Physique-Chimie · 3ᵉ · L'énergie cinétique

L'énergie cinétique

Objectif brevetLe parcours de révision, chapitre par chapitre.

L'énergie du mouvement

Tout ce qui bouge possède quelque chose que les objets immobiles n'ont pas : la capacité de produire un effet par son seul mouvement. Une bille lancée renverse les quilles ; un marteau en mouvement enfonce un clou ; le vent fait tourner une éolienne. Dans chacun de ces cas, c'est le mouvement lui-même qui porte l'énergie.

DÉFINITION

L'énergie cinétique est l'énergie que possède un corps du fait de son mouvement. On la note Ec. Tout corps en mouvement possède de l'énergie cinétique ; un corps immobile a une énergie cinétique nulle.

Cette énergie dépend de deux choses, et de deux choses seulement : la masse du corps et sa vitesse. Une remorque chargée lancée à faible allure peut emporter autant d'énergie qu'une moto rapide ; c'est tout l'enjeu du chapitre que de comparer ces situations.

Exemple 1. Un camion à l'arrêt à un feu rouge de Casablanca a une énergie cinétique nulle : il ne bouge pas. Dès qu'il démarre, son énergie cinétique devient positive et augmente à mesure qu'il accélère.

Exemple 2. Une boule de pétanque qui roule possède de l'énergie cinétique ; la même boule posée immobile dans la main n'en possède aucune, même si elle reste lourde. La masse ne suffit pas : sans mouvement, pas d'énergie cinétique.

L'énergie cinétique dépend du référentiel

Tu l'as vu dans le chapitre sur le mouvement et la relativité : un mouvement n'a de sens que par rapport à un référentiel. L'énergie cinétique hérite de cette relativité, puisqu'elle dépend de la vitesse.

Amine est assis dans sa voiture lancée à 120 km/h. Par rapport au bord de la route, Amine se déplace très vite : il a une grande énergie cinétique. Mais par rapport à son siège, Amine ne bouge pas du tout : dans ce référentiel, son énergie cinétique est nulle. La même personne, au même instant, a deux énergies cinétiques différentes selon le référentiel choisi.

À RETENIR

L'énergie cinétique est l'énergie due au mouvement ; un corps immobile en a zéro. Comme la vitesse, elle dépend du référentiel dans lequel on l'évalue.

La formule de l'énergie cinétique

L'intuition « plus c'est lourd et plus c'est rapide, plus il y a d'énergie » se traduit par une formule précise. C'est elle qui permet de calculer une valeur, en joules, plutôt que de se contenter d'impressions.

DÉFINITION

L'énergie cinétique d'un corps de masse m se déplaçant à la vitesse v vaut : Ec=12mv2m est en kilogrammes (kg), v en mètres par seconde (m/s) et Ec en joules (J).

Trois éléments à ne jamais perdre de vue : le facteur 12, la masse m, et surtout la vitesse au carré, v2. Oublier l'un de ces trois ingrédients, c'est se tromper.

Exemple 1. Une boule de masse m=2 kg roule à v=3 m/s. Son énergie cinétique vaut : Ec=12×2×32=12×2×9=9 J.

Exemple 2. Une voiture de masse m=1000 kg roule à v=10 m/s. Alors : Ec=12×1000×102=12×1000×100=50000 J.

Les unités du Système international

La formule Ec=12mv2 n'est correcte que si tu utilises les unités de base : la masse en kilogrammes et la vitesse en mètres par seconde. Si tu glisses une masse en grammes ou une vitesse en km/h, le résultat est faux. C'est la même exigence que pour la loi d'Ohm, où il fallait convertir les milliampères en ampères.

Or, sur la route, les vitesses sont toujours données en kilomètres par heure (km/h). Il faut donc savoir convertir.

DÉFINITION

Pour convertir une vitesse de km/h en m/s, on divise par 3,6 : v (en m/s)=v (en km/h)3,6 Inversement, pour passer de m/s en km/h, on multiplie par 3,6.

Ce nombre 3,6 n'est pas magique : il vient de ce qu'une heure compte 3600 secondes et un kilomètre 1000 mètres, et 3600÷1000=3,6.

Exemple 3. Une voiture roule à 90 km/h. En mètres par seconde : v=903,6=25 m/s.

Exemple 4. Un cycliste avance à 36 km/h, soit 363,6=10 m/s. À l'inverse, 20 m/s correspondent à 20×3,6=72 km/h.

Conversion entre kilomètres par heure et mètres par seconde Deux réglettes graduées parallèles. Celle du haut est en kilomètres par heure avec les repères 0, 36, 90 et 120. Celle du bas est en mètres par seconde avec les repères 0, 10, 25 et 33. Pour passer des kilomètres par heure aux mètres par seconde on divise par trois virgule six ; pour faire l'inverse on multiplie par trois virgule six. Les valeurs 90 kilomètres par heure et 25 mètres par seconde se correspondent, de même que 36 kilomètres par heure et 10 mètres par seconde. Le nombre trois virgule six vient de trois mille six cents secondes divisées par mille mètres. km/h 0 36 90 120 m/s 0 10 25 33 ÷ 3,6 × 3,6 3,6 = 3600 s ÷ 1000 m On divise par 3,6 pour entrer une vitesse dans la formule de l'énergie cinétique.
Schéma de conversion entre km/h et m/s : on divise par 3,6 pour passer des km/h aux m/s, on multiplie par 3,6 dans l'autre sens.

À RETENIR

L'énergie cinétique se calcule par Ec=12mv2, avec m en kg, v en m/s, Ec en J. Convertis toujours les km/h en m/s en divisant par 3,6 avant de calculer.

Le rôle décisif du carré de la vitesse

Voici le cœur du chapitre, l'idée que tout conducteur devrait avoir en tête. La masse et la vitesse n'interviennent pas de la même façon dans la formule. La masse est simple : elle apparaît telle quelle. La vitesse, elle, est élevée au carré — et cela change tout.

À RETENIR

Dans Ec=12mv2, la masse intervient proportionnellement (double la masse, tu doubles Ec), mais la vitesse intervient au carré.

Doubler la masse double l'énergie

Commençons par le cas simple. Si tu doubles la masse sans changer la vitesse, l'énergie cinétique double elle aussi. C'est une proportionnalité ordinaire, comme tu en as vu beaucoup.

Exemple 1. Une voiture de 1000 kg à 20 m/s a une certaine énergie. Une voiture de 2000 kg à la même vitesse 20 m/s a exactement le double d'énergie cinétique. La masse et l'énergie varient dans le même rapport : deux fois plus lourde, deux fois plus d'énergie.

Doubler la vitesse quadruple l'énergie

Maintenant le cas qui surprend tout le monde. Si tu doubles la vitesse, l'énergie cinétique n'est pas doublée : elle est multipliée par 4. Pourquoi ? Parce que c'est v2 qui compte, et (2v)2=4v2. La vitesse double, mais son carré quadruple.

Exemple 2. Une moto de masse m=200 kg roule d'abord à v=10 m/s : Ec=12×200×102=10000 J. La même moto à v=20 m/s (vitesse doublée) : Ec=12×200×202=12×200×400=40000 J. La vitesse a doublé, l'énergie a été multipliée par 4 (1000040000).

De la même façon, tripler la vitesse multiplie l'énergie par 32=9, et la multiplier par 1,5 la multiplie par 1,52=2,25.

Exemple 3. Une voiture passe de 50 à 100 km/h : sa vitesse double, donc son énergie cinétique est multipliée par 4. Passer de 50 à 150 km/h triple la vitesse : l'énergie est multipliée par 9.

Effet du carré de la vitesse sur l'énergie cinétique Un histogramme à trois barres. À la vitesse v, l'énergie cinétique vaut une part (multipliée par 1). À la vitesse double 2v, la barre est quatre fois plus haute (multipliée par 4). À la vitesse triple 3v, la barre est neuf fois plus haute (multipliée par 9). Quand la vitesse double ou triple, l'énergie cinétique est multipliée par quatre ou par neuf. Énergie cinétique ×1 v ×4 2 v ×9 3 v Double la vitesse, l'énergie est multipliée par 4 ; triple la vitesse, par 9 — c'est le carré qui commande.
Histogramme de l'énergie cinétique pour les vitesses v, 2v et 3v : les barres sont dans les proportions 1, 4 et 9, illustrant que l'énergie cinétique varie comme le carré de la vitesse.

Le piège du raisonnement « proportionnel »

L'erreur naturelle est de croire que, puisque doubler la masse double l'énergie, doubler la vitesse devrait aussi la doubler. C'est faux, et c'est précisément ce qui rend la vitesse si dangereuse : une augmentation modérée de vitesse provoque une augmentation bien plus que proportionnelle de l'énergie cinétique — donc de la violence d'un choc.

À RETENIR

Doubler la masse double Ec (×2) ; mais doubler la vitesse quadruple Ec (×4), et tripler la vitesse la multiplie par 9. C'est le carré de la vitesse qui commande.

L'énergie cinétique et la sécurité routière

Tout ce qui précède n'est pas une curiosité de calcul : c'est la physique de la route. Quand un véhicule freine ou heurte un obstacle, son énergie cinétique ne disparaît pas — elle se transforme. Comprendre où elle part, c'est comprendre pourquoi la vitesse tue.

DÉFINITION

Lorsqu'un véhicule freine, son énergie cinétique est convertie en chaleur dans les freins (les disques chauffent). Lors d'un choc, elle est convertie en déformation de la carrosserie, des obstacles et, hélas, des corps.

Transformation de l'énergie cinétique d'un véhicule Un bloc central nommé énergie cinétique Ec donne naissance à deux flèches. La flèche de gauche mène à la vignette du freinage : une voiture qui ralentit, un disque de frein qui chauffe et des flèches de chaleur qui s'échappent ; l'énergie cinétique se transforme en chaleur dans les freins. La flèche de droite mène à la vignette du choc : une voiture déformée contre un obstacle ; l'énergie cinétique se transforme en déformation. L'énergie cinétique ne disparaît pas, elle se transforme. énergie cinétique Ec Au freinage chaleur Ec → chaleur dans les freins Lors d'un choc Ec → déformation L'énergie cinétique ne disparaît pas : elle se transforme.
Transformation de l'énergie cinétique : au freinage elle se convertit en chaleur dans les freins, lors d'un choc en déformation de la carrosserie.

Plus l'énergie cinétique est grande, plus il faut « évacuer » d'énergie pour s'arrêter, et plus un choc éventuel est violent. Comme Ec dépend du carré de la vitesse, la dangerosité explose avec la vitesse.

La distance d'arrêt

Quand Amine décide de s'arrêter, deux phases se succèdent et s'additionnent.

DÉFINITION

La distance d'arrêt est la distance totale parcourue entre l'instant où le conducteur perçoit un danger et l'arrêt complet du véhicule. Elle est la somme de deux distances : darreˆt=dreˊaction+dfreinagedreˊaction est parcourue avant d'appuyer sur le frein (pendant le temps de réaction), et dfreinage est parcourue pendant le freinage.

La distance de freinage est la distance nécessaire pour dissiper toute l'énergie cinétique dans les freins. Comme Ec est proportionnelle à v2, cette distance de freinage l'est aussi : elle est proportionnelle au carré de la vitesse.

À RETENIR

La distance de freinage est proportionnelle au carré de la vitesse : si la vitesse double, la distance de freinage est multipliée par 4.

Pourquoi la vitesse change tout

Exemple 1. Une voiture freine sur 13 m à 50 km/h. À 100 km/h (vitesse doublée), la distance de freinage est multipliée par 4 : elle passe d'environ 13 m à 52 m. Attention à ne pas confondre : ces 52 m sont la distance de freinage seule. La distance d'arrêt totale est encore plus grande, car il faut y ajouter la distance de réaction parcourue avant de freiner. Voilà pourquoi une zone urbaine est limitée à 50 km/h.

Distances d'arrêt à 50 km/h et à 100 km/h Deux bandes routières horizontales partent du même repère vertical nommé perception du danger. La bande du haut correspond à 50 kilomètres par heure : une courte distance de réaction suivie d'une distance de freinage d'environ 13 mètres, avec une voiture arrêtée au bout. La bande du bas correspond à 100 kilomètres par heure : une distance de réaction deux fois plus longue, puis une distance de freinage d'environ 52 mètres, quatre fois plus longue, avec une voiture arrêtée bien plus loin. Quand la vitesse double, la distance de freinage est multipliée par quatre, car elle dépend du carré de la vitesse. perception du danger 50 km/h réaction freinage freinage ≈ 13 m 100 km/h réaction freinage freinage ≈ 52 m (× 4) Vitesse × 2 ⟹ distance de freinage × 4 : c'est le carré de la vitesse.
Comparaison des distances d'arrêt à 50 km/h et à 100 km/h : distance de réaction puis distance de freinage, la distance de freinage étant multipliée par 4 quand la vitesse double.

Exemple 2. Sur l'autoroute Casablanca-Rabat, passer de 120 à 140 km/h ne semble qu'un petit excès. Pourtant l'énergie cinétique est multipliée par (140120)21,36, soit 36 % d'énergie en plus à dissiper en cas de freinage d'urgence ou de choc.

À RETENIR

L'énergie cinétique d'un véhicule se transforme en chaleur au freinage et en déformation lors d'un choc ; comme elle dépend du carré de la vitesse, un petit excès de vitesse augmente fortement la distance d'arrêt et la violence d'un accident.

Pièges classiques

1. Oublier le facteur 12. La formule est Ec=12mv2, pas Ec=mv2. Sans le demi, ton résultat est exactement deux fois trop grand. Écris toujours le 12 en premier pour ne pas l'oublier.

2. Oublier d'élever la vitesse au carré. C'est v2, pas v. Si tu écris Ec=12mv, tu obtiens une valeur absurde, et l'unité ne tombe pas en joules. La vitesse doit toujours être au carré.

3. Ne pas convertir les km/h en m/s. La formule exige des mètres par seconde. Si tu mets directement une vitesse en km/h, le résultat est faux d'un facteur énorme (environ 13 fois, car 3,6213). Divise toujours par 3,6 avant de calculer.

4. Croire que doubler la vitesse double l'énergie. Non : doubler la vitesse quadruple l'énergie (×4), parce que c'est le carré qui intervient. C'est l'erreur conceptuelle la plus fréquente, et la plus dangereuse à comprendre de travers.

5. Confondre la masse et le poids. Dans la formule, m est la masse, en kilogrammes, pas le poids en newtons. Masse et poids sont deux grandeurs différentes ; n'utilise jamais une valeur en newtons à la place de la masse.

6. Croire qu'un objet immobile a de l'énergie cinétique. Un corps à l'arrêt a une vitesse nulle, donc Ec=12m×02=0. Quelle que soit sa masse, un objet immobile a une énergie cinétique nulle. Lourd ne veut pas dire « plein d'énergie cinétique ».

Application concrète

Amine roule sur l'autoroute Casablanca-Rabat au volant d'une voiture de masse m=1200 kg. Il s'interroge : « Est-ce vraiment si différent de rouler à 90 ou à 108 km/h ? » Comparons les deux situations en calculant l'énergie cinétique dans chaque cas.

Étape 1 — Convertir les vitesses en m/s. Pour utiliser la formule, on passe en mètres par seconde en divisant par 3,6 : v1=903,6=25 m/sv2=1083,6=30 m/s.

Étape 2 — Calculer l'énergie cinétique à 90 km/h. Ec,1=12×1200×252=12×1200×625=375000 J.

Étape 3 — Calculer l'énergie cinétique à 108 km/h. Ec,2=12×1200×302=12×1200×900=540000 J.

Étape 4 — Comparer. La vitesse n'a augmenté que de 20 % (de 90 à 108 km/h), mais l'énergie cinétique est passée de 375000 à 540000 J : une augmentation de 165000 J, soit 44 % d'énergie en plus. On retrouve bien l'effet du carré : (10890)2=1,22=1,44.

Conclusion. Ces 44 % d'énergie supplémentaire, ce sont 44 % d'énergie de plus à dissiper en cas de freinage d'urgence, et 44 % de violence en plus en cas de choc. Voilà pourquoi un « petit » excès de vitesse n'est jamais petit du point de vue de la physique. Ce raisonnement — convertir, appliquer Ec=12mv2, comparer — est exactement celui que tu généraliseras au lycée avec le théorème de l'énergie cinétique, qui relie cette énergie aux forces qui agissent sur le véhicule.

À retenir

À RETENIR

L'énergie cinétique Ec est l'énergie due au mouvement : tout corps en mouvement en possède, un corps immobile en a zéro, et sa valeur dépend du référentiel.

À RETENIR

L'énergie cinétique se calcule par Ec=12mv2, avec m en kg, v en m/s et Ec en joules (J).

À RETENIR

Avant tout calcul, convertis les km/h en m/s en divisant par 3,6 (et multiplie par 3,6 pour faire l'inverse).

À RETENIR

La masse intervient proportionnellement, mais la vitesse intervient au carré : doubler la vitesse quadruple l'énergie, tripler la vitesse la multiplie par 9.

À RETENIR

L'énergie cinétique se transforme en chaleur au freinage et en déformation lors d'un choc ; la distance de freinage est proportionnelle au carré de la vitesse, ce qui rend tout excès de vitesse particulièrement dangereux.