Les équations de réaction
Réactifs et produits : ce qui entre, ce qui sort
Une transformation chimique met en jeu deux familles d'espèces : celles qui sont présentes au départ et qui se consomment, et celles qui apparaissent à l'arrivée. Distinguer ces deux familles est le tout premier réflexe.
Les réactifs sont les espèces chimiques présentes avant la transformation, qui se consomment au cours de la réaction. Les produits sont les espèces chimiques formées par la transformation, qui n'existaient pas au départ.
Au cours de la combustion du butane chez Amine, le butane et le dioxygène de l'air sont les réactifs : ils disparaissent peu à peu. L'eau et le dioxyde de carbone sont les produits : ils n'existaient pas avant qu'on allume la flamme.
Exemple 1. Quand un morceau de fer rouille à l'air humide, les réactifs sont le fer et le dioxygène ; le produit est la rouille, un oxyde de fer. Le fer brillant disparaît, la rouille apparaît.
Exemple 2. Lorsque Salma fait réagir du vinaigre avec du bicarbonate, les réactifs sont l'acide du vinaigre et le bicarbonate ; parmi les produits, un gaz se dégage — le dioxyde de carbone — qui fait mousser le mélange.
Réactifs et produits ne sont pas les mêmes espèces
C'est l'idée centrale d'une transformation chimique : les produits sont des espèces différentes des réactifs. Ce ne sont pas les mêmes molécules qui auraient simplement changé de place ou de température. Les liaisons entre atomes se rompent, puis se reforment autrement, et de nouvelles espèces naissent.
C'est ce qui distingue une transformation chimique d'une transformation physique. Quand l'eau bout, elle passe de l'état liquide à l'état gazeux, mais c'est toujours de l'eau : aucune nouvelle espèce, c'est une transformation physique. Quand le butane brûle, il disparaît et donne de l'eau et du dioxyde de carbone : ce sont des espèces nouvelles, c'est une transformation chimique.
Les réactifs (au départ) se consomment, les produits (à l'arrivée) se forment ; les produits sont des espèces chimiques différentes des réactifs.
Écrire le bilan de la réaction
Avant de manipuler des formules, on décrit une transformation par une phrase courte et orientée : le bilan. Il dit ce qui se transforme en quoi, dans le bon sens.
Le bilan d'une réaction est l'écriture qui présente les réactifs à gauche, les produits à droite, séparés par une flèche qui se lit « donne(nt) » ou « se transforme(nt) en ». Les espèces qui réagissent ensemble sont reliées par le signe .
On écrit d'abord le bilan avec les noms, ce qui ne demande aucune connaissance des formules :
Puis on remplace chaque nom par sa formule chimique :
La flèche n'est pas un signe « égal ». Elle a un sens : elle pointe des réactifs vers les produits, et indique le déroulement de la transformation. Inverser la flèche décrirait la transformation inverse, qui n'a pas forcément lieu.
Exemple 1. Bilan de la combustion du carbone dans le dioxygène : , soit en formules .
Exemple 2. Bilan de la combustion du méthane (le gaz de ville) : , soit .
Lire une formule chimique : indices et atomes
Pour aller plus loin, il faut savoir lire une formule. Dans , le petit chiffre écrit en bas — l'indice — indique qu'il y a deux atomes d'hydrogène ; l'oxygène, sans indice, est présent une seule fois. Une molécule d'eau contient donc 2 atomes d'hydrogène et 1 atome d'oxygène.
Dans , une molécule de butane contient 4 atomes de carbone et 10 atomes d'hydrogène. L'indice s'applique uniquement à l'atome qu'il suit immédiatement.
Le bilan s'écrit « réactifs produits », d'abord avec les noms puis avec les formules ; dans une formule, l'indice donne le nombre d'atomes de l'élément qu'il suit.
La conservation des atomes : la loi de Lavoisier
Au cours d'une transformation chimique, les atomes ne sont ni créés, ni détruits, ni transformés les uns en les autres. Ils se contentent de se réorganiser : les liaisons se cassent, et les mêmes atomes se réassemblent différemment. Cette idée a été formulée par Lavoisier à la fin du XVIIIᵉ siècle.
Loi de conservation des atomes (Lavoisier) : au cours d'une transformation chimique, rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. Le nombre d'atomes de chaque élément est le même parmi les réactifs et parmi les produits.
Un atome de carbone présent dans le butane se retrouve forcément, après la réaction, dans une molécule de dioxyde de carbone. Il n'a pas disparu : il a juste changé de voisins. C'est pourquoi, si l'on compte les atomes de chaque sorte avant et après, on doit trouver exactement les mêmes nombres.
C'est aussi l'explication, au niveau atomique, de ce que tu as vu en 4ᵉ : puisque les atomes se conservent et que chaque atome a une masse, la masse totale se conserve elle aussi. La masse des réactifs consommés est égale à la masse des produits formés.
Compter les atomes de part et d'autre
Reprenons le bilan du méthane, pas encore ajusté :
Comptons élément par élément.
- Carbone (C) : 1 à gauche (dans ), 1 à droite (dans ). C'est équilibré.
- Hydrogène (H) : 4 à gauche (dans ), 2 à droite (dans ). Ce n'est pas équilibré.
- Oxygène (O) : 2 à gauche (dans ), 3 à droite (1 dans + 2 dans ). Ce n'est pas équilibré.
Les nombres ne correspondent pas : tel quel, ce bilan violerait la loi de Lavoisier, car 4 atomes d'hydrogène ne peuvent pas devenir 2. Il faut donc équilibrer l'écriture, ce qui est l'objet de la leçon suivante.
Exemple 1. Dans , comptons : carbone, 1 à gauche et 1 à droite ; oxygène, 2 à gauche et 2 à droite. Tous les éléments sont équilibrés : cette écriture respecte déjà la loi de Lavoisier.
Exemple 2. Un atome de fer qui rouille ne se change pas en atome d'oxygène. Le fer reste du fer, l'oxygène reste de l'oxygène ; ils s'assemblent seulement en un oxyde de fer. Aucun élément ne se transmute.
Rien ne se perd, rien ne se crée : le nombre d'atomes de chaque élément est identique avant et après la réaction. C'est la raison profonde de la conservation de la masse.
Équilibrer une équation : ajuster les nombres devant les formules
Quand le simple bilan ne respecte pas la conservation des atomes, on l'ajuste en plaçant des nombres devant les formules. Ces nombres s'appellent les nombres stœchiométriques (ou coefficients). L'écriture ainsi corrigée porte un nouveau nom.
L'équation de réaction est le bilan dans lequel on a placé devant chaque formule un nombre stœchiométrique entier, choisi de façon que le nombre d'atomes de chaque élément soit le même de part et d'autre de la flèche. On dit alors que l'équation est équilibrée.
Le nombre stœchiométrique se place devant la formule et multiplie tous les atomes de cette formule. Ainsi, signifie 2 molécules d'eau, soit atomes d'hydrogène et atomes d'oxygène. Par convention, un coefficient égal à 1 ne s'écrit pas.
La règle d'or : coefficient devant, jamais l'indice
Voici la règle la plus importante du chapitre, celle que confondent presque tous les débutants.
Pour équilibrer, on n'a le droit de modifier que les nombres stœchiométriques placés devant les formules. On ne touche jamais aux indices à l'intérieur d'une formule.
Pourquoi cette interdiction ? Parce qu'un indice fait partie de l'identité de la molécule. Si tu transformes (l'eau) en pour « équilibrer », tu n'as pas équilibré l'eau : tu as écrit du peroxyde d'hydrogène, une substance totalement différente. Changer un indice, c'est changer de produit. Changer un coefficient, c'est seulement compter plus de molécules de la même espèce — ce qui est parfaitement licite.
Méthode pas à pas
Pour équilibrer une équation, procède dans l'ordre :
- Écris le bilan en formules, réactifs à gauche, produits à droite.
- Compte les atomes de chaque élément des deux côtés.
- Ajuste les coefficients pour égaliser, élément par élément. Commence par les éléments qui n'apparaissent que dans une seule formule de chaque côté ; garde l'oxygène et l'hydrogène (souvent présents partout) pour la fin.
- Recompte tout : chaque élément doit être équilibré.
- Si tous les coefficients ont un diviseur commun, simplifie-les pour obtenir les plus petits entiers.
Exemple 1. Équilibrons . Le carbone est déjà bon (1 = 1). Pour l'hydrogène, il y a 4 à gauche et 2 à droite : on place un 2 devant l'eau, , ce qui donne 4 hydrogènes à droite. Reste l'oxygène : à droite, apporte 2 oxygènes et en apporte 2, soit 4 au total ; à gauche, il faut donc pour avoir 4 oxygènes. L'équation équilibrée est :
Exemple 2. Équilibrons la formation de l'eau à partir du dihydrogène et du dioxygène : . À droite, 1 seul oxygène, à gauche 2 : on met . Maintenant 4 hydrogènes à droite, donc à gauche. Bilan final :
Le piège de la molécule diatomique
Beaucoup d'éléments gazeux ne se présentent pas sous forme d'atomes isolés, mais de molécules à deux atomes : le dioxygène est , le dihydrogène , le diazote . Écrire tout seul, c'est désigner un atome d'oxygène isolé, qui n'existe pratiquement pas à l'air libre. Quand tu équilibres, le réactif gazeux est , et tu ne peux ajuster son nombre qu'avec un coefficient devant : , , jamais en écrivant .
On équilibre en ajustant les coefficients (devant), jamais les indices (dedans) ; le dioxygène reste , on en met plus en écrivant , pas .
Lire et interpréter une équation équilibrée
Une équation équilibrée n'est pas qu'une formule correcte : elle se lit, et elle renseigne sur les proportions dans lesquelles les espèces réagissent.
Dans une équation équilibrée, les nombres stœchiométriques donnent les proportions des espèces : ils indiquent en quelles quantités relatives les réactifs se combinent et les produits se forment.
Prenons l'équation de combustion du méthane :
Elle se lit : « une molécule de méthane réagit avec deux molécules de dioxygène pour donner deux molécules d'eau et une molécule de dioxyde de carbone ». Les proportions sont fixes : pour 10 molécules de méthane, il faut 20 molécules de dioxygène, et l'on obtient 20 molécules d'eau et 10 molécules de dioxyde de carbone.
Le rappel de la conservation de la masse
Puisque les atomes se conservent (leçon 3) et que l'équation est équilibrée, la masse se conserve nécessairement : la masse totale des réactifs consommés est égale à la masse totale des produits formés. C'est exactement la loi que tu as établie en 4ᵉ par la pesée, expliquée maintenant au niveau atomique.
Exemple 1. Si dans la cuisine d'Amine g de méthane brûlent avec g de dioxygène, alors la masse des produits (eau + dioxyde de carbone) vaut g. Rien n'a disparu : le gaz brûlé est devenu de l'eau et du dioxyde de carbone, qui pèsent ensemble autant que les réactifs.
Exemple 2. Si l'on consomme entièrement g de dihydrogène avec g de dioxygène selon , on forme exactement g d'eau.
Les coefficients d'une équation équilibrée se lisent comme des proportions entre espèces, et garantissent la conservation de la masse des réactifs aux produits.
Pièges classiques
1. Confondre le coefficient et l'indice. Le coefficient (nombre stœchiométrique) est devant la formule et compte des molécules entières ; l'indice est dans la formule, en petit en bas, et compte des atomes d'un élément. Dans , le de devant est le coefficient (2 molécules) et le en bas est l'indice (2 atomes d'hydrogène par molécule).
2. Modifier une formule pour équilibrer. Changer en pour « ajouter des atomes » est interdit : on obtient une espèce qui n'existe pas. On équilibre uniquement avec les coefficients placés devant. Un indice fait partie de l'identité de la molécule et ne se touche jamais.
3. Oublier qu'un gaz simple est souvent diatomique. Le dioxygène est , pas ; le dihydrogène est ; le diazote est . Écrire un atome isolé là où la molécule est diatomique fausse tout le comptage.
4. Croire qu'un atome peut apparaître ou disparaître. Au cours d'une réaction, aucun atome ne se crée ni ne s'évapore dans le néant. S'il manque des atomes d'un côté de la flèche, ce n'est pas qu'ils ont disparu : c'est que l'équation n'est pas encore équilibrée. Tous les atomes des réactifs se retrouvent dans les produits.
5. Croire qu'un atome peut se transformer en un autre. Un atome de carbone reste du carbone, un atome d'oxygène reste de l'oxygène. La chimie réorganise les liaisons entre atomes, elle ne transmute pas un élément en un autre. Le carbone du butane finit dans le , jamais transformé en hydrogène.
6. Prendre la flèche pour un signe égal réversible. La flèche a un sens : des réactifs vers les produits. Elle n'autorise pas à « passer un terme de l'autre côté » comme dans une équation mathématique. On ne déplace pas une espèce à travers la flèche ; on ajuste seulement les coefficients de chaque côté.
Application concrète
À Marrakech, Yasmine doit, pour son devoir de chimie, écrire et équilibrer l'équation de la combustion complète du butane , le gaz de la bonbonne qu'elle utilise chez elle. La combustion complète d'un hydrocarbure dans le dioxygène donne toujours de l'eau et du dioxyde de carbone.
Étape 1 — Identifier réactifs et produits. Les réactifs sont le butane et le dioxygène . Les produits sont le dioxyde de carbone et l'eau . Le bilan en formules s'écrit :
Étape 2 — Équilibrer le carbone. Le butane apporte 4 atomes de carbone ; il faut donc 4 molécules de dioxyde de carbone à droite :
Étape 3 — Équilibrer l'hydrogène. Le butane apporte 10 atomes d'hydrogène. Comme chaque molécule d'eau en contient 2, il faut 5 molécules d'eau () :
Étape 4 — Équilibrer l'oxygène. Comptons l'oxygène à droite : apporte atomes, et en apporte , soit atomes d'oxygène. À gauche, le dioxygène est : il en faut , soit le coefficient . Pour éviter une fraction, on double toute l'équation :
Étape 5 — Vérifier. Carbone : à gauche, à droite. Hydrogène : à gauche, à droite. Oxygène : à gauche, à droite. Tout est équilibré.
Conclusion. L'équation de la combustion du butane est . Yasmine a respecté la règle d'or — n'ajuster que les coefficients — et a su gérer le coefficient demi en doublant toute l'équation. Cette démarche, identifier les espèces puis équilibrer élément par élément, est exactement celle que tu appliqueras au lycée pour relier des masses et des quantités de matière, grandeur que tu découvriras avec la mole.
À retenir
Les réactifs se consomment, les produits se forment ; les produits sont des espèces différentes des réactifs, ce qui distingue une transformation chimique d'une transformation physique.
Loi de Lavoisier : rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. Le nombre d'atomes de chaque élément est le même parmi les réactifs et les produits ; c'est pourquoi la masse se conserve.
Pour équilibrer une équation, on ajuste uniquement les nombres stœchiométriques placés devant les formules ; on ne modifie jamais les indices à l'intérieur d'une formule.
Un gaz simple comme le dioxygène est diatomique : il s'écrit , et l'on en met plus en plaçant un coefficient (), jamais en changeant l'indice ( est faux).
Dans une équation équilibrée, les coefficients donnent les proportions des espèces et garantissent la conservation de la masse des réactifs aux produits.