Mathématiques · 1ʳᵉ · Produit scalaire

Produit scalaire

À revoir avant de commencer
Objectif examen régionalLe programme de 1ʳᵉ année Bac à réviser.

Définir le produit scalaire

Le produit scalaire associe à deux vecteurs un nombre réel — un scalaire, d'où son nom. Ce n'est pas un vecteur : le résultat n'a ni direction ni sens, c'est juste un nombre, qui peut être positif, négatif ou nul. Ce nombre encode à la fois les longueurs des deux vecteurs et l'angle qu'ils forment. Reprends les deux marins d'Essaouira : plus leurs cordes pointent dans la même direction, plus le produit scalaire est grand ; quand elles sont perpendiculaires, il s'annule ; quand elles tirent à l'opposé, il devient négatif.

DÉFINITION

Soit u et v deux vecteurs non nuls, et θ l'angle géométrique qu'ils forment lorsqu'on les place à partir d'un même point. Le produit scalaire de u et v, noté uv, est le nombre réel uv=u×v×cosθ. Si u=0 ou v=0, on pose uv=0.

Le signe du produit scalaire est entièrement gouverné par le cosinus de l'angle, puisque les deux normes sont toujours positives. Si θ est aigu, cosθ>0 et le produit scalaire est positif. Si θ est obtus, cosθ<0 et le produit scalaire est négatif. Si θ=90°, cos90°=0 et le produit scalaire est nul — c'est le cœur de la leçon 3.

Produit scalaire de deux vecteurs et angle entre eux Deux vecteurs u et v partent d'un même point O. Le vecteur u, en terracotta, est horizontal ; le vecteur v, en joy-purple, pointe en oblique vers le haut. L'angle theta entre les deux vecteurs est marqué par un petit arc en joy-yellow. Une légende rappelle que le produit scalaire de u et v vaut la norme de u multipliée par la norme de v multipliée par le cosinus de theta. O u⃗ v⃗ θ u⃗·v⃗ = ∥u⃗∥ × ∥v⃗∥ × cosθ
Deux vecteurs u et v partant d'un même point, avec l'angle theta marqué entre eux

Exemple 1. Soit u et v tels que u=4, v=5 et l'angle entre eux vaut 60°. Comme cos60°=12 : uv=4×5×cos60°=4×5×12=10.

Exemple 2. Avec les mêmes normes mais un angle de 120°, et cos120°=12 : uv=4×5×(12)=10. Le même couple de longueurs donne un produit scalaire positif ou négatif selon que l'angle est aigu ou obtus. C'est l'angle qui décide.

Le carré scalaire et la norme

Que se passe-t-il quand on fait le produit scalaire d'un vecteur avec lui-même ? L'angle est nul, cos0=1, et on retrouve le carré de la norme.

THÉORÈME

Pour tout vecteur u : uu=u×u×cos0=u2. On note souvent uu=u2, appelé carré scalaire de u.

Cette identité est le pont entre produit scalaire et longueur : connaître uu, c'est connaître u2. On s'en servira sans cesse pour développer des expressions et démontrer Al-Kashi.

Exemple 3. Si u=7, alors uu=72=49.

Le piège du signe du cosinus

Salma calcule uv avec u=3, v=6 et un angle de 150°, et elle écrit 3×6×cos150°=18×0,8715,6. Elle a pris le cosinus comme s'il était positif. Mais 150° est un angle obtus : son cosinus est négatif, cos150°=320,87. Le bon résultat est donc 15,6. Quand l'angle dépasse 90°, le cosinus passe sous zéro et entraîne le produit scalaire avec lui. Avant de calculer, demande-toi toujours : l'angle est-il aigu (signe +) ou obtus (signe ) ?

À RETENIR

uv=uvcosθ est un nombre réel. Son signe est celui de cosθ : positif si l'angle est aigu, négatif si obtus, nul si droit. Avec lui-même, uu=u2.

Expression analytique dans un repère orthonormé

La définition par l'angle est lumineuse mais peu pratique pour calculer : mesurer un angle est pénible. Heureusement, dès qu'on se place dans un repère orthonormé — axes perpendiculaires, même unité sur chacun — le produit scalaire se lit directement sur les coordonnées, sans aucun angle. C'est la formule que tu utiliseras le plus souvent.

THÉORÈME · EXPRESSION ANALYTIQUE

Dans un repère orthonormé, soit u(x;y) et v(x;y). Alors uv=xx+yy.

On multiplie les abscisses entre elles, les ordonnées entre elles, et on additionne les deux produits. C'est tout. Aucune racine, aucun cosinus : juste deux multiplications et une addition. Cette formule et la définition par l'angle donnent toujours le même nombre — ce sont deux visages d'un même objet.

Expression analytique du produit scalaire dans un repère orthonormé Dans un repère orthonormé, le vecteur u de coordonnées (3 ; 2) est tracé en terracotta depuis l'origine, et le vecteur v de coordonnées (4 ; 1) est tracé en joy-purple. Leurs coordonnées sont reportées en pointillés sur les axes. Un encadré rappelle que le produit scalaire de u et v vaut x fois x prime plus y fois y prime. x y O 1 2 3 4 5 1 2 3 u⃗(3 ; 2) v⃗(4 ; 1) u⃗·v⃗ = x x′ + y y′
Deux vecteurs et leurs coordonnées dans un repère orthonormé, avec la formule u.v = xx' + yy'

Exemple 1. Soit u(3;2) et v(4;1). Alors uv=3×4+2×1=12+2=14.

Exemple 2. Soit u(5;2) et v(2;3). Attention aux signes : uv=5×2+(2)×3=106=4.

Retrouver la norme avec les coordonnées

La formule analytique redonne au passage la norme vue en Seconde. Puisque uu=u2 et que uu=x×x+y×y=x2+y2, on retombe sur Pythagore.

THÉORÈME

Dans un repère orthonormé, u=x2+y2, ce qui est cohérent avec uu=x2+y2=u2.

Exemple 3. Pour u(3;4) : uu=32+42=9+16=25, donc u=25=5. La norme du chapitre de Seconde et le carré scalaire sont la même chose.

Le piège des coordonnées multipliées en croix

Karim calcule uv avec u(3;2) et v(4;1), et il écrit 3×1+2×4=3+8=11. Il a croisé les coordonnées : abscisse de l'un avec ordonnée de l'autre. C'est exactement le calcul du déterminant (au signe près), pas du produit scalaire. Le produit scalaire associe abscisse avec abscisse, ordonnée avec ordonnée : xx+yy, jamais xy+yx. Le déterminant croise et soustrait (xyxy) ; le produit scalaire aligne et additionne. Ne confonds pas les deux : l'un teste la colinéarité, l'autre l'orthogonalité.

À RETENIR

Dans un repère orthonormé, uv=xx+yy : on aligne abscisse avec abscisse, ordonnée avec ordonnée, et on additionne. C'est la formule de calcul reine, sans angle ni racine.

Produit scalaire et orthogonalité

Voici la propriété qui fait du produit scalaire un outil de géométrie décisif. Deux vecteurs non nuls sont orthogonaux — c'est-à-dire perpendiculaires — exactement quand l'angle entre eux vaut 90°. Or cos90°=0 ; le produit scalaire s'annule donc précisément dans ce cas. On a transformé une question d'angle droit en une simple égalité à zéro.

DÉFINITION

Deux vecteurs u et v sont orthogonaux lorsque les droites qui les portent sont perpendiculaires (ou lorsque l'un des deux est le vecteur nul). On note uv.

THÉORÈME · CARACTÉRISATION DE L'ORTHOGONALITÉ

Deux vecteurs u et v sont orthogonaux si et seulement si leur produit scalaire est nul : uv    uv=0.

C'est l'analogue, pour la perpendicularité, de ce qu'était le déterminant pour le parallélisme en Seconde : un nombre dont l'annulation tranche la question. Pour tester si deux droites sont perpendiculaires, on prend un vecteur directeur de chacune et on calcule leur produit scalaire ; s'il est nul, les droites sont perpendiculaires.

Deux vecteurs orthogonaux et produit scalaire nul Deux vecteurs u et v partent d'un même point. Le vecteur u, en terracotta, est horizontal ; le vecteur v, en joy-mint, est vertical. L'angle droit qu'ils forment est marqué par un petit carré. Une étiquette indique que le produit scalaire de u et v est nul, car les vecteurs sont orthogonaux. O u⃗ v⃗ u⃗·v⃗ = 0 u⃗ ⊥ v⃗
Deux vecteurs orthogonaux et angle droit : leur produit scalaire est nul

Exemple 1. Soit u(2;3) et v(3;2). Leur produit scalaire : uv=2×3+3×(2)=66=0. Le produit scalaire est nul : u et v sont orthogonaux. Les droites qui les portent se coupent à angle droit.

Exemple 2. Soit u(1;4) et v(2;1). Alors uv=1×2+4×1=2+4=60. Ils ne sont pas orthogonaux.

Trouver un vecteur orthogonal à un vecteur donné

À partir d'un vecteur u(x;y), il existe une recette express pour fabriquer un vecteur orthogonal : on échange les coordonnées et on change un signe.

THÉORÈME

Le vecteur v(y;x) est orthogonal à u(x;y), car uv=x×(y)+y×x=xy+xy=0.

Exemple 3. Un vecteur orthogonal à u(3;5) est v(5;3). Vérifions : 3×(5)+5×3=15+15=0. Parfait.

Le piège de l'orthogonalité confondue avec la colinéarité

Salma veut montrer que deux vecteurs sont perpendiculaires et calcule leur déterminant xyxy, espérant le trouver nul. Erreur de critère. Le déterminant nul signifie colinéaire (même direction, donc parallèle) — c'est tout le contraire de perpendiculaire. Pour l'orthogonalité, c'est le produit scalaire xx+yy qui doit s'annuler. Deux outils, deux questions opposées : déterminant nul parallèles ; produit scalaire nul perpendiculaires. Garde-les bien séparés dans ta tête.

À RETENIR

uv    uv=0. C'est le test de perpendicularité par le calcul. Pour fabriquer un vecteur orthogonal à (x;y), prends (y;x). Ne confonds pas avec le déterminant, qui teste le parallélisme.

Le projeté orthogonal

Reviens aux marins d'Essaouira. Le produit scalaire mesurait la « part utile » d'une force le long d'une direction. Cette part utile a un nom géométrique précis : le projeté orthogonal. Projeter un vecteur sur une droite, c'est laisser tomber chacun de ses points perpendiculairement sur cette droite, comme une ombre portée par un soleil rasant exactement vertical.

DÉFINITION

Soit une droite (d) et un point M. Le projeté orthogonal de M sur (d) est le point H de (d) tel que la droite (MH) soit perpendiculaire à (d). C'est le point de (d) le plus proche de M.

Le projeté orthogonal donne une seconde lecture du produit scalaire, très intuitive. Plaçons u=OA et v=OB à partir d'un même point O. Notons H le projeté orthogonal de B sur la droite (OA). Alors le produit scalaire OAOB ne dépend que de la « part de OB couchée sur (OA) », c'est-à-dire de OH.

THÉORÈME · PRODUIT SCALAIRE ET PROJETÉ

Soit OA et OB deux vecteurs, et H le projeté orthogonal de B sur la droite (OA). Alors OAOB=OAOH. Le produit scalaire ne « voit » que la projection de OB sur la direction de OA.

Projeté orthogonal et produit scalaire Le vecteur OA, en terracotta, est porté par une droite horizontale (OA). Le vecteur OB, en joy-purple, part de O et pointe en oblique vers le point B. Depuis B, un trait pointillé perpendiculaire descend sur la droite (OA) au point H, l'angle droit étant marqué par un petit carré. Le segment OH est surligné en joy-yellow : il représente le projeté orthogonal de B sur la droite (OA). (OA) O H A B OA⃗ OB⃗ H = projeté orthogonal de B sur (OA), OA⃗·OB⃗ = OA⃗·OH⃗
Projeté orthogonal H de B sur la droite (OA) et segment OH surligné

Exemple 1. Si OA et OB pointent dans le même sens, H tombe « devant » O, OH est dans le sens de OA, et le produit scalaire est positif. Concrètement, un marin qui tire presque dans l'axe : sa projection est longue et bien orientée, son apport est grand.

Exemple 2. Si l'angle entre OA et OB est obtus, le projeté H tombe « derrière » O, OH pointe à l'opposé de OA, et le produit scalaire devient négatif. Le marin tire vers l'arrière : il freine au lieu d'aider.

Le cas où la projection est nulle

Quand OB est perpendiculaire à (OA), le projeté H de B tombe exactement sur O : la projection OH est le vecteur nul, et le produit scalaire vaut zéro. On retrouve la caractérisation de l'orthogonalité de la leçon 3, vue cette fois par les projections : aucune part de OB ne se couche sur (OA), donc rien à compter.

THÉORÈME

Si H est le projeté orthogonal de B sur (OA), on a OAOB=OA×OH (mesures algébriques) : le produit scalaire est, au signe près, le produit des longueurs OA et OH, le signe étant positif si OH est dans le sens de OA, négatif sinon.

Le piège de la projection mal orientée

Karim projette B sur (OA) et calcule le produit scalaire comme OA×OH en prenant toujours des longueurs positives, sans regarder le sens. Quand l'angle est obtus, il oublie le signe et trouve un produit scalaire positif là où il devrait être négatif. La projection n'est pas une simple longueur : c'est une mesure algébrique, qui porte un signe. Si H est du côté de A par rapport à O, le signe est + ; s'il est du côté opposé, le signe est . La projection « regarde » dans quel sens elle pointe.

À RETENIR

Le projeté orthogonal de M sur (d) est l'ombre perpendiculaire de M sur (d), le point le plus proche. Le produit scalaire OAOB=OAOH ne mesure que la part de OB projetée sur (OA) — avec son signe.

Applications : théorème d'Al-Kashi et formules

Le produit scalaire obéit aux mêmes règles de calcul que les nombres : on peut le développer, factoriser, distribuer. Cette algèbre permet de démontrer une des plus belles formules de la géométrie du triangle, le théorème d'Al-Kashi, qui généralise Pythagore à un triangle quelconque — du nom du mathématicien persan du XVᵉ siècle.

Propriété (règles de calcul). Pour tous vecteurs u, v, w et tout réel k : uv=vu(symeˊtrie),u(v+w)=uv+uw(distributiviteˊ), (ku)v=k(uv).

Ces règles autorisent les identités remarquables vectorielles, qui découlent de uu=u2 :

Propriété (identités remarquables). u+v2=u2+2uv+v2,uv2=u22uv+v2.

Exemple 1. Si u=3, v=4 et uv=5, alors u+v2=32+2×5+42=9+10+16=35,doncu+v=35.

Le théorème d'Al-Kashi

Dans un triangle ABC, notons classiquement a=BC, b=CA, c=AB les longueurs des côtés. Le théorème d'Al-Kashi relie un côté aux deux autres et à l'angle qu'ils forment.

THÉORÈME · AL-KASHI

Dans un triangle ABC, en notant a=BC, b=CA, c=AB et A^ l'angle en A : a2=b2+c22bccosA^.

C'est Pythagore augmenté d'un terme correctif. Si l'angle A^ est droit, cos90°=0, le terme correctif disparaît et il reste a2=b2+c2 : Pythagore exactement. Le terme 2bccosA^ mesure de combien le triangle s'écarte du cas rectangle. La démonstration tient en une ligne avec le produit scalaire : a2=BC2=ACAB2=AC22ABAC+AB2=b2+c22bccosA^.

Théorème d'Al-Kashi dans un triangle quelconque Triangle quelconque ABC tracé en terracotta. Le côté BC, opposé au sommet A, est noté a ; le côté CA est noté b ; le côté AB est noté c. L'angle au sommet A est mis en valeur par un arc en joy-yellow et noté A surmonté d'un chapeau. Une légende rappelle la formule d'Al-Kashi : a au carré égale b au carré plus c au carré moins deux b c cosinus de A. A B C a b c  Al-Kashi : a² = b² + c² − 2bc cosÂ
Triangle ABC avec côtés a, b, c et angle A pour le théorème d'Al-Kashi

Exemple 2. Dans un triangle ABC avec b=CA=5, c=AB=8 et A^=60°. Alors, avec cos60°=12 : a2=52+822×5×8×12=25+6440=49,donca=BC=7.

Calculer un angle avec Al-Kashi

La formule se retourne pour trouver un angle à partir des trois côtés — utile quand on connaît toutes les longueurs mais aucun angle.

THÉORÈME

De a2=b2+c22bccosA^ on tire cosA^=b2+c2a22bc.

Exemple 3. Dans un triangle de côtés a=7, b=5, c=8 : cosA^=25+64492×5×8=4080=12, donc A^=60°. On retrouve l'exemple précédent dans l'autre sens.

Le piège du signe dans Al-Kashi

Karim applique Al-Kashi et écrit a2=b2+c2+2bccosA^, avec un plus devant le terme correctif. Faux : le signe est un moins. La formule est a2=b2+c22bccosA^. Avec un plus, un angle droit donnerait a2=b2+c2+0, certes correct par hasard, mais un angle aigu gonflerait a2 au lieu de le réduire — absurde, car un angle aigu en A rapproche B et C, donc raccourcit a. Mémorise : Al-Kashi soustrait le terme en cosinus. Le plus n'apparaît que si l'angle est obtus, car alors cosA^<0 et 2bccosA^ devient positif tout seul.

À RETENIR

Al-Kashi : a2=b2+c22bccosA^ (Pythagore avec terme correctif, signe moins). Pour un angle : cosA^=b2+c2a22bc. Identités : u±v2=u2±2uv+v2.

Pièges classiques

1. Croire que le produit scalaire est un vecteur. Le résultat de uv est un nombre réel, un scalaire : pas de flèche, pas de direction. Écrire « uv a pour coordonnées… » n'a aucun sens. Un produit scalaire est un nombre qui peut être positif, négatif ou nul, point final. La flèche disparaît dans l'opération.

2. Oublier que le repère doit être orthonormé pour xx+yy. La formule analytique uv=xx+yy n'est valable que dans un repère orthonormé (axes perpendiculaires, même unité). Dans un repère quelconque, elle est fausse. Au lycée, les repères sont presque toujours orthonormés, mais la condition reste nécessaire : c'est elle qui garantit l'égalité avec uvcosθ.

3. Confondre produit scalaire et déterminant. Le produit scalaire aligne et additionne : xx+yy, et son annulation signifie orthogonal. Le déterminant croise et soustrait : xyxy, et son annulation signifie colinéaire. Deux nombres, deux questions opposées : perpendiculaire d'un côté, parallèle de l'autre. Si tu calcules xy et xy, tu fais le déterminant, pas le produit scalaire.

4. Se tromper de signe avec le cosinus d'un angle obtus. Pour un angle entre 90° et 180°, le cosinus est négatif, donc le produit scalaire uvcosθ est négatif. Calculer cos120° comme +12 au lieu de 12 est l'erreur classique. Vérifie toujours : l'angle est-il aigu (cosinus +) ou obtus (cosinus ) ?

5. Mettre un + dans Al-Kashi. La formule correcte est a2=b2+c22bccosA^, avec un moins. Le terme correctif est soustrait. Mettre un plus contredit le fait qu'Al-Kashi généralise Pythagore (angle droit cosinus nul le terme s'efface). Le terme devient positif tout seul si l'angle est obtus, sans qu'on touche au signe de la formule.

6. Oublier le double produit dans l'identité remarquable. u+v2 ne vaut pas u2+v2 en général : il manque le double produit scalaire 2uv. L'égalité u+v2=u2+v2 n'est vraie que lorsque u et v sont orthogonaux (le double produit s'annule). C'est le théorème de Pythagore vectoriel — un cas particulier, pas la règle générale.

Application concrète

Yasmine étudie le plan d'un futur skatepark à Agadir, modélisé dans un repère orthonormé d'unité 10 mètres. Trois sommets d'une plateforme triangulaire sont placés en A(1;1), B(5;2) et C(2;5). Les ingénieurs veulent savoir si l'angle en A est droit (pour poser une rampe perpendiculaire), connaître la longueur du troisième côté, et vérifier une affirmation de Karim sur le triangle.

Étape 1 — Calculer les vecteurs des côtés issus de A (coordonnées). Les deux côtés partant de A sont AB(5121)=(41),AC(2151)=(14).

Étape 2 — L'angle en A est-il droit ? (produit scalaire et orthogonalité). On calcule le produit scalaire des deux côtés : ABAC=4×1+1×4=4+4=80. Le produit scalaire n'est pas nul : l'angle en A n'est pas droit. La rampe perpendiculaire ne pourra pas s'appuyer sur ces deux côtés tels quels.

Étape 3 — Mesurer les côtés (norme). On calcule les longueurs des trois côtés. Les deux issus de A d'abord : AB=42+12=17,AC=12+42=17. Le triangle est donc isocèle en A. Pour le troisième côté, BC(2552)=(33), d'où BC=(3)2+32=9+9=18=32.

Étape 4 — Retrouver l'angle en A par Al-Kashi (cohérence). Avec a=BC, b=AC=17, c=AB=17, on a a2=18, b2=17, c2=17. Donc cosA^=b2+c2a22bc=17+17182×17=1634=817. Comme cosA^=817>0, l'angle A^ est aigu — cohérent avec le produit scalaire positif trouvé à l'étape 2 (ABAC=ABACcosA^=17×17×817=17×817=8, exactement le 8 calculé directement).

Étape 5 — Réfuter Karim (raisonnement). Karim affirme : « Puisque AB=AC, le triangle est isocèle, donc l'angle en A est forcément droit. » Faux. Un triangle isocèle a deux côtés égaux, mais cela ne dit rien sur l'angle entre eux : il peut être aigu, droit ou obtus. Ici les calculs le prouvent : AB=AC=17 (isocèle, vrai) mais ABAC=80 (angle non droit). Isocèle et rectangle sont deux propriétés indépendantes ; l'une n'entraîne pas l'autre.

Conclusion. En un seul triangle de skatepark, Yasmine a mobilisé tout le chapitre : coordonnées des côtés, produit scalaire pour tester l'angle droit, norme pour les longueurs, et Al-Kashi pour l'angle exact — le tout en parfaite cohérence interne, et de quoi réfuter une intuition fausse de Karim. Tout s'est joué par le calcul, sans rapporteur ni équerre. C'est la marque du produit scalaire : il convertit les angles et l'orthogonalité en arithmétique. En classes préparatoires, ce même produit scalaire se généralisera aux espaces de dimension quelconque et fondera la notion d'espace euclidien, où « angle » et « perpendiculaire » garderont un sens bien au-delà du plan.

À retenir

À RETENIR

uv=uvcosθ est un nombre réel dont le signe est celui de cosθ : positif si l'angle est aigu, négatif si obtus, nul si droit. Et uu=u2.

À RETENIR

Dans un repère orthonormé, uv=xx+yy : abscisse avec abscisse, ordonnée avec ordonnée, puis addition. C'est la formule de calcul reine, sans angle ni racine.

À RETENIR

uv    uv=0. Le produit scalaire teste la perpendicularité ; ne pas le confondre avec le déterminant xyxy, qui teste le parallélisme.

À RETENIR

Le produit scalaire OAOB=OAOH, où H est le projeté orthogonal de B sur (OA) : il ne mesure que la part de OB couchée sur la direction de OA, signe compris.

À RETENIR

Al-Kashi : a2=b2+c22bccosA^ (Pythagore avec terme correctif, signe moins), et cosA^=b2+c2a22bc. Identités : u±v2=u2±2uv+v2.