La divisibilité et les nombres premiers
Diviseurs et multiples
Tu connais déjà l'idée de division "qui tombe juste" : , sans reste. C'est exactement la situation qui définit la divisibilité.
Quand et sont deux entiers et que la division de par tombe juste (sans reste), on dit que est un diviseur de , ou encore que est un multiple de .
Les deux notions sont les deux faces d'une même pièce : dire " est un diviseur de " ou dire " est un multiple de " revient exactement au même.
Quelques exemples
- est un diviseur de (parce que ). Donc est un multiple de .
- n'est pas un diviseur de (parce que reste — la division ne tombe pas juste).
- est un diviseur de tout entier (parce que pour tout entier ).
- Tout nombre est un diviseur de lui-même ().
Les deux écritures suivantes disent la même chose :
- est un diviseur de
- est un multiple de
Et elles sont équivalentes à : la division tombe juste.
Trouver tous les diviseurs d'un nombre
Pour trouver tous les diviseurs d'un entier, on cherche systématiquement par paires : si , alors et sont tous les deux des diviseurs de .
Exemple. Trouve tous les diviseurs de .
On commence par et on monte. À chaque fois qu'on trouve un diviseur, on note deux nombres en même temps :
- → et sont diviseurs.
- → et sont diviseurs.
- → et sont diviseurs.
- déjà trouvé, on s'arrête.
Liste des diviseurs de : . Soit 6 diviseurs au total.
Cette méthode systématique fonctionne pour tout nombre. Tu sais que tu peux t'arrêter quand le diviseur que tu testes dépasse la racine carrée approximative du nombre — au-delà, tu ne trouveras plus que des "doublons" déjà notés.
Les critères de divisibilité
Pour vérifier rapidement si un nombre est divisible par un autre, on n'a pas besoin de poser la division. Quelques règles simples permettent un coup d'œil immédiat.
Critère de divisibilité par
Un nombre est divisible par si et seulement si son chiffre des unités est , , , ou (c'est-à-dire un chiffre pair).
Exemples. se termine par , donc divisible par . se termine par , donc pas divisible par . se termine par , donc divisible par .
Critère de divisibilité par
Un nombre est divisible par si et seulement si son chiffre des unités est ou .
Exemples. se termine par , divisible par . se termine par , divisible par . se termine par , pas divisible par .
Critère de divisibilité par
Un nombre est divisible par si et seulement si son chiffre des unités est .
Exemples. et sont divisibles par . ne l'est pas.
Critère de divisibilité par
C'est un critère un peu plus subtil mais très puissant.
Un nombre est divisible par si et seulement si la somme de ses chiffres est divisible par .
Exemple 1. est-il divisible par ? Somme des chiffres : . Or est divisible par . Donc est divisible par . Vérification : ✓.
Exemple 2. est-il divisible par ? Somme : . n'est pas divisible par (puisque ). Donc n'est pas divisible par .
Astuce : si la somme des chiffres est encore grande, on peut recommencer ! Pour , la somme est , et la somme des chiffres de est , qui est bien divisible par . Donc est divisible par .
Critère de divisibilité par
Très similaire au critère par .
Un nombre est divisible par si et seulement si la somme de ses chiffres est divisible par .
Exemples. : somme , qui est divisible par . Donc est divisible par . : somme , divisible par , donc aussi.
Les critères de divisibilité te font gagner beaucoup de temps, surtout pour les grands nombres. Apprends-les par cœur, ce sont des outils du quotidien en mathématiques.
Les nombres premiers
Parmi tous les entiers, certains sont "spéciaux" : ils n'ont presque aucun diviseur. Ce sont les nombres premiers, et ils jouent un rôle central dans toute la théorie des nombres.
Un nombre premier est un entier supérieur à qui n'a que deux diviseurs : et lui-même.
Pourquoi n'est pas premier
Le nombre n'a qu'un seul diviseur (lui-même), donc il ne satisfait pas la définition. C'est une convention mathématique : les premiers commencent à .
Les premiers premiers à connaître par cœur
Voici les nombres premiers inférieurs à :
Quelques observations :
- Le seul nombre premier pair est . Tous les autres premiers sont impairs (sinon ils seraient divisibles par , donc auraient un troisième diviseur).
- , , , , , , ... ne sont pas premiers — ils ont au moins un diviseur autre que et eux-mêmes.
Comment vérifier si un nombre est premier
Méthode systématique :
- On essaie de diviser le nombre par , , , , , ... (les premiers, dans l'ordre).
- Si on trouve un premier qui divise , alors n'est pas premier.
- Si aucun premier inférieur à ne divise , alors est premier.
Exemple. est-il premier ?
- Divisible par ? Non, est impair.
- Divisible par ? Somme , pas divisible par . Non.
- Divisible par ? Ne se termine pas par ou . Non.
- Divisible par ? , . Pas . Non.
- , donc on s'arrête.
Conclusion : est premier.
Le crible d'Ératosthène (anecdote historique)
Pour trouver tous les premiers jusqu'à un certain nombre, on peut utiliser une méthode visuelle inventée par le mathématicien grec Ératosthène (vers 250 avant J.-C.).
L'idée est simple : on liste tous les entiers, on entoure et on barre tous ses multiples, on entoure et on barre ses multiples (qui ne le sont pas déjà), et ainsi de suite. À la fin, les nombres encore présents (non barrés) sont les premiers.
Décomposition en facteurs premiers
Voici un théorème puissant et beau, central en mathématiques :
Théorème fondamental de l'arithmétique. Tout entier supérieur à peut s'écrire de manière unique comme produit de nombres premiers.
Autrement dit, si on connaît la décomposition en facteurs premiers d'un nombre, on connaît "son code génétique" : c'est sa carte d'identité en termes de divisibilité.
Méthode systématique
Pour décomposer un entier en facteurs premiers, on divise successivement par les premiers (en partant du plus petit) jusqu'à obtenir .
Exemple. Décompose .
- → on note
- → on note encore
- → on note encore
- → on note
Décomposition : .
Notation avec puissances
Quand un facteur premier apparaît plusieurs fois, on l'écrit avec une puissance pour gagner de la place.
Exemples.
- (le apparaît fois)
- (un nombre premier se décompose en lui-même)
Cas particuliers
- Si est premier, sa "décomposition" est juste lui-même. C'est cohérent avec la définition.
- Si , il n'a pas de décomposition (par convention).
Tout entier a une décomposition unique en produit de facteurs premiers. C'est la "carte d'identité" du nombre en arithmétique.
PGCD et simplification de fractions
Maintenant qu'on sait décomposer un nombre en facteurs premiers, on peut résoudre élégamment un problème laissé en suspens au chapitre précédent : simplifier une fraction d'un seul coup.
Définition du PGCD
Le plus grand diviseur commun (PGCD) de deux entiers positifs et est le plus grand entier qui divise à la fois et .
Exemple simple. PGCD de et ?
- Diviseurs de : .
- Diviseurs de : .
- Diviseurs communs : .
- Plus grand diviseur commun : . Donc .
Méthode par décomposition en facteurs premiers
Lister tous les diviseurs marche mais devient long pour des grands nombres. La méthode efficace utilise la décomposition.
Pour calculer le PGCD de deux nombres :
- Décompose chaque nombre en facteurs premiers.
- Identifie les facteurs communs aux deux décompositions.
- Pour chaque facteur commun, prends-le avec sa plus petite puissance.
- Multiplie tous ces facteurs : c'est le PGCD.
Exemple. PGCD de et .
- Décompose : .
- Décompose : .
- Facteurs communs : et .
- Plus petites puissances : (de , le apparaît avec puissance ; de , avec puissance — le minimum est ) et .
- PGCD : .
Donc .
Application : simplification en une étape
Maintenant, simplifier devient un calcul rapide :
C'est terminé, est irréductible (4 et 9 n'ont pas de diviseur commun à part 1).
Pour simplifier une fraction en une seule étape, on divise numérateur et dénominateur par leur PGCD. Le résultat est automatiquement irréductible.
Lien avec le chapitre 3
Au chapitre précédent, on simplifiait étape par étape (par 2, puis par 3, puis par 5...). Maintenant tu sais que :
- Si tu connais le PGCD, tu simplifies en une étape.
- Si tu ne le connais pas, tu décomposes en facteurs premiers, tu calcules le PGCD, et tu simplifies.
Pour des fractions simples (, ), la méthode étape par étape reste plus rapide. Pour des fractions avec de grands nombres, le PGCD via décomposition est imbattable.
Pièges classiques
Piège 1 : confondre diviseur et multiple. " est un diviseur de " et " est un multiple de " disent la même chose, mais dans des sens opposés. Confondre les deux mène souvent à des phrases du type " est un diviseur de " (faux, est plus petit que ).
Piège 2 : croire que est premier. n'est pas premier (il n'a qu'un seul diviseur). C'est une convention mathématique stricte. Si tu mets dans une décomposition en facteurs premiers, c'est une erreur.
Piège 3 : croire que tous les nombres impairs sont premiers. est impair mais , donc pas premier. , pas premier. , pas premier. Être impair ne suffit pas pour être premier.
Piège 4 : mal appliquer le critère par . Pour vérifier si est divisible par , on calcule , pas . Beaucoup d'élèves font la division complète, ce qui est une perte de temps.
Piège 5 : confondre "liste des diviseurs" et "décomposition en facteurs premiers". Les diviseurs de sont — c'est une liste de tous les entiers qui divisent . La décomposition en facteurs premiers de est — c'est un produit unique de premiers. Les deux concepts sont différents et ne se confondent pas.
Application concrète
Yasmine veut organiser une distribution équitable lors de la fête de l'école. Elle dispose de 72 bonbons et 162 pommes. Elle veut faire des sachets identiques contenant chacun le même nombre de bonbons et le même nombre de pommes (sans rien jeter).
Problème : combien de sachets peut-elle faire au maximum ?
Étape 1 — Comprendre le problème.
Le nombre de sachets doit être un diviseur de 72 (sinon les bonbons ne se répartissent pas équitablement). Et il doit aussi être un diviseur de 162 (pour les pommes). Donc le nombre de sachets doit être un diviseur commun de 72 et 162.
Pour avoir le maximum de sachets, on prend le plus grand diviseur commun : c'est le PGCD de 72 et 162.
Étape 2 — Calculer le PGCD.
- Décompose .
- Décompose .
- Facteurs communs avec plus petite puissance : .
Donc . Yasmine peut faire 18 sachets identiques.
Étape 3 — Calculer le contenu de chaque sachet.
- Bonbons par sachet : bonbons.
- Pommes par sachet : pommes.
Chaque sachet contiendra donc 4 bonbons et 9 pommes, et il y aura 18 sachets au total.
| Total | Par sachet (× 18) | |
|---|---|---|
| Bonbons | 72 | 4 |
| Pommes | 162 | 9 |
| Sachets | 18 |
Vérification : ✓ et ✓.
Cet exemple montre que le PGCD a une application très concrète : trouver le maximum de groupes équitables qu'on peut former à partir de plusieurs lots. C'est utilisé en logistique, en commerce, et même en cryptographie moderne.
À retenir
Avant les exercices, voici les six règles essentielles à mémoriser.
est un diviseur de est un multiple de la division tombe juste.
Critères de divisibilité : par (chiffre des unités pair), par (0 ou 5), par (0), par (somme des chiffres divisible par 3), par (somme des chiffres divisible par 9).
Un nombre premier a exactement deux diviseurs : 1 et lui-même. Le nombre 1 n'est pas premier. Les premiers premiers sont : 2, 3, 5, 7, 11, 13, 17, 19, 23, 29.
Tout entier supérieur à 1 se décompose de manière unique en produit de facteurs premiers. C'est sa carte d'identité arithmétique.
Le PGCD de deux entiers est leur plus grand diviseur commun. On peut le calculer en décomposant les deux nombres en facteurs premiers et en prenant les facteurs communs avec leur plus petite puissance.
Pour simplifier une fraction d'un seul coup, on divise numérateur et dénominateur par leur PGCD. Le résultat est automatiquement irréductible.