Mathématiques · 1ʳᵉ · Suites numériques

Suites numériques

À revoir avant de commencer
Objectif examen régionalLe programme de 1ʳᵉ année Bac à réviser.

Qu'est-ce qu'une suite ?

Compter les marches d'un escalier, les versements d'une tirelire, les rebonds d'une balle : à chaque rang entier (0,1,2,) correspond un nombre. C'est exactement l'idée d'une suite. Elle ne se promène pas sur la droite réelle continûment comme une fonction ordinaire ; elle saute de rang en rang, un terme à chaque entier.

DÉFINITION

Une suite numérique u est une fonction qui, à chaque entier naturel n, associe un nombre réel noté un (lu « u indice n »). Le nombre un est le terme de rang n (ou terme d'indice n) ; n est appelé l'indice. La suite tout entière se note (un).

L'écriture un remplace le f(n) des fonctions : c'est la même idée d'image, mais avec un indice en bas plutôt qu'une parenthèse. Le terme u0 est le terme initial (rang 0), u1 le suivant, et ainsi de suite. Attention dès maintenant à ne pas confondre l'indice n (la position dans la liste) et le terme un (la valeur à cette position).

Une suite comme une liste de termes indexés par les entiers Cinq cases alignées horizontalement, indexées par n = 0, 1, 2, 3, 4. Chaque case contient la valeur d'un terme : u indice 0 vaut 2, u indice 1 vaut 5, u indice 2 vaut 8, u indice 3 vaut 11, u indice 4 vaut 14. Une flèche courbe relie chaque case à la suivante avec l'étiquette plus 3. 2 5 8 11 14 u₀ u₁ u₂ u₃ u₄ n = 0 n = 1 n = 2 n = 3 n = 4 +3 +3 +3 +3 À chaque rang entier, un terme.
Cinq cases alignées indexées par n = 0 à 4 contenant les termes 2, 5, 8, 11, 14, reliées par des flèches +3

DÉFINITION

Définir une suite de façon explicite, c'est donner une formule qui exprime un directement en fonction de n. On calcule alors n'importe quel terme sans connaître les précédents.

Exemple 1. Soit la suite définie par un=2n+3 pour tout entier n0. On obtient directement u0=2×0+3=3, u1=2×1+3=5, u10=2×10+3=23. Pour avoir u100, pas besoin des cent termes précédents : u100=2×100+3=203. C'est tout l'intérêt d'une formule explicite.

Exemple 2. La suite vn=n2 donne v0=0, v1=1, v2=4, v3=9 : la liste des carrés parfaits. Là encore, v12=144 se calcule d'un coup.

Définir une suite par récurrence

Il existe une seconde façon de fabriquer une suite, qui colle mieux à beaucoup de situations réelles : donner le premier terme, puis une règle qui fabrique chaque terme à partir du précédent. La tirelire d'Amine fonctionne ainsi : le solde d'un mois est celui du mois d'avant, plus 200 dh.

DÉFINITION

Définir une suite par récurrence, c'est donner son premier terme (par exemple u0) et une relation, dite relation de récurrence, qui exprime un+1 en fonction de un. Chaque terme se déduit du précédent.

Exemple 3. Soit (un) définie par u0=2 et un+1=un+3 pour tout n0. On déroule : u1=u0+3=5, puis u2=u1+3=8, puis u3=u2+3=11. Pour atteindre u100 par cette voie, il faudrait calculer les cent termes intermédiaires — c'est la limite de la définition par récurrence, qu'on lèvera plus loin avec une formule explicite.

Le piège de l'indice confondu avec le terme

L'erreur la plus fréquente du chapitre : prendre n pour un. Si un=2n+3, alors u5 n'est pas 5 : c'est u5=2×5+3=13. L'indice 5 dit à quelle position on regarde ; le terme u5 est la valeur à cette position. De même, un+1 n'est pas « un+1 » : c'est le terme suivant, le terme de rang n+1, qui peut valoir tout autre chose. Garde toujours en tête : l'indice est en bas, c'est une adresse ; le terme est la valeur logée à cette adresse.

À RETENIR

Une suite (un) associe à chaque entier n un réel un. On la définit soit de façon explicite (un en fonction de n, calcul direct), soit par récurrence (premier terme + relation un+1 en fonction de un, calcul de proche en proche). L'indice n n'est pas le terme un.

Le sens de variation d'une suite

Comme une fonction monte ou descend, une suite peut croître ou décroître : ses termes augmentent rang après rang, ou diminuent. La tirelire d'Amine grossit chaque mois ; une dette qu'on rembourse rétrécit. Mais une suite ne se parcourt qu'aux entiers : pour comparer son comportement, on compare deux termes consécutifs, un et un+1.

DÉFINITION

Une suite (un) est croissante si, pour tout entier n, on a un+1un. Elle est décroissante si, pour tout n, on a un+1un. Elle est constante si un+1=un pour tout n. On parle de suite strictement croissante (resp. décroissante) quand l'inégalité est stricte (> ou <).

Tout repose sur le signe de la différence un+1un. Si elle est toujours positive, chaque terme dépasse le précédent : la suite monte. Si elle est toujours négative, elle descend.

THÉORÈME

Soit (un) une suite. Si pour tout n, un+1un0, alors (un) est croissante. Si pour tout n, un+1un0, alors (un) est décroissante. Étudier le signe de la différence un+1un est la méthode de référence pour déterminer le sens de variation.

Exemple 1. Soit un=2n+3. Calculons la différence : un+1un=(2(n+1)+3)(2n+3)=2n+2+32n3=2. Cette différence vaut 2>0 pour tout n : la suite est strictement croissante. Chaque terme dépasse le précédent de 2.

Exemple 2. Soit vn=104n. On a vn+1vn=(104(n+1))(104n)=4. La différence vaut 4<0 : la suite est strictement décroissante. Ses termes 10,6,2,2, chutent de 4 à chaque rang.

Suite croissante et suite décroissante : des points isolés Deux repères côte à côte avec en abscisse l'indice n et en ordonnée le terme u indice n. À gauche, une suite croissante : des points isolés montent de gauche à droite, reliés par des pointillés gris. À droite, une suite décroissante : des points isolés descendent. Les points sont discrets, ce n'est pas une courbe continue. n uₙ O 1 2 3 4 5 6 uₙ₊₁ − uₙ > 0 : croissante n uₙ O 1 2 3 4 5 6 uₙ₊₁ − uₙ < 0 : décroissante
Deux repères : à gauche une suite croissante, à droite une suite décroissante, représentées par des points isolés reliés en pointillés

Le piège de la suite qui n'est ni croissante ni décroissante

Beaucoup d'élèves croient qu'une suite est forcément l'un ou l'autre. C'est faux : une suite peut alterner ou changer de sens. Prends un=(1)n, qui vaut 1,1,1,1, : elle monte de u0 à u1 ? Non, elle descend de 1 à 1, puis remonte. La différence un+1un change de signe : la suite n'est ni croissante ni décroissante. Avant de conclure, vérifie que le signe de la différence est le même pour tout n. Un seul rang où il change suffit à interdire la monotonie.

À RETENIR

Le sens de variation d'une suite se lit sur le signe de un+1un : positif pour tout n croissante ; négatif pour tout n décroissante. Si ce signe change selon n, la suite n'est ni l'une ni l'autre. C'est une condition valable à tous les rangs, pas seulement aux premiers.

Les suites arithmétiques

Reviens à la tirelire d'Amine : chaque mois, 200 dh de plus. Le solde augmente toujours du même montant. C'est le motif le plus simple qu'une suite puisse suivre, et il porte un nom : une suite arithmétique. On passe d'un terme au suivant en ajoutant une constante.

DÉFINITION

Une suite (un) est arithmétique s'il existe un nombre réel r, appelé la raison, tel que pour tout entier n : un+1=un+r. Autrement dit, on passe d'un terme au suivant en ajoutant toujours la même raison r.

La raison se retrouve facilement : c'est la différence entre deux termes consécutifs, r=un+1un, et cette différence est constante. C'est même le test : une suite est arithmétique si et seulement si un+1un ne dépend pas de n.

Exemple 1. La suite u0=2, un+1=un+3 est arithmétique de raison r=3 et de premier terme u0=2. Ses termes : 2,5,8,11,14, La tirelire d'Amine, partie de 200 dh avec +200 dh par mois, est arithmétique de raison 200.

La formule explicite

Calculer u100 en ajoutant r cent fois est pénible. Heureusement, une suite arithmétique possède une formule explicite limpide : on part du premier terme et on ajoute la raison autant de fois que de rangs parcourus.

THÉORÈME

Si (un) est arithmétique de premier terme u0 et de raison r, alors pour tout entier n : un=u0+nr. Plus généralement, à partir d'un terme up : un=up+(np)r.

Exemple 2. Pour u0=2 et r=3, la formule donne un=2+3n. On vérifie : u3=2+9=11 (cohérent avec la liste 2,5,8,11), et surtout u100=2+3×100=302, d'un seul calcul. Remarque que un=3n+2 est une expression affine en n : une suite arithmétique se comporte comme une fonction affine restreinte aux entiers, et son sens de variation suit le signe de la raison.

THÉORÈME

Une suite arithmétique de raison r est croissante si r>0, décroissante si r<0, constante si r=0. Le sens de variation est entièrement décidé par le signe de la raison.

Le piège de l'oubli du rang de départ

L'erreur classique sur la formule explicite : multiplier la raison par n tout court, en oubliant d'où l'on part. Si une suite arithmétique commence à u1 (et non u0), la formule devient un=u1+(n1)r : on a fait n1 pas depuis le rang 1, pas n pas. Salma écrit systématiquement un=u0+nr même quand le premier terme donné est u1, et décale tous ses calculs d'un cran. Compte toujours le nombre de pas réellement effectués : de up à un, il y a np ajouts de la raison.

À RETENIR

Une suite arithmétique vérifie un+1=un+r : on ajoute la raison r constante. Formule explicite : un=u0+nr, ou un=up+(np)r depuis un rang quelconque. Le signe de r donne le sens de variation : r>0 croissante, r<0 décroissante.

Les suites géométriques

Le livret de Yasmine ne grossit pas par additions fixes : chaque année, le capital est multiplié par 1,03 (les 3% d'intérêts s'ajoutent en proportion du montant déjà présent). Une suite où l'on passe d'un terme au suivant en multipliant par une constante s'appelle une suite géométrique. C'est le moteur de tous les phénomènes à croissance proportionnelle : intérêts composés, populations, propagation.

DÉFINITION

Une suite (un) est géométrique s'il existe un nombre réel q, appelé la raison, tel que pour tout entier n : un+1=un×q. On passe d'un terme au suivant en multipliant toujours par la même raison q.

La raison géométrique se retrouve par le quotient de deux termes consécutifs : q=un+1un (lorsque les termes sont non nuls), et ce quotient est constant. C'est la différence cruciale avec l'arithmétique : là on regardait une différence constante, ici un quotient constant.

Exemple 1. La suite u0=5, un+1=2un est géométrique de raison q=2, de premier terme 5. Ses termes : 5,10,20,40,80, Chaque terme double le précédent. Le livret de Yasmine, lui, est géométrique de raison q=1,03 : 5000;5150;5304,5;

La formule explicite

Comme pour l'arithmétique, multiplier q par lui-même de nombreuses fois se résume en une formule. On part du premier terme et on multiplie par la raison autant de fois que de rangs parcourus — d'où une puissance.

THÉORÈME

Si (un) est géométrique de premier terme u0 et de raison q, alors pour tout entier n : un=u0×qn. Plus généralement, à partir d'un terme up : un=up×qnp.

Exemple 2. Pour u0=5 et q=2, la formule donne un=5×2n. Vérification : u3=5×23=5×8=40 (cohérent avec 5,10,20,40), et u10=5×210=5×1024=5120. Pour le livret de Yasmine, le capital après n années est Cn=5000×1,03n : après 10 ans, C10=5000×1,03106720 dh.

THÉORÈME

Pour une suite géométrique de premier terme u0>0 : si q>1, la suite est croissante (explosion exponentielle) ; si 0<q<1, elle est décroissante (décroissance vers 0) ; si q=1, elle est constante. Le sens de variation dépend de la position de q par rapport à 1, pas par rapport à 0.

Suite arithmétique contre suite géométrique, même premier terme Deux suites partant du même premier terme u indice 0 égal à 5. À gauche, une suite arithmétique de raison 3 : les points 5, 8, 11, 14, 17 sont alignés sur une droite, croissance linéaire, on ajoute 3 entre chaque point. À droite, une suite géométrique de raison 2 : les points 5, 10, 20, 40, 80 suivent une courbe qui s'envole, on multiplie par 2 entre chaque point. n uₙ O 0 1 2 3 4 5 8 11 14 17 +3 +3 +3 +3 Arithmétique : on ajoute uₙ O 0 1 2 3 4 5 10 20 40 80 ×2 ×2 ×2 ×2 Géométrique : on multiplie Même premier terme u₀ = 5.
Comparaison d'une suite arithmétique de raison 3 (points alignés, on ajoute) et d'une suite géométrique de raison 2 (courbe qui s'envole, on multiplie), même premier terme 5

Le piège de l'arithmétique confondue avec la géométrique

C'est le carrefour d'erreurs du chapitre. Karim regarde la suite 3,6,12,24 et annonce « raison 3, puisque 63=3 ». Faux : la différence n'est pas constante (126=63). Mais le quotient l'est : 63=126=2412=2. La suite est géométrique de raison 2. Le réflexe qui te sauve : teste les deux. Si les différences consécutives sont égales, c'est arithmétique (on additionne) ; si les quotients consécutifs sont égaux, c'est géométrique (on multiplie). Ne décrète jamais la nature d'une suite sans avoir vérifié laquelle des deux constances tient.

À RETENIR

Une suite géométrique vérifie un+1=q×un : on multiplie par la raison q constante. Formule explicite : un=u0×qn. Pour u0>0 : q>1 croissante, 0<q<1 décroissante. Arithmétique = différence constante (on ajoute) ; géométrique = quotient constant (on multiplie).

Sommes de termes et algorithmes

Compter le total accumulé est souvent la vraie question : combien Amine a-t-il versé en tout au bout de n mois ? Quelle distance totale parcourt une balle qui rebondit ? On a besoin de sommer les termes d'une suite. Additionner un à un fonctionne, mais devient vite impraticable ; pour les suites arithmétiques et géométriques, des formules closes existent.

THÉORÈME

La somme des entiers de 1 à n vaut 1+2+3++n=n(n+1)2. Plus généralement, la somme de (n+1) termes consécutifs d'une suite arithmétique est : u0+u1++un=(n+1)×u0+un2 — le nombre de termes multiplié par la moyenne du premier et du dernier.

Exemple 1. Combien vaut 1+2++100 ? Avec la formule, 100×1012=5050. C'est le calcul que le jeune Gauss, dit-on, fit de tête en une minute là où ses camarades additionnaient terme à terme. La clé : apparier le premier et le dernier (1+100=101), le deuxième et l'avant-dernier (2+99=101), etc. — 50 paires valant chacune 101.

THÉORÈME

La somme de (n+1) termes consécutifs d'une suite géométrique de raison q1 est : u0+u1++un=u0×1qn+11q.

Exemple 2. Pour la suite un=5×2n, la somme des six premiers termes (u0 à u5) vaut 5×12612=5×1641=5×63=315. Vérifie en additionnant : 5+10+20+40+80+160=315. La formule épargne l'addition manuelle.

Calculer une suite par algorithme

Quand aucune formule simple ne s'applique, ou pour vérifier un calcul, on programme une boucle qui déroule la récurrence. C'est exactement ce que fait un tableur en recopiant une formule vers le bas. En Python, calculer le terme de rang n d'une suite arithmétique de premier terme u0 et de raison r :

# Calcul de u_n pour u_0 = 2, r = 3
u = 2          # terme initial u_0
r = 3
n = 10
for i in range(n):   # on applique la relation n fois
    u = u + r        # u devient le terme suivant
print(u)             # affiche u_10 = 32

À chaque tour de boucle, la variable u avance d'un rang en appliquant la relation de récurrence un+1=un+r. Après n tours, elle contient un. Pour une suite géométrique, on remplacerait u = u + r par u = u * q.

Exemple 3. Pour accumuler une somme, on ajoute une seconde variable qui cumule les termes. Voici le total versé par Amine après n mois (versement de 200 dh, solde croissant) :

# Somme des termes u_0 + u_1 + ... + u_{n-1}
u = 200        # premier versement
somme = 0
for i in range(12):     # une année = 12 mois
    somme = somme + u    # on cumule
    u = u + 200          # mois suivant
print(somme)             # affiche 15600

Le piège de la formule géométrique appliquée quand q=1

La formule de somme géométrique u0×1qn+11q comporte un dénominateur 1q. Si q=1, ce dénominateur vaut 0 : la formule n'a aucun sens (division par zéro). Or une suite géométrique de raison 1 est constante : tous ses termes valent u0, et leur somme est simplement (n+1)×u0. Avant d'appliquer la formule, vérifie toujours que q1. C'est un réflexe que tu retrouveras en Terminale avec les sommes infinies, où la condition sur q devient encore plus déterminante.

À RETENIR

Somme arithmétique : u0++un=(n+1)×u0+un2 (nombre de termes × moyenne des extrêmes). Somme géométrique (q1) : u0×1qn+11q. En l'absence de formule, une boucle déroule la récurrence terme à terme. Toujours vérifier q1 avant la formule géométrique.

Pièges classiques

Piège 1 : confondre l'indice n et le terme un. L'indice n est l'adresse (la position dans la liste) ; le terme un est la valeur logée à cette adresse. Si un=2n+3, alors u5=13 et non 5. De même, un+1 désigne le terme suivant (rang n+1), pas « un+1 ». Lis toujours l'indice comme une position et le terme comme une valeur.

Piège 2 : confondre suite arithmétique et suite géométrique. Arithmétique = on ajoute une raison (différences consécutives constantes) ; géométrique = on multiplie par une raison (quotients consécutifs constants). Devant 3,6,12,24, ne décrète pas « raison 3 » à partir de 63 : teste le quotient 63=2, constant, donc géométrique de raison 2. Vérifie toujours laquelle des deux constances (différence ou quotient) tient.

Piège 3 : oublier le rang de départ dans la formule explicite. La formule un=u0+nr suppose qu'on part du rang 0. Si la suite est donnée à partir de u1, c'est un=u1+(n1)r : on a fait n1 pas depuis le rang 1. De up à un, le nombre de pas est np, pas n. Compte les pas réellement effectués, jamais n par automatisme.

Piège 4 : croire qu'une suite est forcément monotone. Une suite peut n'être ni croissante ni décroissante : un=(1)n alterne 1,1,1,1. Le sens de variation exige que le signe de un+1un soit le même à tous les rangs. Un seul changement de signe interdit la monotonie. Ne conclus pas « croissante » sur la foi des deux premiers termes seulement.

Piège 5 : appliquer la formule de somme géométrique quand q=1. Le dénominateur 1q s'annule pour q=1 : la formule u0×1qn+11q devient une division par zéro, interdite. Une suite géométrique de raison 1 est constante ; la somme de (n+1) termes vaut alors (n+1)×u0. Toujours écarter le cas q=1 avant d'utiliser la formule.

Piège 6 : juger le sens d'une suite géométrique par le signe de q au lieu de sa position par rapport à 1. Pour une arithmétique, le sens dépend du signe de r (par rapport à 0). Pour une géométrique de premier terme positif, il dépend de la position de q par rapport à 1 : q>1 croissante, 0<q<1 décroissante. Une raison q=0,5 est positive et pourtant la suite décroît vers 0. Ne transpose pas le critère arithmétique (>0) au cas géométrique.

Application concrète

Yasmine prépare ses études supérieures et compare deux stratégies d'épargne sur 4 ans, à Casablanca. Plan A : un livret qui rapporte 4% par an, sur un dépôt initial unique de 6000 dh. Plan B : déposer 1500 dh la première année, puis 300 dh de plus chaque année suivante (donc 1500, 1800, 2100, 2400), sans intérêt. Elle veut savoir quel plan rapporte le plus au bout de 4 ans, et reconnaître la nature de chaque suite.

Étape 1 — Identifier la nature de chaque suite. Plan A : le capital est multiplié par 1,04 chaque année (les 4% s'ajoutent proportionnellement au montant présent). Le quotient de deux capitaux consécutifs est constant, égal à 1,04 : c'est une suite géométrique de raison q=1,04 et de premier terme a0=6000. Plan B : les versements augmentent de 300 dh chaque année. La différence entre deux versements consécutifs est constante, égale à 300 : la suite des versements est arithmétique de raison r=300 et de premier terme b1=1500.

Étape 2 — Calculer le capital du Plan A. Avec la formule géométrique an=a0×qn, le capital après 4 ans (rang 4) vaut :

a4=6000×1,0446000×1,16997019,4 dh.

Le livret aura donc rapporté environ 1019 dh d'intérêts.

Étape 3 — Calculer le total versé dans le Plan B. Les quatre versements forment une suite arithmétique : 1500,1800,2100,2400. Leur somme se calcule par la formule arithmétique — nombre de termes × moyenne des extrêmes :

S=4×1500+24002=4×39002=4×1950=7800 dh.

Tu peux vérifier à la main : 1500+1800+2100+2400=7800. Le Plan B accumule donc 7800 dh en versements.

Étape 4 — Comparer et décider. Plan A : 7019,4 dh (dont 6000 déposés et 1019 d'intérêts). Plan B : 7800 dh, entièrement issus des versements de Yasmine. Sur 4 ans, le Plan B donne un montant final plus élevé. Mais attention à l'interprétation : dans le Plan B, Yasmine a déboursé 7800 dh de sa poche, alors que dans le Plan A elle n'a déboursé que 6000 dh et l'argent a « travaillé » pour elle. Les deux plans ne mesurent pas la même chose : l'un un capital qui fructifie, l'autre une épargne forcée.

Conclusion. Reconnaître qu'un plan suit une suite géométrique (multiplication, intérêts composés) et l'autre une suite arithmétique (addition, versements réguliers) a permis à Yasmine de modéliser, calculer et comparer en quelques lignes, là où une addition année par année aurait été laborieuse et risquée. C'est tout l'enjeu des suites : transformer un processus qui se répète en une formule qu'on maîtrise. En Terminale, tu pousseras l'idée jusqu'aux limites : que devient an quand n tend vers l'infini ? Une géométrique de raison >1 explose, une de raison entre 0 et 1 s'éteint vers 0 — et c'est ce comportement à l'infini qui décide du sort d'un placement, d'une population ou d'une dette.

À retenir

À RETENIR

Une suite (un) associe à chaque entier n un réel un. On la définit de façon explicite (un en fonction de n) ou par récurrence (premier terme + relation un+1 en fonction de un). L'indice n est une position, le terme un une valeur : ne jamais les confondre.

À RETENIR

Le sens de variation se lit sur le signe de un+1un, valable à tous les rangs : positif croissante, négatif décroissante. Une suite peut n'être ni l'une ni l'autre si ce signe change.

À RETENIR

Suite arithmétique : un+1=un+r, explicite un=u0+nr ; on ajoute la raison, différences constantes ; sens donné par le signe de r. Suite géométrique : un+1=qun, explicite un=u0×qn ; on multiplie par la raison, quotients constants ; sens donné par la position de q par rapport à 1.

À RETENIR

Somme arithmétique : u0++un=(n+1)×u0+un2. Somme géométrique (q1) : u0×1qn+11q. En l'absence de formule, une boucle déroule la récurrence et cumule les termes.