Mathématiques · 1ʳᵉ · Probabilités conditionnelles et indépendance

Probabilités conditionnelles et indépendance

Objectif examen régionalLe programme de 1ʳᵉ année Bac à réviser.

La probabilité conditionnelle

Quand on dispose d'une information nouvelle, on n'évalue plus le hasard de la même façon. Apprendre qu'une carte tirée est rouge change la probabilité qu'elle soit un cœur ; savoir qu'un élève est en spécialité maths change la probabilité qu'il aime les probabilités. La probabilité conditionnelle formalise ce « sachant que ».

DÉFINITION

Soit A et B deux événements d'un même univers, avec P(B)0. La probabilité conditionnelle de A sachant B, notée PB(A), est le nombre PB(A)=P(AB)P(B). Elle mesure la probabilité que A se réalise, sous l'hypothèse que B est déjà réalisé.

L'idée est géométrique : on se restreint au « monde » où B est vrai, et dans ce monde réduit, on regarde quelle part est aussi occupée par A. Le dénominateur P(B) remplace le 1 habituel : B devient le nouvel univers de référence.

Exemple 1. Dans une classe de 30 élèves d'un lycée de Rabat, 18 font la spécialité maths. Parmi ces 18, 12 sont aussi inscrits au club de robotique. On choisit un élève au hasard. Soit M : « fait spécialité maths » et R : « est au club de robotique ». On a P(M)=1830 et P(MR)=1230. La probabilité qu'un élève soit au club de robotique sachant qu'il fait maths est PM(R)=P(MR)P(M)=12/3018/30=1218=23. On retrouve l'intuition directe : parmi les 18 matheux, 12 sont à la robotique, soit 1218=23.

Exemple 2. On tire une carte au hasard dans un jeu de 32 cartes. Soit C : « la carte est un cœur » et D : « la carte est une dame ». Il y a 8 cœurs, donc P(C)=832, et une seule dame de cœur, donc P(CD)=132. La probabilité que la carte soit une dame sachant qu'elle est un cœur est PC(D)=P(CD)P(C)=1/328/32=18. Là encore : parmi les 8 cœurs, 1 seul est une dame.

La formule des probabilités composées

En multipliant les deux membres de la définition par P(B), on obtient une relation symétrique extrêmement utile pour calculer une intersection.

THÉORÈME · PROBABILITÉS COMPOSÉES

Pour deux événements A et B de probabilités non nulles, P(AB)=P(B)×PB(A)=P(A)×PA(B).

Autrement dit, la probabilité que les deux se réalisent s'obtient en enchaînant : la probabilité du premier, puis la probabilité du second sachant le premier. C'est exactement la logique qu'on lira sur un arbre pondéré à la leçon suivante.

Exemple 3. Une urne contient 5 jetons : 3 verts et 2 rouges. On en tire deux successivement, sans remise. Quelle est la probabilité de tirer deux verts ? Soit V1 : « le premier est vert » et V2 : « le second est vert ». On a P(V1)=35. Une fois un vert retiré, il reste 4 jetons dont 2 verts, donc PV1(V2)=24=12. Par les probabilités composées, P(V1V2)=P(V1)×PV1(V2)=35×12=310.

Le piège de l'inversion du conditionnement

L'erreur la plus grave de tout le chapitre — et celle de Karim dans l'introduction — est de confondre PB(A) et PA(B). Ces deux nombres n'ont aucune raison d'être égaux. Salma le constate brutalement : dans une population, Pmalade(test positif) peut valoir 0,99 (le test détecte presque tous les malades), tandis que Ptest positif(malade) peut n'être que de 0,16 si la maladie est rare et qu'il y a beaucoup de faux positifs. La « fiabilité du test » est le premier nombre ; la question qui t'intéresse vraiment quand la borne sonne est le second. Lis toujours la barre de conditionnement avec soin : sachant quoi exactement ? Inverser le conditionnement, c'est répondre à une autre question que celle posée.

À RETENIR

PB(A)=P(AB)P(B) se lit « probabilité de A sachant B » : on se place dans l'univers réduit où B est réalisé. En général PB(A)PA(B) — ne jamais inverser le conditionnement.

Les arbres pondérés

Pour les expériences qui se déroulent en plusieurs étapes — tirer puis tirer encore, choisir une urne puis une boule — l'arbre pondéré est l'outil de modélisation roi. Il transforme un calcul conditionnel parfois abstrait en une lecture quasi mécanique.

DÉFINITION

Un arbre pondéré représente une expérience aléatoire à plusieurs étapes. Chaque branche porte une probabilité ; une branche issue d'un nœud déjà atteint porte une probabilité conditionnelle au chemin parcouru. Un chemin complet, de la racine à une feuille, représente une suite d'événements réalisés.

Arbre pondéré général à deux niveaux pour les événements A et B Arbre à deux niveaux partant d'une racine à gauche. Au premier niveau, deux branches mènent à A, de probabilité P de A, et à A barre, de probabilité P de A barre. Depuis chaque nœud partent deux branches conditionnelles vers B et B barre, étiquetées par les probabilités conditionnelles. Les quatre feuilles correspondent aux intersections A inter B, A inter B barre, A barre inter B et A barre inter B barre. P(A) P(A̅) Pₐ(B) Pₐ(B̅) Pₐ̅(B) Pₐ̅(B̅) départ A B B A∩B A∩B̅ A̅∩B A̅∩B̅ la probabilité d'un chemin = produit des probabilités de ses branches
Arbre pondéré à deux niveaux pour A et B, avec branches conditionnelles et feuilles A∩B

Trois règles gouvernent la lecture d'un arbre, et elles suffisent à tout résoudre.

THÉORÈME · RÈGLES DE L'ARBRE PONDÉRÉ
  1. La somme des probabilités des branches issues d'un même nœud vaut 1.
  2. La probabilité d'un chemin est le produit des probabilités des branches qui le composent.
  3. La probabilité d'un événement est la somme des probabilités des chemins qui le réalisent.

La règle 2 n'est rien d'autre que la formule des probabilités composées vue à la leçon 1 : descendre d'un cran le long d'un chemin, c'est multiplier par une probabilité conditionnelle.

Exemple 1. Reprends l'urne de 5 jetons (3 verts, 2 rouges), tirage sans remise de deux jetons. L'arbre a deux niveaux. Au premier : V1 avec probabilité 35, R1 avec 25. Depuis V1 : V2 avec 24, R2 avec 24. Depuis R1 : V2 avec 34, R2 avec 14. Le chemin « deux verts » a pour probabilité 35×24=310, conformément à la leçon 1.

Arbre pondéré du tirage sans remise de deux jetons dans une urne de 3 verts et 2 rouges Arbre à deux niveaux pour un tirage sans remise. Au premier niveau, vert un de probabilité 3 cinquièmes et rouge un de probabilité 2 cinquièmes. Depuis le vert, les branches conditionnelles vert deux et rouge deux valent chacune 2 quarts ; depuis le rouge, vert deux vaut 3 quarts et rouge deux vaut 1 quart. Les quatre feuilles donnent les probabilités de chemin : deux verts trois dixièmes, vert rouge trois dixièmes, rouge vert trois dixièmes, deux rouges un dixième, dont la somme vaut un. 3/5 2/5 2/4 2/4 3/4 1/4 départ V₁ R₁ V₂ R₂ V₂ R₂ VV = 3/10 VR = 3/10 RV = 3/10 RR = 1/10 somme des feuilles : 3/10 + 3/10 + 3/10 + 1/10 = 1
Arbre pondéré du tirage sans remise de 2 jetons : feuilles VV, VR, RV, RR sommant à 1

Exemple 2. Vérifions la règle 1 sur le nœud V1 : les branches sortantes valent 24 et 24, de somme 1. Et la règle 3 sur l'événement « tirer exactement un vert » : deux chemins le réalisent, V1R2 de probabilité 35×24=310 et R1V2 de probabilité 25×34=310, soit au total 310+310=35.

Le piège des branches qui ne somment pas à 1

L'arbre est un garde-fou puissant à condition de respecter la règle 1. Karim construit un arbre où, depuis le nœud V1, il met 24 vers V2 et 25 vers R2. Faute fatale : ces deux branches partent d'un nœud où le premier jeton vert a déjà été retiré, donc le dénominateur est 4, pas 5. Leur somme 24+25=18201 révèle l'erreur immédiatement. Réflexe à acquérir : après chaque nœud, vérifie que les branches sortantes font bien 1. Si ce n'est pas le cas, une probabilité conditionnelle est fausse.

À RETENIR

Sur un arbre pondéré : les branches d'un même nœud somment à 1 ; la probabilité d'un chemin est le produit des branches ; la probabilité d'un événement est la somme des chemins favorables.

La formule des probabilités totales

Souvent, un événement peut survenir par plusieurs « routes » distinctes : être en retard parce qu'on a pris le tram ou parce qu'on est venu à pied. Pour calculer sa probabilité, on additionne les contributions de chaque route. C'est exactement la règle 3 de l'arbre, érigée en théorème général.

DÉFINITION

Des événements B1,B2,,Bn forment une partition de l'univers Ω lorsqu'ils sont deux à deux incompatibles (BiBj= pour ij), de probabilités non nulles, et que leur réunion est Ω tout entier. Le cas le plus simple est la partition à deux événements {B,Bˉ}.

THÉORÈME · FORMULE DES PROBABILITÉS TOTALES

Si B1,,Bn forment une partition de Ω, alors pour tout événement A : P(A)=P(AB1)++P(ABn)=P(B1)×PB1(A)++P(Bn)×PBn(A).

Chaque terme P(Bi)×PBi(A) est la probabilité du chemin « passer par Bi puis réaliser A ». On les somme parce que les routes sont incompatibles et couvrent tous les cas. Avec la partition {B,Bˉ}, cela donne la forme la plus fréquente : P(A)=P(B)×PB(A)+P(Bˉ)×PBˉ(A).

Exemple 1. Une coopérative près d'Agadir s'approvisionne en huile d'argan auprès de deux ateliers. L'atelier 1 fournit 60% des bidons, l'atelier 2 les 40% restants. Parmi les bidons de l'atelier 1, 5% sont non conformes ; pour l'atelier 2, c'est 8%. On prend un bidon au hasard dans le stock. Quelle est la probabilité qu'il soit non conforme ? Soit A1, A2 les provenances (partition de Ω) et N : « non conforme ». La formule donne P(N)=P(A1)×PA1(N)+P(A2)×PA2(N)=0,60×0,05+0,40×0,08=0,03+0,032=0,062. Soit 6,2% de bidons non conformes dans l'ensemble du stock.

Arbre pondéré du problème des deux ateliers d'huile d'argan Arbre à deux niveaux. Au premier niveau, l'atelier un de probabilité 0,60 et l'atelier deux de probabilité 0,40. Depuis l'atelier un, non conforme vaut 0,05 et conforme vaut 0,95 ; depuis l'atelier deux, non conforme vaut 0,08 et conforme vaut 0,92. Les deux chemins menant à un bidon non conforme donnent 0,03 et 0,032, regroupés par une accolade dont le total est la probabilité d'être non conforme, 0,062. 0,60 0,40 0,05 0,95 0,08 0,92 départ A₁ A₂ N N 0,03 0,57 0,032 0,368 P(N) = 0,062 P(N) = 0,60 × 0,05 + 0,40 × 0,08 = 0,03 + 0,032 = 0,062
Arbre pondéré des deux ateliers d'huile d'argan : chemins vers un bidon non conforme sommant à P(N) = 0,062

La probabilité « à rebours » : retrouver une cause

La formule des probabilités totales calcule P(A). Mais on veut parfois l'inverse : sachant que A s'est produit, par quelle route est-on probablement passé ? On combine alors la définition de la conditionnelle avec la formule des probabilités totales.

THÉORÈME

Pour un événement A de probabilité non nulle et un événement B de la partition, PA(B)=P(AB)P(A)=P(B)×PB(A)P(A),P(A) se calcule par la formule des probabilités totales.

Exemple 2. Dans la coopérative ci-dessus, un bidon prélevé se révèle non conforme. Quelle est la probabilité qu'il vienne de l'atelier 1 ? On cherche PN(A1) : PN(A1)=P(A1)×PA1(N)P(N)=0,60×0,050,062=0,030,0620,484. Bien que l'atelier 1 fournisse 60% des bidons, il n'est responsable que de 48,4% des défauts, parce que son taux de non-conformité est plus bas. Voilà l'inversion du conditionnement faite correctement, là où Karim se trompait.

Le piège de la pondération oubliée

L'erreur classique consiste à ignorer les probabilités P(Bi) et à se contenter d'additionner — ou pire, de moyenner — les taux conditionnels. Salma écrit P(N)=0,05+0,082=0,065 : faux, car les deux ateliers ne fournissent pas la même quantité. Il faut pondérer chaque taux par la part de l'atelier : 0,60×0,05 et 0,40×0,08. Le « poids » de chaque route compte autant que son taux. Une moyenne simple ne serait correcte que si les deux ateliers fournissaient exactement la même proportion de bidons.

À RETENIR

La formule des probabilités totales somme les chemins d'une partition : P(A)=iP(Bi)PBi(A). Pour remonter à une cause, PA(B)=P(B)PB(A)P(A). Toujours pondérer par P(Bi), jamais moyenner les taux.

L'indépendance de deux événements

Jusqu'ici, savoir que B est réalisé modifiait la probabilité de A. Mais il existe une situation remarquable où cette information ne change rien : l'événement A est aussi probable, qu'on sache B réalisé ou non. On dit alors que A et B sont indépendants.

DÉFINITION

Deux événements A et B sont indépendants lorsque la réalisation de l'un ne modifie pas la probabilité de l'autre, ce qui se traduit par l'égalité P(AB)=P(A)×P(B). De façon équivalente, si P(B)0, cela signifie PB(A)=P(A).

L'égalité P(AB)=P(A)×P(B) est le critère officiel : pour décider de l'indépendance, on compare le produit P(A)×P(B) à la probabilité de l'intersection P(AB). S'ils sont égaux, indépendance ; sinon, dépendance.

Exemple 1. On lance deux fois une pièce équilibrée. Soit A : « pile au premier lancer » et B : « pile au second lancer ». On a P(A)=12, P(B)=12, et l'univers à 4 issues équiprobables {PP,PF,FP,FF} donne P(AB)=P({PP})=14. Comme P(A)×P(B)=12×12=14=P(AB), les deux lancers sont indépendants : c'est conforme à l'intuition, la pièce n'a pas de mémoire.

Exemple 2. On lance un dé équilibré. Soit A : « obtenir un nombre pair » ={2;4;6} et B : « obtenir un multiple de 3 » ={3;6}. Alors P(A)=36=12, P(B)=26=13, et AB={6} donne P(AB)=16. Or P(A)×P(B)=12×13=16=P(AB) : ces deux événements sont indépendants, alors même qu'ils portent sur le même lancer. L'indépendance n'a donc rien à voir avec « deux expériences séparées » : c'est une propriété purement numérique.

Indépendance n'est pas incompatibilité

Voici une confusion qu'il faut tuer dans l'œuf. Deux événements incompatibles (vu en Seconde) vérifient AB= : ils ne peuvent pas se produire ensemble. Deux événements indépendants vérifient P(AB)=P(A)×P(B) : savoir l'un ne renseigne pas sur l'autre. Ce sont des notions opposées plutôt que voisines.

THÉORÈME

Si A et B sont incompatibles avec P(A)0 et P(B)0, alors ils sont dépendants. En effet P(AB)=0 tandis que P(A)×P(B)>0, donc l'égalité d'indépendance ne peut pas tenir.

C'est logique : si A et B ne peuvent jamais coexister, alors apprendre que A est réalisé t'apprend que B ne l'est pas — une information maximale sur B. L'incompatibilité est une forme extrême de dépendance.

THÉORÈME

Si A et B sont indépendants, alors A et Bˉ le sont aussi, de même que Aˉ et B, et Aˉ et Bˉ. L'indépendance passe au contraire.

Le piège de l'indépendance « à l'œil »

On ne décide jamais de l'indépendance par intuition narrative ; on la vérifie par le calcul. Karim affirme : « tirer un cœur et tirer une figure, c'est indépendant, la couleur n'a rien à voir avec la valeur. » Vérifions dans un jeu de 32 cartes : P(cœur)=832=14, P(figure)=1232=38 (valet, dame, roi dans chaque couleur, soit 12 figures), et P(cœurfigure)=332. Le produit 14×38=332 : ici Karim a raison, mais par chance autant que par flair. Change le jeu de cartes ou la définition de « figure » et l'égalité peut tomber. La seule preuve recevable est la comparaison de P(AB) et de P(A)×P(B) — l'intuition propose, le calcul dispose.

À RETENIR

A et B sont indépendants ssi P(AB)=P(A)×P(B), ce qui équivaut à PB(A)=P(A). Indépendance incompatibilité : deux événements incompatibles de probabilités non nulles sont au contraire dépendants.

Succession d'épreuves indépendantes

Lancer une pièce plusieurs fois, tirer une boule avec remise à répétition : ce sont des suites d'épreuves identiques qui n'interagissent pas. L'indépendance permet alors de multiplier les probabilités le long d'un chemin sans jamais conditionner — un cas particulier d'arbre où toutes les branches d'un même rang portent les mêmes valeurs.

DÉFINITION

On parle de succession d'épreuves indépendantes lorsqu'on répète une même expérience aléatoire plusieurs fois, chaque répétition étant indépendante des autres (le résultat d'une épreuve n'influence pas les suivantes). Le cas typique est le tirage avec remise.

THÉORÈME

Pour une succession d'épreuves indépendantes, la probabilité d'une suite de résultats est le produit des probabilités de chaque résultat pris isolément.

C'est la traduction directe de l'indépendance : comme PB(A)=P(A), les probabilités conditionnelles de l'arbre redeviennent les probabilités « ordinaires », et le produit des branches devient un simple produit de probabilités fixes.

Exemple 1. Amine joue à un stand du souk de Marrakech où, à chaque partie, il gagne avec probabilité 0,2, indépendamment des parties précédentes. Il joue 3 parties. La probabilité qu'il perde les trois est, par indépendance, P(3 deˊfaites)=0,8×0,8×0,8=0,83=0,512. La probabilité qu'il gagne au moins une fois s'obtient alors par le contraire : P(au moins une victoire)=10,512=0,488.

Exemple 2. On lance une pièce équilibrée 4 fois de suite. Chaque lancer donne pile avec probabilité 12, indépendamment des autres. La probabilité d'obtenir « pile à chaque lancer » est (12)4=116. Et la probabilité d'une suite précise comme PFPF vaut aussi (12)4=116 : chaque suite ordonnée de 4 résultats est équiprobable, car la pièce est équilibrée.

Le réflexe du « au moins un »

Dès qu'une question contient « au moins un », pense au contraire « aucun ». Calculer directement « au moins une victoire » exigerait d'additionner les cas « exactement une », « exactement deux », « exactement trois » victoires — long et propice aux oublis. Le contraire « aucune victoire » est un unique chemin, dont la probabilité est un simple produit. On conclut par P(au moins un)=1P(aucun). Ce réflexe, déjà esquissé en Seconde, devient systématique ici.

Le piège de l'oubli d'indépendance dans le tirage sans remise

Le produit des probabilités fixes ne vaut que sous indépendance. Salma calcule la probabilité de tirer deux rois d'affilée dans un jeu de 32 cartes sans remise comme 432×432. Faux : après avoir retiré un roi, il n'en reste que 3 sur 31 cartes, donc le second tirage dépend du premier. Le bon calcul est conditionnel : 432×331. La règle : tirage avec remise indépendance on multiplie des probabilités fixes ; tirage sans remise dépendance on multiplie par des probabilités conditionnelles. Lis toujours l'énoncé : « avec remise » ou « sans remise » change tout.

À RETENIR

Dans une succession d'épreuves indépendantes (typiquement avec remise), la probabilité d'une suite de résultats est le produit des probabilités de chaque résultat. Pour « au moins un », passe par le contraire « aucun ». Sans remise, les épreuves sont dépendantes : on conditionne.

Pièges classiques

Piège 1 : inverser le conditionnement. PB(A) et PA(B) sont en général différents. « La probabilité que le test soit positif sachant qu'on est malade » n'est pas « la probabilité d'être malade sachant que le test est positif ». Confondre les deux est l'erreur reine des probabilités conditionnelles ; relis toujours sachant quoi exactement la question demande.

Piège 2 : croire qu'indépendance signifie incompatibilité. Deux événements incompatibles (AB=) de probabilités non nulles sont en réalité dépendants : savoir que A se produit garantit que B ne se produit pas. L'indépendance, elle, signifie P(AB)=P(A)×P(B) : l'un n'informe pas sur l'autre. Ce sont des notions opposées.

Piège 3 : multiplier des probabilités sans vérifier l'indépendance. La formule P(AB)=P(A)×P(B) n'est valable que si A et B sont indépendants. Dans un tirage sans remise, le deuxième tirage dépend du premier : il faut une probabilité conditionnelle, pas une probabilité fixe. Toujours se demander : « le premier événement change-t-il les probabilités du second ? »

Piège 4 : oublier de pondérer dans la formule des probabilités totales. P(A)=iP(Bi)PBi(A) pondère chaque taux conditionnel par la probabilité de sa route P(Bi). Faire une moyenne simple des taux PBi(A) ne serait correct que si toutes les routes étaient équiprobables. Le poids de chaque branche compte autant que son taux.

Piège 5 : des branches d'un nœud qui ne somment pas à 1. Sur un arbre pondéré, les probabilités des branches issues d'un même nœud doivent sommer à 1 (ce sont des probabilités conditionnelles à ce nœud). Si elles ne le font pas, une probabilité est fausse, souvent à cause d'un mauvais dénominateur après un tirage sans remise. C'est ton garde-fou de vérification.

Piège 6 : confondre P(AB) et PB(A). P(AB) est la probabilité que les deux se réalisent dans l'univers entier ; PB(A) est la probabilité de A dans l'univers réduit à B. Elles sont reliées par PB(A)=P(AB)P(B), et ne sont égales que si P(B)=1. Sur un arbre, P(AB) est une probabilité de chemin (produit) ; PB(A) est une probabilité de branche.

Application concrète

Yasmine reprend l'affichette du tramway de Casablanca qui ouvrait ce chapitre, déterminée à régler la question posée par Karim avec des chiffres. On suppose qu'une borne de contrôle « fiable à 95% » signifie : elle sonne sur 95% des vrais fraudeurs (vrais positifs) et reste muette sur 95% des voyageurs en règle (5% de fausses alarmes). On estime par ailleurs que 4% des voyageurs fraudent réellement. La question de Karim : quand la borne sonne, quelle est vraiment la probabilité que la personne fraude ?

Étape 1 — Poser les événements et la partition. Soit F : « la personne fraude » et Fˉ : « elle est en règle ». Ces deux événements forment une partition de l'univers des voyageurs : P(F)=0,04 et P(Fˉ)=0,96. Soit S : « la borne sonne ». Les données fournissent les probabilités conditionnelles : PF(S)=0,95 (sonne sur les fraudeurs) et PFˉ(S)=0,05 (fausse alarme sur les voyageurs en règle).

Étape 2 — Construire l'arbre pondéré. L'arbre a deux niveaux : d'abord F (0,04) ou Fˉ (0,96), puis depuis chaque nœud la borne sonne (S) ou non (Sˉ). Depuis F : S avec 0,95, Sˉ avec 0,05. Depuis Fˉ : S avec 0,05, Sˉ avec 0,95. Vérification (règle 1) : chaque nœud somme bien à 1.

Arbre pondéré du contrôle anti-fraude du tramway Arbre à deux niveaux. Au premier niveau, fraude de probabilité 0,04 et en règle de probabilité 0,96. Depuis fraude, la borne sonne avec probabilité 0,95 et reste muette avec 0,05 ; depuis en règle, elle sonne avec 0,05 et reste muette avec 0,95. Les quatre probabilités de chemin sont 0,038, 0,002, 0,048 et 0,912. Les deux feuilles où la borne sonne, 0,038 et 0,048, sont mises en évidence en terracotta et regroupées par une accolade dont le total est la probabilité que la borne sonne, 0,086. 0,04 0,96 0,95 0,05 0,05 0,95 départ F S S 0,038 0,002 0,048 0,912 P(S) = 0,086 P(S) = 0,04 × 0,95 + 0,96 × 0,05 = 0,038 + 0,048 = 0,086
Arbre pondéré du contrôle anti-fraude du tramway : les deux chemins où la borne sonne donnent P(S) = 0,086

Étape 3 — Calculer P(S) par les probabilités totales. La borne peut sonner par deux routes : sur un vrai fraudeur, ou par fausse alarme. Par la formule des probabilités totales, P(S)=P(F)PF(S)+P(Fˉ)PFˉ(S)=0,04×0,95+0,96×0,05=0,038+0,048=0,086. La borne sonne donc sur 8,6% des voyageurs.

Étape 4 — Inverser le conditionnement. La vraie question de Karim est PS(F) : sachant que la borne a sonné, quelle probabilité de fraude ? Par la définition de la conditionnelle, PS(F)=P(FS)P(S)=0,0380,0860,442.

Conclusion. La borne est « fiable à 95% », et pourtant, quand elle sonne, la probabilité que la personne fraude vraiment n'est que de 44,2% — moins d'une chance sur deux. Karim, qui annonçait 95%, avait inversé le conditionnement : il confondait PF(S) (la qualité de l'appareil) avec PS(F) (la conclusion qu'on peut tirer d'une alarme). La raison profonde est que les fraudeurs sont rares (4%) : même un faible taux de fausses alarmes (5%) appliqué à la masse énorme des voyageurs en règle (96%) produit presque autant d'alarmes que les vrais fraudeurs. C'est exactement le raisonnement qui sauve un patient d'un diagnostic mal interprété ou un accusé d'une preuve mal pesée. Tu retrouveras cette logique, formalisée sous le nom de formule de Bayes, en Terminale puis en classes préparatoires, où elle fonde des pans entiers de la statistique et de l'intelligence artificielle.

À retenir

À RETENIR

PB(A)=P(AB)P(B) : la probabilité de A sachant B se calcule dans l'univers réduit à B. On en déduit les probabilités composées P(AB)=P(B)PB(A)=P(A)PA(B). En général PB(A)PA(B).

À RETENIR

Sur un arbre pondéré : les branches d'un nœud somment à 1 ; la probabilité d'un chemin est le produit des branches ; la probabilité d'un événement est la somme des chemins favorables.

À RETENIR

Formule des probabilités totales : pour une partition B1,,Bn, P(A)=iP(Bi)PBi(A). Pour remonter à une cause, PA(B)=P(B)PB(A)P(A). Pondérer chaque route par P(Bi), ne jamais moyenner les taux.

À RETENIR

A et B sont indépendants ssi P(AB)=P(A)×P(B), c'est-à-dire PB(A)=P(A). Indépendance n'est pas incompatibilité : deux événements incompatibles de probabilités non nulles sont dépendants.

À RETENIR

Dans une succession d'épreuves indépendantes (tirage avec remise), la probabilité d'une suite de résultats est le produit des probabilités. Pour « au moins un », passe par le contraire « aucun ». Sans remise, les épreuves sont dépendantes : on conditionne.

Ce chapitre prépare à