Mathématiques · 5ᵉ · La divisibilité et les nombres premiers

La divisibilité et les nombres premiers

À revoir avant de commencer
Tu passes en 4ᵉ ?Consolide l'essentiel de la 5ᵉ avant la rentrée.

Diviseurs et multiples

Tu connais déjà l'idée de division "qui tombe juste" : 12÷4=3, sans reste. C'est exactement la situation qui définit la divisibilité.

DÉFINITION

Quand a et b sont deux entiers et que la division de b par a tombe juste (sans reste), on dit que a est un diviseur de b, ou encore que b est un multiple de a.

Les deux notions sont les deux faces d'une même pièce : dire "3 est un diviseur de 12" ou dire "12 est un multiple de 3" revient exactement au même.

Quelques exemples

  • 4 est un diviseur de 12 (parce que 12=4×3). Donc 12 est un multiple de 4.
  • 7 n'est pas un diviseur de 20 (parce que 20÷7=2 reste 6 — la division ne tombe pas juste).
  • 1 est un diviseur de tout entier (parce que n=1×n pour tout entier n).
  • Tout nombre est un diviseur de lui-même (n=n×1).
À RETENIR

Les deux écritures suivantes disent la même chose :

  • a est un diviseur de b
  • b est un multiple de a

Et elles sont équivalentes à : la division b÷a tombe juste.

Trouver tous les diviseurs d'un nombre

Pour trouver tous les diviseurs d'un entier, on cherche systématiquement par paires : si a×b=n, alors a et b sont tous les deux des diviseurs de n.

Exemple. Trouve tous les diviseurs de 12.

On commence par 1 et on monte. À chaque fois qu'on trouve un diviseur, on note deux nombres en même temps :

  • 1×12=121 et 12 sont diviseurs.
  • 2×6=122 et 6 sont diviseurs.
  • 3×4=123 et 4 sont diviseurs.
  • 4 déjà trouvé, on s'arrête.

Liste des diviseurs de 12 : 1,2,3,4,6,12. Soit 6 diviseurs au total.

Cette méthode systématique fonctionne pour tout nombre. Tu sais que tu peux t'arrêter quand le diviseur que tu testes dépasse la racine carrée approximative du nombre — au-delà, tu ne trouveras plus que des "doublons" déjà notés.

Les critères de divisibilité

Pour vérifier rapidement si un nombre est divisible par un autre, on n'a pas besoin de poser la division. Quelques règles simples permettent un coup d'œil immédiat.

Critère de divisibilité par 2

THÉORÈME

Un nombre est divisible par 2 si et seulement si son chiffre des unités est 0, 2, 4, 6 ou 8 (c'est-à-dire un chiffre pair).

Exemples. 156 se termine par 6, donc divisible par 2. 283 se termine par 3, donc pas divisible par 2. 940 se termine par 0, donc divisible par 2.

Critère de divisibilité par 5

THÉORÈME

Un nombre est divisible par 5 si et seulement si son chiffre des unités est 0 ou 5.

Exemples. 135 se termine par 5, divisible par 5. 470 se termine par 0, divisible par 5. 738 se termine par 8, pas divisible par 5.

Critère de divisibilité par 10

THÉORÈME

Un nombre est divisible par 10 si et seulement si son chiffre des unités est 0.

Exemples. 370 et 1500 sont divisibles par 10. 35 ne l'est pas.

Critère de divisibilité par 3

C'est un critère un peu plus subtil mais très puissant.

THÉORÈME

Un nombre est divisible par 3 si et seulement si la somme de ses chiffres est divisible par 3.

Exemple 1. 234 est-il divisible par 3 ? Somme des chiffres : 2+3+4=9. Or 9 est divisible par 3. Donc 234 est divisible par 3. Vérification : 234÷3=78 ✓.

Exemple 2. 1247 est-il divisible par 3 ? Somme : 1+2+4+7=14. 14 n'est pas divisible par 3 (puisque 14=12+2). Donc 1247 n'est pas divisible par 3.

Astuce : si la somme des chiffres est encore grande, on peut recommencer ! Pour 999, la somme est 9+9+9=27, et la somme des chiffres de 27 est 2+7=9, qui est bien divisible par 3. Donc 999 est divisible par 3.

Critère de divisibilité par 9

Très similaire au critère par 3.

THÉORÈME

Un nombre est divisible par 9 si et seulement si la somme de ses chiffres est divisible par 9.

Exemples. 7281 : somme =7+2+8+1=18, qui est divisible par 9. Donc 7281 est divisible par 9. 4023 : somme =4+0+2+3=9, divisible par 9, donc 4023 aussi.

À RETENIR

Les critères de divisibilité te font gagner beaucoup de temps, surtout pour les grands nombres. Apprends-les par cœur, ce sont des outils du quotidien en mathématiques.

Les nombres premiers

Parmi tous les entiers, certains sont "spéciaux" : ils n'ont presque aucun diviseur. Ce sont les nombres premiers, et ils jouent un rôle central dans toute la théorie des nombres.

DÉFINITION

Un nombre premier est un entier supérieur à 1 qui n'a que deux diviseurs : 1 et lui-même.

Pourquoi 1 n'est pas premier

Le nombre 1 n'a qu'un seul diviseur (lui-même), donc il ne satisfait pas la définition. C'est une convention mathématique : les premiers commencent à 2.

Les premiers premiers à connaître par cœur

Voici les nombres premiers inférieurs à 30 :

2,3,5,7,11,13,17,19,23,29

Quelques observations :

  • Le seul nombre premier pair est 2. Tous les autres premiers sont impairs (sinon ils seraient divisibles par 2, donc auraient un troisième diviseur).
  • 4, 6, 8, 9, 10, 12, ... ne sont pas premiers — ils ont au moins un diviseur autre que 1 et eux-mêmes.

Comment vérifier si un nombre est premier

Méthode systématique :

  1. On essaie de diviser le nombre n par 2, 3, 5, 7, 11, 13... (les premiers, dans l'ordre).
  2. Si on trouve un premier qui divise n, alors n n'est pas premier.
  3. Si aucun premier inférieur à n ne divise n, alors n est premier.

Exemple. 37 est-il premier ?

  • Divisible par 2 ? Non, 37 est impair.
  • Divisible par 3 ? Somme =3+7=10, pas divisible par 3. Non.
  • Divisible par 5 ? Ne se termine pas par 0 ou 5. Non.
  • Divisible par 7 ? 7×5=35, 7×6=42. Pas 37. Non.
  • 376,1, donc on s'arrête.

Conclusion : 37 est premier.

Le crible d'Ératosthène (anecdote historique)

Pour trouver tous les premiers jusqu'à un certain nombre, on peut utiliser une méthode visuelle inventée par le mathématicien grec Ératosthène (vers 250 avant J.-C.).

Crible d'Ératosthène : les nombres premiers de 1 à 30 mis en évidence Crible d'Ératosthène — les nombres premiers entre 1 et 30 1 4 6 8 9 10 12 14 15 16 18 20 21 22 24 25 26 27 28 30 2 3 5 7 11 13 17 19 23 29 Les cases en couleur sont les nombres premiers
Crible d'Ératosthène : les nombres premiers de 1 à 30 mis en évidence

L'idée est simple : on liste tous les entiers, on entoure 2 et on barre tous ses multiples, on entoure 3 et on barre ses multiples (qui ne le sont pas déjà), et ainsi de suite. À la fin, les nombres encore présents (non barrés) sont les premiers.

Décomposition en facteurs premiers

Voici un théorème puissant et beau, central en mathématiques :

Théorème fondamental de l'arithmétique. Tout entier supérieur à 1 peut s'écrire de manière unique comme produit de nombres premiers.

Autrement dit, si on connaît la décomposition en facteurs premiers d'un nombre, on connaît "son code génétique" : c'est sa carte d'identité en termes de divisibilité.

Méthode systématique

Pour décomposer un entier en facteurs premiers, on divise successivement par les premiers (en partant du plus petit) jusqu'à obtenir 1.

Exemple. Décompose 24.

  • 24÷2=12 → on note 2
  • 12÷2=6 → on note 2 encore
  • 6÷2=3 → on note 2 encore
  • 3÷3=1 → on note 3

Décomposition : 24=2×2×2×3=23×3.

Arbre de décomposition de 24 en facteurs premiers : 24 = 2 × 2 × 2 × 3 24 12 6 2 2 2 3 24 = 2 × 2 × 2 × 3 = 23 × 3
Arbre de décomposition de 24 en facteurs premiers : 24 = 2 × 2 × 2 × 3

Notation avec puissances

Quand un facteur premier apparaît plusieurs fois, on l'écrit avec une puissance pour gagner de la place.

Exemples.

  • 24=23×3 (le 2 apparaît 3 fois)
  • 60=22×3×5
  • 100=22×52
  • 7=7 (un nombre premier se décompose en lui-même)

Cas particuliers

  • Si n est premier, sa "décomposition" est juste n lui-même. C'est cohérent avec la définition.
  • Si n=1, il n'a pas de décomposition (par convention).
À RETENIR

Tout entier >1 a une décomposition unique en produit de facteurs premiers. C'est la "carte d'identité" du nombre en arithmétique.

PGCD et simplification de fractions

Maintenant qu'on sait décomposer un nombre en facteurs premiers, on peut résoudre élégamment un problème laissé en suspens au chapitre précédent : simplifier une fraction d'un seul coup.

Définition du PGCD

DÉFINITION

Le plus grand diviseur commun (PGCD) de deux entiers positifs a et b est le plus grand entier qui divise à la fois a et b.

Exemple simple. PGCD de 12 et 18 ?

  • Diviseurs de 12 : 1,2,3,4,6,12.
  • Diviseurs de 18 : 1,2,3,6,9,18.
  • Diviseurs communs : 1,2,3,6.
  • Plus grand diviseur commun : 6. Donc PGCD(12,18)=6.

Méthode par décomposition en facteurs premiers

Lister tous les diviseurs marche mais devient long pour des grands nombres. La méthode efficace utilise la décomposition.

MÉTHODE

Pour calculer le PGCD de deux nombres :

  1. Décompose chaque nombre en facteurs premiers.
  2. Identifie les facteurs communs aux deux décompositions.
  3. Pour chaque facteur commun, prends-le avec sa plus petite puissance.
  4. Multiplie tous ces facteurs : c'est le PGCD.

Exemple. PGCD de 72 et 162.

  • Décompose 72 : 72=23×32.
  • Décompose 162 : 162=2×34.
  • Facteurs communs : 2 et 3.
  • Plus petites puissances : 21 (de 72, le 2 apparaît avec puissance 3 ; de 162, avec puissance 1 — le minimum est 1) et 32.
  • PGCD : 2×32=2×9=18.

Donc PGCD(72,162)=18.

Application : simplification en une étape

Maintenant, simplifier 72162 devient un calcul rapide :

72162=72÷18162÷18=49.

C'est terminé, 49 est irréductible (4 et 9 n'ont pas de diviseur commun à part 1).

À RETENIR

Pour simplifier une fraction ab en une seule étape, on divise numérateur et dénominateur par leur PGCD. Le résultat est automatiquement irréductible.

Lien avec le chapitre 3

Au chapitre précédent, on simplifiait étape par étape (par 2, puis par 3, puis par 5...). Maintenant tu sais que :

  • Si tu connais le PGCD, tu simplifies en une étape.
  • Si tu ne le connais pas, tu décomposes en facteurs premiers, tu calcules le PGCD, et tu simplifies.

Pour des fractions simples (46, 1520), la méthode étape par étape reste plus rapide. Pour des fractions avec de grands nombres, le PGCD via décomposition est imbattable.

Pièges classiques

Piège 1 : confondre diviseur et multiple. "3 est un diviseur de 12" et "12 est un multiple de 3" disent la même chose, mais dans des sens opposés. Confondre les deux mène souvent à des phrases du type "12 est un diviseur de 3" (faux, 3 est plus petit que 12).

Piège 2 : croire que 1 est premier. 1 n'est pas premier (il n'a qu'un seul diviseur). C'est une convention mathématique stricte. Si tu mets 1 dans une décomposition en facteurs premiers, c'est une erreur.

Piège 3 : croire que tous les nombres impairs sont premiers. 9 est impair mais 9=3×3, donc pas premier. 15=3×5, pas premier. 21=3×7, pas premier. Être impair ne suffit pas pour être premier.

Piège 4 : mal appliquer le critère par 3. Pour vérifier si 1247 est divisible par 3, on calcule 1+2+4+7=14, pas 1247÷3. Beaucoup d'élèves font la division complète, ce qui est une perte de temps.

Piège 5 : confondre "liste des diviseurs" et "décomposition en facteurs premiers". Les diviseurs de 24 sont {1,2,3,4,6,8,12,24} — c'est une liste de tous les entiers qui divisent 24. La décomposition en facteurs premiers de 24 est 23×3 — c'est un produit unique de premiers. Les deux concepts sont différents et ne se confondent pas.

Application concrète

Yasmine veut organiser une distribution équitable lors de la fête de l'école. Elle dispose de 72 bonbons et 162 pommes. Elle veut faire des sachets identiques contenant chacun le même nombre de bonbons et le même nombre de pommes (sans rien jeter).

Problème : combien de sachets peut-elle faire au maximum ?

Étape 1 — Comprendre le problème.

Le nombre de sachets doit être un diviseur de 72 (sinon les bonbons ne se répartissent pas équitablement). Et il doit aussi être un diviseur de 162 (pour les pommes). Donc le nombre de sachets doit être un diviseur commun de 72 et 162.

Pour avoir le maximum de sachets, on prend le plus grand diviseur commun : c'est le PGCD de 72 et 162.

Étape 2 — Calculer le PGCD.

  • Décompose 72=23×32.
  • Décompose 162=2×34.
  • Facteurs communs avec plus petite puissance : 21×32=2×9=18.

Donc PGCD(72,162)=18. Yasmine peut faire 18 sachets identiques.

Étape 3 — Calculer le contenu de chaque sachet.

  • Bonbons par sachet : 72÷18=4 bonbons.
  • Pommes par sachet : 162÷18=9 pommes.

Chaque sachet contiendra donc 4 bonbons et 9 pommes, et il y aura 18 sachets au total.

Total Par sachet (× 18)
Bonbons 72 4
Pommes 162 9
Sachets 18

Vérification : 18×4=72 ✓ et 18×9=162 ✓.

Cet exemple montre que le PGCD a une application très concrète : trouver le maximum de groupes équitables qu'on peut former à partir de plusieurs lots. C'est utilisé en logistique, en commerce, et même en cryptographie moderne.

À retenir

Avant les exercices, voici les six règles essentielles à mémoriser.

À RETENIR

a est un diviseur de b b est un multiple de a la division b÷a tombe juste.

À RETENIR

Critères de divisibilité : par 2 (chiffre des unités pair), par 5 (0 ou 5), par 10 (0), par 3 (somme des chiffres divisible par 3), par 9 (somme des chiffres divisible par 9).

À RETENIR

Un nombre premier a exactement deux diviseurs : 1 et lui-même. Le nombre 1 n'est pas premier. Les premiers premiers sont : 2, 3, 5, 7, 11, 13, 17, 19, 23, 29.

À RETENIR

Tout entier supérieur à 1 se décompose de manière unique en produit de facteurs premiers. C'est sa carte d'identité arithmétique.

À RETENIR

Le PGCD de deux entiers est leur plus grand diviseur commun. On peut le calculer en décomposant les deux nombres en facteurs premiers et en prenant les facteurs communs avec leur plus petite puissance.

À RETENIR

Pour simplifier une fraction d'un seul coup, on divise numérateur et dénominateur par leur PGCD. Le résultat est automatiquement irréductible.