Suites numériques
Objectif BacTout le programme de Terminale à réviser.Leçon 1 — Comprendre ce qu'est une suite
Une suite numérique est une liste ordonnée de nombres. Chaque nombre de la liste occupe une position précise, appelée son rang.
Une suite numérique est une fonction définie sur une partie des entiers naturels. À chaque entier , elle associe un nombre noté .
Le nombre s'appelle le terme de rang de la suite.
Par exemple, si une suite est définie par :
alors :
- ;
- ;
- ;
- .
La suite commence donc par :
C'est la suite des nombres impairs positifs.
Rang et terme : deux rôles différents
Le rang indique la position dans la suite. Le terme indique la valeur de la suite à cette position.
Dans l'exemple précédent :
- le rang est une position ;
- le terme est la valeur à cette position.
Karim confond les deux et dit : « si , alors ». C'est faux. Le rang n'est pas forcément égal au terme.
Dans une suite, est le rang, tandis que est la valeur du terme au rang . Ne jamais confondre la position et la valeur.
Le piège du premier terme
Certaines suites commencent à , d'autres à .
Si l'énoncé dit « pour tout », le premier terme est .
Si l'énoncé dit « pour tout », le premier terme est .
Avant tout calcul, repère toujours le rang de départ : ou . Une erreur sur le premier rang décale toute la suite.
Leçon 2 — Définir une suite : formule explicite ou récurrence
Il existe deux grandes façons de définir une suite : par une formule explicite ou par une relation de récurrence.
La formule explicite
Une formule explicite donne directement en fonction de .
Une suite est définie par une formule explicite lorsqu'on peut calculer directement le terme à partir du rang .
Exemple. Soit la suite définie par :
Alors :
On peut calculer directement, sans connaître , , ..., .
Avec une formule explicite, pour calculer , on remplace simplement par le rang demandé.
La relation de récurrence
Une relation de récurrence donne un terme à partir d'un ou plusieurs termes précédents.
Une suite est définie par récurrence lorsqu'on donne un premier terme et une relation permettant de calculer les termes suivants à partir des termes précédents.
Exemple. Soit la suite définie par :
Alors :
- ;
- ;
- ;
- .
Ici, pour trouver , il faut avancer étape par étape depuis .
Une formule explicite permet de calculer directement un terme. Une relation de récurrence fait avancer la suite pas à pas.
Le piège de la récurrence
Karim voit :
et remplace par . Il écrit :
C'est faux. Dans , le symbole désigne une valeur de la suite, pas le nombre .
Si on veut calculer , il faut connaître , puis appliquer :
Dans une relation de récurrence, est le terme précédent, pas le rang .
Leçon 3 — Étudier le sens de variation d'une suite
Comme une fonction, une suite peut augmenter, diminuer ou rester constante.
Une suite est croissante si, pour tout entier de son domaine :
Une suite est décroissante si, pour tout entier de son domaine :
Une suite est constante si tous ses termes sont égaux.
Méthode principale : étudier
La méthode la plus fréquente consiste à comparer deux termes consécutifs.
Pour étudier le sens de variation d'une suite, on calcule :
- Si , la suite est croissante.
- Si , la suite est décroissante.
- Si , la suite est constante.
Exemple. Soit la suite définie par :
On calcule :
Donc :
Comme , la suite est strictement croissante.
Cas des suites positives : utiliser un quotient
Quand tous les termes sont strictement positifs, on peut aussi comparer le quotient :
Si pour tout , alors :
- si , la suite est croissante ;
- si , la suite est décroissante.
Cette méthode est particulièrement utile pour les suites géométriques.
Le piège de quelques valeurs
Salma calcule :
puis conclut : « la suite est croissante ».
Cette conclusion est trop rapide. Trois valeurs ne suffisent pas à démontrer qu'une suite est croissante pour tous les rangs.
Pour prouver qu'une suite est croissante ou décroissante, il faut raisonner pour tout , pas seulement vérifier quelques termes.
Leçon 4 — Suites arithmétiques
Yasmine met dh de côté chaque mois. Son épargne augmente toujours du même montant. C'est le modèle typique d'une suite arithmétique.
Une suite est arithmétique s'il existe un réel tel que, pour tout : Le nombre s'appelle la raison de la suite.
Dans une suite arithmétique, on passe d'un terme au suivant en ajoutant toujours le même nombre.
Formule explicite
Si est une suite arithmétique de premier terme et de raison , alors :
Si la suite commence au rang , alors :
Exemple. Yasmine commence avec dh et ajoute dh chaque mois.
La suite est arithmétique de raison , donc :
Après mois :
Yasmine aura économisé dh.
Somme des premiers termes
Dans de nombreux problèmes, on ne veut pas seulement connaître un terme, mais la somme de plusieurs termes.
La somme de termes consécutifs d'une suite arithmétique est :
Exemple. Calculer :
Il y a termes, le premier vaut , le dernier vaut .
Donc :
Dans une suite arithmétique, on ajoute toujours la même raison . Sa représentation est une croissance régulière, linéaire.
Le piège du rang de départ
Karim utilise toujours la formule :
Mais si l'énoncé donne comme premier terme, il faut écrire :
Avec , on utilise . Avec , on utilise .
Leçon 5 — Suites géométriques
Karim suit une page Instagram qui gagne d'abonnés chaque mois. Ce n'est pas une addition fixe : chaque mois, le nombre d'abonnés est multiplié par .
Une suite est géométrique s'il existe un réel tel que, pour tout : Le nombre s'appelle la raison de la suite.
Dans une suite géométrique, on passe d'un terme au suivant en multipliant toujours par le même nombre.
Formule explicite
Si est une suite géométrique de premier terme et de raison , alors :
D'où vient cette formule ? La démonstration
La définition d'une suite géométrique ne donne que la relation d'un terme au suivant : . La formule explicite , elle, saute directement du rang au rang . Le passage de l'une à l'autre est le prototype de la démonstration par récurrence (méthode détaillée à la Leçon 7) : c'est un résultat exigible, sache le refaire dans les trois étapes réglementaires.
Notons la propriété « ».
Initialisation. Au rang : , qui est bien le premier terme. Donc est vraie.
Hérédité. Supposons vraie pour un certain entier , c'est-à-dire . Montrons . En partant de la relation de récurrence, puis en utilisant l'hypothèse : C'est exactement . La propriété est donc héréditaire.
Conclusion. est vraie et est héréditaire : par récurrence, pour tout entier .
Retiens la mécanique : la relation multiplie par à chaque pas, donc après pas depuis on a multiplié fois par , ce qui donne le facteur . La récurrence n'est que la version rigoureuse de ce comptage — indispensable pour transformer un « et ainsi de suite » en preuve valable.
Si la suite commence au rang , alors :
Exemple. Une chaîne compte abonnés et augmente de par mois.
Augmenter de , c'est multiplier par :
Donc :
Après mois :
La chaîne compte environ abonnés.
Hausse et baisse en pourcentage
Une augmentation de correspond à une multiplication par :
Une baisse de correspond à une multiplication par :
Exemple. Un appareil coûte dh et perd de sa valeur chaque année.
Chaque année, on multiplie par :
Après années :
Les suites géométriques modélisent les évolutions multiplicatives : intérêts composés, croissance, décroissance, inflation, abonnés, population.
Le piège de l'addition
Karim pense qu'une hausse de revient à ajouter chaque mois. C'est faux.
Une hausse de correspond à une multiplication par .
Ajouter toujours le même nombre donne une suite arithmétique. Multiplier toujours par le même nombre donne une suite géométrique.
Garde ce contraste en tête : à gauche les points s'alignent sur une droite, à droite ils s'envolent le long d'une courbe.
Leçon 6 — Limite d'une suite
Étudier la limite d'une suite, c'est observer ce que deviennent ses termes quand le rang devient très grand.
On dit qu'une suite converge vers un réel lorsque ses termes se rapprochent aussi près que l'on veut de quand devient grand.
On écrit :
Exemple de convergence
La suite définie par :
a pour premiers termes :
Plus grandit, plus se rapproche de .
On écrit :
Exemple de divergence vers
La suite définie par :
donne :
Ses termes deviennent aussi grands que l'on veut.
On écrit :
Visualise ces deux comportements sur des points isolés : à gauche ils se tassent contre une limite, à droite ils montent sans jamais s'arrêter.
Suites géométriques et limites
Pour une suite géométrique de forme , le comportement dépend de la raison .
- Si , alors .
- Si , alors .
- Si , alors pour tout .
- Si , la suite n'admet aucune limite : ses termes changent de signe à chaque rang (pour elle oscille entre et ; pour leur valeur absolue explose tout en alternant de signe).
Exemple. car .
Mais : car .
La limite décrit le comportement lointain d'une suite. Une suite peut converger vers un réel, tendre vers , tendre vers , ou ne pas avoir de limite.
Le piège de la croissance
Salma pense qu'une suite croissante tend forcément vers .
C'est faux.
La suite :
est croissante, mais elle se rapproche de .
Donc une suite peut être croissante et converger vers une limite finie.
Croissante ne veut pas dire « tend vers ». Une suite croissante peut être majorée et converger vers une limite finie.
Leçon 7 — Raisonnement par récurrence
Le raisonnement par récurrence est une méthode de démonstration propre aux propriétés qui dépendent d'un entier .
Imagine une file de dominos. Pour faire tomber toute la file, il suffit de vérifier deux choses :
- le premier domino tombe ;
- chaque domino qui tombe fait tomber le suivant.
C'est exactement l'idée de la récurrence.
Pour démontrer qu'une propriété est vraie pour tout entier , on suit trois étapes :
- Initialisation : vérifier que est vraie.
- Hérédité : supposer que est vraie pour un certain , puis démontrer que est vraie.
- Conclusion : affirmer que la propriété est vraie pour tout .
Exemple guidé
Démontrons que, pour tout entier :
Initialisation.
Pour , la somme est vide et vaut .
Le membre de droite vaut :
La propriété est vraie au rang .
Hérédité.
On suppose que la propriété est vraie pour un certain entier , c'est-à-dire :
On veut montrer qu'elle est vraie au rang :
En utilisant l'hypothèse de récurrence :
On factorise par :
Donc :
La propriété est donc vraie au rang .
Conclusion.
Par récurrence, pour tout entier :
Une démonstration par récurrence contient toujours trois blocs : initialisation, hérédité, conclusion. Oublier l'un des trois rend la démonstration incomplète.
Le piège de la vérification
Karim vérifie la formule pour , et , puis dit : « donc c'est vrai pour tout ».
C'est insuffisant. Vérifier quelques cas ne prouve pas une infinité de cas.
La récurrence ne consiste pas à tester plusieurs valeurs. Elle consiste à prouver que la vérité se transmet d'un rang au suivant.
Pièges classiques
-
Confondre et .
est le rang. est la valeur du terme au rang . -
Oublier le rang de départ.
Une suite peut commencer à ou à . Les formules changent selon ce point de départ. -
Confondre formule explicite et récurrence.
Une formule explicite donne directement. Une récurrence donne à partir de . -
Conclure une variation avec seulement quelques valeurs.
Pour démontrer qu'une suite est croissante, il faut raisonner pour tout . -
Confondre suite arithmétique et suite géométrique.
Arithmétique : on ajoute. Géométrique : on multiplie. -
Traiter un pourcentage comme une addition.
Une hausse de correspond à une multiplication par , pas à une addition de . -
Croire qu'une suite croissante tend forcément vers .
Une suite croissante peut converger vers une limite finie. -
Mal rédiger la récurrence.
Il faut initialisation, hérédité et conclusion.
Application concrète
Yasmine compare deux façons d'économiser pour acheter un ordinateur à dh.
Option A — Épargne régulière.
Elle met dh de côté chaque mois. Si désigne son épargne après mois, alors :
C'est une suite arithmétique de raison .
Elle atteint dh lorsque :
Donc :
Il lui faut mois.
Option B — Épargne avec rendement.
Elle place dh dans un produit qui rapporte par an. Si désigne le capital après années, alors :
C'est une suite géométrique de raison .
Après ans :
Le capital augmente, mais il n'atteint pas encore dh.
Conclusion.
Les suites permettent de comparer deux évolutions : l'une régulière par addition, l'autre multiplicative par pourcentage. C'est exactement leur force : transformer une situation réelle en modèle mathématique, puis calculer, comparer, prévoir.
À retenir
Une suite numérique est une liste ordonnée de nombres. Le rang indique la position, le terme indique la valeur.
Une formule explicite donne directement . Une relation de récurrence calcule les termes pas à pas.
Pour étudier une variation, on calcule souvent . Si la différence est positive, la suite est croissante ; si elle est négative, elle est décroissante.
Une suite arithmétique vérifie . Si elle commence à , alors .
Une suite géométrique vérifie . Si elle commence à , alors .
Une limite décrit le comportement d'une suite quand devient très grand.
Une démonstration par récurrence comporte trois étapes : initialisation, hérédité, conclusion.