Mathématiques · 4ᵉ · Les cas d'égalité des triangles

Les cas d'égalité des triangles

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Deux triangles égaux

Avant de parler de cas d'égalité, il faut s'entendre sur ce que signifie « deux triangles égaux ».

DÉFINITION

Deux triangles sont égaux (ou superposables) si l'on peut, en déplaçant l'un d'eux (translation, rotation, retournement), le faire coïncider exactement avec l'autre. Les deux triangles ont alors leurs côtés homologues deux à deux de même longueur et leurs angles homologues deux à deux de même mesure.

En pratique, on repère les éléments homologues par un codage : des tirets courts sur les côtés de même longueur (un tiret pour la première égalité, deux tirets pour la deuxième, trois pour la troisième), et de petits arcs colorés sur les angles de même mesure.

Deux triangles égaux ABC et DEF avec codage des côtés et des angles À gauche, le triangle ABC ; à droite, le triangle DEF. Les côtés homologues portent le même nombre de tirets (AB=DE : 1 tiret, BC=EF : 2 tirets, AC=DF : 3 tirets). Les angles homologues portent de petits arcs de même couleur. A B C D E F = ABC = DEF côté [AB] = côté [DE] triangles superposables
Deux triangles ABC et DEF égaux, côtés et angles codés par tirets et arcs de couleur

Notation. Lorsqu'on écrit ABC=DEF, l'ordre des lettres est crucial : il indique la correspondance entre les sommets. Cela signifie que A correspond à D, B à E, C à F, et donc :

AB=DE,BC=EF,AC=DF BAC^=EDF^,ABC^=DEF^,BCA^=EFD^

Les éléments homologues

Quand on sait que deux triangles sont égaux, les éléments homologues sont les côtés et angles qui se correspondent dans la superposition. Lire l'ordre des lettres dans l'égalité ABC=DEF suffit à les identifier tous.

Exemple 1. On sait que ABC=EFG. Alors AE, BF, CG. On en déduit : AB=EF, BC=FG, AC=EG, BAC^=FEG^, ABC^=EFG^, BCA^=FGE^.

Le piège de l'ordre des lettres

Salma voit deux triangles avec un codage identique et écrit : « ABC=FED donc AB=FE. » Elle a bien respecté l'ordre, mais elle aurait dû écrire AB=FE — sauf si l'ordre FED reflète bien la correspondance AF, BE, CD. Le piège classique est d'écrire les lettres dans n'importe quel ordre selon la position sur la figure, sans vérifier quelle paire de sommets se correspond vraiment. Toujours lire l'égalité de gauche à droite pour établir les correspondances.

À RETENIR

Dans l'égalité ABC=DEF, l'ordre des lettres fixe les correspondances : le premier sommet du premier triangle correspond au premier sommet du second, etc. Changer l'ordre des lettres change l'égalité.

Les trois cas d'égalité

Vérifier les six éléments un par un serait fastidieux. Trois configurations suffisent à garantir l'égalité de deux triangles.

Premier cas : trois côtés égaux (CCC)

THÉORÈME · 1ER CAS D'ÉGALITÉ — CCC

Si deux triangles ont leurs trois côtés homologues deux à deux de même longueur, alors ces triangles sont égaux.

Autrement dit : connaître seulement les trois longueurs d'un triangle détermine entièrement ce triangle (à déplacement près). Les angles se déduisent automatiquement.

Exemple 1. Dans les deux triangles ABC et DEF : AB=DE=5 cm, BC=EF=7 cm, AC=DF=6 cm. D'après le premier cas d'égalité (trois côtés), ABC=DEF.

Deuxième cas : un angle compris entre deux côtés égaux (CAC)

THÉORÈME · 2E CAS D'ÉGALITÉ — CAC

Si deux triangles ont deux côtés homologues de même longueur et l'angle compris entre ces deux côtés de même mesure, alors ces triangles sont égaux.

La formulation exacte est décisive : l'angle doit être compris entre les deux côtés, c'est-à-dire qu'il doit avoir pour sommet le point commun aux deux côtés concernés.

Deuxième cas d'égalité CAC : un angle compris entre deux côtés égaux Deux triangles ABC et DEF. Les côtés AB et DE portent un tiret (égaux), les côtés AC et DF portent deux tirets (égaux). L'angle en A et l'angle en D, compris entre ces côtés, sont marqués d'un arc terracotta et portent la même mesure 50°. A B C 50° D E F 50° = 2e cas : CAC AB = DE (4 cm) — 1 tiret AC = DF (6 cm) — 2 tirets angle en A = angle en D = 50° angle compris entre les deux côtés
Deux triangles illustrant le 2e cas : deux côtés codés et l'angle compris entre eux marqué d'un arc

Exemple 2. Dans les triangles ABC et DEF : AB=DE=4 cm, AC=DF=6 cm, et BAC^=EDF^=50°. L'angle BAC^ est bien compris entre [AB] et [AC]. D'après le deuxième cas d'égalité (CAC), ABC=DEF.

Troisième cas : un côté compris entre deux angles égaux (ACA)

THÉORÈME · 3E CAS D'ÉGALITÉ — ACA

Si deux triangles ont deux angles homologues de même mesure et le côté compris entre ces deux angles de même longueur, alors ces triangles sont égaux.

Le côté doit être compris entre les deux angles, c'est-à-dire que ses deux extrémités sont précisément les deux sommets où se situent les angles concernés.

Troisième cas d'égalité ACA : un côté compris entre deux angles égaux Deux triangles ABC et DEF. Le côté BC et le côté EF portent chacun un tiret (côtés égaux, compris entre les angles). Les angles en B et en E sont marqués d'un arc vert (40°) ; les angles en C et en F sont marqués d'un arc violet (70°). A B C 40° 70° D E F 40° 70° = 3e cas : ACA BC = EF (8 cm) — côté compris entre les deux angles angle en B = angle en E = 40° angle en C = angle en F = 70°
Deux triangles illustrant le 3e cas : un côté codé compris entre deux angles marqués d'arcs

Exemple 3. Dans les triangles ABC et DEF : ABC^=DEF^=40°, BCA^=EFD^=70°, et BC=EF=8 cm. Le côté [BC] est compris entre les angles en B et en C. D'après le troisième cas d'égalité (ACA), ABC=DEF.

Le piège de « compris entre »

Karim a deux triangles avec AB=DE, AC=DF et ABC^=DEF^. Il veut appliquer le deuxième cas. Mais ABC^ est l'angle en B, alors que les deux côtés donnés partent de A. L'angle en A — c'est-à-dire BAC^ — serait compris entre [AB] et [AC], mais l'angle en B ne l'est pas. Karim ne peut pas appliquer le deuxième cas. La condition « compris entre » doit être vérifiée rigoureusement avant de citer le cas.

À RETENIR

Les trois cas s'abrègent CCC, CAC, ACA. Dans CAC, l'angle est compris entre les deux côtés (il a pour sommet leur point commun). Dans ACA, le côté est compris entre les deux angles (ses deux extrémités portent les angles donnés).

Démontrer que deux triangles sont égaux

Reconnaître le bon cas suffit ; encore faut-il le rédiger correctement. Une démonstration d'égalité de triangles suit un modèle en trois étapes.

MÉTHODE

Pour démontrer que deux triangles sont égaux :

  1. Repérer les données. Lister les égalités de côtés ou d'angles connues (issues du codage, de l'énoncé, ou d'une propriété déjà prouvée). S'appuyer sur le codage de la figure.
  2. Identifier le bon cas. Parmi les données listées, repérer si l'on a CCC, CAC ou ACA. Vérifier que la condition « compris entre » est bien satisfaite.
  3. Conclure. Citer explicitement le cas d'égalité retenu et énoncer l'égalité des triangles avec l'ordre des lettres correct.

Exemple 4. Soit ABCD un quadrilatère tel que AB=CD, AD=CB et BD est une diagonale. Démontre que ABD=CDB.

Étape 1 — Données. Dans les triangles ABD et CDB :

  • AB=CD (donné)
  • AD=CB (donné)
  • BD=DB (côté commun, même segment)

Étape 2 — Identification du cas. On a trois paires de côtés homologues deux à deux égaux (AC, BD, DB). C'est le premier cas d'égalité (CCC).

Étape 3 — Conclusion. D'après le premier cas d'égalité des triangles (trois côtés), on conclut que ABD=CDB.

Le modèle de rédaction

Voici la trame que tu peux réutiliser mot pour mot :

« Dans les triangles et : — = (car ) — = (car ) — = (car , et c'est l'angle/le côté compris entre et )

D'après le [premier / deuxième / troisième] cas d'égalité des triangles, =. »

Le piège de la conclusion sans justification

Salma remarque que les deux triangles se ressemblent sur la figure et écrit : « Les triangles ont l'air identiques donc ils sont égaux. » Une figure est une aide à la compréhension, jamais une preuve. Il faut citer explicitement le cas d'égalité utilisé et lister les trois données qui le justifient.

À RETENIR

Une démonstration d'égalité de triangles doit : (1) lister les trois égalités utilisées avec leur justification, (2) nommer le cas d'égalité, (3) énoncer l'égalité avec l'ordre des lettres correct. Trois étapes, pas moins.

Exploiter l'égalité de deux triangles

Prouver que deux triangles sont égaux n'est jamais une fin en soi : c'est un outil pour déduire d'autres informations que l'énoncé ne donne pas directement.

MÉTHODE

Une fois l'égalité ABC=DEF établie, tous les éléments homologues sont égaux : on peut en déduire n'importe quelle paire de côtés ou d'angles correspondants. C'est ainsi qu'on prouve qu'une diagonale coupe un segment en son milieu, qu'un angle est la bissectrice d'un autre, ou que deux segments sont égaux dans une figure complexe.

Exemple 5. Dans un parallélogramme ABCD, la diagonale [AC] divise le parallélogramme en deux triangles ABC et CDA. On sait que dans un parallélogramme : AB=CD, BC=DA et AC=CA (côté commun). D'après le premier cas d'égalité, ABC=CDA. On en déduit :

  • BAC^=DCA^ (angles homologues), ce qui prouve que [AC] est parallèle à [BD] (angles alternes-internes) ;
  • ABC^=CDA^, c'est-à-dire les angles opposés du parallélogramme sont égaux.

Application aux diagonales d'un losange

Dans un losange ABCD (quatre côtés égaux), les diagonales [AC] et [BD] se coupent en un point O. Les triangles AOB et COB vérifient : OA=OC (les diagonales d'un losange se coupent en leur milieu), OB=OB (commun), AB=CB (côtés du losange). D'après le premier cas d'égalité, AOB=COB, donc AOB^=COB^. Comme ces deux angles sont supplémentaires (ils forment un angle plat), chacun vaut 90° : les diagonales d'un losange sont perpendiculaires.

Le piège des homologues mal lus

Amine sait que PQR=STU. Il veut déduire PQ=TU. Mais PS et QT, donc le côté homologue de [PQ] est [ST], et non [TU]. L'erreur vient d'une lecture trop rapide de l'ordre des lettres. Relis toujours la correspondance lettre par lettre avant de conclure.

À RETENIR

Dès qu'une égalité de triangles est prouvée, tous les éléments homologues sont égaux et disponibles pour la suite de la démonstration. L'ordre des lettres dans l'égalité est la clé pour lire correctement les correspondances.

Pièges classiques

  1. Confondre « compris entre » et « quelconque ». Dans le deuxième cas, l'angle doit avoir pour sommet le point d'intersection des deux côtés donnés. Un angle situé ailleurs dans le triangle ne peut pas être utilisé, même si sa mesure coïncide.

  2. Écrire l'égalité de triangles avec un mauvais ordre de lettres. ABC=DEF et ABC=DFE ne décrivent pas la même correspondance. Un mauvais ordre conduit à des déductions fausses sur les éléments homologues.

  3. Croire que ressembler sur une figure suffit. Une figure bien tracée peut induire en erreur (angles légèrement différents, tirets mal placés). Seule la démonstration, appuyée sur des données chiffrées ou des propriétés connues, est valide.

  4. Oublier de citer le cas d'égalité dans la conclusion. Écrire « donc les triangles sont égaux » sans mentionner le cas utilisé (CCC, CAC ou ACA) n'est pas une démonstration : la phrase clé « d'après le [X] cas d'égalité des triangles » est obligatoire.

  5. Utiliser seulement deux données au lieu de trois. Chaque cas nécessite exactement trois égalités. Deux côtés égaux sans plus d'information ne permettent aucune conclusion : un triangle peut avoir une infinité de formes avec deux côtés fixés.

  6. Déduire un élément non homologue. Après avoir établi ABD=CBD, Amine déduit AB=CB — mais AC, BB, DD, donc le côté homologue de [AB] est [CB] dans ce cas précis. Vérifier toujours la correspondance de chaque paire avant de conclure.

Application concrète

Yasmine prépare un exposé sur l'architecture islamique du Maroc. Elle étudie une rosace tracée sur papier : un grand triangle isocèle ABC (avec AB=AC) dont on a tracé la médiatrice du côté [BC]. Cette médiatrice passe par le sommet A et coupe [BC] en son milieu M.

Étape 1 — Identifier les données. Par définition du milieu : BM=MC. Par construction de la médiatrice : AMBC, donc AMB^=AMC^=90°. Enfin, AM=AM (côté commun).

Étape 2 — Reconnaître le cas d'égalité. Dans les triangles ABM et ACM :

  • BM=MC (donné : M milieu de [BC])
  • AM=AM (côté commun)
  • AMB^=AMC^=90° (médiatrice perpendiculaire)

On a deux côtés égaux, BM=MC et AM=AM, et entre ces deux côtés l'angle de sommet M : AMB^=AMC^=90°. Cet angle est bien compris entre les deux côtés égaux (il a pour sommet M, leur point commun). C'est donc le deuxième cas d'égalité (CAC).

Étape 3 — Conclure sur l'égalité des triangles. D'après le deuxième cas d'égalité des triangles (un angle compris entre deux côtés), ABM=ACM.

Étape 4 — Exploiter l'égalité. On en déduit les éléments homologues : AB=AC (ce qu'on savait déjà), ABM^=ACM^, et surtout BAM^=CAM^. Ce dernier résultat signifie que la médiatrice de [BC] coupe l'angle BAC^ en deux parties égales : c'est aussi la bissectrice de l'angle en A.

Conclusion. Dans un triangle isocèle, la médiatrice de la base est également la médiane, la hauteur et la bissectrice issue du sommet principal. Ce résultat — que tu aurais eu du mal à « voir » sur une figure — découle directement de l'égalité des deux triangles. Les cas d'égalité ne servent pas seulement à cocher une case dans un exercice : ils sont le cœur de toute démonstration géométrique rigoureuse que tu rencontreras jusqu'au baccalauréat et au-delà.

À retenir

À RETENIR

Deux triangles sont égaux (superposables) si leurs côtés et angles homologues sont deux à deux de même mesure. Dans l'égalité ABC=DEF, l'ordre des lettres fixe les correspondances sommets à sommets.

À RETENIR

Le 1er cas (CCC) : trois côtés homologues deux à deux égaux. Le 2e cas (CAC) : deux côtés égaux et l'angle compris entre eux (sommet au point d'intersection des deux côtés). Le 3e cas (ACA) : deux angles égaux et le côté compris entre eux (ses extrémités portent les deux angles).

À RETENIR

Une démonstration d'égalité de triangles liste trois données, cite le cas utilisé par son nom (CCC, CAC ou ACA), et conclut avec l'ordre de lettres correct.

À RETENIR

Une fois l'égalité ABC=DEF établie, tous les éléments homologues sont accessibles : AB=DE, BC=EF, AC=DF, et les trois paires d'angles correspondants. C'est ainsi qu'on prouve des égalités de longueurs ou d'angles qui n'étaient pas données au départ.