Calcul littéral, puissances et racines
Tu passes en 1ʳᵉ ?Consolide la 2ⁿᵈᵉ avant d'attaquer les spécialités.Développer et factoriser
Tout le calcul littéral oscille entre deux gestes inverses. Développer, c'est transformer un produit en somme. Factoriser, c'est l'opération réciproque : transformer une somme en produit. Tu sais déjà développer ; le geste qui fait la différence en Seconde, c'est de savoir factoriser vite et juste.
Propriété (distributivité). Pour tous nombres , , , :
La double distributivité se lit ainsi : chaque terme de la première parenthèse multiplie chaque terme de la seconde.
Exemple 1. Développe .
Exemple 2. Le signe « moins » devant une parenthèse change le signe de chaque terme intérieur :
Factoriser par facteur commun
Factoriser, c'est repérer ce qui est commun à tous les termes et le mettre en facteur. Le facteur commun peut être un nombre, une lettre, ou une parenthèse entière.
Si chaque terme d'une somme contient un même facteur , on écrit la somme sous la forme :
Exemple 3. Dans , les deux termes sont divisibles par :
Exemple 4. Quand le facteur commun est une parenthèse, le réflexe est le même. Dans
le facteur commun est :
Le piège du facteur commun caché
Karim veut factoriser et bloque, croyant qu'il n'y a pas de facteur commun au second terme. Faux : vaut . Le facteur commun est bien , et
Quand un terme « est » le facteur commun tout seul, il laisse un dans la parenthèse, jamais un vide.
Développer transforme un produit en somme ; factoriser fait l'inverse. Pour factoriser, cherche le facteur commun à tous les termes — un terme égal au facteur commun y laisse un .
Identités remarquables
Trois égalités reviennent si souvent qu'on les apprend par cœur pour ne plus jamais les redévelopper. Tu les connais depuis la 3e ; en Seconde, tu dois les reconnaître instantanément, dans les deux sens.
Pour tous nombres et :
Le premier carré se lit géométriquement : un carré de côté se découpe en un carré , un carré et deux rectangles . Le double produit n'est pas un détail, c'est l'aire des deux rectangles.
Exemple 1 (développer). .
Exemple 2 (développer). .
Factoriser avec une identité remarquable
Lue de droite à gauche, chaque identité devient un outil de factorisation. C'est là que réside l'enjeu de la Seconde, et le cœur du second degré l'an prochain.
Reconnaître la structure ou permet de factoriser sans chercher de facteur commun.
Exemple 3 (différence de deux carrés). Factorise .
Exemple 4 (carré parfait). Factorise . On reconnaît , , et le double produit colle :
Le piège du double produit
Salma écrit et oublie le terme central. C'est l'erreur la plus fréquente du chapitre. Le développement correct comporte trois termes :
Vérifie avec des nombres si tu doutes : , alors que . Les deux ne sont pas égaux, donc le double produit existe bel et bien.
, , . N'oublie jamais le double produit ; la différence de deux carrés est ton meilleur outil de factorisation.
Puissances et règles de calcul
Une puissance abrège une multiplication répétée. Tu as posé ces bases en 4e ; en Seconde, on étend proprement aux exposants négatifs et on fixe les règles de calcul comme des automatismes.
Pour un nombre et un entier , est le produit de facteurs égaux à . On pose de plus :
L'exposant négatif ne rend pas le nombre négatif : il signifie « inverse ». Ainsi , un nombre positif.
Pour et des entiers relatifs et :
Exemple 1. .
Exemple 2. .
Exemple 3. .
Puissances de 10 et notation scientifique
Les puissances de structurent l'écriture des très grands et très petits nombres. Pour , est un suivi de zéros, et est un nombre décimal avec chiffres après la virgule.
La notation scientifique d'un nombre est son écriture , où est décimal avec (un seul chiffre non nul avant la virgule) et un entier relatif.
Exemple 4. La population de Casablanca avoisine habitants, soit .
Exemple 5. Le diamètre d'un cheveu, environ m, s'écrit m.
Le piège de l'exposant négatif
Amine croit que . Faux : un exposant négatif ne produit jamais un nombre négatif, il produit l'inverse. , un petit nombre positif. De même, , pas ni .
, (positif). Même base : produit on additionne les exposants, quotient on soustrait, puissance de puissance on multiplie. Notation scientifique : avec .
Racines carrées
La racine carrée répond à une question simple : quel nombre positif, élevé au carré, donne ?
Pour un nombre , la racine carrée de , notée , est l'unique nombre positif dont le carré vaut :
On ne définit pas pour : aucun carré n'est négatif. Et est toujours positive, par convention.
Exemple 1. car . . (un nombre qui n'est pas décimal).
Une conséquence importante du « positif » de la définition :
Pour tout nombre : (la valeur absolue de ).
Ainsi , et non . La racine d'un carré « efface le carré » mais rend toujours un résultat positif.
Manipuler les racines : produit et simplification
Pour et :
Cette règle vaut pour le produit et le quotient — jamais pour une somme. Elle sert à simplifier une racine en sortant les carrés parfaits.
Exemple 2. .
Exemple 3. .
Une fois les racines simplifiées sous la même forme, on peut additionner comme des termes semblables :
Exemple 4 (somme de radicaux).
On additionne avec comme on additionnerait : ce sont les mêmes « objets ». On évoquera l'an prochain comment supprimer une racine d'un dénominateur (la rationalisation) ; ce n'est pas l'objet de la Seconde.
Le piège de la racine d'une somme
Karim écrit . C'est faux, et le contre-exemple est imparable :
La racine se distribue sur un produit, jamais sur une somme. Aucune simplification ne s'applique à .
et ; . On a (produit) mais (somme). Simplifier, c'est sortir les carrés parfaits.
Expressions fractionnaires simples
Une expression fractionnaire est un quotient dont le dénominateur contient une lettre. La première question à se poser n'est pas « comment calculer », mais « pour quelles valeurs cela a-t-il un sens ».
Une valeur interdite d'une expression fractionnaire est une valeur de la lettre qui annule le dénominateur. On ne divise jamais par : ces valeurs sont exclues.
Exemple 1. Dans , le dénominateur s'annule pour . La valeur interdite est ; l'expression est définie pour tout .
Exemple 2. Dans , le dénominateur s'annule pour : valeur interdite .
Réduire au même dénominateur et simplifier
Pour additionner deux quotients, on les réécrit avec un dénominateur commun. Pour simplifier un quotient, on factorise numérateur et dénominateur, puis on supprime le facteur commun (en gardant les valeurs interdites en tête).
Exemple 3 (même dénominateur). Pour :
Exemple 4 (simplifier un quotient). Pour :
Remarque comme la factorisation par identité remarquable de la leçon 2 sert directement ici : sans elle, pas de simplification possible. C'est tout le programme du chapitre qui se rejoint sur une seule ligne.
Le piège de la simplification sauvage
Salma simplifie en barrant les pour écrire . C'est faux : on ne simplifie que des facteurs d'un produit, jamais des termes d'une somme. Au numérateur, est une somme, pas un produit ; il n'y a aucun facteur à barrer. L'expression ne se simplifie pas.
Cherche d'abord les valeurs interdites (dénominateur nul). Pour additionner : dénominateur commun. Pour simplifier : factorise, puis barre un facteur commun — jamais un terme d'une somme.
Pièges classiques
1. Croire que . C'est l'erreur reine du chapitre. Le double produit manque. , et le contre-exemple numérique tranche : .
2. Croire que . La racine se distribue sur un produit, pas sur une somme. , alors que .
3. Mal interpréter . Un exposant négatif ne rend pas le nombre négatif : il donne l'inverse. , pas . De même , un petit nombre positif.
4. Oublier les valeurs interdites. Avant toute manipulation de , il faut exclure . Une expression fractionnaire sans son ensemble de définition est incomplète.
5. Confondre et . , pas . Pour : , pas . La racine carrée renvoie toujours un résultat positif.
6. Simplifier des termes au lieu de facteurs. Dans , on ne barre pas les : est une somme. On ne simplifie qu'un facteur commun à un produit, comme dans .
Application concrète
Yasmine aménage une terrasse carrée dans la maison familiale à Marrakech. Le carré mesure mètres de côté. Plutôt que de garder ce carré, elle envisage de le redécouper en un rectangle : raccourcir un côté de m pour dégager un passage, et prolonger le côté perpendiculaire de m côté jardin. Elle veut tout exprimer littéralement pour pouvoir choisir ensuite.
Étape 1 — Exprimer l'aire du rectangle (développer). La terrasse de départ a une aire de m². Le rectangle redécoupé mesure m sur un côté et m sur l'autre. Son aire vaut
L'aire du rectangle est donc inférieure d'exactement m² à l'aire du carré initial, quelle que soit la valeur de : raccourcir d'un côté et rallonger de l'autre de la même longueur ne se compense pas, on perd toujours m². C'est une différence de deux carrés, identité de la leçon 2.
Étape 2 — Comparer deux carrés (identité remarquable). Yasmine hésite avec une autre disposition, un carré agrandi de côté , d'aire
L'écart avec la terrasse initiale est m². Le double produit croît avec : plus la terrasse est grande, plus l'agrandissement coûte de surface.
Étape 3 — Une grandeur en notation scientifique. Pour la dalle, l'artisan donne une masse surfacique de tonne par cm². Yasmine la réécrit proprement :
Pour une dalle de cm², soit cm², la masse vaut
Les règles des puissances de la leçon 3 évitent toute file de zéros.
Étape 4 — Une diagonale (racine carrée). La diagonale du carré de côté m vaut . Yasmine simplifie :
Elle se garde bien d'écrire : la racine ne se distribue pas sur une somme.
Étape 5 — Un rendement (expression fractionnaire). Le coût au mètre carré exploitable s'écrit , où est le budget. La valeur interdite saute aux yeux : pour (et , sans objet ici). Une terrasse de côté m n'aurait aucune surface exploitable — division par zéro, situation impossible. Yasmine retient .
Conclusion. En un seul projet, Yasmine a développé, factorisé, manié une identité remarquable, une notation scientifique, une racine et une valeur interdite. Aucun de ces outils n'était isolé : ils se sont enchaînés naturellement. C'est exactement la fluidité attendue en Première, où factoriser deviendra factoriser un trinôme du second degré, et où ces automatismes seront supposés acquis. Les soigner aujourd'hui, c'est s'épargner l'effort demain.
À retenir
Développer transforme un produit en somme ; factoriser fait l'inverse et reste le geste décisif. Cherche le facteur commun ; reconnais les identités remarquables, surtout la différence de deux carrés .
et : le double produit n'est jamais facultatif. .
et (positif). Même base : , , . Notation scientifique : , .
, , . On a , mais . Simplifier une racine, c'est sortir les carrés parfaits.
Une expression fractionnaire commence par ses valeurs interdites (dénominateur nul). On additionne au même dénominateur ; on simplifie en barrant un facteur commun, jamais un terme d'une somme.