Physique-Chimie · 1ʳᵉ · Titrage : détermination d'une quantité de matière

Titrage : détermination d'une quantité de matière

Objectif examen régionalLe programme de 1ʳᵉ année Bac à réviser.

Principe d'un titrage

Doser une espèce, c'est déterminer sa quantité de matière ou sa concentration. Le titrage réalise ce dosage en faisant réagir l'espèce à doser avec une autre espèce, ajoutée progressivement et de concentration connue, au moyen d'une réaction chimique choisie pour sa fiabilité.

DÉFINITION

Un titrage consiste à doser une espèce (le réactif titré, de concentration inconnue, en volume connu dans le bécher) en la faisant réagir avec un réactif titrant de concentration connue, ajouté progressivement à la burette. La transformation support, la réaction de titrage, doit être totale, rapide et unique (une seule réaction se produit).

Ces trois qualités ne sont pas optionnelles. Totale : tout le réactif versé est consommé tant qu'il reste de l'espèce titrée, ce qui rend le bilan exact. Rapide : le résultat est lisible immédiatement, sans attendre. Unique : aucune réaction parasite ne fausse le dosage.

Dispositif de titrage : burette, bécher et agitateur magnétique Une burette graduée verticale, remplie de réactif titrant de concentration connue, est fixée au-dessus d'un bécher. Son robinet permet de verser le titrant goutte à goutte. Le bécher, posé sur un agitateur magnétique, contient le réactif titré (volume connu, concentration inconnue) et un barreau aimanté qui homogénéise la solution. On verse le titrant jusqu'à l'équivalence. titrant concentration c connue titré volume V connu, concentration inconnue agitateur magnétique on verse le titrant goutte à goutte jusqu'à l'équivalence
Dispositif de titrage : burette, bécher, agitateur

Exemple 1. Pour doser l'acide éthanoïque d'un vinaigre (réactif titré), on le fait réagir avec une solution d'hydroxyde de sodium (la soude, réactif titrant) de concentration connue. La réaction acide-base est totale, rapide et unique : c'est une bonne réaction de titrage.

Le rôle des concentrations et volumes

Dans le bécher, on place un volume connu de la solution à doser ; sa concentration est l'inconnue. Dans la burette, le titrant a une concentration connue ; on lit le volume versé au fil de l'ajout. Tout le titrage vise à repérer un volume particulier — le volume à l'équivalence — qui permettra le calcul final.

À RETENIR

Un titrage dose un réactif titré (volume connu, concentration inconnue) par un réactif titrant (concentration connue, volume versé lu à la burette), via une réaction de titrage totale, rapide et unique.

L'équivalence

Au début du titrage, l'espèce titrée est en excès : le titrant versé est entièrement consommé. À mesure qu'on en ajoute, l'espèce titrée s'épuise. Il existe un instant charnière où l'on a versé exactement la quantité de titrant nécessaire pour consommer toute l'espèce titrée : c'est l'équivalence.

DÉFINITION

L'équivalence d'un titrage est l'instant où le réactif titrant et le réactif titré ont été introduits dans les proportions stœchiométriques de la réaction de titrage. Avant l'équivalence, le titré est en excès ; après, c'est le titrant. À l'équivalence précisément, les deux réactifs sont totalement consommés.

L'équivalence est donc un changement de réactif limitant : juste avant, le titrant est limitant (il manque) ; juste après, le titré est limitant (il a disparu). C'est exactement la situation de mélange stœchiométrique vue au chapitre 1.

À RETENIR

À l'équivalence, les réactifs ont été mélangés dans les proportions stœchiométriques : ils sont tous deux entièrement consommés. C'est le point de changement de réactif limitant.

La relation à l'équivalence

C'est cette égalité stœchiométrique qui donne la relation maîtresse du chapitre. Considérons une réaction de titrage générale entre le titré A (nombre stœchiométrique a) et le titrant B (nombre stœchiométrique b) : aA+bBproduits. À l'équivalence, les quantités introduites sont dans le rapport des nombres stœchiométriques : ntitreˊa=ntitrant verseˊ aˋ l’eˊquivalenceb.

DÉFINITION

À l'équivalence, la relation de titrage s'écrit nAa=nB,eˊqb, où nA est la quantité de réactif titré initialement présente et nB,eˊq la quantité de titrant versée jusqu'à l'équivalence.

Exemple 1. Pour le titrage acide-base A+Bproduits avec a=b=1 (cas le plus fréquent), la relation se simplifie : nA=nB,eˊq. Autant de titrant versé que d'espèce titrée présente. C'est le cas du titrage de l'acide éthanoïque par la soude.

Le piège de Karim : confondre équivalence et « fin de réaction à chaque goutte »

Karim croit que « l'équivalence, c'est quand la réaction s'arrête ». Mais la réaction de titrage, totale et rapide, s'arrête à chaque ajout de titrant, dès que l'un des réactifs est épuisé. L'équivalence n'est pas un arrêt de la réaction : c'est l'instant unique où les proportions versées correspondent exactement à la stœchiométrie, c'est-à-dire où l'on passe d'un excès de titré à un excès de titrant. Confondre les deux empêche de comprendre pourquoi on cherche un volume précis.

À RETENIR

La relation à l'équivalence, nAa=nB,eˊqb, traduit l'égalité des proportions stœchiométriques. Pour un titrage de rapport 1:1, elle devient simplement nA=nB,eˊq.

Repérer l'équivalence

La relation à l'équivalence n'est exploitable que si l'on sait à quel volume versé l'équivalence se produit. Or rien ne change brutalement à l'œil nu dans le bécher au moment précis de l'équivalence — sauf si l'on s'arrange pour rendre cet instant visible. Trois méthodes principales permettent de repérer l'équivalence.

DÉFINITION

Le volume équivalent Veˊq est le volume de titrant versé pour atteindre l'équivalence. On le repère par un indicateur coloré (changement de couleur), par pH-métrie (saut brutal de pH) ou par conductimétrie (rupture de pente de la conductance).

L'indicateur coloré de fin de réaction

Un indicateur coloré est une espèce qui change de teinte selon le milieu. Choisi correctement, il vire de couleur juste à l'équivalence : la première goutte qui fait persister le changement de couleur marque Veˊq.

Exemple 1. Pour le titrage de l'acide éthanoïque par la soude, on ajoute quelques gouttes de phénolphtaléine : incolore en milieu acide, rose en milieu basique. Tant qu'il reste de l'acide (avant l'équivalence), la solution reste incolore. Dès que la soude est en léger excès (juste après l'équivalence), elle vire au rose persistant. Le volume de soude versé à ce virage est Veˊq.

Le suivi pH-métrique et conductimétrique

On peut aussi suivre une grandeur physique pendant l'ajout. En pH-métrie, on trace le pH en fonction du volume versé : la courbe présente un saut brutal de pH au voisinage de l'équivalence ; le volume du saut est Veˊq. En conductimétrie, on trace la conductance : la courbe est faite de deux segments de droite dont l'intersection (la rupture de pente) donne Veˊq.

Courbe pH-métrique d'un titrage et repérage de l'équivalence Graphe du pH (en ordonnée) en fonction du volume de titrant versé V (en abscisse, en millilitres). La courbe a une forme de S : elle monte doucement, présente un saut vertical brutal au voisinage du volume équivalent, puis se stabilise sur un plateau haut. Un trait pointillé vertical descend du milieu du saut vers l'axe des volumes pour marquer le volume équivalent V_éq. V (mL) pH O V_éq saut de pH équivalence l'équivalence se lit au milieu du saut de pH
Courbe pH-métrique d'un titrage : saut de pH à l'équivalence

Le piège de Salma : lire l'équivalence trop tôt avec l'indicateur

Salma verse la soude et arrête dès qu'elle voit une première trace rose apparaître localement, là où tombe la goutte. C'est trop tôt : cette coloration fugace disparaît à l'agitation tant qu'il reste de l'acide. L'équivalence correspond au virage persistant après homogénéisation — la goutte qui colore toute la solution de façon stable. Lire trop tôt sous-estime Veˊq et fausse la concentration trouvée.

À RETENIR

Le volume équivalent Veˊq se repère par le virage persistant d'un indicateur coloré, le saut de pH en pH-métrie, ou la rupture de pente en conductimétrie. C'est la donnée qui rend la relation à l'équivalence exploitable.

Exploiter un titrage

Une fois Veˊq mesuré, l'exploitation est purement quantitative : on combine la relation à l'équivalence et la relation n=c×V pour remonter à la concentration inconnue.

DÉFINITION

Pour un titrage de rapport 1:1 (nA=nB,eˊq), où le titré A a un volume VA et le titrant B une concentration cB, la concentration inconnue est cA=cB×VeˊqVA.

Cette formule se démontre en deux lignes : nA=nB,eˊq s'écrit cA×VA=cB×Veˊq, d'où l'on isole cA. Pour un titrage de stœchiométrie quelconque, on repart de cAVAa=cBVeˊqb.

Exemple 1. On titre VA=10,0 mL d'une solution d'acide éthanoïque par une soude de concentration cB=0,10 mol/L. L'équivalence est atteinte pour Veˊq=12,0 mL. La réaction étant de rapport 1:1 : cA=cB×VeˊqVA=0,10×12,010,0=0,12 mol/L. Les volumes peuvent rester en mL des deux côtés : leur rapport est sans dimension, seul cB fixe l'unité du résultat.

De la concentration à la quantité de matière

Le titrage donne directement la quantité de matière de l'espèce titrée présente dans le bécher : nA=cA×VA=cB×Veˊq. C'est souvent cette quantité que l'on cherche, par exemple pour déduire une masse par m=n×M.

Exemple 2. Dans l'exemple 1, la quantité d'acide éthanoïque titrée vaut nA=cB×Veˊq=0,10×12,0×103=1,2×103 mol. Avec M=60 g/mol, cela représente une masse m=1,2×103×60=7,2×102 g d'acide dans les 10,0 mL titrés.

Le piège du volume de titré oublié

Beaucoup d'élèves calculent nA=cB×Veˊq, ce qui est juste, puis oublient de diviser par VA pour obtenir la concentration cA — ou bien divisent par Veˊq au lieu de VA. La concentration cherchée est celle de l'espèce dans le bécher, donc on divise toujours par le volume de titré VA, jamais par le volume versé. Garde la formule sous les yeux : cA=cBVeˊqVA.

À RETENIR

On exploite un titrage 1:1 par cA=cB×VeˊqVA, et la quantité titrée vaut nA=cB×Veˊq. Pour une stœchiométrie quelconque, on repart de cAVAa=cBVeˊqb.

Pièges classiques

1. Croire que la réaction de titrage peut être lente ou partielle. Une réaction de titrage doit être totale, rapide et unique. Sans ces propriétés, le bilan à l'équivalence n'est plus exact et le dosage est faux.

2. Confondre équivalence et arrêt de la réaction. La réaction totale s'arrête à chaque goutte versée. L'équivalence est l'instant unique où les réactifs sont en proportions stœchiométriques (changement de réactif limitant), pas un arrêt particulier.

3. Lire le volume équivalent trop tôt avec un indicateur coloré. Le virage à retenir est celui qui persiste après agitation, pas la coloration fugace au point de chute de la goutte. Lire trop tôt sous-estime Veˊq.

4. Diviser par le mauvais volume. La concentration cherchée est celle du titré dans le bécher : on divise par le volume de titré VA, et non par le volume versé Veˊq.

5. Oublier la stœchiométrie de la réaction. La relation nA=nB,eˊq n'est valable que pour un rapport 1:1. Si les nombres stœchiométriques diffèrent, il faut écrire nAa=nB,eˊqb.

6. Mal repérer l'équivalence sur une courbe. En pH-métrie, l'équivalence est au milieu du saut de pH ; en conductimétrie, à la rupture de pente (intersection des deux droites), pas au minimum ou à un point quelconque.

Application concrète

Yasmine veut vérifier la teneur en acide du vinaigre acheté au souk de Fès. Comme le vinaigre est trop concentré pour un titrage direct précis, elle le dilue 10 fois, puis prélève VA=10,0 mL de ce vinaigre dilué dans un bécher, y ajoute quelques gouttes de phénolphtaléine, et titre par une solution d'hydroxyde de sodium de concentration cB=0,10 mol/L. La réaction de titrage, totale, rapide et unique, est de rapport 1:1. Le virage rose persistant apparaît pour un volume versé Veˊq=9,0 mL. On donne M=60 g/mol pour l'acide éthanoïque.

Étape 1 — Identifier titré, titrant et la relation. Le réactif titré est l'acide éthanoïque du vinaigre dilué (volume connu VA=10,0 mL, concentration inconnue). Le titrant est la soude (concentration connue cB=0,10 mol/L). Rapport 1:1, donc à l'équivalence nA=nB,eˊq.

Étape 2 — Repérer l'équivalence. La phénolphtaléine, incolore en milieu acide, vire au rose dès que la soude est en léger excès. Le virage persistant après agitation est obtenu pour Veˊq=9,0 mL. (Si Yasmine s'était arrêtée à la première trace rose fugace, comme Salma, elle aurait sous-estimé Veˊq.)

Étape 3 — Calculer la concentration du vinaigre dilué. On applique la relation d'exploitation : cA=cB×VeˊqVA=0,10×9,010,0=0,090 mol/L.

Étape 4 — Remonter au vinaigre non dilué. Le vinaigre a été dilué 10 fois avant titrage ; sa concentration réelle est donc 10 fois plus grande : cvinaigre=10×cA=10×0,090=0,90 mol/L.

Étape 5 — Contrôler la plausibilité (le « degré » du vinaigre). Le degré d'acidité est la masse d'acide éthanoïque pour 100 mL. Ici, cvinaigre×M=0,90×60=54 g/L, soit 5,4 g pour 100 mL : environ 5,4°. C'est cohérent avec les « 6 degrés » annoncés sur l'étiquette — le titrage confirme l'ordre de grandeur affiché. Ce réflexe de vérification, confronter le résultat à une valeur attendue, est une exigence permanente : un titrage qui aurait donné 27° pour un vinaigre devrait immédiatement te faire soupçonner une erreur.

Conclusion. Le vinaigre du souk contient 0,90 mol/L d'acide éthanoïque, déterminés par une réaction chimique totale et la lecture d'un seul volume — le volume équivalent. Cette méthode chimique complète la méthode physique du chapitre 2 : l'une lit une grandeur sans réaction, l'autre exploite une réaction stœchiométrique. Tu retrouveras l'équivalence en terminale, où l'étude fine des courbes pH-métriques permettra de titrer des acides et des bases plus subtils, puis en classes préparatoires dans toute la chimie analytique.

À retenir

À RETENIR

Un titrage dose un réactif titré (volume VA connu, concentration inconnue) par un réactif titrant (concentration cB connue) via une réaction totale, rapide et unique.

À RETENIR

À l'équivalence, les réactifs sont en proportions stœchiométriques (changement de réactif limitant) : nAa=nB,eˊqb, soit nA=nB,eˊq pour un rapport 1:1.

À RETENIR

Le volume équivalent Veˊq se repère par le virage persistant d'un indicateur coloré, le saut de pH (pH-métrie) ou la rupture de pente (conductimétrie).

À RETENIR

On exploite un titrage 1:1 par cA=cB×VeˊqVA ; la quantité titrée vaut nA=cB×Veˊq. On divise toujours par le volume de titré VA, jamais par le volume versé.