Géométrie repérée : droites et cercles
Vecteur directeur et équation cartésienne d'une droite
Reprenons le fil de la 2ᵈᵉ. Une droite, c'est avant tout une direction, et cette direction se lit sur un vecteur. Dans un repère orthonormé, déplacer le point le long de la droite, c'est ajouter sans cesse un même vecteur : le vecteur directeur. Tout l'art de la géométrie repérée consiste à traduire cette propriété géométrique — « être aligné avec un vecteur » — en une équation portant sur les coordonnées.
Un vecteur directeur d'une droite est un vecteur non nul qui donne la direction de : si et sont deux points distincts de , alors est un vecteur directeur de .
Une droite a une infinité de vecteurs directeurs, tous colinéaires entre eux. Si en est un, alors et en sont aussi : seule la direction compte, ni la longueur ni le sens.
Exemple 1. Soit et . Un vecteur directeur de est On peut le simplifier en , colinéaire et plus maniable.
De la direction à l'équation cartésienne
Comment passer d'un vecteur directeur à une équation ? Un point appartient à si, et seulement si, est colinéaire au vecteur directeur . La condition de colinéarité (déterminant nul, vue en 2ᵈᵉ) se développe en une équation de la forme .
Toute droite du plan admet une équation cartésienne de la forme où , , sont des réels avec . Réciproquement, toute équation de ce type décrit une droite.
La droite d'équation cartésienne admet pour vecteur directeur
Retiens la mécanique : on prend les coefficients et , on les échange et on change le signe du premier. Ce est le pont central entre l'algèbre de l'équation et la géométrie de la direction.
Exemple 2. Cherchons une équation cartésienne de la droite passant par de vecteur directeur . Un point est sur si est colinéaire à , c'est-à-dire si le déterminant est nul : On développe : , soit On vérifie le vecteur directeur : ici et , donc . C'est bien celui de départ.
Le piège de la confusion direction / coefficients
L'erreur la plus tenace consiste à lire le vecteur directeur comme au lieu de . Pour , le vecteur directeur est , pas . Un moyen de t'en assurer : deux points de cette droite sont et , et le vecteur entre eux est . Le couple joue un tout autre rôle, que la leçon suivante va révéler.
Toute droite a une équation cartésienne avec ; un vecteur directeur est . On obtient l'équation à partir d'un point et d'un vecteur directeur en écrivant que le déterminant de et est nul.
Vecteur normal et équation d'une droite
Voici la grande nouveauté de la 1ʳᵉ, celle que la 2ᵈᵉ ne pouvait pas offrir. Grâce au produit scalaire, on peut désormais décrire une droite par une direction qui lui est perpendiculaire. C'est souvent plus naturel : quand un architecte trace une façade, il pense à la direction « droit devant », perpendiculaire au mur, autant qu'à la direction du mur lui-même.
Un vecteur normal d'une droite est un vecteur non nul orthogonal à , c'est-à-dire orthogonal à tout vecteur directeur de .
Rappelle-toi : deux vecteurs sont orthogonaux si, et seulement si, leur produit scalaire est nul. Le vecteur normal est donc le vecteur dont le produit scalaire avec le vecteur directeur s'annule.
Exemple 1. La droite de vecteur directeur a pour vecteur normal tout tel que , soit . Le choix convient : . On retrouve la mécanique « échanger et changer un signe », mais cette fois pour passer de la direction à la normale.
Le lien magique avec l'équation cartésienne
Voici le résultat qui éclaire tout le chapitre. Les coefficients et de l'équation cartésienne, qui semblaient mystérieux, sont en réalité les coordonnées d'un vecteur normal.
La droite d'équation cartésienne admet pour vecteur normal
C'est limpide : le vecteur directeur est , le vecteur normal est , et leur produit scalaire vaut . Ils sont bien orthogonaux. Lire une équation cartésienne, c'est donc lire directement un vecteur normal sur ses deux premiers coefficients.
Exemple 2. La droite a pour vecteur normal et pour vecteur directeur . Inversement, pour trouver l'équation de la droite passant par et de vecteur normal , on écrit que pour tout point de la droite, : ce qui donne , soit La méthode « point + vecteur normal » est l'une des plus efficaces du chapitre : le produit scalaire donne l'équation en une ligne.
Le piège de la confusion normal / directeur
Karim, devant l'équation , affirme que est le vecteur directeur. C'est faux : est le vecteur normal, et le vecteur directeur est . La règle est nette : pour une équation , le couple lu tel quel est la normale ; il faut l'échanger et changer un signe pour obtenir la direction. Confondre les deux fausse tout calcul de parallélisme ou de perpendicularité.
Pour une droite : le vecteur normal est , le vecteur directeur est . Pour trouver l'équation d'une droite passant par et de vecteur normal , on écrit .
L'équation d'un cercle
Passons des droites aux courbes. Un cercle se définit par une condition de distance : c'est l'ensemble des points situés à une distance fixe d'un centre. Or le produit scalaire t'a donné la formule de la distance dans un repère orthonormé. Mettre un cercle en équation, c'est simplement traduire « la distance au centre vaut » en coordonnées.
Le cercle de centre et de rayon est l'ensemble des points tels que .
Dans un repère orthonormé, . Écrire , puis élever au carré pour faire disparaître la racine, donne l'équation du cercle.
Dans un repère orthonormé, le cercle de centre et de rayon a pour équation
C'est l'équation à connaître par cœur. Le centre se lit dans les parenthèses (avec un signe opposé : donne l'abscisse ), et le rayon est la racine carrée du membre de droite.
Exemple 1. Le cercle de centre et de rayon a pour équation Attention au signe : , et .
Exemple 2. Réciproquement, lisons le cercle d'équation . Le centre est — on inverse les signes dans les parenthèses — et le rayon vaut .
La forme développée
On rencontre souvent un cercle sous une forme développée, par exemple . Il faut alors retrouver le centre et le rayon, en reconstituant les carrés — la technique de la forme canonique vue avec le second degré.
Exemple 3. Soit . On regroupe les et les : On complète chaque carré : et . D'où soit . C'est le cercle de centre et de rayon .
Le piège du signe et du rayon
Deux erreurs reviennent sans cesse. D'abord le signe du centre : dans , le centre a pour abscisse , pas . Pour , le centre est en , car . Ensuite le rayon : le membre de droite est , donc le rayon est sa racine. Si l'équation est , le rayon est et non . Salma écrit souvent « rayon » : c'est oublier d'extraire la racine.
Le cercle de centre et de rayon a pour équation . On lit le centre en inversant les signes dans les parenthèses, et le rayon comme racine du second membre. Une forme développée se ramène à cette forme par complétion des carrés.
Positions relatives et intersections
Une fois droites et cercles mis en équation, on peut répondre par le calcul à toutes les questions de position : une droite coupe-t-elle un cercle ? Deux droites sont-elles perpendiculaires ? Tout se ramène à du produit scalaire et à de la résolution d'équations.
Perpendicularité et parallélisme de deux droites
Deux droites sont perpendiculaires si, et seulement si, leurs vecteurs normaux (ou leurs vecteurs directeurs) sont orthogonaux, c'est-à-dire si leur produit scalaire est nul. Elles sont parallèles si, et seulement si, ces vecteurs sont colinéaires.
Exemple 1. Les droites et ont pour vecteurs normaux et . Leur produit scalaire vaut : les droites sont perpendiculaires. On aurait pu raisonner sur les directeurs et , dont le produit scalaire vaut aussi .
Position d'une droite par rapport à un cercle
Pour savoir si une droite coupe un cercle, le plus fiable est de comparer la distance du centre à la droite au rayon. Si cette distance est inférieure au rayon, la droite traverse (deux points) ; égale, elle est tangente (un point) ; supérieure, elle ne touche pas le cercle.
Soit un cercle de centre et de rayon , et une droite. En notant la distance de à :
- si , coupe en deux points ;
- si , est tangente à (un seul point) ;
- si , et n'ont aucun point commun.
Exemple 2. On peut aussi trouver les points d'intersection par le calcul, en substituant. Cherchons l'intersection de la droite et du cercle . On remplace par : On développe : , soit , donc . Le discriminant vaut : deux solutions, et . Les points d'intersection sont et . Le signe de tranche : positif, deux points ; nul, tangence ; négatif, aucun point.
Le piège de la tangente confondue avec l'intersection simple
Devant l'équation de substitution, ne te précipite pas. Un discriminant nul ne signifie pas « pas de solution » mais « une solution double » : la droite est tangente, elle touche le cercle en un point. Karim conclut parfois « donc pas d'intersection » : c'est une confusion. correspond à la tangence (un point), et c'est seulement qui signifie aucun point commun.
Deux droites sont perpendiculaires si le produit scalaire de leurs normaux (ou directeurs) est nul. Une droite et un cercle se rencontrent en , ou points selon que la distance du centre à la droite est supérieure, égale ou inférieure au rayon — ce que confirme le signe du discriminant de l'équation de substitution.
Applications repérées (médiatrice, hauteur, tangente)
Réunissons tous les outils. Trois constructions classiques de géométrie — la médiatrice, la hauteur d'un triangle, la tangente à un cercle — deviennent, en repère, de simples calculs d'équations. Chacune mobilise un vecteur normal bien choisi.
Médiatrice d'un segment
La médiatrice de est la droite perpendiculaire à passant par son milieu. En repère, elle a donc pour vecteur normal et passe par le milieu de .
Exemple 1. Médiatrice de avec et . Le milieu est . Un vecteur normal est , que l'on simplifie en . L'équation s'écrit :
Hauteur d'un triangle
La hauteur issue de dans un triangle est la droite passant par et perpendiculaire à . Elle a donc pour vecteur normal et passe par .
Exemple 2. Dans le triangle , , , trouvons la hauteur issue de . Elle est perpendiculaire à , de vecteur , que l'on simplifie en . Elle passe par , d'où : soit . La hauteur issue de est la droite .
Tangente à un cercle en un point
La tangente à un cercle en un point est perpendiculaire au rayon en ce point. Son vecteur normal est donc , et elle passe par .
Exemple 3. Tangente au cercle de centre et de rayon au point (qui est bien sur le cercle : ). Le vecteur normal est . La tangente passe par :
Le piège du vecteur normal mal choisi
Le fil rouge de ces trois constructions est le même : identifier le bon vecteur normal. Salma confond parfois médiatrice et hauteur, ou prend comme directeur de la médiatrice alors qu'il en est le normal. Demande-toi toujours : « à quoi ma droite est-elle perpendiculaire ? » La réponse donne le vecteur normal, et (ou ) donne l'équation. Médiatrice : perpendiculaire à , passe par le milieu. Hauteur issue de : perpendiculaire à , passe par . Tangente en : perpendiculaire au rayon, passe par .
Médiatrice de : vecteur normal , passe par le milieu . Hauteur issue de : vecteur normal , passe par . Tangente en : vecteur normal , passe par . Dans les trois cas, l'équation s'obtient par un produit scalaire nul.
Pièges classiques
Piège 1 : confondre vecteur normal et vecteur directeur. Pour , le couple lu tel quel est le vecteur normal , et le vecteur directeur est . Pour : normale , direction . Inverser les deux fausse tout test de parallélisme ou de perpendicularité. Mémo : la normale se lit « telle quelle », la direction se lit « échangée et avec un signe changé ».
Piège 2 : se tromper sur le signe du centre du cercle. Dans , le centre est , donc on inverse le signe lu dans la parenthèse. Pour , le centre est , pas . Le donne une abscisse .
Piège 3 : confondre et . Le second membre de l'équation du cercle est , pas . Pour , le rayon est , pas . Oublier la racine carrée est l'erreur la plus fréquente sur les cercles.
Piège 4 : croire qu'une droite et un cercle se coupent toujours en deux points. Selon la distance du centre à la droite, il peut y avoir deux points, un seul (tangence) ou aucun. Dans l'équation de substitution, le discriminant tranche : deux points, un point (tangente), aucun. Un n'est pas « pas de solution », c'est une solution double.
Piège 5 : oublier de prendre le milieu pour la médiatrice. La médiatrice de a bien pour vecteur normal, mais elle ne passe pas par ni par : elle passe par le milieu de . Utiliser au lieu de donne une parallèle à la médiatrice, décalée. Calcule toujours d'abord.
Piège 6 : utiliser ces formules dans un repère non orthonormé. La formule de distance , l'équation du cercle, le critère d'orthogonalité par produit scalaire : tout cela suppose un repère orthonormé. Dans un repère quelconque, ces expressions ne valent plus. Vérifie toujours que le repère est orthonormé avant d'appliquer une distance ou une orthogonalité.
Application concrète
Yasmine est stagiaire au service d'urbanisme de Marrakech. On lui confie un plan du Guéliz dans un repère orthonormé (unité : l'hectomètre). Deux avenues rectilignes et un rond-point doivent être étudiés. L'avenue Mohammed VI est modélisée par la droite passant par et . Le rond-point central est le cercle de centre et de rayon . Yasmine doit déterminer plusieurs éléments du plan.
Étape 1 — Équation de l'avenue . Un vecteur directeur est , simplifié en ; un vecteur normal est donc (car ). L'équation s'obtient par avec :
Étape 2 — Équation du rond-point . Centre , rayon , donc :
Étape 3 — L'avenue traverse-t-elle le rond-point ? On substitue dans . De on tire . On reporte : On développe : , soit , donc . Le discriminant vaut : deux solutions, et . L'avenue traverse le rond-point en deux points.
Étape 4 — Coordonnées des points d'entrée et de sortie. Pour : , point (c'est ). Pour : , point (c'est ). L'avenue entre dans le rond-point en et en ressort en .
Étape 5 — Tangente perpendiculaire au croisement. Au point de sortie , Yasmine veut tracer la tangente au rond-point, pour dimensionner l'accotement. Cette tangente est perpendiculaire au rayon . Le vecteur normal est , et la tangente passe par :
Conclusion. En quelques équations, Yasmine a tout obtenu : l'équation des deux objets, les points de croisement, et la tangente au rond-point. La géométrie repérée a transformé un problème de plan d'urbanisme en une suite de calculs fiables et automatisables. C'est exactement ce que fait, à grande échelle, un logiciel de cartographie. Cette même démarche, enrichie en terminale par les coniques (ellipses, paraboles) et en classes préparatoires par la géométrie vectorielle en dimension quelconque, est le socle de toute géométrie analytique.
À retenir
Pour une droite : le vecteur normal est (lu tel quel), le vecteur directeur est (échangé, premier signe changé). Pour l'équation d'une droite passant par de normale : écrire .
Dans un repère orthonormé, le cercle de centre et de rayon a pour équation . On lit le centre en inversant les signes des parenthèses et le rayon comme racine du second membre. Une forme développée se ramène à cette forme par complétion des carrés.
Deux droites sont perpendiculaires si le produit scalaire de leurs vecteurs normaux (ou directeurs) est nul, parallèles si ces vecteurs sont colinéaires.
Une droite et un cercle se rencontrent en , (tangence) ou points selon que la distance du centre à la droite est supérieure, égale ou inférieure au rayon ; le signe du discriminant de l'équation de substitution le confirme (, , ).
Médiatrice de : normale , passe par le milieu . Hauteur issue de : normale , passe par . Tangente en à un cercle de centre : normale , passe par .