Nombres premiers et divisibilité
Multiples et diviseurs
Tout commence par un seul mot de vocabulaire, qu'il faut manier sans hésiter.
Un entier est divisible par un entier non nul s'il existe un entier tel que . On dit alors que est un diviseur de , et que est un multiple de .
Ces trois façons de le dire décrivent la même situation : « divise », « est multiple de », « la division tombe juste ».
Exemple 1. Comme , le nombre divise : est un diviseur de , et est un multiple de (et de ).
Pour trouver tous les diviseurs d'un nombre, on cherche les couples de facteurs qui le redonnent. Pour : , , , , . Les diviseurs de sont donc .
Le piège multiple / diviseur
Karim affirme que « est un multiple de ». C'est inversé. Comme , c'est qui est le multiple (le grand, le résultat de la multiplication), et qui est le diviseur (le petit, qui le partage). Un multiple est toujours plus grand ou égal au nombre dont il est multiple.
est un diviseur de est un multiple de la division tombe juste (reste nul).
Les critères de divisibilité
Plutôt que de poser la division, quelques règles permettent de savoir d'un coup d'œil si un nombre en divise un autre.
Méthode (critères de divisibilité). Un nombre est divisible :
- par 2 si son chiffre des unités est pair () ;
- par 5 si son chiffre des unités est ou ;
- par 10 si son chiffre des unités est ;
- par 3 si la somme de ses chiffres est divisible par ;
- par 9 si la somme de ses chiffres est divisible par ;
- par 4 si le nombre formé par ses deux derniers chiffres est divisible par .
Exemple 1. Étudions . Il se termine par (pair) : divisible par . Somme des chiffres : , divisible par : donc est divisible par . Ses deux derniers chiffres forment , divisible par : donc est divisible par . En revanche il ne finit ni par ni par : il n'est pas divisible par .
Le piège de la somme des chiffres
Salma teste la divisibilité par en additionnant les chiffres. C'est une fausse piste : la somme des chiffres ne renseigne que sur et . Pour , on regarde uniquement les deux derniers chiffres ; pour , et , le seul chiffre des unités.
Somme des chiffres critères de et . Chiffre des unités , , . Deux derniers chiffres .
Les nombres premiers
Parmi tous les entiers, certains sont les « briques » de base de la multiplication : on ne peut pas les fabriquer en multipliant des nombres plus petits.
Un nombre premier est un entier supérieur ou égal à qui possède exactement deux diviseurs : et lui-même. Les premiers nombres premiers sont
Deux remarques importantes : n'est pas premier (il n'a qu'un seul diviseur, lui-même) ; et est le seul nombre premier pair (tous les autres pairs sont divisibles par ).
Méthode (crible d'Ératosthène). Pour lister les premiers jusqu'à un nombre : on barre , on entoure et on barre tous ses multiples, on entoure et on barre ses multiples, et ainsi de suite. Les nombres jamais barrés sont les nombres premiers.
Pour tester si un nombre est premier, on essaie de le diviser par les nombres premiers successifs () tant que leur carré ne dépasse pas . Si aucun ne le divise, est premier.
Exemple 1. Le nombre est-il premier ? On teste (non, impair), (non, ), (non), (non, ). Le carré suivant, , dépasse : on s'arrête. Aucun premier ne divise , donc est premier.
Le piège du « impair donc premier »
Amine croit que est premier « parce qu'il est impair ». Faux : , donc a trois diviseurs (, , ). Être impair ne suffit pas pour être premier — il faut n'avoir que deux diviseurs.
Premier exactement deux diviseurs ( et lui-même). n'est pas premier ; est le seul premier pair.
La décomposition en produit de facteurs premiers
Les nombres premiers servent à reconstruire tous les autres, comme des briques élémentaires.
Tout entier supérieur ou égal à s'écrit de manière unique comme un produit de facteurs premiers (à l'ordre près des facteurs).
On divise le nombre par les premiers successifs (, puis , , ) tant que c'est possible, jusqu'à atteindre . Les diviseurs utilisés forment la décomposition.
Exemple 1. Décomposons : . On écrit la décomposition avec des puissances : .
Le piège de la décomposition incomplète
Karim écrit et s'arrête là. Mais ni ni ne sont premiers : la décomposition n'est pas finie. Il faut continuer : et , ce qui redonne bien .
On poursuit la décomposition jusqu'à n'obtenir que des facteurs premiers. Le résultat est unique.
Le PGCD et les fractions irréductibles
Voici l'aboutissement du chapitre, et son lien direct avec les fractions.
Le PGCD de deux entiers est leur plus grand diviseur commun : le plus grand nombre qui les divise tous les deux.
Méthode (par décomposition). On décompose les deux nombres en facteurs premiers, puis on multiplie les facteurs premiers communs, chacun affecté de son plus petit exposant.
Exemple 1. Cherchons le PGCD de et . On décompose : et . Les facteurs communs sont et (au plus petit exposant). Donc .
Ce PGCD est exactement l'outil qui manquait au chapitre précédent pour simplifier une fraction d'un seul coup.
Pour rendre une fraction irréductible en une étape, on divise son numérateur et son dénominateur par leur PGCD.
Exemple 2. , irréductible immédiatement.
Le piège du diviseur commun non maximal
Salma simplifie en divisant par : elle obtient et s'arrête. Mais n'est pas irréductible (on peut encore diviser par ). En divisant directement par le PGCD (), on atteint du premier coup.
Le PGCD est le produit des facteurs premiers communs (au plus petit exposant). Diviser numérateur et dénominateur par le PGCD rend la fraction irréductible en une seule étape.
Pièges classiques
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Confondre multiple et diviseur. Dire que est un multiple de . C'est l'inverse : est un diviseur, est le multiple.
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Étendre la somme des chiffres à ou . La somme des chiffres ne teste que et . Pour , on regarde les deux derniers chiffres ; pour , le chiffre des unités.
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Croire que est premier, ou qu'impair premier. a un seul diviseur (pas premier) ; est impair mais composé.
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Arrêter la décomposition trop tôt. Écrire : et ne sont pas premiers, il faut continuer jusqu'à .
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Prendre un diviseur commun non maximal. Simplifier par seulement donne , encore réductible. C'est le PGCD qu'il faut.
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Oublier le plus petit exposant pour le PGCD. Pour et , le facteur commun se prend à l'exposant (le plus petit), pas .
Application concrète
Yasmine prépare un grand plateau pour une fête de famille : elle a cornes de gazelle et msemen, et veut composer des sachets-cadeaux identiques, en utilisant absolument tout.
Étape 1 — Diviseurs. Pour que les sachets soient identiques sans reste, le nombre de sachets doit diviser à la fois et : c'est un diviseur commun des deux nombres.
Étape 2 — Critères. Yasmine vérifie vite quelques pistes : et sont tous deux pairs (divisibles par ) et leurs sommes de chiffres ( et ) sont divisibles par : un diviseur commun comme existe donc déjà. Mais elle veut le plus grand possible.
Étape 3 — Nombres premiers. Elle repère les briques de base à l'œuvre : seuls les premiers , et interviennent dans ces deux nombres.
Étape 4 — Décomposition. Elle décompose : et .
Étape 5 — PGCD. Les facteurs communs sont et , soit . Yasmine peut donc faire au maximum sachets identiques, contenant chacun cornes de gazelle et msemen. On retrouve d'ailleurs la proportion : cornes pour msemen dans chaque sachet.
Conclusion. D'une simple question de partage, Yasmine a traversé tout le chapitre : diviseurs, critères, premiers, décomposition, PGCD. Ces outils reviendront chaque fois qu'il faudra simplifier une fraction, réduire au même dénominateur, ou répartir équitablement. L'arithmétique des entiers est le socle discret sur lequel repose une grande partie des mathématiques.
À retenir
divise signifie qu'il existe un entier tel que : alors est multiple de , et diviseur de .
Critères : unités pour , , ; somme des chiffres pour et ; deux derniers chiffres pour .
Un nombre premier a exactement deux diviseurs. n'est pas premier ; est le seul premier pair. Tout entier se décompose de façon unique en facteurs premiers.
Le PGCD de deux nombres est le produit de leurs facteurs premiers communs, pris au plus petit exposant.
Diviser le numérateur et le dénominateur d'une fraction par leur PGCD la rend irréductible en une seule étape.