Physique-Chimie · 1ʳᵉ · Décrire un mouvement

Décrire un mouvement

Objectif examen régionalLe programme de 1ʳᵉ année Bac à réviser.

Référentiel et système

Avant de dire si quelque chose bouge, il faut dire quoi bouge et par rapport à quoi. Ces deux décisions sont le point de départ obligé de toute étude de mouvement, et les négliger conduit aux pires confusions.

Le système, c'est l'objet dont on étudie le mouvement. Une rame de tramway, une voiture, un ballon, une bille : peu importe leur taille réelle, on les remplace par un point dès que leurs dimensions sont petites devant les distances parcourues, ou quand seul le déplacement d'ensemble nous intéresse. Ce point, on l'appelle souvent le point matériel M, et on le place en pratique au centre de l'objet.

DÉFINITION

Le système est l'objet (ou l'ensemble d'objets) dont on étudie le mouvement. Quand ses dimensions sont négligeables devant le déplacement étudié, on le modélise par un point matériel M, supposé porter toute la matière du système.

Exemple 1. Pour étudier le trajet du train Al Boraq entre Tanger et Casablanca, long de plus de 300 km, on modélise le train — pourtant long de 200 m — par un seul point. Ses 200 m sont négligeables devant les 300 km du parcours. En revanche, si l'on voulait étudier comment le train s'incline dans un virage, le réduire à un point ferait perdre l'information cherchée : le choix du modèle dépend de la question.

Le référentiel : par rapport à quoi on observe

Décrire un mouvement suppose un observateur, et cet observateur est lié à un objet de référence : le sol, la rame, un quai. Cet objet de référence, muni d'une horloge pour dater les instants, constitue le référentiel.

DÉFINITION

Un référentiel est un objet de référence (supposé fixe) par rapport auquel on décrit le mouvement, associé à une horloge qui mesure le temps. Le référentiel terrestre, lié au sol de la Terre, est le plus courant ; on rencontre aussi le référentiel géocentrique (lié au centre de la Terre) et le référentiel héliocentrique (lié au Soleil).

Exemple 2. Le voyageur assis dans le tramway choisit, sans y penser, le référentiel lié à la rame : dans ce référentiel, son voisin est immobile. Le piéton sur le trottoir choisit le référentiel terrestre : dans ce référentiel, le voisin avance avec la rame. Aucun des deux ne se trompe ; ils ont simplement choisi des référentiels différents.

La relativité du mouvement

De là découle une vérité que tu as effleurée au collège et qu'il faut maintenant énoncer avec netteté : un même objet peut être immobile dans un référentiel et en mouvement dans un autre. Le mouvement n'existe pas « en soi » ; il existe toujours relativement à un référentiel choisi. Préciser le référentiel n'est donc pas une formalité administrative : c'est ce qui donne un sens à la phrase « cet objet bouge ».

À noter. Décrire un mouvement sans préciser le référentiel est une phrase incomplète, exactement comme donner une heure sans dire de quel fuseau. La toute première question d'un physicien devant un mouvement est : dans quel référentiel ?

Le piège de Salma : croire qu'il existe un mouvement « absolu »

Salma affirme : « Le voisin du voyageur, en vrai, il bouge, puisque le tramway roule. » Elle pose un mouvement vrai, absolu, indépendant de l'observateur. C'est précisément l'erreur que ce chapitre combat. Dans le référentiel de la rame, le voisin est réellement immobile : sa distance au voyageur ne change pas d'un centimètre. Dans le référentiel terrestre, il est réellement en mouvement. Les deux descriptions sont également valables ; aucune n'est « la vraie ». Il n'y a pas de mouvement absolu, seulement des mouvements relatifs à des référentiels. Tu retrouveras cette idée, poussée à l'extrême, dans la relativité d'Einstein.

À RETENIR

Le système est l'objet étudié, souvent modélisé par un point M. On décrit toujours son mouvement par rapport à un référentiel (objet de référence + horloge). Le mouvement est relatif : il dépend du référentiel choisi, et il n'existe pas de mouvement absolu.

Vecteur position et trajectoire

Une fois le référentiel choisi, il faut pouvoir dire se trouve le point M à chaque instant, et avec assez de précision pour calculer ensuite des vitesses. Un mot comme « près de la station » ne suffit pas : il faut des nombres. C'est le rôle du repère.

Repérer la position par un vecteur

On munit le référentiel d'un repère : une origine O (un point fixe choisi une fois pour toutes) et des axes orientés. La position du point M est alors entièrement décrite par le vecteur position OM, la flèche qui part de l'origine et pointe vers M.

DÉFINITION

Le vecteur position OM repère le point M par rapport à l'origine O du repère. Dans un repère à deux axes (O,x,y), il se lit par les coordonnées (xM,yM) de M : xM est sa position le long de l'axe horizontal, yM le long de l'axe vertical. Sa valeur OM (la distance de O à M) se calcule par OM=xM2+yM2.

Exemple 1. Dans un repère où l'origine O est la station de départ, une rame se trouve, à un instant donné, en M de coordonnées xM=400 m et yM=300 m. Le vecteur position OM pointe vers ce point, et la rame est à la distance OM=4002+3002=250000=500 m de la station. Un mouvement le long d'une voie droite se décrit souvent avec un seul axe : on n'écrit alors que xM.

La trajectoire : l'ensemble des positions

À mesure que le temps s'écoule, le point M occupe des positions successives M0,M1,M2, La courbe qui relie toutes ces positions est la trajectoire : c'est la trace, le « chemin » dessiné par le point dans le référentiel choisi.

DÉFINITION

La trajectoire d'un point M, dans un référentiel donné, est l'ensemble des positions successives qu'il occupe au cours du temps. Une trajectoire rectiligne est une droite ; une trajectoire circulaire est un cercle ; sinon elle est curviligne quelconque.

Exemple 2. La rame du tramway, qui suit une voie droite entre deux stations, a une trajectoire rectiligne dans le référentiel terrestre. Une cabine de la grande roue d'un parc, elle, a une trajectoire circulaire. Le ballon que tu lances suit une trajectoire curviligne (une parabole, comme tu le verras en terminale).

La chronophotographie

Comment obtient-on concrètement ces positions successives ? Par une chronophotographie : on photographie le système à intervalles de temps réguliers τ (souvent quelques centièmes de seconde) sur une même image. Chaque éclair fige une position ; l'image finale montre une suite de points M0,M1,M2, régulièrement datés.

DÉFINITION

Une chronophotographie est une image montrant les positions successives d'un système, prises à intervalle de temps constant τ. L'intervalle τ entre deux positions consécutives est connu et identique partout sur l'image.

La chronophotographie est une mine d'informations. L'allure de la trajectoire se lit directement (alignés rectiligne ; sur un cercle circulaire). Et l'espacement des points renseigne sur la vitesse : comme τ est constant, des points resserrés signalent que le système a peu avancé en un temps τ (donc lentement), des points espacés qu'il a beaucoup avancé (donc vite). Un mouvement rectiligne à points régulièrement espacés est dit uniforme ; si l'espacement augmente, le mouvement accélère ; s'il diminue, il ralentit.

Chronophotographie d'une bille sur un rail horizontal puis incliné Sept positions successives M0 à M6 d'une bille, repérées à intervalle de temps constant tau = 40 ms. Sur la partie horizontale du rail, les points M0, M1, M2 sont régulièrement espacés : le mouvement est uniforme. À partir de M2, le rail descend et les espacements entre points croissent vers la droite : la bille accélère. Une droite pointillée matérialise la trajectoire passant par tous les points, et une accolade sous deux points consécutifs désigne l'intervalle tau. M0 M1 M2 M3 M4 M5 M6 intervalle τ uniforme accélère τ = 40 ms entre deux points : points resserrés = lent, points espacés = rapide
Chronophotographie d'une bille : positions à intervalles de temps égaux

Le piège de Salma : confondre trajectoire et distance parcourue

Devant une trajectoire circulaire, Salma écrit « le mobile est revenu à son point de départ, donc il n'a pas bougé ». Elle confond la distance parcourue (la longueur du chemin réellement suivi, ici tout le tour du cercle) avec le déplacement (la flèche du point de départ au point d'arrivée, ici nulle). Un coureur qui boucle un tour de stade a parcouru 400 m tout en revenant à son point de départ : sa distance parcourue vaut 400 m, son déplacement est nul. La trajectoire décrit le chemin, pas seulement les extrémités. Ne réduis jamais une trajectoire à ses deux bouts.

À RETENIR

Dans un repère (O,x,y), la position de M est donnée par le vecteur position OM de coordonnées (xM,yM). La trajectoire est l'ensemble des positions successives (rectiligne, circulaire ou curviligne). Une chronophotographie (positions à intervalle τ constant) en révèle l'allure et, par l'espacement des points, la vitesse.

Le vecteur vitesse

Au collège, la vitesse était un seul nombre : v=dΔt. Ce nombre dit « à quelle allure », mais il reste muet sur où l'on va. Or, sur une trajectoire courbe, la direction du mouvement change à chaque instant et compte autant que l'allure. Pour décrire complètement la vitesse, il faut donc un objet qui porte trois informations à la fois : une valeur, une direction et un sens. Cet objet est un vecteur.

De la vitesse moyenne au vecteur vitesse

Entre deux positions Mi et Mj séparées d'une durée Δt, la vitesse moyenne vaut vmoy=MiMjΔt, où MiMj est la distance entre les deux points. Mais comme la vitesse change le long du trajet, cette moyenne lisse les variations. On veut la vitesse à un instant précis : le vecteur vitesse instantané.

DÉFINITION

Le vecteur vitesse v d'un point M à un instant donné est un vecteur dont :

  • la direction est tangente à la trajectoire au point M ;
  • le sens est celui du mouvement ;
  • la valeur (ou norme) v, en mètres par seconde (m/s), mesure l'allure à cet instant.

La direction tangente est essentielle : à tout instant, le système « va tout droit dans la direction où il file », même si la trajectoire courbe juste après. Pense à une bille lâchée d'une fronde tournante : elle part en ligne droite, tangente au cercle, dans le sens où elle tournait.

Exemple 1. Sur une autoroute rectiligne entre Rabat et Kénitra, une voiture roule à 108 km/h. Convertissons en unité SI : v=108 km/h=108 000 m3600 s=30 m/s. Son vecteur vitesse v a pour valeur 30 m/s, pour direction celle de la route (rectiligne, donc la tangente est la route elle-même), et pour sens celui de Rabat vers Kénitra. Retiens la conversion : diviser par 3,6 fait passer des km/h aux m/s (1083,6=30).

Construire v à partir d'une chronophotographie

Sur une chronophotographie, on ne dispose que de positions ; comment en tirer le vecteur vitesse au point Mi ? On utilise les deux points qui l'encadrent, Mi1 et Mi+1. Le vecteur Mi1Mi+1 pointe bien dans le sens du mouvement et, sur une trajectoire pas trop courbée, sa direction approche la tangente en Mi. Comme il couvre deux intervalles de temps (de Mi1 à Mi+1, soit 2τ), on divise par 2τ :

viMi1Mi+12τ.

MÉTHODE

Pour tracer vi sur une chronophotographie : on mesure la longueur Mi1Mi+1 (avec l'échelle de l'image), on la divise par 2τ pour obtenir la valeur vi, puis on dessine au point Mi une flèche tangente à la trajectoire, dans le sens du mouvement, de longueur proportionnelle à vi selon une échelle des vitesses choisie (par exemple 1 cm pour 1 m/s).

Exemple 2. Une chronophotographie a τ=40 ms=0,040 s. Pour le point M3, on mesure M2M4=2,4 cm sur l'image, qui correspondent (échelle de l'image) à 0,12 m réels. Alors v3M2M42τ=0,122×0,040=0,120,080=1,5 m/s. Avec l'échelle des vitesses 1 cm1 m/s, on trace en M3 une flèche de 1,5 cm, tangente et orientée dans le sens du mouvement.

Vecteurs vitesse tangents à une trajectoire curviligne Trajectoire curviligne en arc descendant doux portant sept points M0 à M6. Au point M3, le vecteur vitesse v3 est tracé en terracotta, tangent à la trajectoire et orienté vers M4, dans le sens du mouvement. Le segment M2M4 dont v3 est issu apparaît en pointillés gris. Les vecteurs vitesse v1 et v5 sont aussi tracés : v1 plus court car la bille va moins vite, v5 plus long car elle va plus vite, ce qui montre que la longueur de la flèche code la valeur de la vitesse. Une échelle des vitesses (1 cm pour 1 m/s) figure en bas à droite et une échelle des distances en bas à gauche. M₂M₄ M₀ M₁ M₂ M₃ M₄ M₅ M₆ v₁ v₃ v₅ distances 1 cm ↔ 1 m/s le vecteur vitesse est tangent à la trajectoire ; sa longueur code la valeur de la vitesse
Vecteurs vitesse tangents à une trajectoire curviligne

Le piège de Salma : confondre vitesse nulle et vecteur vitesse constant

Salma lit « le mouvement est uniforme » et conclut « le vecteur vitesse ne change pas ». Attention au mot uniforme : il signifie seulement que la valeur v reste constante, pas que le vecteur v reste constant. Sur un manège qui tourne à allure régulière, la valeur de la vitesse ne bouge pas — mais sa direction (tangente) tourne sans cesse, donc le vecteur vitesse change à chaque instant. Un vecteur ne reste constant que si ses trois caractéristiques le restent : valeur, direction et sens. C'est uniquement dans un mouvement rectiligne uniforme que le vecteur vitesse est vraiment constant. Cette nuance est la clé du chapitre suivant.

À RETENIR

Le vecteur vitesse v a une valeur v (en m/s), une direction tangente à la trajectoire, et un sens celui du mouvement. Sur une chronophotographie, viMi1Mi+12τ. Uniforme qualifie la valeur ; le vecteur, lui, n'est constant qu'en mouvement rectiligne uniforme.

Le vecteur variation de vitesse

Si le vecteur vitesse change — en valeur, en direction, ou les deux — c'est qu'il se passe quelque chose. En terminale, tu apprendras que ce « quelque chose », ce sont les forces : la deuxième loi de Newton relie directement la variation du vecteur vitesse aux forces qui s'exercent. Dès maintenant, on apprend à mesurer et à construire cette variation. C'est le dernier outil descriptif du chapitre, et le pont vers toute la dynamique.

Définir la variation de vitesse

Entre deux instants consécutifs d'une chronophotographie, le vecteur vitesse passe de vi à vi+1. Leur différence est le vecteur variation de vitesse.

DÉFINITION

Le vecteur variation de vitesse entre deux instants consécutifs i et i+1 est Δv=vi+1vi. C'est un vecteur (en m/s). Il est nul si et seulement si le vecteur vitesse n'a pas changé entre les deux instants.

Exemple 1. Sur une trajectoire rectiligne, une voiture passe de vi=20 m/s à vi+1=26 m/s dans le même sens. Comme direction et sens sont inchangés, la variation se calcule sur les seules valeurs : la norme de Δv vaut 2620=6 m/s, et Δv pointe dans le sens du mouvement (le mobile accélère). Si la voiture freinait de 26 à 20 m/s, Δv aurait la même norme 6 m/s mais pointerait vers l'arrière, en sens inverse du mouvement.

Construire Δv par la relation de Chasles

En général, vi et vi+1 n'ont ni la même direction ni la même valeur : on ne peut pas se contenter de soustraire des nombres, il faut construire géométriquement. On réécrit la définition à l'aide de la relation de Chasles, vue en mathématiques : Δv=vi+1vi=vi+1+(vi).

MÉTHODE

Pour construire Δv géométriquement :

  1. on reporte les deux vecteurs vi et vi+1 à partir d'une même origine ;
  2. on trace l'opposé vi (même longueur que vi, sens contraire) ;
  3. on ajoute vi+1 et vi bout à bout : le vecteur qui ferme le tracé est Δv. De façon équivalente, Δv est le vecteur qui va de l'extrémité de vi à l'extrémité de vi+1 lorsqu'on place les deux vecteurs à partir de la même origine.

Construction du vecteur variation de vitesse Δv À gauche, un point M3 sur une trajectoire courbe porte les vecteurs vitesse v3 et v4 tracés tangents en terracotta. À droite, la construction est isolée : v3 et v4 sont reportés depuis une même origine O', l'opposé moins v3 est tracé en pointillés (terracotta clair, de sens contraire à v3), et le vecteur variation de vitesse Δv = v4 − v3 est tracé en violet, de l'extrémité de v3 à l'extrémité de v4. Il pointe vers l'intérieur de la courbe. Une échelle des vitesses est rappelée. sur la trajectoire M₃ M₄ v₃ v₄ construction de Δv O' v₃ v₄ −v₃ Δv Δv = v₄ − v₃ 1 cm ↔ 1 m/s Δv ferme le tracé de l'extrémité de vᵢ à l'extrémité de vᵢ₊₁ ; il pointe vers l'intérieur de la courbe
Construction du vecteur variation de vitesse Δv

Exemple 2. Sur une trajectoire circulaire uniforme (manège), vi et vi+1 ont la même valeur mais des directions différentes (les tangentes tournent). Leur différence Δv n'est donc pas nulle, bien que la valeur de la vitesse ne change pas : la construction de Chasles donne un petit vecteur dirigé vers le centre du cercle. Voilà la preuve, par le dessin, que « uniforme » ne veut pas dire « vitesse constante » au sens vectoriel.

Ce que la direction de Δv révèle

La direction du vecteur variation de vitesse n'est pas un détail : elle raconte ce qui agit sur le système. Si Δv pointe dans le sens du mouvement, le mobile accélère ; en sens inverse, il ralentit ; perpendiculairement (vers le centre, sur un cercle), seule la direction du mouvement tourne. Et c'est exactement là que le chapitre tend la main au futur : en terminale, la deuxième loi de Newton dira que Δv a la même direction et le même sens que la somme des forces exercées sur le système. Mesurer Δv aujourd'hui, c'est apprendre à lire les forces de demain.

Le piège de Karim : additionner les valeurs au lieu des vecteurs

Karim veut la variation de vitesse d'un palet qui rebondit contre une bande : il arrive à 3 m/s et repart à 3 m/s. Il écrit « Δv=33=0, la vitesse n'a pas varié ». C'est faux, et dangereusement. Les deux vecteurs ont la même valeur, mais des sens opposés : vi+1=vi. Donc Δv=vi+1vi=(vi)vi=2vi, de norme 2×3=6 m/s, dirigée à l'opposé de la vitesse d'arrivée. Le rebond change radicalement le vecteur vitesse, même si sa valeur est conservée. On ne soustrait jamais des valeurs quand les directions ou les sens diffèrent : on soustrait des vecteurs, par Chasles.

À RETENIR

Le vecteur variation de vitesse Δv=vi+1vi se construit par la relation de Chasles (il va de l'extrémité de vi à celle de vi+1). Sa direction indique comment le mouvement change : sens du mouvement (accélère), sens inverse (ralentit), perpendiculaire (la direction tourne). En terminale, il pointera dans le sens de la somme des forces.

Pièges classiques

1. Décrire un mouvement sans préciser le référentiel. « La voiture roule à 90 km/h » sous-entend « par rapport au sol ». Tant qu'on ne le dit pas, la phrase est incomplète : le même objet peut être immobile dans un référentiel et mobile dans un autre. Le mouvement est relatif, jamais absolu.

2. Croire qu'un objet a une trajectoire unique. La trajectoire dépend du référentiel. La valve d'une roue de vélo décrit un cercle dans le référentiel du cycliste, mais une courbe ondulante (une cycloïde) dans le référentiel terrestre. Changer de référentiel change la trajectoire.

3. Confondre distance parcourue et déplacement. La distance parcourue est la longueur du chemin réellement suivi ; le déplacement est la flèche du départ à l'arrivée. Sur un tour complet, la distance parcourue est tout le tour, mais le déplacement est nul. Une trajectoire ne se réduit pas à ses deux extrémités.

4. Oublier que le vecteur vitesse est tangent à la trajectoire. Le vecteur vitesse n'est jamais dirigé vers le centre d'un cercle ni « vers l'intérieur » de la courbe : il est toujours tangent, dans le sens du mouvement. Le confondre avec une autre direction fausse toute construction.

5. Croire que « mouvement uniforme » signifie « vecteur vitesse constant ». Uniforme qualifie la seule valeur de la vitesse. En mouvement circulaire uniforme, la valeur ne change pas mais la direction (donc le vecteur) tourne en permanence. Le vecteur vitesse n'est constant qu'en mouvement rectiligne uniforme.

6. Soustraire des valeurs de vitesse au lieu des vecteurs. Δv=vi+1vi est une différence de vecteurs, à construire par Chasles. On ne peut soustraire les seules valeurs (vi+1vi) que si les deux vitesses ont même direction et même sens. Dès qu'une direction ou un sens diffère, il faut dessiner.

Application concrète

Au lycée de Casablanca, Amine étudie le mouvement d'un palet lancé sur une table à coussin d'air. Il en obtient une chronophotographie où les positions M0,M1,M2,M3,M4 sont prises à l'intervalle régulier τ=50 ms=0,050 s. Les distances réelles entre points consécutifs, mesurées via l'échelle de l'image, valent : M0M1=5,0 cm, M1M2=7,0 cm, M2M3=9,0 cm, M3M4=11,0 cm. Les points sont alignés : la trajectoire est rectiligne. Amine veut décrire ce mouvement complètement.

Étape 1 — Choisir le référentiel et le système. Amine étudie le palet (le système), modélisé par son centre, un point M. Le référentiel est celui de la table (référentiel terrestre du laboratoire), muni de l'horloge qui cadence la chronophotographie à τ=0,050 s.

Étape 2 — Lire l'allure du mouvement. Les points sont alignés : trajectoire rectiligne. Les écarts entre points consécutifs augmentent (5,0, puis 7,0, puis 9,0, puis 11,0 cm) : à intervalle de temps égal, le palet parcourt de plus en plus de distance. Le mouvement est donc rectiligne accéléré (pas uniforme).

Étape 3 — Calculer les valeurs des vecteurs vitesse. On applique viMi1Mi+12τ aux points encadrés. v1=M0M22τ=(5,0+7,0)×1022×0,050=0,120,10=1,2 m/s. v2=M1M32τ=(7,0+9,0)×1020,10=0,160,10=1,6 m/s. v3=M2M42τ=(9,0+11,0)×1020,10=0,200,10=2,0 m/s. Les valeurs croissent : cela confirme l'accélération lue à l'étape 2.

Étape 4 — Tracer les vecteurs vitesse. En chaque point M1,M2,M3, Amine dessine une flèche tangente (ici, le long de la droite, dans le sens du mouvement), de longueur proportionnelle à la valeur. Avec l'échelle des vitesses 1 cm0,5 m/s, cela donne des flèches de 2,4 cm, 3,2 cm et 4,0 cm : de plus en plus longues, image visuelle de l'accélération.

Étape 5 — Construire le vecteur variation de vitesse. Entre M1 et M2, comme le mouvement est rectiligne et de même sens, la variation se lit sur les valeurs : Δv12=v2v1=1,61,2=0,4 m/s. Entre M2 et M3 : Δv23=v3v2=2,01,6=0,4 m/s. Dans les deux cas, Δv pointe dans le sens du mouvement (le palet accélère) et a la même norme 0,4 m/s : la variation de vitesse est régulière.

Conclusion. En quelques mesures, Amine a décrit entièrement le mouvement : système et référentiel fixés, trajectoire rectiligne, mouvement accéléré, vecteurs vitesse calculés et tracés, variation de vitesse constante dirigée vers l'avant. Ce dernier résultat — un Δv constant, vers l'avant — est exactement ce qu'en terminale la deuxième loi de Newton attribuera à une force constante vers l'avant (par exemple une légère pente). Décrire le mouvement aujourd'hui, c'est préparer l'explication de demain.

À retenir

À RETENIR

Le système étudié est souvent modélisé par un point M, et son mouvement se décrit toujours par rapport à un référentiel (objet de référence + horloge). Le mouvement est relatif : il dépend du référentiel, et il n'existe pas de mouvement absolu.

À RETENIR

La position de M est donnée par le vecteur position OM de coordonnées (xM,yM) ; la trajectoire est l'ensemble de ses positions successives (rectiligne, circulaire ou curviligne). Une chronophotographie (intervalle τ constant) en révèle l'allure et la vitesse par l'espacement des points.

À RETENIR

Le vecteur vitesse v porte une valeur v (en m/s), une direction tangente à la trajectoire et un sens celui du mouvement. Sur une chronophotographie : viMi1Mi+12τ. Conversion utile : km/h÷3,6=m/s.

À RETENIR

Le vecteur variation de vitesse Δv=vi+1vi se construit par la relation de Chasles. Sa direction dit comment le mouvement change (accélère, ralentit, ou tourne) et annonce, en terminale, la direction de la somme des forces.

Ce chapitre prépare à