Mathématiques · 2ⁿᵈᵉ · Vecteurs du plan et coordonnées

Vecteurs du plan et coordonnées

Tu passes en 1ʳᵉ ?Consolide la 2ⁿᵈᵉ avant d'attaquer les spécialités.

Notion de vecteur et translation

Un vecteur n'est pas un point. Un point dit l'on est ; un vecteur dit comment on se déplace. Reprends Yasmine qui va « trois rues à l'est, deux rues au nord » : ce déplacement a une direction (la droite est-nord-est qu'il suit), un sens (vers le nord-est, pas vers le sud-ouest) et une longueur (l'amplitude du glissement). Trois informations, un seul objet. C'est exactement le vecteur de translation que tu manipulais en 4e, vu maintenant comme une grandeur à part entière.

DÉFINITION

Un vecteur est défini par trois caractéristiques : une direction, un sens et une longueur (aussi appelée norme). Le vecteur qui mène d'un point A vers un point B se note AB : A est son origine, B son extrémité. On note aussi un vecteur par une seule lettre surmontée d'une flèche, comme u.

Le vecteur AB se lit comme « le déplacement qui amène A sur B ». La translation qui transforme A en B est la translation de vecteur AB : translation et vecteur sont les deux faces d'une même idée.

Un vecteur et sa translation en deux positions du plan Sur un quadrillage léger, le vecteur AB est représenté par une flèche partant du point A vers le point B. Le même vecteur, noté u, est dessiné ailleurs dans le plan avec la même direction, le même sens et la même longueur, illustrant que le vecteur ne dépend pas de sa position. A B →AB →u même direction, même sens, même longueur : un seul et même vecteur, où qu'on le dessine
Un vecteur et sa translation en deux positions du plan

Exemple 1. Sur le quadrillage des rues, le vecteur AB « 3 cases vers l'est, 2 cases vers le nord » a pour direction la droite qui monte vers le nord-est, pour sens celui qui va de A vers B, et pour longueur celle du segment [AB].

Exemple 2. Le vecteur BA a la même direction et la même longueur que AB, mais le sens opposé : il ramène B sur A. On dit que BA est l'opposé de AB, et on écrit BA=AB.

Égalité de deux vecteurs et parallélogramme

Deux vecteurs sont égaux dès qu'ils encodent le même déplacement, même posés à des endroits différents du plan. C'est ce qui distingue le vecteur du segment : peu importe où on le dessine, seul compte le glissement qu'il décrit.

DÉFINITION

Deux vecteurs sont égaux lorsqu'ils ont la même direction, le même sens et la même longueur. On note alors u=v.

Cette égalité a une traduction géométrique très utile, que tu reconnaîtras de la 4e :

THÉORÈME

Pour quatre points A, B, C, D du plan : AB=CD    ABDC est un paralleˊlogramme.

Fais attention à l'ordre des lettres : c'est bien ABDC, et non ABCD. La raison est simple : AB=CD signifie que [AB] et [CD] sont parallèles, de même longueur et de même sens. Les côtés parallèles du parallélogramme sont donc [AB] et [CD], ce qui impose de tourner ABDC pour faire le tour de la figure.

Égalité de deux vecteurs et parallélogramme associé Quatre points A, B, C, D forment le parallélogramme ABDC. Les vecteurs AB et CD, tracés en terracotta, sont égaux : même direction, même sens, même longueur. Les côtés AB et CD sont les côtés parallèles, et le contour se parcourt dans l'ordre A puis B puis D puis C. A B D C →AB →CD →AB = →CD : le parallélogramme ABDC, parcours A → B → D → C
Égalité de deux vecteurs et parallélogramme associé

Exemple 3. Si AB=CD avec A, B, C, D distincts et non alignés, alors ABDC est un parallélogramme. Réciproquement, si tu sais que ABDC est un parallélogramme, tu peux affirmer AB=CD sans aucun calcul.

Le vecteur nul

Que se passe-t-il quand l'origine et l'extrémité sont confondues ? Le déplacement est inexistant.

DÉFINITION

Le vecteur nul, noté 0, est le vecteur dont l'origine et l'extrémité sont confondues : AA=0 pour tout point A. Il n'a ni direction ni sens propres, et sa longueur est nulle.

Le vecteur nul est l'analogue du « ne pas bouger ». Il jouera le rôle du zéro dans les calculs sur les vecteurs.

Le piège de la confusion point / vecteur

Salma écrit « A=AB » ou additionne un point et un vecteur comme s'ils étaient de même nature. C'est une faute conceptuelle, pas un simple lapsus. Un point est une position ; un vecteur est un déplacement. On ne les additionne pas entre eux, on ne les confond pas dans une égalité. En revanche, partir d'un point A et appliquer un déplacement AB donne bien un nouveau point B : c'est la seule façon dont points et vecteurs dialoguent.

À RETENIR

Un vecteur AB encode une direction, un sens et une longueur. u=v signifie même direction, même sens, même longueur. AB=CD    ABDC est un parallélogramme (ordre A,B,D,C). BA=AB, et AA=0.

Coordonnées d'un vecteur

Décrire un vecteur par sa direction, son sens et sa longueur reste qualitatif. Pour calculer, il faut des nombres. On se place donc dans un repère (O;I,J) du plan — le quadrillage des rues de Casablanca, avec un origine O et deux axes gradués. Chaque vecteur se lit alors par deux nombres : son déplacement horizontal et son déplacement vertical.

DÉFINITION

Dans un repère, un vecteur u a pour coordonnées le couple (x;y), où x est son déplacement selon l'axe horizontal et y son déplacement selon l'axe vertical. On note u(xy)ouu(x;y).

Les coordonnées d'un vecteur ne dépendent que du déplacement, pas de l'endroit où on le dessine. C'est la traduction chiffrée de l'égalité des vecteurs : deux vecteurs sont égaux si et seulement si ils ont les mêmes coordonnées.

Le résultat central de cette leçon relie les coordonnées d'un vecteur à celles de ses deux points :

THÉORÈME

Si A(xA;yA) et B(xB;yB) sont deux points d'un repère, alors le vecteur AB a pour coordonnées AB(xBxAyByA).

L'ordre des soustractions n'est pas négociable : c'est extrémité moins origine, donc xBxA et non xAxB. Le vecteur part de A (l'origine) et arrive en B (l'extrémité) ; ses coordonnées mesurent « combien il faut avancer pour aller de A à B ».

Coordonnées d'un vecteur dans un repère orthonormé Dans un repère orthonormé, les points A de coordonnées (1 ; 2) et B de coordonnées (4 ; 4) sont marqués. Le vecteur AB est tracé en terracotta de A vers B. Des pointillés montrent le déplacement horizontal de 3 unités, annoté x_B moins x_A égale 3, et le déplacement vertical de 2 unités, annoté y_B moins y_A égale 2. x y O 1 2 3 4 5 1 2 3 4 A(1 ; 2) B(4 ; 4) x_B − x_A = 3 y_B − y_A = 2 →AB
Coordonnées d'un vecteur dans un repère orthonormé

Exemple 1. Soit A(1;2) et B(4;4). Alors AB(4142)=(32). Yasmine retrouve bien son « 3 rues à l'est, 2 rues au nord ».

Exemple 2. Avec les mêmes points, le vecteur opposé BA a pour coordonnées BA(1424)=(32). On vérifie l'opposition : chaque coordonnée de BA est l'opposée de celle de AB.

Égalité de vecteurs par les coordonnées

THÉORÈME

Deux vecteurs sont égaux si et seulement si ils ont les mêmes coordonnées : u(xy)=v(xy)    x=x  et  y=y.

C'est l'outil de calcul pour les parallélogrammes. Si tu veux trouver le quatrième sommet D d'un parallélogramme ABDC, tu traduis AB=CD en deux équations sur les coordonnées.

Exemple 3. Soit A(1;1), B(4;2), C(2;3). Trouvons D(x;y) tel que ABDC soit un parallélogramme, c'est-à-dire AB=CD. AB(31),CD(x2y3). L'égalité donne x2=3 et y3=1, soit x=5 et y=4. Donc D(5;4).

Le piège de l'origine soustraite à l'envers

Karim calcule les coordonnées de AB en faisant xAxB au lieu de xBxA. Le résultat qu'il obtient est exactement l'opposé du bon : il a en fait calculé BA. C'est l'erreur la plus fréquente du chapitre. La parade : récite mentalement « extrémité moins origine », et l'extrémité, c'est toujours la deuxième lettre. AB, l'extrémité est B, donc on commence par xB.

À RETENIR

AB(xBxAyByA) : extrémité moins origine. Deux vecteurs sont égaux si et seulement si ils ont les mêmes coordonnées. C'est ainsi qu'on calcule un sommet manquant de parallélogramme.

Somme de vecteurs et produit par un réel

Enchaîner deux déplacements, c'est additionner deux vecteurs. Si Yasmine va d'abord de A à B, puis de B à C, son déplacement total l'amène de A à C. Cette évidence porte un nom et structure tout le calcul vectoriel.

THÉORÈME · RELATION DE CHASLES

Pour trois points A, B, C quelconques du plan : AB+BC=AC.

La clé de lecture : à gauche, le point d'arrivée du premier vecteur (B) est le point de départ du second. Ces deux B « se simplifient », et il reste le déplacement direct de A à C. La relation de Chasles permet d'insérer ou de supprimer un point intermédiaire à volonté.

Relation de Chasles avec trois points Trois points A, B et C. Le vecteur AB puis le vecteur BC, tracés en gris comme deux déplacements consécutifs, mènent de A à C. Le vecteur résultant AC est tracé en terracotta directement de A vers C. L'annotation rappelle que la somme du vecteur AB et du vecteur BC est égale au vecteur AC. A B C →AB →BC →AC →AB + →BC = →AC
Relation de Chasles avec trois points

Exemple 1. AB+BC=AC ; de même MN+NP+PQ=MQ : on enchaîne, les points intermédiaires disparaissent.

La règle du parallélogramme

Quand deux vecteurs partent du même point, leur somme se construit autrement, mais le résultat est cohérent avec Chasles.

Propriété (règle du parallélogramme). Si AB et AD partent du même point A, alors AB+AD=AC, où C est le quatrième sommet du parallélogramme ABCD. La somme est la diagonale issue de A.

Règle du parallélogramme pour la somme de deux vecteurs Un parallélogramme ABCD. Les vecteurs AB et AD, issus du même point A, sont tracés en gris. Leur somme, le vecteur AC, est la diagonale du parallélogramme allant de A au sommet opposé C, tracée en terracotta. L'annotation rappelle que le vecteur AB plus le vecteur AD est égal au vecteur AC. A B C D →AB →AD →AC →AB + →AD = →AC — règle du parallélogramme
Règle du parallélogramme pour la somme de deux vecteurs

Produit d'un vecteur par un réel

Multiplier un vecteur par un nombre, c'est l'étirer, le comprimer, ou le retourner, sans changer sa direction.

DÉFINITION

Soit u un vecteur et k un nombre réel. Le vecteur ku a :

  • la même direction que u ;
  • le même sens que u si k>0, le sens opposé si k<0 ;
  • une longueur égale à k fois celle de u.

Si k=0 ou u=0, alors ku=0.

Exemple 2. 2u pointe dans le même sens que u et est deux fois plus long. u est l'opposé : même longueur, sens inverse. 12u est deux fois plus court, même sens.

Opérations sur les coordonnées

Tout ceci se calcule coordonnée par coordonnée — c'est ce qui rend les vecteurs si maniables.

THÉORÈME

Si u(xy) et v(xy), et si k est un réel, alors u+v(x+xy+y)etku(kxky).

Exemple 3. Soit u(3;1) et v(2;4). Alors u+v(3+21+4)=(53),3u(3×33×(1))=(93).

Exemple 4. Combinons : 2uv avec les mêmes u et v. 2u(62),v(24),2uv(6224)=(46).

Le piège de Chasles mal chaîné

Karim écrit AB+AC=BC, croyant appliquer Chasles. Faux : Chasles exige que l'extrémité du premier vecteur soit l'origine du second. Dans AB+AC, les deux vecteurs partent de A ; le point A ne se trouve pas en position de relais, on ne peut pas le simplifier. Pour additionner deux vecteurs de même origine, c'est la règle du parallélogramme qu'il faut, pas Chasles. Pour appliquer Chasles, il faut un chaînon : AB+BC, où le B relie les deux.

À RETENIR

Relation de Chasles : AB+BC=AC (le point intermédiaire se simplifie). Vecteurs de même origine : règle du parallélogramme, AB+AD=AC. En coordonnées : on additionne composante par composante, ku multiplie chaque composante par k.

Norme, milieu et distance

La longueur d'un vecteur a un nom officiel — sa norme — et une formule qui n'est rien d'autre que le théorème de Pythagore appliqué au déplacement horizontal et au déplacement vertical.

DÉFINITION

La norme d'un vecteur u(xy), notée u, est sa longueur. Dans un repère orthonormé : u=x2+y2.

Le déplacement horizontal x et le déplacement vertical y forment les deux côtés d'un triangle rectangle ; le vecteur en est l'hypoténuse. Pythagore donne directement la longueur.

Norme d'un vecteur par le théorème de Pythagore Dans un repère orthonormé, le vecteur u de coordonnées (4 ; 3) est tracé en terracotta depuis l'origine. Son déplacement horizontal de 4 et son déplacement vertical de 3 forment les deux côtés d'un triangle rectangle dont le vecteur est l'hypoténuse. L'annotation rappelle que la norme de u vaut la racine de 4 au carré plus 3 au carré, soit la racine de 25, c'est-à-dire 5. x y O 1 2 3 4 5 1 2 3 4 3 u⃗ ∥u⃗∥ = √(4² + 3²) = √25 = 5
Norme d'un vecteur par le théorème de Pythagore

Exemple 1. Soit u(4;3). Alors u=42+32=16+9=25=5.

Distance entre deux points

La distance de A à B est simplement la norme du vecteur AB.

THÉORÈME

Pour A(xA;yA) et B(xB;yB) dans un repère orthonormé, la distance AB vaut AB=AB=(xBxA)2+(yByA)2.

Exemple 2. Soit A(1;2) et B(4;6). AB=(41)2+(62)2=32+42=9+16=25=5.

Exemple 3. Une distance n'est pas toujours un entier. Pour C(0;0) et D(2;3) : CD=22+32=4+9=133,61. On laisse la forme exacte 13 quand elle ne se simplifie pas.

Coordonnées du milieu d'un segment

THÉORÈME

Le milieu M du segment [AB] a pour coordonnées la moyenne des coordonnées de A et B : M(xA+xB2;yA+yB2).

Le milieu, c'est le point « à mi-chemin » : on prend la moyenne en x et la moyenne en y. Attention à ne pas confondre cette formule avec celle des coordonnées d'un vecteur : pour le milieu, on additionne et on divise par 2 ; pour un vecteur, on soustrait.

Exemple 4. Le milieu de [AB] avec A(1;2) et B(4;6) est M(1+42;2+62)=M(2,5;4).

Le piège du carré oublié dans la norme

Salma calcule la norme de u(4;3) et écrit u=4+3=7. Elle a oublié d'élever au carré. La formule est x2+y2, pas x+y. Sans les carrés, la formule ne mesure plus rien de géométrique. Le bon calcul est 42+32=25=5. Et n'oublie pas : on ne distribue jamais la racine sur une somme, 16+916+9 — tu l'as vu au chapitre sur les racines.

À RETENIR

Norme : u=x2+y2 (Pythagore). Distance : AB=(xBxA)2+(yByA)2. Milieu de [AB] : (xA+xB2;yA+yB2), la moyenne des coordonnées.

Colinéarité et alignement

Deux vecteurs qui ont la même direction sont dits colinéaires : l'un est un multiple de l'autre, ils sont « portés par des droites parallèles ». C'est la notion qui permet de tester, par le seul calcul, si trois points sont alignés ou si deux droites sont parallèles.

DÉFINITION

Deux vecteurs u et v sont colinéaires lorsqu'il existe un réel k tel que v=ku (ou que l'un des deux est le vecteur nul). Géométriquement, ils ont la même direction.

Vérifier l'existence de ce k à la main est lourd. Heureusement, un critère par les coordonnées tranche immédiatement.

THÉORÈME · CRITÈRE DE COLINÉARITÉ

Soit u(xy) et v(xy). Ces deux vecteurs sont colinéaires si et seulement si xyxy=0.

Le nombre xyxy s'appelle le déterminant des deux vecteurs. Il se calcule « en croix » : produit de la première coordonnée du premier vecteur par la seconde du second, moins le produit croisé. S'il est nul, les vecteurs sont colinéaires ; sinon, ils ne le sont pas.

Vecteurs colinéaires et non colinéaires À gauche, deux vecteurs colinéaires u de coordonnées (2 ; 1) et v de coordonnées (4 ; 2) partagent la même direction, v étant deux fois plus long, tous deux en terracotta. Le déterminant 2 fois 2 moins 4 fois 1 est nul, ce qui confirme la colinéarité. À droite, deux vecteurs u de coordonnées (2 ; 1) et w de coordonnées (1 ; 3), tracés en gris, partent du même point dans des directions différentes : leur déterminant 2 fois 3 moins 1 fois 1 vaut 5, non nul, donc ils ne sont pas colinéaires. u⃗ v⃗ colinéaires u⃗(2 ; 1), v⃗(4 ; 2) 2×2 − 4×1 = 0 même direction, v⃗ = 2u⃗ u⃗ w⃗ non colinéaires u⃗(2 ; 1), w⃗(1 ; 3) 2×3 − 1×1 = 5 ≠ 0 directions différentes
Vecteurs colinéaires et non colinéaires

Exemple 1. u(2;1) et v(4;2) : le déterminant vaut 2×24×1=44=0. Ils sont colinéaires (et de fait v=2u).

Exemple 2. u(2;1) et w(1;3) : le déterminant vaut 2×31×1=61=50. Ils ne sont pas colinéaires.

Application à l'alignement de trois points

Trois points A, B, C sont alignés exactement quand les vecteurs AB et AC ont la même direction, donc quand ils sont colinéaires.

THÉORÈME

Trois points A, B, C sont alignés si et seulement si les vecteurs AB et AC sont colinéaires, c'est-à-dire si leur déterminant est nul.

Exemple 3. Les points A(1;1), B(3;2), C(7;4) sont-ils alignés ? AB(21),AC(63). Déterminant : 2×36×1=66=0. Les trois points sont alignés.

Exemple 4. Les points A(0;0), B(2;1), C(3;5) ? AB(21),AC(35),2×53×1=103=70. Ils ne sont pas alignés : ils forment un vrai triangle.

Application au parallélisme

Le même critère sert à tester si deux droites sont parallèles : il suffit de regarder un vecteur de chacune.

THÉORÈME

Les droites (AB) et (CD) sont parallèles si et seulement si les vecteurs AB et CD sont colinéaires.

Exemple 5. Avec A(0;0), B(2;1), C(1;3), D(5;5) : AB(2;1) et CD(4;2). Déterminant 2×24×1=0 : les droites (AB) et (CD) sont parallèles.

Le piège du déterminant croisé à l'envers

Karim calcule le déterminant de u(x;y) et v(x;y) en écrivant xxyy : il a multiplié les premières coordonnées ensemble et les secondes ensemble. Faux. Le déterminant est un produit en croix : xyxy. On croise la première du premier avec la seconde du second. Pour ne pas te tromper, dispose les coordonnées en colonnes et trace les diagonales : descendante xy en plus, montante yx en moins.

À RETENIR

u et v sont colinéaires     xyxy=0 (déterminant, produit en croix). Trois points A,B,C alignés     AB et AC colinéaires. Droites (AB) et (CD) parallèles     AB et CD colinéaires.

Pièges classiques

1. Confondre AB et BA. Ces deux vecteurs sont opposés : BA=AB. Même direction, même longueur, mais sens contraire. En coordonnées, toutes les composantes changent de signe. AB(3;2) implique BA(3;2). L'ordre des lettres encode le sens du déplacement.

2. Calculer xAxB au lieu de xBxA. Les coordonnées de AB se calculent extrémité moins origine : (xBxAyByA). Inverser l'ordre donne le vecteur opposé BA. L'extrémité, c'est la deuxième lettre, donc on commence par elle.

3. Confondre un point et un vecteur. Un point est une position, un vecteur un déplacement. On n'écrit jamais « A=u », on n'additionne pas un point à un vecteur comme deux objets de même nature. Un point a des coordonnées de position, un vecteur des coordonnées de déplacement : la formule qui relie les deux est AB(xBxAyByA).

4. Oublier le carré dans la norme. u=x2+y2, jamais x+y. Et la racine ne se distribue pas sur la somme : 16+9=25=516+9=7. La norme, c'est Pythagore, donc des carrés.

5. Confondre milieu et coordonnées de vecteur. Pour le milieu de [AB], on additionne et on divise par 2 : (xA+xB2;yA+yB2). Pour le vecteur AB, on soustrait : xBxA. Somme et moyenne d'un côté, différence de l'autre — ne pas mélanger.

6. Se tromper d'ordre des sommets du parallélogramme. L'égalité AB=CD donne le parallélogramme ABDC, et non ABCD. Les côtés parallèles sont [AB] et [CD], donc on parcourt ABDC. Écrire ABCD par réflexe fait porter le parallélisme sur les mauvais côtés et conduit à un faux quatrième sommet.

Application concrète

Amine traverse le centre de Rabat à vélo dans un quadrillage de rues qu'on modélise par un repère orthonormé, l'unité valant 100 mètres. Il part du point A(1;1) (l'arrêt de tramway Bab Chellah), rejoint Yasmine au point B(5;4) (un café de l'avenue Mohammed V), puis file vers la médina au point C(9;7). Karim, lui, est posté au point D(3;6) et prétend qu'Amine passera juste devant lui.

Étape 1 — Calculer le déplacement AB (coordonnées d'un vecteur). Le trajet d'Amine de l'arrêt au café est le vecteur AB(5141)=(43). Soit 4 unités vers l'est et 3 vers le nord : 400 m à l'est, 300 m au nord.

Étape 2 — Mesurer la distance parcourue (norme). La distance à vol d'oiseau de A à B vaut AB=AB=42+32=25=5 uniteˊs=500 m.

Étape 3 — Enchaîner les deux tronçons (relation de Chasles). Amine va de A à B, puis de B à C. Son déplacement total est AB+BC=AC. Vérifions par les coordonnées : BC(9574)=(43), et AC(9171)=(86). On a bien (43)+(43)=(86).

Étape 4 — Amine roule-t-il en ligne droite ? (colinéarité). Comme BC(4;3)=AB(4;3), les deux tronçons sont identiques : Amine roule tout droit. Confirmons l'alignement de A, B, C par le déterminant de AB et AC : 4×68×3=2424=0. Les trois points sont alignés : Amine suit une seule et même avenue rectiligne.

Étape 5 — Karim est-il sur le trajet ? (alignement, réfutation). Karim est en D(3;6). Pour qu'Amine passe devant lui, il faudrait que D soit aligné avec A et B. Testons le déterminant de AB(4;3) et AD(3161)=(25) : 4×52×3=206=140. Le déterminant n'est pas nul : D n'est pas aligné avec l'avenue d'Amine. Karim se trompe, Amine ne passera pas devant lui.

Conclusion. En un seul trajet, Amine a mobilisé tout le chapitre : coordonnées d'un vecteur, norme pour la distance, relation de Chasles pour enchaîner les tronçons, et déterminant pour décider de l'alignement — y compris pour réfuter l'affirmation de Karim. Tout s'est résolu par le calcul, sans tracer la moindre figure. C'est précisément la puissance de la géométrie analytique : transformer des questions géométriques en équations. L'an prochain, ce même cadre accueillera le produit scalaire, qui ajoutera les angles et l'orthogonalité ; en classes préparatoires, ces vecteurs deviendront les éléments d'espaces vectoriels abstraits. Les coordonnées que tu manipules ici en sont la toute première marche.

À retenir

À RETENIR

Un vecteur AB encode direction, sens et longueur. BA=AB, AA=0, et AB=CD    ABDC est un parallélogramme. Un point est une position, un vecteur un déplacement : on ne les confond pas.

À RETENIR

Dans un repère, AB(xBxAyByA) (extrémité moins origine). Deux vecteurs sont égaux si et seulement si ils ont les mêmes coordonnées.

À RETENIR

Relation de Chasles : AB+BC=AC. En coordonnées, on additionne composante par composante, et ku(kxky). Deux vecteurs de même origine s'additionnent par la règle du parallélogramme.

À RETENIR

Norme : u=x2+y2 ; distance AB=(xBxA)2+(yByA)2 ; milieu de [AB] : (xA+xB2;yA+yB2).

À RETENIR

u et v sont colinéaires     xyxy=0 (déterminant, produit en croix). Trois points A,B,C sont alignés     AB et AC sont colinéaires ; deux droites sont parallèles      leurs vecteurs directeurs le sont.