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Mécanique de Newton

Objectif BacTout le programme de Terminale à réviser.

Vecteurs position, vitesse et accélération

Décrire un point en mouvement, c'est d'abord dire il se trouve. Pour cela on choisit une origine O et un repère, puis on note le vecteur qui va de l'origine au point M. C'est le vecteur position. En le suivant dans le temps, on retrouve la trajectoire de la 2ⁿᵈᵉ — mais avec un outil bien plus puissant que la simple flèche vitesse.

DÉFINITION

Le vecteur position OM repère la position d'un point M à un instant donné par rapport à l'origine O du repère. Ses coordonnées (x,y,z) s'expriment en mètres (m) et dépendent du temps quand le point bouge.

Quand le point se déplace d'un instant t à un instant t+Δt, son vecteur position change : il passe de OM à OM. Le déplacement pendant cette durée est le vecteur MM=ΔOM. En divisant ce déplacement par la durée, on obtient le vecteur vitesse.

DÉFINITION

Le vecteur vitesse v d'un point traduit la variation de son vecteur position au cours du temps : vΔOMΔt. Sa valeur s'exprime en mètres par seconde (m/s), sa direction est tangente à la trajectoire et son sens est celui du mouvement.

Tu reconnais le vecteur vitesse de la 2ⁿᵈᵉ : valeur, direction, sens, tangent à la trajectoire. La nouveauté, c'est qu'on le voit maintenant comme un taux de variation de la position : combien de mètres parcourus par seconde, et dans quelle direction. En classes préparatoires, faire tendre Δt vers zéro transformera ce rapport en une dérivée, mais l'idée est déjà tout entière ici.

Exemple 1. Un mobile passe du point M de coordonnées (2 m;1 m) au point M de coordonnées (2,6 m;1,4 m) en Δt=0,2 s. Son déplacement est ΔOM=(0,6 m;0,4 m), donc la valeur de sa vitesse vaut environ v=0,62+0,420,2=0,720,23,6 m/s.

Le vecteur accélération

Le vecteur vitesse peut lui-même changer : en valeur (le mobile accélère ou ralentit), en direction (il tourne), ou les deux à la fois. Mesurer comment le vecteur vitesse varie, c'est introduire le vecteur accélération — l'objet central de toute la mécanique de Newton.

DÉFINITION

Le vecteur accélération a traduit la variation du vecteur vitesse au cours du temps : aΔvΔt. Sa valeur s'exprime en mètres par seconde au carré (m/s2).

Retiens l'idée maîtresse : l'accélération mesure toute variation du vecteur vitesse, qu'elle porte sur la valeur ou sur la direction. C'est pourquoi un mouvement circulaire uniforme — vitesse de valeur constante mais de direction qui tourne — possède malgré tout une accélération non nulle. Tu avais frôlé cette idée en 2ⁿᵈᵉ ; elle prend ici toute sa place.

Exemple 2. Sur une portion droite, la vitesse d'une voiture passe de 20 m/s à 26 m/s en Δt=3 s, sans changer de direction. La valeur de son accélération vaut a=ΔvΔt=26203=2 m/s2.

Construction du vecteur accélération à partir de la variation du vecteur vitesse Un point décrit une trajectoire courbe à valeur de vitesse constante. En M le vecteur vitesse v(t) est tangent, en M' le vecteur vitesse v(t + Δt) est tangent mais tourné. À droite, on reporte v et v' de même origine et l'on trace Δv = v' − v, qui va de l'extrémité de v à celle de v'. Bien que la valeur de la vitesse ne change pas, Δv n'est pas nul et pointe vers le centre de la trajectoire : c'est la direction du vecteur accélération. Sur la trajectoire C M v(t) M′ v(t+Δt) Variation Δv = v′ − v O v v′ Δv a ≈ Δv / Δt La valeur de v ne change pas, pourtant Δv ≠ 0 : il pointe vers le centre C.
Construction du vecteur accélération : sur une trajectoire courbe parcourue à valeur de vitesse constante, on reporte les vecteurs vitesse v(t) et v(t+Δt) de même origine et l'on trace Δv = v' − v, non nul et dirigé vers le centre

À RETENIR

Le vecteur position OM (en m) repère le point ; le vecteur vitesse vΔOMΔt (en m/s) mesure la variation de la position ; le vecteur accélération aΔvΔt (en m/s2) mesure la variation du vecteur vitesse, en valeur et/ou en direction.

Les trois lois de Newton

On sait décrire le mouvement. Reste à l'expliquer : qu'est-ce qui fait varier le vecteur vitesse d'un système ? La réponse de Newton tient en trois lois, valables dans un type particulier de référentiel, le référentiel galiléen — un référentiel dans lequel le principe d'inertie est vérifié. En Terminale, le référentiel terrestre est supposé galiléen pour les mouvements de courte durée, et le référentiel géocentrique (lié au centre de la Terre, orienté vers les étoiles) l'est pour étudier les satellites.

Loi. Première loi de Newton (principe d'inertie). Dans un référentiel galiléen, si la somme des forces appliquées à un système est nulle (F=0), alors son centre de masse est soit immobile, soit animé d'un mouvement rectiligne uniforme — et réciproquement.

Autrement dit : sans force résultante, le vecteur vitesse ne change pas. Un objet n'a pas besoin de force pour garder sa vitesse, seulement pour la modifier. C'est exactement le contraire de l'intuition courante, qui croit qu'il faut « pousser » sans cesse pour avancer — alors qu'on ne pousse que pour vaincre les frottements.

Exemple 1. Sur un rail à coussin d'air horizontal, un palet glisse sans frottement à vitesse constante : poids et réaction du support se compensent, F=0, le mouvement est rectiligne uniforme. Rien ne le pousse, et pourtant il avance.

La deuxième loi : le principe fondamental de la dynamique

Quand la somme des forces n'est pas nulle, le vecteur vitesse varie : il y a accélération. La deuxième loi quantifie ce lien.

Loi. Deuxième loi de Newton (principe fondamental de la dynamique). Dans un référentiel galiléen, la somme des forces appliquées à un système de masse m est égale au produit de sa masse par le vecteur accélération de son centre de masse : F=ma.

Cette relation est le cœur de tout le chapitre. Elle dit que a a la même direction et le même sens que la résultante des forces, et que sa valeur lui est proportionnelle. Une grosse masse résiste davantage : à force égale, elle accélère moins. C'est de cette unique loi qu'on déduira la chute, le projectile, la particule chargée et le satellite.

Exemple 2. Une force résultante de valeur F=12 N s'exerce sur un chariot de masse m=4 kg posé sur un sol sans frottement. La valeur de son accélération vaut a=Fm=124=3 m/s2, dans la direction et le sens de la force.

La troisième loi : les actions réciproques

Loi. Troisième loi de Newton (actions réciproques). Si un corps A exerce sur un corps B une force FAB, alors B exerce simultanément sur A une force FBA telle que FAB=FBA. Ces deux forces ont même droite d'action, même valeur et des sens opposés.

Toute action s'accompagne d'une réaction. Quand tu marches, ton pied pousse le sol vers l'arrière ; le sol te pousse vers l'avant avec la même valeur. Attention : ces deux forces s'exercent sur des corps différents (l'une sur le sol, l'autre sur toi), elles ne se compensent donc jamais entre elles.

Exemple 3. La Terre attire le satellite Mohammed VI-A avec une force dirigée vers son centre ; le satellite attire la Terre avec une force de même valeur, de sens opposé, dirigée vers le satellite. La Terre, immensément plus massive, en est imperceptiblement affectée, mais la force est bien réciproque.

Troisième loi de Newton : actions réciproques Un personnage qui marche (corps A) pousse le sol (corps B) vers le bas et l'arrière ; le sol pousse le personnage vers le haut et l'avant. Les deux forces sont portées par la même droite d'action au point de contact, ont exactement la même longueur et des sens opposés. Une vignette montre le même principe pour la gravitation entre la Terre et un satellite. Ces deux forces s'exercent sur des corps différents et ne se compensent jamais. sol — corps B corps A FA→B FB→A FA→B = − FB→A : même droite, même valeur, sens opposés ces deux forces s'exercent sur des corps DIFFÉRENTS : elles ne se compensent jamais entre elles gravitation Terre satellite forces opposées, même valeur À toute force de A sur B répond une force de B sur A, opposée et de même valeur ; comme elles agissent sur deux corps différents, elles ne s'annulent pas.
Troisième loi de Newton : un marcheur et le sol exercent l'un sur l'autre des forces opposées de même valeur, portées par la même droite d'action, avec une vignette montrant le même principe entre la Terre et un satellite

À RETENIR

Dans un référentiel galiléen : sans force résultante, le mouvement est rectiligne uniforme (1ʳᵉ loi) ; sinon F=ma (2ᵉ loi) ; toute force s'accompagne d'une force opposée sur l'autre corps, FAB=FBA (3ᵉ loi).

Mouvement dans un champ de pesanteur uniforme

Premier grand cas d'application : un objet lancé près du sol, soumis à son seul poids (on néglige l'air). Le poids vaut P=mg, où g est le champ de pesanteur, vertical, dirigé vers le bas, de valeur g9,8 m/s2 près de la surface terrestre.

THÉORÈME

Un système soumis à son seul poids possède, dans un référentiel galiléen, une accélération égale au champ de pesanteur : ma=mg    a=g. Cette accélération est indépendante de la masse du système.

Ce résultat est spectaculaire : la masse disparaît. Une bille de plomb et une bille de liège, lâchées sans air, tombent exactement de la même façon. C'est la chute libre, et c'est aussi pourquoi Galilée pouvait prédire la chute sans connaître la masse.

Exemple 1. Yasmine lâche une pierre du haut d'une falaise à Legzira, sans vitesse initiale. En chute libre verticale, sa vitesse au bout de t=2,0 s vaut v=gt=9,8×2,020 m/s, et elle a parcouru h=12gt2=12×9,8×2,0220 m.

Le mouvement de projectile et sa trajectoire parabolique

Si l'objet est lancé avec une vitesse initiale v0 qui n'est pas verticale, le mouvement se décompose dans un repère (x,y). Comme a=g est purement vertical, l'accélération est nulle selon l'horizontale et vaut g selon la verticale (axe y vers le haut). On en tire les équations horaires, avec un lancer depuis l'origine à la vitesse v0 faisant un angle α avec l'horizontale : x(t)=v0cos(α)t,y(t)=12gt2+v0sin(α)t. En éliminant le temps, y s'écrit comme un polynôme du second degré en x : la trajectoire est une parabole.

Mouvement parabolique d'un projectile Trajectoire parabolique d'un ballon lance avec une vitesse initiale inclinee. En chaque point le vecteur vitesse est tangent a la courbe et horizontal au sommet, tandis que le vecteur acceleration g reste vertical et constant : la composante horizontale de la vitesse ne change pas. x y v₀ α g v a = g constant ; la vitesse horizontale ne change pas
Trajectoire parabolique d'un ballon lancé avec vitesse initiale et vecteurs vitesse en plusieurs points

Exemple 2. Yasmine tire un ballon de basket à v0=8,0 m/s sous un angle α=50. Sa vitesse horizontale reste constante : vx=v0cos(50)5,1 m/s, tandis que sa vitesse verticale, d'abord v0sin(50)6,1 m/s, diminue, s'annule au sommet, puis change de sens. C'est la composante horizontale constante qui donne la portée, la verticale qui donne la hauteur.

Le piège de la masse

Salma croit qu'« un objet lourd tombe plus vite ». En chute libre (air négligé), c'est faux : a=g ne dépend pas de la masse. Le malentendu vient de l'air, qui freine d'autant plus une plume qu'elle est légère et étalée. Dans le vide — dans un tube où l'on a fait le vide, ou sur la Lune — plume et marteau tombent ensemble. C'est exactement l'expérience réalisée par les astronautes d'Apollo 15.

À RETENIR

Soumis à son seul poids, un système a une accélération a=g, indépendante de sa masse. La chute libre est verticale ; un projectile lancé obliquement décrit une parabole, avec une vitesse horizontale constante et une vitesse verticale qui varie.

Mouvement dans un champ électrique uniforme

Le deuxième grand cas remplace le poids par une force électrique. Entre les deux armatures parallèles d'un condensateur plan, soumises à une tension U et séparées d'une distance d, règne un champ électrique uniforme E de valeur E=Ud (en volts par mètre, V/m), dirigé de l'armature positive vers l'armature négative.

Loi. Une particule de charge q placée dans un champ électrique E subit la force électrique F=qE. Si la charge est positive, F a le même sens que E ; si elle est négative, F a le sens opposé à E.

En appliquant la deuxième loi de Newton à la particule (de masse m, son poids étant le plus souvent négligeable devant la force électrique), on obtient son accélération.

THÉORÈME

Dans un champ électrique uniforme, une particule chargée a une accélération constante a=qmE, exactement comme un projectile dans le champ de pesanteur a a=g.

L'analogie est totale. Si la particule entre dans le condensateur avec une vitesse v0 perpendiculaire au champ, sa trajectoire est une parabole, comme le ballon de Yasmine — seul g est remplacé par qmE.

Analogie entre la chute d'un projectile et la déviation d'une particule chargée Deux panneaux de même géométrie. À gauche, dans un champ de pesanteur uniforme dirigé vers le bas, un projectile lancé horizontalement décrit une trajectoire parabolique, avec une accélération a = g indépendante de la masse. À droite, entre les deux armatures d'un condensateur plan séparées d'une distance d et soumises à une tension U, un champ électrique uniforme E dévie une particule chargée entrant perpendiculairement avec la même forme de parabole, avec a = (q/m)·E. Un symbole central équivalent relie les deux situations : il suffit de remplacer g par (q/m)·E. CHAMP DE PESANTEUR g v₀ a = g (indépendante de la masse) même forme de mouvement g ↔ (q/m)·E CHAMP ÉLECTRIQUE + E d v₀ E = U/d a = (q/m)·E le sens de déviation dépend du signe de q Une particule chargée dans un condensateur tombe comme un projectile : il suffit de remplacer le champ de pesanteur g par (q/m)·E, et la trajectoire reste une parabole.
Analogie entre la chute d'un projectile dans le champ de pesanteur et la déviation d'une particule chargée dans un condensateur plan : deux panneaux de même géométrie où la trajectoire est une parabole, reliés par un symbole d'équivalence g ↔ (q/m)·E

Exemple 1. Entre deux armatures distantes de d=4,0 cm et soumises à U=200 V, le champ vaut E=Ud=2004,0×102=5,0×103 V/m.

Exemple 2. Un électron, de charge q=e=1,6×1019 C et de masse m=9,1×1031 kg, placé dans ce champ subit une force de valeur F=eE=1,6×1019×5,0×103=8,0×1016 N. Son accélération a pour valeur a=Fm=8,0×10169,1×10318,8×1014 m/s2, colossale, et dirigée vers l'armature positive puisque l'électron est négatif.

Le rôle du signe de la charge

La direction de la force est celle du champ, mais son sens dépend du signe de q. Un proton (q>0) est dévié dans le sens de E ; un électron (q<0), dans le sens contraire. C'est précisément ce qui permet, dans un spectromètre de masse ou un tube à rayons, de trier les particules selon le signe de leur charge. Karim affirme qu'« une particule va toujours vers la plaque négative » : c'est vrai pour une charge positive, faux pour une charge négative, qui remonte vers la plaque positive.

À RETENIR

Dans un condensateur plan, E=Ud et la force sur une charge q vaut F=qE. L'accélération a=qmE est constante : avec une vitesse initiale perpendiculaire, la trajectoire est une parabole, analogue électrique de la chute. Le sens de la déviation dépend du signe de q.

Mouvement des satellites et des planètes

Troisième cas, et le plus vaste : le mouvement des astres. Deux corps de masses m et M séparés d'une distance r s'attirent mutuellement. C'est la gravitation universelle de Newton.

Loi. Deux corps ponctuels de masses m et M distants de r exercent l'un sur l'autre une force d'attraction gravitationnelle dirigée selon la droite qui les joint, de valeur F=GmMr2,G=6,67×1011 N⋅m2⋅kg2 est la constante de gravitation universelle.

Pour un satellite de masse m en orbite autour de la Terre de masse M, cette force est dirigée vers le centre de la Terre : c'est une force centripète. Un satellite n'échappe pas à la gravitation : il est au contraire en chute libre permanente autour de la Terre. La gravitation l'attire bien sans cesse vers le centre — il « tombe » en continu — mais sa vitesse tangentielle est telle que la Terre se dérobe à mesure : le satellite la « manque » indéfiniment et incurve ainsi sa trajectoire pour rester en orbite, au lieu de s'écraser au sol.

Satellite en orbite circulaire Un satellite decrit une orbite circulaire autour de la Terre. La force gravitationnelle exercee par la Terre pointe constamment vers le centre (force centripete), tandis que le vecteur vitesse reste tangent au cercle, perpendiculaire a la force : le mouvement est circulaire uniforme. Terre masse M satellite (masse m) r F (centripete) v mouvement circulaire uniforme : v tangente, F toujours vers le centre
Satellite en orbite circulaire autour de la Terre avec force gravitationnelle centripète et vecteur vitesse tangent

THÉORÈME

Un satellite soumis à la seule force gravitationnelle sur une orbite circulaire de rayon r a un mouvement circulaire uniforme : la valeur de sa vitesse est constante, mais le vecteur vitesse change sans cesse de direction. Cette vitesse vaut v=GMr.

Remarque la cohérence avec la leçon 1 : le mouvement est uniforme (valeur de v constante), pourtant l'accélération n'est pas nulle, car le vecteur vitesse tourne. Cette accélération, dirigée vers le centre, est exactement fournie par la force gravitationnelle. Et là encore, la masse m du satellite disparaît du résultat : un gros et un petit satellite à la même altitude vont à la même vitesse.

Établir l'expression de la vitesse orbitale

Ce résultat ne s'admet pas : il se démontre à partir de la deuxième loi de Newton. Prends pour système le satellite (masse m) dans le référentiel géocentrique supposé galiléen. À l'altitude considérée, la seule force appliquée est l'attraction gravitationnelle, F=GmMr2, dirigée vers le centre de la Terre.

Cette force est radiale : elle est perpendiculaire à la vitesse et n'a donc aucune composante le long de la trajectoire. La valeur de la vitesse ne peut pas varier : le mouvement est uniforme. Or, pour un mouvement circulaire uniforme de rayon r, l'accélération est centripète (dirigée vers le centre) et sa valeur vaut a=v2r.

Projetons alors la deuxième loi F=ma sur l'axe orienté vers le centre, où la force et l'accélération pointent toutes deux : GmMr2=m×v2r. La masse m du satellite se simplifie des deux côtés, ainsi qu'un facteur 1r : GMr2=v2rv2=GMrv=GMr. La vitesse orbitale ne dépend donc que de la masse M de l'astre central et du rayon r de l'orbite, jamais de la masse du satellite.

Exemple 1. Le satellite Mohammed VI-A orbite à environ h=620 km d'altitude, soit un rayon r=RT+h6,37×106+0,62×106=6,99×106 m. Avec M=5,97×1024 kg, sa vitesse vaut v=GMr=6,67×1011×5,97×10246,99×1067,5×103 m/s, soit environ 7,5 km/s ou 27000 km/h.

La troisième loi de Kepler

Le rayon de l'orbite et la durée d'un tour complet, la période T, sont liés. En écrivant que la durée d'un tour est T=2πrv et en y injectant v=GM/r, on obtient la troisième loi de Kepler.

Loi. Troisième loi de Kepler. Pour tout satellite en orbite circulaire autour d'un même astre de masse M, le rapport du carré de la période au cube du rayon est une constante : T2r3=4π2GM.

Ce rapport ne dépend que de l'astre central, pas du satellite. C'est lui qui permet de placer un satellite en orbite géostationnaire : pour qu'il reste à la verticale d'un même point du Maroc, il faut T=24 h, ce qui impose un rayon précis d'environ 42000 km.

Exemple 2. Pour le satellite Mohammed VI-A, la période vaut T=2πrv=2π×6,99×1067,5×1035,9×103 s98 min. Il boucle donc un tour de la Terre en moins de deux heures, ce qui lui permet de survoler le Maroc plusieurs fois par jour.

À RETENIR

La force gravitationnelle F=GmMr2 est centripète. Sur une orbite circulaire, le mouvement est circulaire uniforme, v=GMr (indépendant de la masse du satellite), et T2r3=4π2GM (3ᵉ loi de Kepler).

Aspects énergétiques du mouvement

La deuxième loi décrit le mouvement instant par instant. Une autre approche, souvent plus rapide, raisonne sur l'énergie : on relie l'état de départ à l'état d'arrivée sans suivre tout le trajet. La première brique est le travail d'une force.

DÉFINITION

Le travail d'une force constante F dont le point d'application se déplace de A à B est WAB(F)=FAB=F×AB×cos(α),α est l'angle entre F et le déplacement AB. Le travail s'exprime en joules (J).

Le travail est moteur si cos(α)>0 (la force aide au mouvement, W>0), résistant si cos(α)<0 (elle s'y oppose, W<0), et nul si FAB — c'est pourquoi la force gravitationnelle, perpendiculaire à la vitesse sur une orbite circulaire, ne travaille pas et la vitesse y reste constante.

DÉFINITION

L'énergie cinétique d'un système de masse m animé d'une vitesse de valeur v est Ec=12mv2(en J).

Ces deux grandeurs sont reliées par un théorème central, qui découle directement de la deuxième loi de Newton.

THÉORÈME

Théorème de l'énergie cinétique. Dans un référentiel galiléen, la variation de l'énergie cinétique d'un système entre deux instants est égale à la somme des travaux de toutes les forces qui s'exercent sur lui : ΔEc=Ec(B)Ec(A)=WAB(F).

Exemple 1. Yasmine lâche une pierre de masse m=0,50 kg d'une hauteur h=20 m. Seul le poids travaille, W=mgh=0,50×9,8×20=98 J. D'après le théorème, 12mv2=98 J, d'où v=2×980,5020 m/s — cohérent avec le calcul cinématique précédent.

Énergie potentielle et énergie mécanique

Le travail du poids, W=mgh, peut se voir comme la libération d'une énergie « en réserve » liée à l'altitude : l'énergie potentielle de pesanteur.

DÉFINITION

L'énergie potentielle de pesanteur d'un système de masse m situé à l'altitude z (axe vertical vers le haut, origine choisie librement) est Epp=mgz(en J). L'énergie mécanique est la somme Em=Ec+Epp.

THÉORÈME

En l'absence de frottements (forces non conservatives), l'énergie mécanique d'un système se conserve : Em=Ec+Epp=constante. L'énergie cinétique et l'énergie potentielle s'échangent l'une en l'autre sans perte.

Exemple 2. Karim glisse sur un toboggan de hauteur h=3,2 m à Mehdia Plage, parti sans vitesse, frottements négligés. Toute l'énergie potentielle se convertit en énergie cinétique : mgh=12mv2, donc v=2gh=2×9,8×3,27,9 m/s. La masse n'intervient pas : Karim et son petit frère arrivent en bas à la même vitesse. Avec frottements, une partie de Em serait dissipée en chaleur, et la vitesse finale serait moindre.

À RETENIR

Le travail W=F×AB×cos(α) est moteur (>0), résistant (<0) ou nul (). Théorème de l'énergie cinétique : ΔEc=W. Sans frottements, l'énergie mécanique Em=Ec+Epp se conserve, avec Ec=12mv2 et Epp=mgz.

Pièges classiques

1. Croire qu'une force est nécessaire pour entretenir un mouvement. D'après la première loi, sans force résultante le mouvement est rectiligne uniforme : il faut une force pour changer la vitesse, pas pour la maintenir. On ne pousse une voiture que pour vaincre les frottements, pas pour « entretenir » sa vitesse sur le plat.

2. Confondre « vitesse constante » et « vecteur vitesse constant ». Dans un mouvement circulaire uniforme (satellite, planète), la valeur de la vitesse est constante mais le vecteur vitesse change de direction. L'accélération n'est donc pas nulle, et une force (centripète) agit en permanence.

3. Oublier de préciser le référentiel galiléen. Les trois lois de Newton ne sont valables que dans un référentiel galiléen. En Terminale, on prend le référentiel terrestre (mouvements courts) ou géocentrique (satellites). Hors d'un tel référentiel, F=ma ne s'applique pas tel quel.

4. Penser qu'un objet lourd tombe plus vite. En chute libre (air négligé), a=g ne dépend pas de la masse : tous les corps tombent identiquement. C'est l'air, et non la pesanteur, qui ralentit davantage une plume qu'une bille.

5. Se tromper de sens pour la force électrique. F=qE : une charge positive est poussée dans le sens de E, une charge négative dans le sens opposé. Ne suppose jamais que « toute particule va vers la plaque négative » — cela ne vaut que pour les charges positives.

6. Faire travailler une force perpendiculaire au mouvement. Une force perpendiculaire au déplacement a un travail nul (cos90=0). C'est le cas de la force gravitationnelle sur une orbite circulaire : elle ne modifie pas la valeur de la vitesse, seulement sa direction.

Application concrète

Karim suit, depuis l'observatoire de l'Oukaïmeden, le satellite marocain d'observation Mohammed VI-A. Il veut tout retrouver par le calcul : à quelle vitesse va-t-il, en combien de temps boucle-t-il un tour, et quelle énergie cinétique met en jeu cet engin de 1100 kg ? Il mobilise pour cela presque toutes les leçons du chapitre. On prendra M=5,97×1024 kg, RT=6,37×106 m, G=6,67×1011 (SI), et une altitude h=620 km.

Étape 1 — Choisir le système et le référentiel. Karim prend pour système le satellite (assimilé à un point matériel de masse m=1100 kg) et pour référentiel le référentiel géocentrique, supposé galiléen, indispensable pour appliquer les lois de Newton à un mouvement autour de la Terre. Le rayon de l'orbite vaut r=RT+h=6,37×106+0,62×106=6,99×106 m.

Étape 2 — Identifier la force et appliquer la 2ᵉ loi. À cette altitude, la seule force notable est l'attraction gravitationnelle, F=GmMr2, dirigée vers le centre de la Terre. Elle est centripète : d'après la deuxième loi de Newton, elle impose une accélération vers le centre, donc une trajectoire incurvée. Comme la force est perpendiculaire à la vitesse, elle ne travaille pas : le mouvement est circulaire uniforme.

Étape 3 — Calculer la vitesse orbitale. En égalant la force gravitationnelle à ma et en exploitant le caractère circulaire, Karim retrouve v=GMr : v=6,67×1011×5,97×10246,99×1067,5×103 m/s. Le satellite file à environ 7,5 km/s, soit près de 27000 km/h. Karim note que cette vitesse ne dépend pas de la masse du satellite — seulement de l'altitude.

Étape 4 — En déduire la période et vérifier Kepler. La période est T=2πrv=2π×6,99×1067,5×1035,9×103 s98 min. Karim contrôle avec la troisième loi de Kepler : T2r3 doit valoir 4π2GM9,9×1014 s2⋅m3, ce que ses valeurs confirment. Le satellite repasse donc au-dessus du Maroc plusieurs fois par jour.

Étape 5 — Estimer l'énergie cinétique. Enfin, Karim calcule l'énergie cinétique de l'engin : Ec=12mv2=12×1100×(7,5×103)23,1×1010 J. Une trentaine de milliards de joules : l'équivalent énergétique de plusieurs tonnes de TNT, mobilisé une fois pour toutes lors de la mise en orbite et conservé ensuite, faute de frottements à cette altitude.

Conclusion. En cinq étapes, Karim a entièrement caractérisé le mouvement du satellite : référentiel galiléen, force gravitationnelle centripète, deuxième loi, vitesse orbitale, période, contrôle par Kepler et bilan énergétique. La même mécanique de Newton décrivait, en début de chapitre, le ballon de Yasmine retombant en deux secondes. Un projectile qui retombe et un satellite qui ne retombe jamais : une seule loi, F=ma. En classes préparatoires, tu démontreras les lois de Kepler à partir de cette unique relation, et tu manieras position, vitesse et accélération comme des vecteurs reliés par dérivation — le prolongement direct de ce que tu viens de faire.

À retenir

À RETENIR

Le vecteur vitesse vΔOMΔt mesure la variation de la position ; le vecteur accélération aΔvΔt mesure la variation du vecteur vitesse, en valeur et/ou en direction.

À RETENIR

Les trois lois de Newton valent dans un référentiel galiléen : sans force résultante, mouvement rectiligne uniforme (1ʳᵉ) ; F=ma (2ᵉ) ; FAB=FBA (3ᵉ).

À RETENIR

Soumis à son seul poids, un système a a=g, indépendant de la masse : trajectoire parabolique pour un projectile. Dans un champ électrique uniforme, a=qmE, par analogie exacte avec la pesanteur.

À RETENIR

Pour un satellite, la force gravitationnelle F=GmMr2 est centripète ; le mouvement circulaire est uniforme, v=GMr, et T2r3=4π2GM (3ᵉ loi de Kepler).

À RETENIR

Travail W=FABcos(α) ; théorème de l'énergie cinétique ΔEc=W avec Ec=12mv2 ; sans frottements, l'énergie mécanique Em=Ec+Epp (Epp=mgz) se conserve.