Mathématiques · 2ⁿᵈᵉ · Calcul littéral, puissances et racines

Calcul littéral, puissances et racines

Tu passes en 1ʳᵉ ?Consolide la 2ⁿᵈᵉ avant d'attaquer les spécialités.

Développer et factoriser

Tout le calcul littéral oscille entre deux gestes inverses. Développer, c'est transformer un produit en somme. Factoriser, c'est l'opération réciproque : transformer une somme en produit. Tu sais déjà développer ; le geste qui fait la différence en Seconde, c'est de savoir factoriser vite et juste.

Propriété (distributivité). Pour tous nombres a, b, c, d :

a(b+c)=ab+ac(a+b)(c+d)=ac+ad+bc+bd

La double distributivité se lit ainsi : chaque terme de la première parenthèse multiplie chaque terme de la seconde.

Exemple 1. Développe (2x+3)(x5).

(2x+3)(x5)=2x×x+2x×(5)+3×x+3×(5)

=2x210x+3x15=2x27x15

Exemple 2. Le signe « moins » devant une parenthèse change le signe de chaque terme intérieur :

5(2x7)=52x+7=2x+12

Factoriser par facteur commun

Factoriser, c'est repérer ce qui est commun à tous les termes et le mettre en facteur. Le facteur commun peut être un nombre, une lettre, ou une parenthèse entière.

MÉTHODE

Si chaque terme d'une somme contient un même facteur k, on écrit la somme sous la forme k×() :

ka+kb=k(a+b)

Exemple 3. Dans 6x2+15x, les deux termes sont divisibles par 3x :

6x2+15x=3x×2x+3x×5=3x(2x+5)

Exemple 4. Quand le facteur commun est une parenthèse, le réflexe est le même. Dans

(x+4)(2x1)+(x+4)(x+3),

le facteur commun est (x+4) :

(x+4)[(2x1)+(x+3)]=(x+4)(3x+2).

Le piège du facteur commun caché

Karim veut factoriser (2x5)(x+1)(2x5) et bloque, croyant qu'il n'y a pas de facteur commun au second terme. Faux : (2x5) vaut (2x5)×1. Le facteur commun est bien (2x5), et

(2x5)(x+1)(2x5)=(2x5)[(x+1)1]=(2x5)×x=x(2x5).

Quand un terme « est » le facteur commun tout seul, il laisse un 1 dans la parenthèse, jamais un vide.

À RETENIR

Développer transforme un produit en somme ; factoriser fait l'inverse. Pour factoriser, cherche le facteur commun à tous les termes — un terme égal au facteur commun y laisse un 1.

Identités remarquables

Trois égalités reviennent si souvent qu'on les apprend par cœur pour ne plus jamais les redévelopper. Tu les connais depuis la 3e ; en Seconde, tu dois les reconnaître instantanément, dans les deux sens.

THÉORÈME · IDENTITÉS REMARQUABLES

Pour tous nombres a et b :

(a+b)2=a2+2ab+b2

(ab)2=a22ab+b2

(a+b)(ab)=a2b2

Le premier carré se lit géométriquement : un carré de côté a+b se découpe en un carré a2, un carré b2 et deux rectangles ab. Le double produit 2ab n'est pas un détail, c'est l'aire des deux rectangles.

Preuve géométrique de l'identité (a+b)² = a² + 2ab + b² Un grand carré de côté a + b est découpé en quatre régions : un carré d'aire a² en haut à gauche, un carré d'aire b² en bas à droite, et deux rectangles d'aire a × b dans les deux autres coins. La somme de ces quatre aires vaut (a + b)², soit a² + 2ab + b². ab ab a b a b (a + b)² = a² + 2ab + b²
Preuve géométrique de (a+b)² = a² + 2ab + b² par découpage d'un carré

Exemple 1 (développer). (3x+2)2=(3x)2+2×3x×2+22=9x2+12x+4.

Exemple 2 (développer). (x5)(x+5)=x252=x225.

Factoriser avec une identité remarquable

Lue de droite à gauche, chaque identité devient un outil de factorisation. C'est là que réside l'enjeu de la Seconde, et le cœur du second degré l'an prochain.

MÉTHODE

Reconnaître la structure a2b2 ou a2±2ab+b2 permet de factoriser sans chercher de facteur commun.

Exemple 3 (différence de deux carrés). Factorise 9x216.

9x216=(3x)242=(3x4)(3x+4).

Exemple 4 (carré parfait). Factorise x2+6x+9. On reconnaît a=x, b=3, et le double produit 2ab=6x colle :

x2+6x+9=(x+3)2.

Le piège du double produit

Salma écrit (a+b)2=a2+b2 et oublie le terme central. C'est l'erreur la plus fréquente du chapitre. Le développement correct comporte trois termes :

(x+4)2=x2+8x+16,et nonx2+16.

Vérifie avec des nombres si tu doutes : (2+3)2=25, alors que 22+32=13. Les deux ne sont pas égaux, donc le double produit existe bel et bien.

À RETENIR

(a+b)2=a2+2ab+b2, (ab)2=a22ab+b2, (a+b)(ab)=a2b2. N'oublie jamais le double produit 2ab ; la différence de deux carrés est ton meilleur outil de factorisation.

Puissances et règles de calcul

Une puissance abrège une multiplication répétée. Tu as posé ces bases en 4e ; en Seconde, on étend proprement aux exposants négatifs et on fixe les règles de calcul comme des automatismes.

DÉFINITION

Pour un nombre a0 et un entier n1, an est le produit de n facteurs égaux à a. On pose de plus :

a0=1etan=1an.

L'exposant négatif ne rend pas le nombre négatif : il signifie « inverse ». Ainsi 23=123=18, un nombre positif.

THÉORÈME · RÈGLES DE CALCUL

Pour a0 et des entiers relatifs m et n :

am×an=am+naman=amn(am)n=am×n

Exemple 1. a5×a2=a5+(2)=a3.

Exemple 2. a3a7=a37=a4=1a4.

Exemple 3. (a4)2=a4×(2)=a8=1a8.

Puissances de 10 et notation scientifique

Les puissances de 10 structurent l'écriture des très grands et très petits nombres. Pour n1, 10n est un 1 suivi de n zéros, et 10n=110n est un nombre décimal avec n chiffres après la virgule.

DÉFINITION

La notation scientifique d'un nombre est son écriture a×10n, où a est décimal avec 1a<10 (un seul chiffre non nul avant la virgule) et n un entier relatif.

Exemple 4. La population de Casablanca avoisine 3400000 habitants, soit 3,4×106.

Exemple 5. Le diamètre d'un cheveu, environ 0,00008 m, s'écrit 8×105 m.

Le piège de l'exposant négatif

Amine croit que 103=1000. Faux : un exposant négatif ne produit jamais un nombre négatif, il produit l'inverse. 103=1103=0,001, un petit nombre positif. De même, 52=125, pas 25 ni 10.

À RETENIR

a0=1, an=1an (positif). Même base : produit on additionne les exposants, quotient on soustrait, puissance de puissance on multiplie. Notation scientifique : a×10n avec 1a<10.

Racines carrées

La racine carrée répond à une question simple : quel nombre positif, élevé au carré, donne a ?

DÉFINITION

Pour un nombre a0, la racine carrée de a, notée a, est l'unique nombre positif dont le carré vaut a :

a0et(a)2=a.

On ne définit pas a pour a<0 : aucun carré n'est négatif. Et a est toujours positive, par convention.

Exemple 1. 25=5 car 52=25.   0=0.   21,414 (un nombre qui n'est pas décimal).

Une conséquence importante du « positif » de la définition :

THÉORÈME

Pour tout nombre a : a2=a (la valeur absolue de a).

Ainsi (7)2=49=7=7, et non 7. La racine d'un carré « efface le carré » mais rend toujours un résultat positif.

Manipuler les racines : produit et simplification

THÉORÈME

Pour a0 et b0 :

a×b=a×bet, si b>0,ab=ab.

Cette règle vaut pour le produit et le quotient — jamais pour une somme. Elle sert à simplifier une racine en sortant les carrés parfaits.

Exemple 2. 72=36×2=36×2=62.

Exemple 3. 50=25×2=52.

Une fois les racines simplifiées sous la même forme, on peut additionner comme des termes semblables :

Exemple 4 (somme de radicaux).

50+32=52+32=82.

On additionne 2 avec 2 comme on additionnerait 5x+3x=8x : ce sont les mêmes « objets ». On évoquera l'an prochain comment supprimer une racine d'un dénominateur (la rationalisation) ; ce n'est pas l'objet de la Seconde.

Le piège de la racine d'une somme

Karim écrit a+b=a+b. C'est faux, et le contre-exemple est imparable :

9+16=25=5,mais9+16=3+4=7.

La racine se distribue sur un produit, jamais sur une somme. Aucune simplification ne s'applique à a+b.

À RETENIR

a0 et (a)2=a ; a2=a. On a ab=ab (produit) mais a+ba+b (somme). Simplifier, c'est sortir les carrés parfaits.

Expressions fractionnaires simples

Une expression fractionnaire est un quotient dont le dénominateur contient une lettre. La première question à se poser n'est pas « comment calculer », mais « pour quelles valeurs cela a-t-il un sens ».

DÉFINITION

Une valeur interdite d'une expression fractionnaire est une valeur de la lettre qui annule le dénominateur. On ne divise jamais par 0 : ces valeurs sont exclues.

Exemple 1. Dans x+1x3, le dénominateur s'annule pour x=3. La valeur interdite est x=3 ; l'expression est définie pour tout x3.

Exemple 2. Dans 52x, le dénominateur s'annule pour x=0 : valeur interdite x=0.

Réduire au même dénominateur et simplifier

MÉTHODE

Pour additionner deux quotients, on les réécrit avec un dénominateur commun. Pour simplifier un quotient, on factorise numérateur et dénominateur, puis on supprime le facteur commun (en gardant les valeurs interdites en tête).

Exemple 3 (même dénominateur). Pour x0 :

3x+25=3×55x+2×x5x=15+2x5x.

Exemple 4 (simplifier un quotient). Pour x3 :

x29x+3=(x3)(x+3)x+3=x3.

Remarque comme la factorisation par identité remarquable de la leçon 2 sert directement ici : sans elle, pas de simplification possible. C'est tout le programme du chapitre qui se rejoint sur une seule ligne.

Le piège de la simplification sauvage

Salma simplifie x+2x en barrant les x pour écrire 21=2. C'est faux : on ne simplifie que des facteurs d'un produit, jamais des termes d'une somme. Au numérateur, x+2 est une somme, pas un produit ; il n'y a aucun facteur x à barrer. L'expression x+2x ne se simplifie pas.

À RETENIR

Cherche d'abord les valeurs interdites (dénominateur nul). Pour additionner : dénominateur commun. Pour simplifier : factorise, puis barre un facteur commun — jamais un terme d'une somme.

Pièges classiques

1. Croire que (a+b)2=a2+b2. C'est l'erreur reine du chapitre. Le double produit 2ab manque. (x+4)2=x2+8x+16, et le contre-exemple numérique tranche : (2+3)2=2522+32=13.

2. Croire que a+b=a+b. La racine se distribue sur un produit, pas sur une somme. 9+16=5, alors que 9+16=7.

3. Mal interpréter an. Un exposant négatif ne rend pas le nombre négatif : il donne l'inverse. 23=18, pas 8. De même 103=0,001, un petit nombre positif.

4. Oublier les valeurs interdites. Avant toute manipulation de x+1x3, il faut exclure x=3. Une expression fractionnaire sans son ensemble de définition est incomplète.

5. Confondre a2 et a. a2=a, pas a. Pour a=7 : (7)2=7, pas 7. La racine carrée renvoie toujours un résultat positif.

6. Simplifier des termes au lieu de facteurs. Dans x+2x, on ne barre pas les x : x+2 est une somme. On ne simplifie qu'un facteur commun à un produit, comme dans (x3)(x+3)x+3=x3.

Application concrète

Yasmine aménage une terrasse carrée dans la maison familiale à Marrakech. Le carré mesure x mètres de côté. Plutôt que de garder ce carré, elle envisage de le redécouper en un rectangle : raccourcir un côté de 3 m pour dégager un passage, et prolonger le côté perpendiculaire de 3 m côté jardin. Elle veut tout exprimer littéralement pour pouvoir choisir x ensuite.

Étape 1 — Exprimer l'aire du rectangle (développer). La terrasse de départ a une aire de x2 m². Le rectangle redécoupé mesure (x3) m sur un côté et (x+3) m sur l'autre. Son aire vaut

(x3)(x+3)=x29.

L'aire du rectangle est donc inférieure d'exactement 9 m² à l'aire du carré initial, quelle que soit la valeur de x : raccourcir d'un côté et rallonger de l'autre de la même longueur ne se compense pas, on perd toujours 9 m². C'est une différence de deux carrés, identité de la leçon 2.

Étape 2 — Comparer deux carrés (identité remarquable). Yasmine hésite avec une autre disposition, un carré agrandi de côté (x+3), d'aire

(x+3)2=x2+6x+9.

L'écart avec la terrasse initiale est 6x+9 m². Le double produit 6x croît avec x : plus la terrasse est grande, plus l'agrandissement coûte de surface.

Étape 3 — Une grandeur en notation scientifique. Pour la dalle, l'artisan donne une masse surfacique de 0,000024 tonne par cm². Yasmine la réécrit proprement :

0,000024=2,4×105.

Pour une dalle de 30000 cm², soit 3×104 cm², la masse vaut

2,4×105×3×104=7,2×101=0,72 tonne.

Les règles des puissances de la leçon 3 évitent toute file de zéros.

Étape 4 — Une diagonale (racine carrée). La diagonale du carré de côté x=6 m vaut 62+62=72. Yasmine simplifie :

72=36×2=628,49 m.

Elle se garde bien d'écrire 72=36+36 : la racine ne se distribue pas sur une somme.

Étape 5 — Un rendement (expression fractionnaire). Le coût au mètre carré exploitable s'écrit Cx29, où C est le budget. La valeur interdite saute aux yeux : x29=0 pour x=3 (et x=3, sans objet ici). Une terrasse de côté 3 m n'aurait aucune surface exploitable — division par zéro, situation impossible. Yasmine retient x>3.

Conclusion. En un seul projet, Yasmine a développé, factorisé, manié une identité remarquable, une notation scientifique, une racine et une valeur interdite. Aucun de ces outils n'était isolé : ils se sont enchaînés naturellement. C'est exactement la fluidité attendue en Première, où factoriser x29 deviendra factoriser un trinôme du second degré, et où ces automatismes seront supposés acquis. Les soigner aujourd'hui, c'est s'épargner l'effort demain.

À retenir

À RETENIR

Développer transforme un produit en somme ; factoriser fait l'inverse et reste le geste décisif. Cherche le facteur commun ; reconnais les identités remarquables, surtout la différence de deux carrés a2b2=(a+b)(ab).

À RETENIR

(a+b)2=a2+2ab+b2 et (ab)2=a22ab+b2 : le double produit 2ab n'est jamais facultatif. (a+b)2a2+b2.

À RETENIR

a0=1 et an=1an (positif). Même base : am×an=am+n, aman=amn, (am)n=amn. Notation scientifique : a×10n, 1a<10.

À RETENIR

a0, (a)2=a, a2=a. On a ab=ab, mais a+ba+b. Simplifier une racine, c'est sortir les carrés parfaits.

À RETENIR

Une expression fractionnaire commence par ses valeurs interdites (dénominateur nul). On additionne au même dénominateur ; on simplifie en barrant un facteur commun, jamais un terme d'une somme.

Ce chapitre prépare à