peut facilement aller de à ; avec lancers, elle restera collée tout près de . Plus l'échantillon est grand, plus la fréquence observée est un bon reflet de la probabilité.
Exemple 3. On simule (ou on réalise) lancers d'un dé honnête et la fréquence du ressort à . C'est extrêmement proche de . C'est cette stabilisation qui justifie qu'on puisse estimer une probabilité inconnue par une fréquence sur un grand échantillon — l'idée fondatrice de l'inférence statistique que tu approfondiras plus tard.
Le piège de l'erreur du joueur
La stabilisation autour de la probabilité fait naître une croyance fausse et célèbre : penser que le hasard « se souvient » et « rattrape son retard ». Karim, après lancers sans aucun , annonce : « le est en retard, il va forcément tomber maintenant. » C'est l'erreur du joueur. Le dé n'a pas de mémoire : à chaque lancer, la probabilité du reste , indépendamment du passé. Ce qui se stabilise, c'est la fréquence sur un très grand nombre de lancers, parce que les écarts deviennent négligeables proportionnellement à — pas parce qu'un mécanisme corrige les manques. Le hasard ne compense rien ; il dilue.
Un échantillon donne une fréquence observée qui fluctue d'un échantillon à l'autre, tandis que la probabilité est fixe. Par la loi des grands nombres, la fréquence se stabilise autour de la probabilité quand grandit — mais chaque expérience reste indépendante des précédentes (pas d'erreur du joueur).
Simulation avec tableur et Python
On ne peut pas toujours lancer un dé dix mille fois à la main. Heureusement, un ordinateur le fait en une fraction de seconde : c'est la simulation, qui reproduit une expérience aléatoire à l'aide du hasard de la machine.
Simuler une expérience aléatoire, c'est la reproduire à l'aide d'un générateur de nombres au hasard (un tableur ou un programme), afin d'observer des échantillons de grande taille et d'estimer une probabilité par une fréquence.
Le cœur de toute simulation est un générateur qui produit un nombre au hasard, uniformément, entre et . Sur tableur, c'est la fonction ALEA() (ou RAND() en anglais) ; en Python, c'est random() du module random. À partir de ce nombre, on fabrique l'issue voulue.
Exemple 1 (tableur). Pour simuler un lancer de dé équilibré dans un tableur, on écrit =ENT(ALEA()*6)+1 : ALEA()*6 produit un nombre entre et , ENT(...) en garde la partie entière ( à ), et le décale vers à . En recopiant la formule sur lignes, on obtient un échantillon de lancers, dont on calcule ensuite la fréquence de chaque face avec NB.SI.
Estimer une probabilité par une fréquence en Python
En Python, on dispose directement de randint(a, b), qui tire un entier au hasard entre a et b inclus — parfait pour un dé.
import random
n = 100000 # taille de l'échantillon : 100 000 lancers
compteur_six = 0 # nombre de fois où l'on obtient un 6
for _ in range(n):
de = random.randint(1, 6) # un lancer de dé équilibré : entier de 1 à 6
if de == 6:
compteur_six += 1 # on comptabilise les 6
frequence = compteur_six / n # fréquence observée du 6
print(frequence) # affiche une valeur proche de 0,1667
Le programme répète lancers, compte les et divise par . La fréquence affichée sera très proche de , conformément à la loi des grands nombres. Relancé, il donnera une valeur légèrement différente : c'est la fluctuation d'échantillonnage qui réapparaît, mais resserrée par la grande taille de .
Exemple 2. En lançant le programme ci-dessus trois fois, on peut obtenir , puis , puis . Trois échantillons de lancers, trois fréquences distinctes, toutes à moins de de la probabilité théorique. La simulation reproduit fidèlement ce qu'on observerait avec un vrai dé — en infiniment plus rapide.
Exemple 3. On peut aussi simuler pour estimer une probabilité difficile à calculer à la main. Pour la somme de deux dés égale à , on tire deux entiers, on teste si leur somme vaut , et on compte. Sur tirages, la fréquence ressort autour de , ce qui confirme la valeur théorique qu'on avait établie en comptant les couples favorables.
Le piège de l'échantillon trop petit
La simulation n'a de valeur que sur un grand échantillon. Salma écrit un programme correct mais le lance avec n = 10, obtient une fréquence du de et en conclut « la simulation prouve que le dé est truqué ». Non : avec lancers, la fluctuation est énorme, et est parfaitement compatible avec un dé honnête. Une simulation sur un petit ne prouve rien — elle ne fait que reproduire la variabilité du hasard. Pour estimer une probabilité de façon fiable, il faut un grand (des milliers, voire des dizaines de milliers), afin que la fréquence ait eu le temps de se stabiliser.
Simuler, c'est reproduire une expérience avec ALEA() (tableur) ou random (Python) pour estimer une probabilité par une fréquence. L'estimation n'est fiable que pour un grand échantillon, où la loi des grands nombres a resserré la fluctuation.
Pièges classiques
Piège 1 : confondre fréquence et probabilité. La probabilité est théorique, fixée à l'avance par le modèle (le d'un dé honnête a probabilité ). La fréquence est observée, calculée après coup sur un échantillon réel ( fois sur , soit ). Elles n'ont aucune raison d'être égales sur un échantillon donné ; la fréquence ne fait que s'approcher de la probabilité quand l'échantillon grandit.
Piège 2 : oublier le terme dans la réunion. Écrire sans correction compte deux fois les issues communes à et . La formule générale est . L'addition simple n'est licite que si et sont incompatibles ().
Piège 3 : croire que deux issues sont toujours équiprobables. La formule ne vaut que sous équiprobabilité. Les sommes de deux dés ( à ) ne sont pas équiprobables : la somme est six fois plus probable que la somme . Avant d'appliquer la formule, vérifie que chaque issue de ton univers a réellement la même chance.
Piège 4 : croire que les fréquences doivent « rattraper » le hasard (erreur du joueur). Après une série de lancers sans , le n'est pas « en retard » : la probabilité du prochain lancer reste . Le dé n'a pas de mémoire, les lancers sont indépendants. La loi des grands nombres ne dit pas que le hasard compense ses manques, mais que les écarts deviennent négligeables en proportion quand grandit.
Piège 5 : mal compter les cas possibles. Le dénominateur de doit être le nombre d'issues de l'univers entier, ni plus ni moins. Pour deux dés, l'univers équiprobable compte couples, pas sommes ni paires non ordonnées. Une issue oubliée ou comptée deux fois fausse toute la probabilité.
Piège 6 : tirer une conclusion d'un échantillon trop petit. Une fréquence de sur lancers ne prouve rien sur le dé : la fluctuation à petit est énorme. Pour juger si un dé est truqué, ou pour estimer une probabilité inconnue, il faut un grand échantillon, où la fréquence a eu le temps de se stabiliser autour de sa valeur théorique.
Application concrète
Reprenons le dé suspect de Karim, gagné à la kermesse de son lycée à Fès. Karim est convaincu qu'il est truqué et favorise le ; Yasmine en doute. Plutôt que de se disputer, ils décident de trancher proprement, en mobilisant tout le chapitre : modèle théorique, contraire, réunion, puis échantillonnage et simulation.
Étape 1 — Poser le modèle théorique. Si le dé était honnête, l'univers serait avec équiprobabilité, donc . C'est l'hypothèse à tester : « le dé est honnête, et la fréquence du devrait tourner autour de ». Karim affirme au contraire que est nettement plus grande.
Étape 2 — Mobiliser le contraire et la réunion. Avant de tester, Karim s'échauffe sur quelques calculs sous l'hypothèse d'honnêteté. La probabilité de ne pas obtenir est, par le contraire, . La probabilité d'obtenir « un ou un nombre pair » se calcule par la réunion : soit et . Comme , on a — ici est entièrement contenu dans , et la réunion vaut simplement . Ces valeurs serviront de repères : si le dé est honnête, l'expérience devra les retrouver.
Étape 3 — Réaliser un premier échantillon. Karim lance le dé fois et obtient le à reprises, soit une fréquence . « Tu vois, , bien plus que , il est truqué ! » Yasmine tempère : « lancers, c'est un petit échantillon. La fluctuation d'échantillonnage peut très bien produire avec un dé honnête. On ne peut rien conclure. »
Étape 4 — Simuler pour comparer à grande échelle.
Pour savoir ce qu'un dé honnête produirait, Yasmine écrit le programme Python de la leçon 5 avec n = 100000 et l'exécute plusieurs fois. Elle obtient des fréquences du comme , , : un dé honnête simulé ne dépasse jamais sur lancers. Puis ils relancent le vrai dé, cette fois fois, et obtiennent le à reprises, soit .
Conclusion. Sur lancers, la fréquence semblait accablante, mais elle relevait de la simple fluctuation : un petit échantillon ne prouve rien. Sur lancers, la fréquence retombe à , tout près de la valeur théorique qu'un dé honnête produit en simulation. Le dé de Karim n'est, selon toute vraisemblance, pas truqué : c'est son intuition sur dix lancers qui l'avait trompé. La démarche — poser un modèle théorique, le confronter à un grand échantillon observé ou simulé, et juger l'écart à la lumière de la fluctuation — est exactement celle de l'inférence statistique. Tu la reverras enrichie en Première et Terminale, avec les variables aléatoires et les intervalles de fluctuation, quand il s'agira de décider, avec une marge d'erreur contrôlée, si un écart observé est ou non compatible avec le hasard.
À retenir
Une expérience aléatoire a un univers qui liste ses issues ; un événement est un ensemble d'issues. Une loi de probabilité attribue à chaque issue un nombre entre et , de somme , et la probabilité d'un événement est la somme des probabilités de ses issues.
En équiprobabilité seulement, . Vérifie toujours que les issues de ton univers ont réellement la même chance avant d'appliquer cette formule.
, et . On n'additionne et sans correction que si et sont incompatibles ().
La fréquence observée sur un échantillon fluctue et diffère en général de la probabilité théorique ; par la loi des grands nombres, elle se stabilise autour de la probabilité quand la taille de l'échantillon grandit. Les expériences restent indépendantes : pas d'erreur du joueur.
Simuler avec ALEA() (tableur) ou random (Python) permet d'estimer une probabilité par une fréquence sur un grand échantillon. Plus est grand, plus l'estimation est fiable — un petit échantillon ne prouve rien.