Mathématiques · 1ʳᵉ · Fonction exponentielle

Fonction exponentielle

À revoir avant de commencer
Objectif examen régionalLe programme de 1ʳᵉ année Bac à réviser.

La fonction qui est sa propre dérivée

Reprends la situation de Yasmine. Si son capital f(x) croît d'autant plus vite qu'il est élevé, alors sa vitesse de croissance — sa dérivée f(x) — est proportionnelle à f(x). Le cas le plus simple, le squelette de tous les autres, est celui où le coefficient de proportionnalité vaut exactement 1 : la dérivée est égale à la fonction elle-même. On cherche donc une fonction f telle que f=f. Aucune fonction vue jusqu'ici ne convient : la dérivée de x2 est 2x (pas x2), la dérivée de 3x+1 est 3 (pas 3x+1). Il faut une fonction d'un genre nouveau. On admet qu'elle existe, et on la baptise.

DÉFINITION

On appelle fonction exponentielle l'unique fonction f définie et dérivable sur R qui vérifie les deux conditions f=f et f(0)=1. On la note exp.

Les deux conditions comptent autant l'une que l'autre. La condition f=f dit comment la fonction varie ; la condition f(0)=1 fixe elle part. Sans la seconde, la fonction nulle f=0 conviendrait aussi (elle vérifie bien f=f, car 0=0), mais elle ne servirait à rien. La valeur f(0)=1 sélectionne la bonne courbe, celle qui passe par le point (0;1).

Courbe de la fonction exponentielle et sa tangente en (0 ; 1) La courbe de la fonction exponentielle passe par le point (0 ; 1). En ce point, la tangente a une pente égale à 1, traduisant la propriété f prime égale f : la pente en chaque point égale la hauteur de la courbe. x y O -2 -1 1 2 1 2 3 4 5 pente = exp(0) = 1 exp(0) = 1 exp La pente de la tangente en chaque point est égale à la hauteur de la courbe : f ′ = f.
Courbe de l'exponentielle passant par (0 ; 1) avec sa tangente de pente 1 illustrant f ′ = f

THÉORÈME

La fonction exponentielle est strictement positive sur R : pour tout réel x, exp(x)>0. En particulier, elle ne s'annule jamais.

Ce résultat est capital et pas du tout évident. On l'admet ici, mais l'intuition est la suivante : puisque exp=exp, et que exp(0)=1>0, la fonction part d'une valeur positive et, comme on le verra, ne peut jamais traverser l'axe des abscisses. Retiens-le comme un acquis solide : une exponentielle est toujours strictement positive, quelle que soit la valeur de x, même très négative.

Exemple 1. Que vaut la dérivée de exp en 0 ? Comme exp=exp, on a exp(0)=exp(0)=1. La tangente à la courbe au point (0;1) a donc pour coefficient directeur 1 : elle « monte à 45 degrés » en ce point.

Exemple 2. Soit g la fonction définie par g(x)=5exp(x). Sa dérivée est g(x)=5exp(x)=5exp(x)=g(x). Donc g vérifie aussi g=g — mais g(0)=5exp(0)=51. Ce n'est donc pas la fonction exponentielle : c'est une de ses « sœurs », solution de f=f mais avec un autre point de départ.

Le piège de croire que l'exponentielle peut s'annuler

Une grande partie des erreurs de calcul vient de l'oubli que exp(x)>0 pour tout x. On voit des élèves écrire « exp(x)=0 pour x= » : c'est faux, n'est pas un nombre, et exp ne prend jamais la valeur 0. Conséquence pratique : dans une équation comme exp(x)×(x3)=0, le facteur exp(x) ne peut jamais être nul, donc la seule solution est x=3. Ne cherche jamais à annuler une exponentielle ; elle est strictement positive, point.

À RETENIR

La fonction exponentielle, notée exp, est l'unique fonction dérivable sur R telle que exp=exp et exp(0)=1. Elle est strictement positive partout : exp(x)>0 pour tout réel x, et ne s'annule jamais.

La relation fonctionnelle exp(a+b)=exp(a)exp(b)

La propriété exp=exp est élégante, mais ce qui rend l'exponentielle vraiment utile, c'est une seconde propriété, surprenante : elle transforme les sommes en produits. Pour Yasmine, cela signifie que les intérêts de deux années s'accumulent en se multipliant, pas en s'additionnant. Cette propriété est si centrale qu'on l'appelle la relation fonctionnelle de l'exponentielle.

THÉORÈME

Pour tous réels a et b, on a exp(a+b)=exp(a)×exp(b).

Lis bien ce que dit cette égalité : à gauche, on additionne a et b avant d'appliquer l'exponentielle ; à droite, on applique l'exponentielle à chacun puis on multiplie. Les deux donnent le même résultat. L'addition à l'intérieur devient une multiplication à l'extérieur. C'est exactement le comportement des puissances que tu connais — 23+4=23×24 — et ce n'est pas un hasard : on verra que exp se comporte comme une puissance.

Exemple 1. Calcule exp(5) en fonction de exp(2) et exp(3). Comme 5=2+3, la relation donne exp(5)=exp(2+3)=exp(2)×exp(3). On a découpé un calcul en deux morceaux plus simples.

Exemple 2. Montre que exp(2x)=(exp(x))2. On écrit 2x=x+x, puis on applique la relation : exp(2x)=exp(x+x)=exp(x)×exp(x)=(exp(x))2. La même idée donnera exp(3x)=(exp(x))3, et plus généralement exp(nx)=(exp(x))n.

Une première conséquence : l'inverse

La relation fonctionnelle, appliquée à b=a, livre un résultat précieux.

THÉORÈME

Pour tout réel a, exp(a)=1exp(a). Autrement dit, exp(a)×exp(a)=1.

La démonstration tient en deux lignes et mérite d'être comprise. On part de exp(a+(a))=exp(0)=1. Mais par la relation fonctionnelle, exp(a+(a))=exp(a)×exp(a). Donc exp(a)×exp(a)=1, ce qui prouve que exp(a) est l'inverse de exp(a). Au passage, cela reconfirme que exp ne s'annule jamais : un nombre qui a un inverse ne peut pas être nul.

Exemple 3. Si exp(1,5)4,48, alors exp(1,5)=1exp(1,5)14,480,22. Le signe de l'argument bascule entre une valeur « grande » et son inverse « petite », mais toujours strictement positive.

Le piège de l'addition transformée en addition

L'erreur reine de ce chapitre : écrire exp(a+b)=exp(a)+exp(b). C'est faux. La relation transforme la somme en produit, pas en somme. L'exponentielle n'est pas une fonction « linéaire » : elle ne se distribue pas sur l'addition. Vérifie sur un cas simple — on verra que exp(0)=1, donc exp(0+0) vaut exp(0)=1 ; le produit exp(0)×exp(0)=1×1=1 marche, alors que la somme exp(0)+exp(0)=1+1=2 donnerait un résultat différent. Somme à l'intérieur, produit à l'extérieur : jamais l'inverse.

À RETENIR

La relation fonctionnelle exp(a+b)=exp(a)×exp(b) transforme une somme en produit. Elle entraîne exp(a)=1exp(a) et exp(nx)=(exp(x))n. Jamais exp(a+b)=exp(a)+exp(b).

Propriétés algébriques et notation ex

Tu as remarqué que exp se comporte exactement comme une puissance : produit qui correspond à une somme d'exposants, inverse qui correspond à l'opposé. Cette ressemblance n'est pas un hasard, et elle justifie une notation qui va simplifier toute ton écriture pour les années à venir. Tout part d'un nombre particulier : la valeur de l'exponentielle en 1.

DÉFINITION

On note e le nombre réel exp(1). Sa valeur approchée est e2,718. C'est un nombre irrationnel, comme π, célèbre sous le nom de nombre d'Euler (ou constante de Néper).

Voyons pourquoi cette notation est si commode. Par la relation fonctionnelle, exp(2)=exp(1+1)=exp(1)×exp(1)=e×e=e2. De même exp(3)=e3, et pour tout entier n, exp(n)=en. La fonction exponentielle coïncide donc, sur les entiers, avec les puissances de e. On prolonge cette écriture à tous les réels.

DÉFINITION

Pour tout réel x, on note ex le nombre exp(x). Ainsi ex et exp(x) désignent exactement la même chose, et l'on écrira désormais ex de préférence.

Correspondance entre la notation exp et la notation puissance de e Tableau à deux colonnes. La colonne de gauche écrit les propriétés avec la notation exp, la colonne de droite les mêmes propriétés avec la notation e exposant x. Lignes : exp(0) égale 1 ; exp(1) égale e ; exp(a plus b) égale exp(a) fois exp(b) ; exp(moins a) égale 1 sur exp(a). Les deux notations sont strictement équivalentes. Notation exp Notation e x exp(0) = 1 exp(1) = e exp(a + b) = exp(a) × exp(b) exp(−a) = 1 / exp(a) e0 = 1 e1 = e ea+b = ea × eb e−a = 1 / ea Les deux notations sont strictement équivalentes ; e x est plus parlante.
Tableau de correspondance entre la notation exp et la notation puissance e^x pour les propriétés clés

Avec cette notation, toutes les propriétés vues se réécrivent sous une forme familière, identique aux règles de calcul sur les puissances.

THÉORÈME

Pour tous réels a et b et tout entier n : e0=1,ea+b=ea×eb,ea=1ea,eab=eaeb,(ea)n=ena.

Exemple 1. Simplifie e5×e2e1. On regroupe au numérateur : e5×e2=e5+(2)=e3. Puis on divise : e3e1=e31=e2. Le résultat est e2.

Exemple 2. Écris (e2)3×e4 sous la forme ek. On a (e2)3=e2×3=e6, puis e6×e4=e64=e2. Donc le résultat est e2.

Le piège de la confusion entre ea×eb et ea×b

Quand on multiplie deux puissances de e, on additionne les exposants : ea×eb=ea+b. L'erreur fréquente est de multiplier les exposants et d'écrire eab : c'est faux. La multiplication des exposants correspond, elle, à l'élévation à une puissance : (ea)b=eab. Garde les deux opérations bien séparées : produit de puissances somme d'exposants ; puissance d'une puissance produit d'exposants. Par exemple, e2×e3=e5 (et non e6), tandis que (e2)3=e6.

À RETENIR

Le nombre e=exp(1)2,718 permet la notation ex=exp(x). Les puissances de e obéissent aux règles usuelles : ea+b=eaeb, ea=1ea, eab=eaeb, (ea)n=ena. Produit somme d'exposants ; jamais produit d'exposants.

Variations et courbe de l'exponentielle

On connaît maintenant les règles de calcul ; voyons l'allure de la courbe. Comme tu l'as appris au chapitre précédent, le sens de variation se lit dans le signe de la dérivée. Or l'exponentielle a une dérivée d'une simplicité désarmante : elle-même. Ce seul fait détermine toute sa forme.

THÉORÈME

La fonction xex est dérivable sur R, de dérivée (ex)=ex. Comme ex>0 pour tout réel x, sa dérivée est strictement positive, donc la fonction exponentielle est strictement croissante sur R.

Le raisonnement est exemplaire de ce que tu sais faire désormais : la dérivée est ex, qui est toujours strictement positive (théorème de la leçon 1), donc d'après le lien entre signe de la dérivée et variations, la fonction croît strictement sur tout R. Pas de maximum, pas de minimum, pas de palier : elle monte sans cesse.

x +
ex 0 +

Le tableau résume tout : l'exponentielle croît de valeurs proches de 0 (sans jamais l'atteindre) vers des valeurs arbitrairement grandes. Une conséquence directe de la stricte croissance est très utile pour résoudre des équations.

THÉORÈME

Comme xex est strictement croissante, elle conserve et reflète l'ordre : pour tous réels a et b, ea=eb    a=b,ea<eb    a<b.

Exemple 1. Résous l'équation e2x=e6. La stricte croissance donne e2x=e6    2x=6    x=3. On a « enlevé l'exponentielle » des deux côtés, ce qui est légitime grâce à l'équivalence ci-dessus.

Exemple 2. Résous l'inéquation ex1>1. On remarque que 1=e0, donc l'inéquation s'écrit ex1>e0, équivalente à x1>0, soit x>1. L'ensemble des solutions est ]1;+[.

Courbe complète de x ↦ e^x : croissance, asymptote et positivité Courbe de la fonction x associe e exposant x sur l'intervalle de moins 3 à 2,5. Elle longe l'axe des abscisses à gauche en restant strictement au-dessus (asymptote horizontale y égale 0) puis s'élève brusquement à droite. Les points (0 ; 1) et (1 ; e environ 2,72) sont marqués. La région au-dessus de l'axe est teintée pour rappeler que e exposant x est toujours strictement positif. x y O -3 -2 -1 1 2 1 2 3 4 5 6 (0 ; 1) (1 ; e ≈ 2,72) la courbe s'approche de 0 sans le toucher e x > 0 Strictement croissante, toujours positive, explose vers +∞.
Courbe de x ↦ e^x strictement croissante, asymptote y = 0 à gauche et région positive teintée

La croissance de plus en plus rapide

Une particularité de l'exponentielle : non seulement elle croît, mais elle croît de plus en plus vite. Sa pente, en chaque point, est égale à sa hauteur (f=f) ; plus la courbe est haute, plus elle est raide. C'est ce qui explique l'« explosion » exponentielle : une croissance qui paraît lente au début devient vertigineuse. On dit que l'exponentielle « l'emporte » sur les puissances de x ; tu formaliseras cela en terminale.

Le piège de croire que la courbe touche l'axe des abscisses

À gauche du graphique, la courbe descend vers l'axe des abscisses et semble le rejoindre. Salma en conclut « pour x très négatif, ex=0 ». C'est faux : la courbe s'approche de l'axe (on dit qu'elle l'a pour asymptote) mais ne le touche jamais, puisque ex>0 pour tout x. Aussi négatif soit x, ex reste un nombre strictement positif, simplement très petit. « S'approcher de 0 » et « valoir 0 » sont deux choses différentes.

À RETENIR

La fonction xex a pour dérivée ex>0 : elle est strictement croissante sur R, de 0 (exclu) vers +. Sa stricte croissance donne ea=eb    a=b et ea<eb    a<b, ce qui permet de résoudre équations et inéquations.

Modéliser une évolution exponentielle

Voici l'aboutissement du chapitre. On a dit en introduction que beaucoup de phénomènes vérifient « vitesse de variation proportionnelle à la quantité présente ». L'outil pour les décrire est une exponentielle du type ekx, dont la dérivée fait apparaître le facteur k.

THÉORÈME

Soit k un réel. La fonction f:xekx est dérivable sur R et sa dérivée est f(x)=kekx=kf(x). Si k>0, f est strictement croissante (croissance exponentielle) ; si k<0, f est strictement décroissante (décroissance exponentielle).

Le coefficient k est le taux de l'évolution. Un k positif modélise tout ce qui grossit à taux constant (capital placé, population de bactéries) ; un k négatif modélise tout ce qui décroît à taux constant (médicament éliminé du sang, refroidissement, désintégration). Une modélisation complète prend la forme N(t)=N0ekt, où N0=N(0) est la valeur initiale (à l'instant t=0).

Exemple 1. Une culture de bactéries compte N0=1000 individus à l'instant t=0 (en heures), et son effectif suit N(t)=1000e0,2t. Comme k=0,2>0, l'effectif croît. Au bout de t=5 heures : N(5)=1000e0,2×5=1000e1=1000e2718 bactéries. La dérivée N(t)=0,2N(t) confirme que la vitesse de croissance est bien proportionnelle à l'effectif présent.

Exemple 2. Un patient reçoit un médicament dont la concentration dans le sang suit C(t)=C0e0,3t (en mg/L, t en heures), avec C0=8 mg/L. Comme k=0,3<0, la concentration décroît : le médicament s'élimine. À t=2 heures : C(2)=8e0,3×2=8e0,68×0,5494,39 mg/L. La concentration tend vers 0 sans jamais l'atteindre — l'asymptote de la leçon précédente prend ici un sens physique.

Le piège de confondre taux constant et accroissement constant

Une croissance exponentielle n'est pas une croissance linéaire. Karim croit que « N(t)=1000e0,2t ajoute le même nombre de bactéries chaque heure ». Faux : ce qui est constant, c'est le taux (le pourcentage de variation), pas la quantité ajoutée. De t=0 à t=1, l'effectif passe de 1000 à 1000e0,21221 : on ajoute 221. De t=1 à t=2, il passe de 1221 à environ 1492 : on ajoute 271, davantage. L'accroissement absolu augmente, parce qu'il se calcule sur une base de plus en plus grande. C'est exactement ce qui distingue les intérêts composés (exponentiels) des intérêts simples (linéaires).

À RETENIR

Une évolution à taux constant se modélise par N(t)=N0ekt, où N0 est la valeur initiale et k le taux. La dérivée N(t)=kN(t) traduit « vitesse proportionnelle à la quantité ». k>0 : croissance exponentielle ; k<0 : décroissance exponentielle. Ce n'est jamais une évolution linéaire.

Pièges classiques

Piège 1 : croire que l'exponentielle peut s'annuler ou être négative. Pour tout réel x, ex>0 — strictement, toujours. La courbe ne touche jamais l'axe des abscisses, même pour x très négatif où ex est seulement très petit. Conséquence : dans une équation factorisée comme ex(x4)=0, le facteur ex ne s'annule jamais, donc la seule solution est x=4. Ne cherche jamais à résoudre ex=0 : cette équation n'a aucune solution.

Piège 2 : transformer la somme en somme au lieu d'un produit. La relation fonctionnelle dit ea+b=ea×eb, pas ea+eb. L'exponentielle n'est pas linéaire : elle ne se distribue pas sur l'addition. Une somme à l'intérieur de l'exponentielle devient un produit à l'extérieur. Écrire ea+b=ea+eb est l'erreur la plus coûteuse du chapitre ; teste mentalement sur a=b=0 pour t'en convaincre.

Piège 3 : multiplier les exposants au lieu de les additionner. ea×eb=ea+b : on additionne les exposants d'un produit. Le produit des exposants, lui, correspond à une puissance de puissance : (ea)b=eab. Ainsi e2×e3=e5 (et non e6), tandis que (e2)3=e6. Confondre ces deux règles fausse presque tous les calculs de simplification.

Piège 4 : oublier le signe lors du passage à l'inverse. ea=1ea, donc un exposant négatif signale un inverse. L'erreur est d'écrire ea=ea (un nombre négatif) : impossible, puisque toute exponentielle est positive. Un exposant négatif rend la valeur petite et positive, pas négative. De même, 1ea=ea, jamais ea ni ea.

Piège 5 : confondre ex et xe, ou l'exponentielle et une fonction puissance. Dans ex, la variable est en exposant et la base est le nombre fixe e2,718. Dans x2 ou xe, c'est la base qui varie. Ce sont des fonctions totalement différentes : la dérivée de ex est ex, alors que la dérivée de x2 est 2x. Ne traite jamais ex comme un polynôme ; ses règles de dérivation et de calcul lui sont propres.

Piège 6 : croire qu'une croissance exponentielle est linéaire. Dans N(t)=N0ekt, ce qui reste constant est le taux (un pourcentage), pas l'accroissement absolu d'une période à l'autre. L'effectif ajouté à chaque pas grandit, car il se calcule sur une base de plus en plus grande. C'est la différence entre intérêts composés et intérêts simples. Un phénomène exponentiel paraît lent au début puis « explose » : ne le confonds jamais avec une droite.

Application concrète

Yasmine place 5000 dirhams sur un livret à la banque de son quartier à Casablanca. Le banquier lui explique que l'épargne suit un modèle où, à chaque instant, la vitesse de croissance du capital est proportionnelle au capital présent, avec un taux continu k=0,04 par an. Yasmine veut comprendre précisément comment son argent va évoluer, et vérifier une affirmation de son cousin Karim.

Étape 1 — Écrire le modèle. La condition « vitesse de croissance proportionnelle au capital » se traduit par C(t)=0,04C(t), avec un capital initial C(0)=5000. D'après la leçon 5, la solution est une exponentielle :

C(t)=5000e0,04t,

t est le temps en années et C(t) le capital en dirhams. La valeur initiale 5000 est bien le facteur devant l'exponentielle, et 0,04 le taux en exposant.

Une précision de vocabulaire bancaire s'impose : ici, k=0,04 est un taux continu, car la croissance s'applique « à chaque instant ». Ce n'est pas tout à fait un livret classique, dont les intérêts seraient capitalisés une fois par an : un tel livret donnerait Cn=5000×(1,04)n aux années entières n. La capitalisation continue 5000e0,04t rapporte un peu plus — au bout d'un an, 5000e0,045204 dh contre 5000×1,04=5200 dh. C'est ce modèle continu, et lui seul, qu'on étudie ici.

Étape 2 — Vérifier le sens de variation. Le taux k=0,04 est strictement positif, donc, d'après la leçon 4, C est strictement croissante sur [0;+[ : le capital ne fait qu'augmenter, sans jamais redescendre ni stagner. La dérivée C(t)=0,04C(t) reste strictement positive puisque C(t)>0 (une exponentielle est toujours positive, leçon 1). Yasmine est rassurée : son épargne croît continûment.

Étape 3 — Calculer une valeur. Combien Yasmine possède-t-elle au bout de 10 ans ? On calcule

C(10)=5000e0,04×10=5000e0,4.

Avec e0,41,492, on obtient C(10)5000×1,4927459 dirhams. En dix ans, le capital a gagné environ 2459 dirhams sans qu'elle ait rien ajouté.

Étape 4 — Réfuter l'affirmation de Karim. Karim affirme : « Si tu gagnes 2459 dh en 10 ans, tu gagnes 245,9 dh par an, donc au bout de 20 ans tu auras 5000+2×2459=9918 dh. » C'est un raisonnement linéaire, et il est faux. Le modèle est exponentiel : on calcule directement

C(20)=5000e0,04×20=5000e0,85000×2,22611128 dh.

C'est nettement plus que les 9918 dh prévus par Karim. La raison ? Les intérêts de la seconde décennie se calculent sur un capital déjà gonflé : l'accroissement n'est pas constant, il s'accélère. C'est le piège 6, vécu en dirhams.

Conclusion. Une seule hypothèse — la vitesse de croissance proportionnelle au capital — a suffi à déterminer entièrement l'évolution de l'épargne de Yasmine, via la fonction exponentielle. Tu as mobilisé toutes les leçons : la définition f=f (leçon 1), la positivité, la notation ekt (leçons 2 et 3), la stricte croissance lue dans le signe de la dérivée (leçon 4), et la modélisation N0ekt (leçon 5). En terminale, le logarithme népérien complétera l'outil : il te permettra de répondre à la question inverse — « au bout de combien d'années le capital aura-t-il doublé ? » — en « descendant » la variable de l'exposant. Mais cette porte, tu l'ouvriras avec ce que tu viens d'apprendre ici.

À retenir

À RETENIR

La fonction exponentielle exp est l'unique fonction dérivable sur R telle que exp=exp et exp(0)=1. Elle est strictement positive partout (ex>0 pour tout x) et ne s'annule jamais.

À RETENIR

Relation fonctionnelle : ea+b=ea×eb (somme produit). On en déduit ea=1ea, eab=eaeb et (ea)n=ena. Jamais ea+b=ea+eb, jamais ea×eb=eab.

À RETENIR

Le nombre e=exp(1)2,718 donne la notation ex=exp(x). La fonction xex a pour dérivée ex, donc est strictement croissante sur R, de 0 (exclu) vers +. D'où ea=eb    a=b et ea<eb    a<b.

À RETENIR

Une évolution à taux constant se modélise par N(t)=N0ekt : N0 est la valeur initiale, k le taux. Sa dérivée N(t)=kN(t) exprime « vitesse proportionnelle à la quantité ». k>0 : croissance ; k<0 : décroissance. Ce n'est jamais une évolution linéaire.