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Transformations nucléaires

Objectif BacTout le programme de Terminale à réviser.

Radioactivité et stabilité du noyau

Tu sais depuis la seconde qu'un atome possède un noyau minuscule, chargé positivement, autour duquel gravite un cortège d'électrons. Descendons dans ce noyau. Il est fait de deux sortes de particules, les protons (chargés positivement) et les neutrons (neutres), qu'on regroupe sous le nom de nucléons. C'est le nombre de protons qui définit l'élément chimique ; c'est l'équilibre entre protons et neutrons qui décide si le noyau est stable ou non.

DÉFINITION

Un noyau est caractérisé par son numéro atomique Z (le nombre de protons) et son nombre de masse A (le nombre total de nucléons), avec A=Z+NN est le nombre de neutrons. On le note ZAX, où X est le symbole de l'élément.

Le numéro atomique Z se lit en bas, le nombre de masse A en haut. Par exemple, 612C est un noyau de carbone à 6 protons et 126=6 neutrons.

Exemple 1. Le noyau 92238U (uranium) compte Z=92 protons et N=23892=146 neutrons. C'est un noyau lourd, l'un des plus massifs présents naturellement sur Terre.

Exemple 2. Le noyau 614C (carbone 14) compte 6 protons, comme tout carbone, mais 146=8 neutrons, soit deux de plus que le carbone 12.

Isotopes et noyaux instables

Le carbone 12 et le carbone 14 ont le même Z (6 protons, donc le même élément), mais des A différents : ce sont des isotopes.

DÉFINITION

Deux noyaux sont isotopes s'ils ont le même numéro atomique Z (même élément) mais des nombres de masse A différents (nombre de neutrons différent).

Tous les noyaux ne se valent pas en solidité. Si l'on porte sur un diagramme le nombre de neutrons N en fonction du nombre de protons Z, les noyaux stables se regroupent le long d'une bande étroite : la vallée de stabilité. En dehors de cette vallée — pour les noyaux trop lourds, ou avec trop de neutrons, ou trop de protons — le noyau est instable : il est radioactif et se désintègre spontanément en un autre noyau, en émettant un rayonnement.

Vallee de stabilite dans le diagramme (N, Z) Diagramme du nombre de neutrons N en fonction du numero atomique Z. Les noyaux stables forment une bande, la vallee de stabilite, qui s'ecarte de la droite N egal Z vers les neutrons en exces pour les noyaux lourds. Au-dessus se desintegrent les emetteurs beta-moins, en dessous les beta-plus, et tout en haut a droite les emetteurs alpha. Z (protons) N (neutrons) N = Z vallee de stabilite β⁻ β⁺ α hors de la vallee, le noyau est instable
Diagramme N-Z avec la vallée de stabilité et les zones de désintégration alpha, bêta-moins et bêta-plus

Un phénomène aléatoire, spontané et inéluctable

La radioactivité a une nature déroutante : elle est imprévisible à l'échelle d'un noyau unique.

DÉFINITION

La désintégration d'un noyau radioactif est spontanée (rien ne la déclenche de l'extérieur), aléatoire (on ne peut pas prévoir l'instant où un noyau donné se désintégrera) et inéluctable (elle finira par se produire, on ne peut ni l'accélérer ni l'empêcher).

C'est un point que Salma comprend souvent de travers : elle imagine qu'un noyau « vieillit » et se désintègre à un âge donné, comme un être vivant. Faux. Un noyau de carbone 14 n'a pas d'horloge interne : à chaque instant, il a la même probabilité de se désintégrer, qu'il vienne de se former ou qu'il existe depuis des millénaires. On ne sait rien de quand un noyau précis se transformera ; on ne sait que la probabilité, et c'est sur un très grand nombre de noyaux que cette probabilité devient une loi statistique précise.

À RETENIR

Un noyau ZAX a Z protons et AZ neutrons. Hors de la vallée de stabilité, il est instable (radioactif) et se désintègre de façon spontanée, aléatoire et inéluctable.

Les types de désintégration

Un noyau instable se transforme pour se rapprocher de la vallée de stabilité. Selon la raison de son instabilité — trop lourd, trop de neutrons, trop de protons — il emprunte l'un de trois grands chemins, en émettant une particule caractéristique. Un quatrième rayonnement, γ, accompagne souvent les autres.

DÉFINITION

Il existe trois grands types de radioactivité, selon la particule émise par le noyau père :

  • α : émission d'un noyau d'hélium 24He ;
  • β : émission d'un électron 10e ;
  • β+ : émission d'un positon +10e.

Chaque type corrige un déséquilibre particulier. Voyons-les un à un.

Exemple 1. La radioactivité α concerne les noyaux très lourds (Z grand). Le noyau éjecte un noyau d'hélium 24He, appelé particule α : il perd ainsi 2 protons et 2 neutrons d'un coup, allégeant fortement sa masse.

Exemple 2. La radioactivité β concerne les noyaux qui ont trop de neutrons. Au sein du noyau, un neutron se transforme en proton, en émettant un électron rapide 10e, la particule β, accompagné d'un antineutrino électronique νˉe (particule de charge nulle et de masse quasi nulle, qui emporte une part de l'énergie) : 01n11p+10e+νˉe.

La radioactivité β⁺ et le rayonnement γ

La radioactivité β+ est le symétrique de la précédente : elle concerne les noyaux qui ont trop de protons. Un proton se transforme en neutron, en émettant cette fois un positon +10e — l'antiparticule de l'électron, de même masse mais de charge opposée — accompagné d'un neutrino électronique νe : 11p01n++10e+νe.

Enfin, après une désintégration α ou β, le noyau fils se retrouve souvent dans un état excité, trop riche en énergie. Il s'en débarrasse en émettant un photon très énergétique, le rayonnement γ.

DÉFINITION

Le rayonnement γ est l'émission, par un noyau excité, d'un photon de très haute énergie, lors de sa désexcitation. Il n'y a alors ni changement de Z ni changement de A : seul l'excès d'énergie est évacué.

Exemple 3. Lors de la désintégration β du cobalt 60 (utilisé en radiothérapie), le noyau fils de nickel est produit excité ; il se désexcite en émettant deux photons γ très énergétiques. C'est ce rayonnement γ, et non l'électron, qui est utilisé pour irradier les tumeurs.

Karim croit parfois que le rayonnement γ « transforme » le noyau comme le font α et β. C'est faux : le γ ne change ni le nombre de protons ni le nombre de nucléons. Le noyau reste le même élément, le même isotope ; il perd seulement de l'énergie.

Tableau comparatif des trois désintégrations α, β⁻ et β⁺ Trois colonnes côte à côte comparent les radioactivités alpha, bêta-moins et bêta-plus. Pour chacune, un noyau père se transforme en émettant une particule caractéristique. Alpha : émission d'un noyau d'hélium ⁴₂He, le nombre de masse A diminue de 4 et le numéro atomique Z diminue de 2 ; exemple ²³⁸₉₂U devient ²³⁴₉₀Th. Bêta-moins : émission d'un électron ⁰₋₁e, A inchangé et Z augmente de 1 ; exemple ¹⁴₆C devient ¹⁴₇N. Bêta-plus : émission d'un positon ⁰₊₁e, A inchangé et Z diminue de 1 ; exemple ¹⁸₉F devient ¹⁸₈O. α AZX noyau père noyau fils 42He A diminue de 4, Z diminue de 2 ²³⁸₉₂U → ²³⁴₉₀Th + ⁴₂He β⁻ AZX noyau père noyau fils 0−1e A inchangé, Z augmente de 1 ↑ ¹⁴₆C → ¹⁴₇N + ⁰₋₁e β⁺ AZX noyau père noyau fils 0+1e A inchangé, Z diminue de 1 ↓ ¹⁸₉F → ¹⁸₈O + ⁰₊₁e Chaque désintégration corrige un déséquilibre : trop lourd (α), trop de neutrons (β⁻), trop de protons (β⁺).
Tableau comparatif des trois désintégrations alpha, bêta-moins et bêta-plus avec noyau père, particule émise et variation de A et Z

À RETENIR

Trois radioactivités : α (émission de 24He, noyaux lourds), β (un neutron proton + 10e, excès de neutrons), β+ (un proton neutron + +10e, excès de protons). Le rayonnement γ est un photon de désexcitation, sans changement de noyau.

Lois de conservation et équations

Une transformation nucléaire s'écrit comme une équation, mais elle obéit à des règles plus strictes qu'une réaction chimique. Deux grandeurs y sont conservées de part et d'autre de la flèche : on parle des lois de Soddy.

DÉFINITION

Dans toute équation de transformation nucléaire, deux grandeurs se conservent (lois de Soddy) :

  • le nombre de nucléons A : la somme des nombres de masse est la même avant et après ;
  • le nombre de charge Z : la somme des numéros atomiques (charges) est la même avant et après.

Équilibrer une équation nucléaire, c'est trouver le noyau fils inconnu ZAY de sorte que la somme des A et la somme des Z soient identiques des deux côtés. On déduit ensuite l'élément Y de son numéro atomique Z grâce à la classification périodique.

Exemple 1. Désintégration α de l'uranium 238. Le noyau émet une particule 24He : 92238U90234Th+24He. Vérifie : nucléons 238=234+4 ; charges 92=90+2. Le noyau fils, de numéro atomique 90, est le thorium.

Exemple 2. Désintégration β du carbone 14. Un neutron devient proton, un électron 10e est émis : 614C714N+10e. Vérifie : nucléons 14=14+0 ; charges 6=7+(1). Le carbone se change en azote. C'est cette transformation précise qui sous-tend la datation au carbone 14.

Une remarque d'honnêteté : les équations de désintégration β écrites ici avec les seules particules « visibles » sont simplifiées. En toute rigueur, une émission β s'accompagne d'un antineutrino νˉe et une émission β+ d'un neutrino νe, comme dans les équations à l'échelle du nucléon vues plus haut. Ces particules ont un nombre de charge et un nombre de masse nuls : elles ne modifient donc pas l'équilibrage par les lois de Soddy, ce qui explique qu'on les omette dans les bilans noyau à noyau.

Équilibrer une désintégration β⁺

Pour la radioactivité β+, le positon émis porte une charge +1, donc s'écrit +10e. Prenons le fluor 18, employé en imagerie médicale (TEP) : 918F818O++10e. Vérifie : nucléons 18=18+0 ; charges 9=8+1. Le numéro atomique diminue d'une unité (un proton de moins) : le fluor devient oxygène.

Observe la différence avec une transformation chimique. Quand le carbone brûle, ses noyaux 612C restent intacts : seuls les électrons se réarrangent pour former des liaisons. Ici, au contraire, le noyau lui-même change, et l'élément chimique change : le carbone devient azote, le fluor devient oxygène. C'est la marque d'une transformation nucléaire.

À RETENIR

Une équation nucléaire conserve le nombre de nucléons A et le nombre de charge Z (lois de Soddy). Contrairement à une transformation chimique, le noyau change. Dans les désintégrations α et β, Z change : l'élément change aussi. Dans une émission γ, en revanche, Z et A sont inchangés : l'élément (et l'isotope) reste le même, seul l'excès d'énergie est évacué.

Décroissance radioactive et demi-vie

À l'échelle d'un seul noyau, la désintégration est imprévisible. Mais à l'échelle d'un grand nombre de noyaux, le hasard devient une loi d'une régularité parfaite : le nombre de noyaux non encore désintégrés décroît exponentiellement avec le temps.

DÉFINITION

Le nombre N(t) de noyaux radioactifs restants à l'instant t suit la loi de décroissance radioactive : N(t)=N0eλt,N0 est le nombre initial de noyaux et λ la constante radioactive (en s1), caractéristique du noyau. Plus λ est grand, plus la décroissance est rapide.

La constante λ est la probabilité, par unité de temps, qu'un noyau donné se désintègre. Elle ne dépend que de la nature du noyau, et de rien d'autre : ni de la température, ni de la pression, ni des liaisons chimiques. C'est ce qui fait des noyaux des horloges si fiables.

Decroissance radioactive et demi-vie Nombre de noyaux N en fonction du temps exprime en demi-vies : courbe exponentielle decroissante. A chaque demi-vie le nombre de noyaux est divise par deux : N0, puis N0 sur 2, N0 sur 4, N0 sur 8. t (en t₁/₂) N(t) N₀ N₀/2 N₀/4 N₀/8 t₁/₂ 2 t₁/₂ 3 t₁/₂ a chaque demi-vie, la moitie des noyaux a disparu
Courbe de décroissance exponentielle du nombre de noyaux avec la demi-vie repérée par paliers de moitié

La demi-vie

Pour donner un sens concret à la rapidité de décroissance, on définit une durée caractéristique : le temps de demi-vie.

DÉFINITION

La demi-vie (ou temps de demi-vie) t1/2 est la durée au bout de laquelle la moitié des noyaux radioactifs initialement présents se sont désintégrés. Elle est reliée à la constante radioactive par t1/2=ln2λ.

Établir la relation entre demi-vie et constante radioactive

Cette relation se démontre directement à partir de la loi de décroissance. Par définition, à l'instant t=t1/2, il ne reste que la moitié des noyaux initiaux : N(t1/2)=N02. Écrivons la loi N(t)=N0eλt à cet instant précis : N0eλt1/2=N02. On simplifie par N0 (non nul), ce qui isole l'exponentielle : eλt1/2=12. En prenant le logarithme népérien des deux membres, et puisque ln ⁣(12)=ln2 : λt1/2=ln ⁣(12)=ln2t1/2=ln2λ. Remarque essentielle : N0 a disparu du résultat. La demi-vie ne dépend que de λ (donc de la seule nature du noyau), pas du nombre de noyaux présents au départ — c'est pourquoi elle vaut la même durée quel que soit l'instant choisi comme origine.

La propriété clé est que la demi-vie est constante : quel que soit l'instant de départ, il faut toujours la même durée t1/2 pour que le nombre de noyaux soit divisé par 2. Après t1/2, il reste N02 ; après 2t1/2, il reste N04 ; après 3t1/2, il reste N08, et ainsi de suite. Cette division par 2 à chaque palier est l'outil de calcul rapide du chapitre.

Exemple 1. Le carbone 14 a une demi-vie t1/25730 ans. Un échantillon contenant N0 noyaux de carbone 14 n'en contiendra plus que N02 après 5730 ans, N04 après 11460 ans, N08 après 17190 ans.

Activité d'un échantillon

On ne compte pas les noyaux un à un : on mesure le rythme des désintégrations, c'est-à-dire l'activité.

DÉFINITION

L'activité A d'un échantillon est le nombre de désintégrations qu'il produit par seconde : A=λN, exprimée en becquerels (Bq) : 1 Bq = une désintégration par seconde.

Comme A est proportionnelle à N, l'activité décroît exactement de la même façon : A(t)=A0eλt, et elle aussi est divisée par 2 à chaque demi-vie. Mesurer l'activité d'un échantillon, c'est donc une façon indirecte de connaître N.

Exemple 2. Un échantillon de carbone 14 a aujourd'hui une activité A0. Au bout de deux demi-vies, soit 11460 ans, son activité aura été divisée par 4 : elle vaudra A04. En mesurant le rapport entre l'activité d'un échantillon ancien et celle d'un échantillon vivant, on remonte au nombre de demi-vies écoulées, donc à l'âge.

À RETENIR

La décroissance suit N(t)=N0eλt. La demi-vie t1/2=ln2λ est la durée pour diviser N par 2 ; elle est constante. L'activité A=λN se mesure en becquerels (Bq) et décroît de la même façon.

Énergie libérée et équivalence masse-énergie

Reste la question la plus spectaculaire : pourquoi le nucléaire libère-t-il tant d'énergie ? La réponse tient dans une équivalence profonde entre la masse et l'énergie, énoncée par Einstein en 1905.

DÉFINITION

Toute masse m possède une énergie, donnée par la relation d'équivalence masse-énergie d'Einstein : E=mc2,c=3,00×108 m/s est la célérité de la lumière. Une variation de masse Δm correspond à une énergie E=Δmc2.

Le facteur c2 est gigantesque : une masse minuscule équivaut à une énergie énorme. C'est tout le secret du nucléaire.

Le défaut de masse

Quand un noyau se transforme en libérant de l'énergie (transformation dite exoénergétique — c'est le cas des désintégrations radioactives spontanées, de la fission et de la fusion stellaire), on constate un fait surprenant : la masse totale des produits est inférieure à celle des réactifs. Cette masse « manquante », appelée défaut de masse Δm, n'a pas disparu : elle s'est convertie en énergie, libérée par la réaction. (Inversement, certaines transformations nucléaires ne se produisent qu'en recevant de l'énergie ; la masse des produits y est alors supérieure à celle des réactifs. Toutes les transformations spontanées étudiées ici sont exoénergétiques.)

DÉFINITION

Le défaut de masse Δm d'une transformation nucléaire exoénergétique est la différence (positive) entre la masse des noyaux de départ et celle des produits. L'énergie libérée vaut E=Δmc2. Cette même idée explique l'énergie de liaison d'un noyau : l'énergie qu'il faudrait fournir pour séparer tous ses nucléons.

Les masses se mesurent ici en unité de masse atomique (u), et les énergies en mégaélectronvolts (MeV), unités adaptées à l'échelle du noyau.

Exemple 1. Dans une transformation nucléaire, un défaut de masse de seulement Δm=1 u1,66×1027 kg libère E=Δmc2=1,66×1027×(3,00×108)21,5×1010 J931 MeV. C'est environ un million de fois plus que l'énergie d'une liaison chimique, qui se chiffre en électronvolts. Voilà pourquoi un gramme de combustible nucléaire libère autant d'énergie que des tonnes de charbon.

Fission et fusion

Deux grandes familles de réactions exploitent ce défaut de masse, aux deux extrémités de la table des noyaux.

DÉFINITION

La fission est la cassure d'un noyau lourd (comme l'uranium 235) en deux noyaux plus légers, sous l'impact d'un neutron. La fusion est la réunion de deux noyaux légers (comme des isotopes de l'hydrogène) en un noyau plus lourd. Les deux libèrent une énergie considérable.

Exemple 2. La fission de l'uranium 235 est la réaction qui chauffe les centrales nucléaires : un neutron casse le noyau, libérant de l'énergie et d'autres neutrons qui entretiennent une réaction en chaîne. La fusion de noyaux d'hydrogène, elle, est la source d'énergie du Soleil et des étoiles : c'est elle qui fait briller le ciel au-dessus du désert de Merzouga.

Fission et fusion nucléaires Deux panneaux côte à côte. À gauche, la fission : un neutron frappe un gros noyau lourd d'uranium 235 ²³⁵₉₂U, qui se casse en deux noyaux plus légers en éjectant plusieurs neutrons et en libérant de l'énergie ; c'est la réaction des centrales nucléaires. À droite, la fusion : deux petits noyaux légers, des isotopes de l'hydrogène, se rapprochent et fusionnent en un noyau plus lourd en libérant de l'énergie ; c'est la source d'énergie du Soleil et des étoiles. Un bandeau commun rappelle le bilan énergétique E égale delta m fois c carré : le défaut de masse delta m est converti en énergie. Fission n ²³⁵₉₂U énergie centrales nucléaires Fusion isotopes de H noyau lourd énergie Soleil et étoiles E = Δm·c² le défaut de masse Δm est converti en énergie Casser un noyau lourd ou réunir deux noyaux légers : dans les deux cas, le défaut de masse libère une énergie environ un million de fois plus grande qu'une réaction chimique.
Schéma de la fission d'un noyau lourd et de la fusion de deux noyaux légers, avec le bilan énergétique E égale delta m fois c carré

Garde en tête l'ordre de grandeur : les énergies nucléaires dépassent les énergies chimiques d'un facteur de l'ordre du million. Combustion d'un carburant et fission d'un noyau ne jouent pas dans la même cour.

À RETENIR

La relation d'Einstein E=mc2 relie masse et énergie. Pour une réaction nucléaire exoénergétique, le défaut de masse Δm (perte de masse) est converti en énergie E=Δmc2. La fission (noyau lourd cassé) et la fusion (noyaux légers réunis) libèrent des énergies environ un million de fois supérieures aux réactions chimiques.

Pièges classiques

1. Confondre transformation nucléaire et transformation chimique. Dans une transformation chimique, seuls les électrons se réarrangent ; les noyaux et donc les éléments restent intacts. Dans une transformation nucléaire, c'est le noyau qui change, et l'élément lui-même se transforme (le carbone devient azote). Ce sont deux mondes différents, à deux échelles différentes.

2. Croire qu'un noyau « vieillit » avant de se désintégrer. La désintégration est purement aléatoire : un noyau n'a pas de durée de vie programmée. À chaque instant, sa probabilité de se désintégrer est la même, qu'il soit « jeune » ou « vieux ». On ne sait jamais quand un noyau précis se transformera.

3. Oublier d'équilibrer A et Z. Les deux lois de Soddy doivent être vérifiées simultanément : la somme des nombres de masse A et la somme des numéros atomiques Z se conservent toutes deux. Vérifie toujours les deux égalités avant de conclure sur le noyau fils.

4. Se tromper sur le sens de variation de Z en β et β+. En β, un neutron devient proton : Z augmente de 1. En β+, un proton devient neutron : Z diminue de 1. Le nombre de masse A, lui, ne change pas dans les deux cas (l'électron ou le positon a un A nul).

5. Confondre demi-vie et durée de vie totale. Après une demi-vie, il reste la moitié des noyaux, pas zéro. Après deux demi-vies, il en reste le quart, après trois le huitième, etc. Les noyaux ne disparaissent jamais tous d'un coup : la décroissance est exponentielle, sans fin nette.

6. Penser que la constante radioactive λ dépend des conditions extérieures. λ (et donc t1/2) ne dépend que de la nature du noyau. Chauffer, comprimer ou lier chimiquement l'échantillon ne change rien au rythme des désintégrations. C'est ce qui fait des noyaux des horloges incorruptibles.

Application concrète

De retour de sa visite au musée, Karim veut comprendre par lui-même comment on a daté la charpente de Volubilis. Il sait que le bois, du vivant de l'arbre, contient du carbone 14 dans la même proportion que l'atmosphère ; qu'à la mort de l'arbre, cet apport cesse et que le carbone 14 ne fait plus que décroître. Il mesure l'activité de l'échantillon et la compare à celle d'un bois vivant de référence.

Étape 1 — Identifier le noyau radioactif. Le noyau en jeu est le carbone 14, 614C, isotope instable du carbone à 6 protons et 8 neutrons. Sa demi-vie est t1/25730 ans. C'est un noyau riche en neutrons, situé au-dessus de la vallée de stabilité : il est donc radioactif β.

Étape 2 — Écrire l'équation de désintégration. Un neutron du noyau se transforme en proton avec émission d'un électron. Karim écrit l'équation et vérifie les lois de Soddy : 614C714N+10e. Nucléons : 14=14+0. Charges : 6=7+(1). Tout est conservé. Le carbone 14 se change en azote 14.

Étape 3 — Comparer les activités. Karim mesure que l'activité de l'échantillon vaut environ A01,26 de celle d'un bois vivant, où A0 est l'activité initiale. Comme l'activité suit la même décroissance que le nombre de noyaux, A(t)=A0eλt, il cherche le temps t écoulé depuis la mort de l'arbre.

Étape 4 — Appliquer la loi de décroissance. De A(t)A0=eλt=11,26, Karim isole t en prenant le logarithme : t=ln(1,26)λ=ln(1,26)ln2t1/2, en remplaçant λ=ln2t1/2.

Étape 5 — Calculer l'âge. Numériquement, ln(1,26)0,231 et ln20,693, d'où t=0,2310,693×57300,333×57301900 ans. La charpente a donc environ 1900 ans : elle date bien de l'époque romaine de Volubilis, ce qui colle avec l'étiquette du musée.

Conclusion. En cinq étapes, Karim a transformé une simple mesure d'activité en une datation : noyau identifié, équation β équilibrée par les lois de Soddy, loi de décroissance appliquée, âge calculé via la demi-vie. C'est exactement ce que font les archéologues, et la médecine nucléaire procède de la même logique pour doser un traceur radioactif chez un patient. Le caractère aléatoire d'une désintégration unique, joint à la régularité statistique d'un grand nombre de noyaux, fait du carbone 14 une horloge fiable. En classes préparatoires, tu retrouveras cette loi exponentielle au cœur de la physique nucléaire et de l'énergétique, où l'on calculera précisément les énergies libérées par fission et par fusion.

À retenir

À RETENIR

Un noyau ZAX a Z protons et AZ neutrons. Hors de la vallée de stabilité, il est radioactif et se désintègre de façon spontanée, aléatoire et inéluctable.

À RETENIR

Trois radioactivités : α (émission de 24He), β (émission de 10e, Z augmente), β+ (émission de +10e, Z diminue). Le γ est un photon de désexcitation, sans changement de noyau.

À RETENIR

Toute équation nucléaire conserve A et Z (lois de Soddy). Contrairement à une transformation chimique, le noyau change : en α et β, Z varie donc l'élément change ; en γ, Z et A sont inchangés et l'élément reste le même.

À RETENIR

La décroissance suit N(t)=N0eλt ; la demi-vie t1/2=ln2λ divise N par 2 ; l'activité A=λN s'exprime en becquerels (Bq).

À RETENIR

La relation E=mc2 relie masse et énergie. Dans une transformation exoénergétique, le défaut de masse se convertit en énergie E=Δmc2. La fission et la fusion libèrent environ un million de fois plus que les réactions chimiques.