Physique-Chimie · Tᴱ · Dipôle RC

Dipôle RC

Objectif BacTout le programme de Terminale à réviser.

Le condensateur

Ouvre un vieux poste de radio ou la carte électronique d'un chargeur : parmi les composants, certains ressemblent à de petits cylindres ou à de minuscules pastilles, marqués d'une valeur en µF. Ce sont des condensateurs. Leur principe est d'une simplicité élégante : deux surfaces conductrices placées face à face, très proches mais sans se toucher, séparées par un isolant. Quand on les relie à un générateur, des charges électriques s'accumulent sur ces surfaces et y restent piégées : le condensateur stocke de la charge.

DÉFINITION

Un condensateur est un dipôle formé de deux armatures conductrices séparées par un isolant appelé diélectrique. Branché à un générateur, il accumule des charges opposées sur ses deux armatures : +q sur l'une, q sur l'autre.

L'isolant interdit aux charges de traverser d'une armature à l'autre : elles s'entassent de part et d'autre. Plus on force de charges sur les armatures, plus la tension uC entre elles augmente. Le lien entre la charge accumulée et cette tension est une simple proportionnalité, dont le coefficient caractérise le composant : sa capacité.

DÉFINITION

La charge q d'un condensateur est proportionnelle à la tension uC à ses bornes : q=C×uC,C est la capacité du condensateur, exprimée en farads (F). La charge q est en coulombs (C) et la tension uC en volts (V).

Exemple 1. Un condensateur de capacité C=470 μF=470×106 F est chargé sous une tension uC=5 V. La charge accumulée vaut q=C×uC=470×106×5=2,35×103 C.

Le farad est une unité énorme : un condensateur d'un farad serait gigantesque. En pratique, on manipule des sous-multiples — le microfarad (1 μF=106 F) et le nanofarad (1 nF=109 F). Garde ces ordres de grandeur en tête : ils t'éviteront bien des erreurs de calcul.

Intensité et débit de charge

Charger un condensateur, c'est y faire arriver des charges : un courant circule. Or l'intensité d'un courant n'est rien d'autre que le débit de charge — la quantité de charge qui passe par seconde. Comme q=CuC et que C est constante, on relie l'intensité à la vitesse de variation de la tension.

DÉFINITION

En convention récepteur (la flèche tension uC et le courant i pointant en sens inverse aux bornes du condensateur), l'intensité est le débit de charge : i=dqdt=C×duCdt.

Cette relation est capitale. Elle dit que le courant qui traverse un condensateur est proportionnel à la vitesse à laquelle sa tension change. Si uC est constante (condensateur chargé, à l'équilibre), alors duCdt=0 et donc i=0 : aucun courant ne passe. À l'inverse, plus la tension varie vite, plus l'intensité est forte.

Exemple 2. Aux bornes d'un condensateur de C=100 μF, la tension augmente régulièrement de 2 V en 0,5 s, soit duCdt=20,5=4 V/s. L'intensité vaut alors i=C×duCdt=100×106×4=4×104 A=0,4 mA.

À RETENIR

Un condensateur stocke des charges opposées sur ses armatures : q=CuC, avec C en farads. L'intensité qui le traverse est le débit de charge : i=CduCdt.

Charge d'un condensateur à travers une résistance

Plaçons maintenant le condensateur dans un circuit réel. On le branche en série avec un générateur de tension constante E et une résistance R : c'est le dipôle RC. À l'instant t=0, le condensateur est déchargé (uC=0) et on ferme l'interrupteur. Que va-t-il se passer ? Le condensateur ne se charge pas instantanément : la résistance freine l'arrivée des charges, et la tension uC monte progressivement vers E.

Pour décrire cela précisément, on écrit la loi des mailles dans le circuit série. La tension du générateur se répartit entre la résistance et le condensateur : E=uR+uC=Ri+uC.

Montage du dipôle RC en série Schéma électrique d'un circuit RC série en maille rectangulaire : un générateur de tension continue E et un interrupteur (fermé à t égal 0) sur la branche gauche, une résistance R sur la branche supérieure avec sa tension u_R fléchée, et un condensateur C sur la branche droite avec sa tension u_C fléchée en convention récepteur. Le courant i circule dans le sens horaire. La loi des mailles donne E égale u_R plus u_C égale R fois i plus u_C. + E t = 0 R u_R C u_C i À la fermeture de l'interrupteur, la tension du générateur se partage : E = u_R + u_C = R·i + u_C.
Schéma du dipôle RC série : générateur E, interrupteur fermé à t = 0, résistance R et condensateur C en maille, avec les tensions u_R et u_C et le courant i

Or le même courant i traverse toute la maille, et il charge le condensateur, donc i=CduCdt. En remplaçant, on obtient l'équation qui gouverne toute l'évolution :

DÉFINITION

L'équation différentielle de la charge du dipôle RC s'écrit RCduCdt+uC=E. Sa solution, avec la condition initiale uC(0)=0, est uC(t)=E(1et/τ),τ=RC.

Vérifier que la solution satisfait l'équation

On n'admet pas une solution sans la contrôler. Vérifions donc que uC(t)=E(1et/τ) est bien solution de RCduCdt+uC=E, avec τ=RC. Dérivons d'abord la fonction proposée : duCdt=E×(et/τ)×(1τ)=Eτet/τ. Reportons dans le membre de gauche de l'équation, en remplaçant RC par τ : τduCdt+uC=τ×Eτet/τ+E(1et/τ)=Eet/τ+EEet/τ=E. On retrouve exactement le second membre E : l'équation est vérifiée à chaque instant. Reste la condition initiale : uC(0)=E(1e0)=E(11)=0, le condensateur part bien déchargé. La fonction proposée est donc la solution du problème (équation différentielle + condition initiale).

Lis cette solution comme une histoire. À t=0, l'exponentielle vaut 1, donc uC=E(11)=0 : le condensateur part bien déchargé. Quand t devient grand, et/τ tend vers 0, donc uC tend vers E : le condensateur finit chargé à la tension du générateur. Entre les deux, la montée est une exponentielle croissante, rapide au début puis de plus en plus lente à mesure qu'on approche de E.

Charge d'un condensateur Tension u_C aux bornes du condensateur en fonction du temps : exponentielle croissante partant de zero et tendant vers la tension E du generateur. La tangente a l'origine atteint E a l'instant tau ; a cet instant u_C vaut 63 pour cent de E. t (s) u_C (V) E 0,63 E τ a t = τ, le condensateur a atteint 63 % de E
Courbe de charge d'un condensateur : tension u_C en fonction du temps, exponentielle croissante vers E

Exemple 1. Un générateur de E=6,0 V charge un condensateur de C=100 μF à travers R=10 kΩ. La constante de temps vaut τ=RC=10×103×100×106=1,0 s. La tension suit uC(t)=6,0(1et/1,0) : au bout d'une seconde, elle a atteint 63 % de 6,0 V, soit environ 3,8 V.

Le comportement de l'intensité

Pendant la charge, que fait le courant ? À l'instant initial, le condensateur déchargé se comporte comme un simple fil : toute la tension E tombe sur la résistance, et l'intensité est maximale, i(0)=ER. Puis, à mesure que uC monte, il reste de moins en moins de tension pour la résistance, donc le courant décroît ; quand le condensateur est chargé, uC=E, plus rien ne tombe sur R et i=0. L'intensité suit elle aussi une exponentielle, mais décroissante : i(t)=ERet/τ.

Exemple 2. Dans l'exemple précédent, l'intensité initiale vaut i(0)=ER=6,010×103=6,0×104 A=0,60 mA, puis elle décroît vers 0 à mesure que le condensateur se charge.

Le piège de la continuité de la tension

La tension uC aux bornes d'un condensateur ne peut jamais subir de saut brusque : elle est continue. Pourquoi ? Parce qu'un saut instantané de uC exigerait duCdt infini, donc une intensité i=CduCdt infinie — impossible physiquement. Salma écrit parfois qu'à t=0 la tension « saute » à une valeur non nulle : c'est faux. Juste après la fermeture de l'interrupteur, uC vaut encore ce qu'elle valait juste avant. En revanche, l'intensité, elle, peut sauter (elle passe instantanément de 0 à E/R).

À RETENIR

Pour la charge d'un dipôle RC : RCduCdt+uC=E, de solution uC(t)=E(1et/τ) avec τ=RC. La tension monte de 0 vers E ; l'intensité décroît de E/R vers 0. La tension uC est toujours continue.

Décharge d'un condensateur

Le condensateur est maintenant chargé à la tension E. Coupons le générateur et relions simplement le condensateur à la résistance R, en boucle fermée. Les charges accumulées sur les armatures ne demandent qu'à s'échapper : elles traversent la résistance, et la tension uC s'effondre vers zéro. C'est la décharge.

L'équation s'obtient de la même façon, mais sans générateur : la loi des mailles donne uR+uC=0, soit Ri+uC=0. Avec i=CduCdt, on aboutit à une équation différentielle au second membre nul.

DÉFINITION

L'équation différentielle de la décharge s'écrit RCduCdt+uC=0. Sa solution, avec la condition initiale uC(0)=E, est uC(t)=Eet/τ,τ=RC.

C'est une exponentielle décroissante. À t=0, uC=E (le condensateur part chargé, par continuité) ; quand t grandit, uC tend vers 0. La décroissance est rapide au début, puis de plus en plus lente : la fameuse « traîne » de l'exponentielle.

Decharge d'un condensateur Tension u_C en fonction du temps : exponentielle decroissante partant de E et tendant vers zero. La tangente a l'origine coupe l'axe des temps a l'instant tau ; a cet instant u_C ne vaut plus que 37 pour cent de E. t (s) u_C (V) E 0,37 E τ a t = τ, il ne reste que 37 % de E
Courbe de décharge d'un condensateur : tension u_C en fonction du temps, exponentielle décroissante vers zéro

Exemple 1. Un condensateur chargé à E=6,0 V se décharge dans R=10 kΩ avec C=100 μF, donc τ=1,0 s. À t=τ=1,0 s, il reste uC=6,0e16,0×0,37=2,2 V : environ 37 % de la tension de départ.

Exemple 2. Le même condensateur déchargé dans une résistance dix fois plus faible, R=1,0 kΩ, a une constante de temps dix fois plus petite, τ=0,10 s : il se vide dix fois plus vite. La résistance gouverne la vitesse de décharge.

À RETENIR

Pour la décharge : RCduCdt+uC=0, de solution uC(t)=Eet/τ. La tension décroît exponentiellement de E vers 0.

La constante de temps

Tu l'as croisée à chaque équation : la grandeur τ=RC. Elle mérite un chapitre à elle seule, car c'est elle qui répond à la seule question qui compte vraiment en pratique : combien de temps cela prend-il ? Commençons par vérifier que τ est bien une durée, et pas une grandeur exotique.

DÉFINITION

La constante de temps d'un dipôle RC est τ=R×C. Elle est homogène à un temps et s'exprime en secondes (s).

Vérifions l'homogénéité par analyse dimensionnelle. La résistance est une tension divisée par une intensité, [R]=VA. La capacité est une charge divisée par une tension, [C]=CV. Or une charge est une intensité multipliée par un temps, C=As. Donc [R]×[C]=VA×CV=CA=AsA=s. Le produit RC a bien la dimension d'un temps. Ce n'est pas une coïncidence d'unités : c'est ce qui justifie qu'on l'appelle une constante de temps.

La signification physique de τ

La constante de temps mesure la rapidité du phénomène. Deux repères sont à connaître par cœur. À t=τ, la charge a parcouru une fraction bien précise du chemin : uC(τ)=E(1e1)=E(10,37)=0,63E. Autrement dit, à t=τ, le condensateur a atteint 63 % de sa tension finale. Et à t=5τ, e50,007, donc uC dépasse 99 % de E : on considère alors que le régime permanent est atteint et que la charge est terminée.

Exemple 1. Avec τ=2,0 s, le condensateur est chargé à 63 % au bout de 2,0 s, et pratiquement à 100 % au bout de 5τ=10 s. Si Amine veut une charge « complète », il doit attendre cinq constantes de temps.

Déterminer τ sur une courbe expérimentale

En travaux pratiques, on lit τ directement sur l'oscilloscope, par deux méthodes équivalentes.

Exemple 2. Méthode de la tangente à l'origine. Trace la tangente à la courbe de charge à l'instant t=0. Cette tangente coupe l'asymptote horizontale uC=E exactement à l'abscisse t=τ. C'est une lecture rapide et élégante.

Exemple 3. Méthode des 63 %. Repère sur l'axe vertical la hauteur 0,63E, reporte-toi horizontalement jusqu'à la courbe, puis descends à la verticale : l'abscisse lue est τ. Pour une décharge, on lit plutôt l'abscisse où uC est tombée à 37 % de E.

Détermination graphique de la constante de temps τ Courbe de charge d'un condensateur, tension u_C en fonction du temps, exponentielle croissante tendant vers l'asymptote u_C égale E. Deux méthodes de lecture de la constante de temps τ : la tangente à l'origine coupe l'asymptote E exactement à l'abscisse t égale τ, et la hauteur 0,63 fois E correspond à la courbe au même instant t égale τ. Le régime permanent est atteint vers 5τ. t (s) u_C (V) E tangente à l'origine 0,63·E τ 63 % de E à t = τ régime permanent vers 5τ Deux lectures de τ : la tangente à l'origine coupe l'asymptote en t = τ, et u_C atteint 63 % de E au même instant.
Détermination graphique de la constante de temps τ : la tangente à l'origine coupe l'asymptote u_C = E à t = τ, et u_C atteint 63 % de E au même instant, le régime permanent étant atteint vers 5τ

Le piège du grand τ qui ralentit

Une idée fausse tenace : croire qu'« une grande constante de temps signifie une charge plus forte ». Non. τ ne dit rien sur la valeur finale (qui est toujours E) : elle dit seulement à quelle vitesse on l'atteint. Karim affirme qu'augmenter R « charge davantage » le condensateur — faux : augmenter R augmente τ, donc ralentit la charge, sans changer la tension finale E. Un grand τ = un phénomène lent ; un petit τ = un phénomène rapide.

À RETENIR

La constante de temps τ=RC est homogène à un temps. À t=τ, la charge atteint 63 % de E ; à t=5τ, le régime permanent (>99 %) est atteint. Un grand τ ralentit le phénomène, sans changer la valeur finale.

Énergie emmagasinée

Pourquoi se donner tant de mal à charger un condensateur ? Parce qu'en accumulant des charges, il emmagasine de l'énergie électrique — une énergie qu'il pourra restituer d'un seul coup au moment voulu. C'est exactement ce que fait le flash : il stocke patiemment, puis libère brutalement.

DÉFINITION

L'énergie emmagasinée dans un condensateur chargé à la tension uC vaut EC=12CuC2, exprimée en joules (J), avec C en farads et uC en volts.

L'énergie croît comme le carré de la tension : doubler uC multiplie l'énergie stockée par quatre. C'est pourquoi les appareils à flash montent la tension du condensateur à plusieurs centaines de volts avant la décharge : à tension élevée, l'énergie disponible devient considérable.

Exemple 1. Un condensateur de C=470 μF chargé sous uC=6,0 V stocke EC=12CuC2=12×470×106×(6,0)2=8,5×103 J.

La continuité de l'énergie

Puisque l'énergie dépend de uC et que uC est continue (leçon 2), l'énergie stockée est elle aussi continue : elle ne peut ni apparaître ni disparaître instantanément. Un condensateur ne se charge donc jamais « en un instant » : remplir son réservoir d'énergie prend toujours un temps de l'ordre de quelques τ. À la décharge, cette même énergie est restituée au circuit, ici dissipée dans la résistance (ou, dans un flash, convertie en lumière).

Exemple 2. Le condensateur d'un flash, de C=800 μF chargé sous uC=300 V, stocke EC=12×800×106×(300)2=36 J, libérés en quelques millisecondes dans le tube : une puissance instantanée énorme, d'où l'éclair éblouissant.

À RETENIR

Un condensateur emmagasine l'énergie EC=12CuC2 (en joules). Cette énergie, comme uC, est continue : pas de stockage ni de restitution instantanés. Elle croît comme le carré de la tension.

Pièges classiques

1. Croire que le condensateur se charge instantanément. La résistance freine l'arrivée des charges. La charge prend un temps de l'ordre de quelques τ, et uC monte progressivement vers E — jamais en un instant.

2. Oublier la continuité de la tension uC. La tension aux bornes d'un condensateur ne peut jamais sauter : juste après une commutation, uC vaut ce qu'elle valait juste avant. C'est l'intensité, elle, qui peut subir un saut brusque.

3. Confondre la valeur finale et la vitesse de charge. La tension finale est toujours E (fixée par le générateur) ; τ=RC ne fixe que la vitesse à laquelle on l'atteint. Augmenter R ne charge pas « davantage » : cela ralentit seulement la charge.

4. Se tromper sur le sens de variation de l'intensité. Pendant la charge, l'intensité décroît de E/R vers 0 (et non l'inverse) : c'est la tension uC qui croît, le courant qui s'éteint à mesure que le condensateur se remplit.

5. Mal placer le 63 % et le 37 %. À t=τ, la charge atteint 63 % de E (1e1) ; à la décharge, il ne reste que 37 % de E (e1). Ne pas intervertir les deux.

6. Oublier le carré dans l'énergie. L'énergie vaut 12CuC2, avec la tension au carré. Doubler la tension quadruple l'énergie stockée, ce n'est pas une proportionnalité simple.

Application concrète

Amine bricole le flash de son vieil appareil photo argentique, récupéré chez son grand-père à Fès. Le flash contient un condensateur de capacité C=800 μF, chargé à travers une résistance R=5,0 kΩ par un circuit qui élève la tension jusqu'à E=300 V. Amine veut comprendre, en physicien, pourquoi il doit toujours attendre entre deux photos.

Étape 1 — Calculer la constante de temps. Amine commence par la grandeur reine, τ=RC : τ=R×C=5,0×103×800×106=4,0 s. La constante de temps du flash vaut 4,0 s. C'est déjà un signe : le phénomène n'est pas instantané.

Étape 2 — Estimer le temps de charge. La charge est pratiquement complète au bout de 5τ : tcharge=5τ=5×4,0=20 s. Voilà pourquoi le témoin met une vingtaine de secondes à se rallumer : le condensateur a besoin de 5τ pour atteindre plus de 99 % de sa tension finale.

Étape 3 — Vérifier la tension atteinte. À t=5τ, la tension vaut uC=E(1e5)=300×(10,007)298 V, soit pratiquement les 300 V visés. Amine note au passage que la tension uC est partie de 0 par continuité, et a grimpé en exponentielle, sans aucun saut.

Étape 4 — Calculer l'énergie stockée. Une fois chargé, le condensateur emmagasine EC=12CuC2=12×800×106×(300)2=36 J. Trente-six joules accumulés patiemment en vingt secondes.

Étape 5 — Comprendre la décharge éclair. Quand Amine déclenche, le condensateur se décharge non plus dans 5 kΩ, mais dans le tube du flash, de résistance bien plus faible. La constante de temps de décharge devient minuscule (de l'ordre de la milliseconde), donc les 36 J sont libérés en quelques millisecondes : une puissance instantanée énorme, d'où l'éclair aveuglant.

Conclusion. Amine a tout compris : le flash exploite un déséquilibre de temps. La charge est lente (τ=4,0 s, vingt secondes d'attente) parce que R est grande ; la décharge est foudroyante parce que la résistance du tube est minuscule. Entre les deux, le condensateur n'a fait que stocker puis rendre de l'énergie, EC=12CuC2. C'est exactement la même logique dans une minuterie RC d'escalier ou un essuie-glace temporisé : on choisit R et C pour régler un délai. Au chapitre suivant, ce même condensateur, associé à une bobine, ne se contentera plus de se charger : il oscillera (le circuit RLC). En classes préparatoires, tu généraliseras tout cela sous le nom de régimes transitoires et d'équations différentielles linéaires.

À retenir

À RETENIR

Un condensateur stocke des charges opposées sur ses armatures : q=CuC, avec C en farads. L'intensité qui le traverse est le débit de charge : i=CduCdt.

À RETENIR

Pour la charge d'un dipôle RC : RCduCdt+uC=E, de solution uC(t)=E(1et/τ). La tension uC est toujours continue.

À RETENIR

Pour la décharge : RCduCdt+uC=0, de solution uC(t)=Eet/τ. La tension décroît exponentiellement de E vers 0.

À RETENIR

La constante de temps τ=RC est homogène à un temps. À t=τ, la charge atteint 63 % de E ; à t=5τ, le régime permanent est atteint. Un grand τ ralentit le phénomène.

À RETENIR

L'énergie emmagasinée vaut EC=12CuC2 (en joules). Elle est continue comme uC et croît comme le carré de la tension.