Arithmétique et ensembles de nombres
Tu passes en 1ʳᵉ ?Consolide la 2ⁿᵈᵉ avant d'attaquer les spécialités.Multiples, diviseurs et division euclidienne
Tu sais depuis le collège qu'une division « tombe juste » ou non : se partage en parts égales de , mais laisse un reste. En Seconde, on transforme cette intuition en un énoncé précis, valable pour tous les entiers, qui sera le point de départ de toute l'arithmétique.
Soient et deux entiers, avec . On dit que divise (ou que est un diviseur de , ou encore que est un multiple de ) lorsqu'il existe un entier tel que . On note alors .
L'idée clé, c'est l'existence d'un entier : tout repose sur le fait que le partage se fait sans reste. Diviseur et multiple sont les deux faces d'une même pièce, exactement comme tu l'avais vu en 5ᵉ.
Exemple 1. divise , car . Ici . On peut donc dire indifféremment : « est un diviseur de » ou « est un multiple de ».
Exemple 2. ne divise pas , car aucun entier ne vérifie (on a et , jamais ).
Exemple 3. divise tout entier , puisque . Et tout entier non nul se divise lui-même, puisque .
La division euclidienne : quand ça ne tombe pas juste
Quand ne divise pas , le partage laisse un reste. La division euclidienne formalise exactement cette situation, et c'est l'un des théorèmes les plus utilisés de toute l'arithmétique.
Soient un entier positif et un entier strictement positif. Il existe un unique couple d'entiers tel que L'entier s'appelle le quotient, et le reste.
La condition est essentielle : c'est elle qui rend le couple unique. Le reste est toujours strictement plus petit que le diviseur.
Exemple 4. Divisons par . On a , avec et . On vérifie bien . Dire que « divise » reviendrait à dire que le reste est nul — ce qui est faux ici.
Exemple 5. Divisons par . On a , donc et . Le reste est nul : cela signifie précisément que divise .
Tu vois le lien : divise si et seulement si le reste de la division euclidienne de par est nul. La divisibilité n'est qu'un cas particulier de la division euclidienne, celui où .
Le piège du reste « négatif »
Karim veut diviser par et écrit . Le calcul est juste numériquement, mais ce n'est pas la division euclidienne : le reste ne vérifie pas . La seule écriture correcte est , avec et . Le reste doit toujours être positif et strictement inférieur au diviseur, sinon l'unicité du théorème s'effondre.
Diviser, c'est écrire avec ; ce couple est unique, et divise exactement quand .
Parité et critères de divisibilité
Avant de poser une division, on peut souvent savoir d'avance si elle va tomber juste. C'est tout l'intérêt des critères de divisibilité : un coup d'œil aux chiffres suffit. Le plus simple d'entre eux distingue les entiers en deux familles, les pairs et les impairs.
Un entier est pair s'il est divisible par , c'est-à-dire s'il s'écrit pour un certain entier . Il est impair sinon, et s'écrit alors .
Cette écriture ou est précieuse : elle te permet de raisonner sur la parité, pas seulement de la constater. C'est exactement le genre d'outil que tu mobiliseras pour démontrer des propriétés en spécialité maths.
Exemple 1. est pair, car . C'est un point que beaucoup oublient : zéro est un entier pair parfaitement légitime.
Exemple 2. Le carré d'un nombre impair est impair. En effet, si , alors , qui est bien de la forme .
Les critères à connaître par cœur
Un entier est divisible :
- par si son chiffre des unités est , , , ou ;
- par si son chiffre des unités est ou ;
- par si son chiffre des unités est ;
- par si la somme de ses chiffres est divisible par ;
- par si la somme de ses chiffres est divisible par ;
- par si le nombre formé par ses deux derniers chiffres est divisible par .
Exemple 3. est-il divisible par ? Somme des chiffres : , et est divisible par . Donc oui. Comme est même divisible par , le nombre l'est aussi.
Exemple 4. est-il divisible par ? On regarde ses deux derniers chiffres : , qui est divisible par . Donc oui, est divisible par .
Exemple 5. se termine par , donc divisible par ; mais il est impair, donc pas par , donc pas par .
Le piège de « divisible par 3 et par 2 donc par 6 »
Ici la règle marche, mais pour une raison précise qu'il faut comprendre : et n'ont aucun diviseur commun autre que . Salma en déduit trop vite que « divisible par et par donne divisible par ». C'est faux : est divisible par et par , mais pas par . La combinaison des critères ne fonctionne que pour des diviseurs sans facteur commun. Retiens le contre-exemple plutôt que la fausse règle.
Les critères de divisibilité par , , , , et s'évaluent sur les chiffres seuls, sans poser de division ; combiner deux critères ne donne le suivant que si les diviseurs n'ont aucun facteur commun.
Nombres premiers et décomposition
Parmi tous les entiers, certains résistent à toute factorisation : on ne peut pas les écrire comme un produit de deux entiers plus petits que . Ce sont les nombres premiers, les briques élémentaires à partir desquelles tous les autres se construisent.
Un nombre premier est un entier supérieur ou égal à qui admet exactement deux diviseurs : et lui-même.
Le nombre n'est pas premier : il n'a qu'un seul diviseur, lui-même. Cette exclusion n'est pas un caprice, elle est indispensable pour que la décomposition d'un nombre soit unique, comme tu vas le voir.
Exemple 1. Les nombres premiers inférieurs à sont : Le seul nombre premier pair est : tout autre nombre pair a comme troisième diviseur.
Exemple 2. est-il premier ? Sa somme des chiffres vaut , divisible par . Donc divise (), et n'est pas premier. Attention : être impair ne suffit pas à être premier.
Tester la primalité jusqu'à la racine
Pour vérifier qu'un nombre est premier, on le teste par les premiers successifs Mais il est inutile d'aller au-delà de : si avait un diviseur plus grand que , le diviseur complémentaire serait plus petit que et on l'aurait déjà trouvé.
Exemple 3. est-il premier ? On a , donc on teste les premiers jusqu'à : (non, impair), (somme , non), (non, ne finit ni par ni par ), (, , non). Aucun ne divise : il est premier.
Tout entier supérieur ou égal à s'écrit de manière unique comme produit de nombres premiers (à l'ordre des facteurs près).
C'est la « carte d'identité » d'un nombre : sa décomposition le caractérise complètement du point de vue de la divisibilité.
Exemple 4. Décomposons . On divise par les premiers successifs : Donc , et cette écriture est la seule possible.
Un nombre premier a exactement deux diviseurs ; n'est pas premier ; tout entier se décompose de façon unique en produit de facteurs premiers, et il suffit de tester les diviseurs jusqu'à pour conclure sur sa primalité.
Fractions irréductibles et PGCD
Quand tu manipules , tu sens bien qu'on peut « simplifier ». Mais simplifier au hasard est lent et risqué. La décomposition en facteurs premiers donne la méthode propre et définitive, via la notion de plus grand diviseur commun.
Le PGCD de deux entiers positifs et , noté , est le plus grand entier qui divise à la fois et .
Exemple 1. Les diviseurs communs de et sont , , et ; le plus grand est , donc .
Calculer le PGCD par décomposition
Pour obtenir :
- décompose et en facteurs premiers ;
- garde les facteurs premiers communs aux deux décompositions ;
- prends chacun avec sa plus petite puissance présente ;
- multiplie : c'est le PGCD.
Exemple 2. . On décompose : et . Facteurs communs : , et , avec les plus petites puissances , , . Donc
Une fraction est dite irréductible lorsque son numérateur et son dénominateur n'ont plus aucun diviseur commun autre que , autrement dit lorsque leur PGCD vaut . On dit alors que ces deux entiers sont premiers entre eux.
Pour rendre une fraction irréductible, on divise numérateur et dénominateur par leur PGCD. Le résultat est irréductible en une seule étape.
Exemple 3. Simplifions . Comme : Et est irréductible, car et sont premiers entre eux.
Le piège de la simplification « terme à terme »
Amine veut simplifier et « barre les » pour écrire . C'est faux : on ne simplifie une fraction qu'en divisant le numérateur entier et le dénominateur entier par un même nombre, jamais en supprimant un terme d'une somme. Ici , qui est déjà irréductible. La simplification porte sur des facteurs, jamais sur des termes additionnés.
Le PGCD se lit sur les décompositions (facteurs communs à la plus petite puissance) ; diviser numérateur et dénominateur par leur PGCD rend la fraction irréductible d'un coup ; on simplifie des facteurs, jamais des termes d'une somme.
Les ensembles de nombres : ℕ, ℤ, 𝔻, ℚ, ℝ
Depuis le collège, ta collection de nombres n'a cessé de s'agrandir : d'abord pour compter, puis pour soustraire, diviser, mesurer. En Seconde, on range définitivement ces nombres dans des ensembles emboîtés, et on nomme chacun par sa lettre officielle. C'est un vocabulaire que tu utiliseras toute ta scolarité.
On distingue cinq ensembles emboîtés de nombres :
- , les entiers naturels :
- , les entiers relatifs : les naturels et leurs opposés,
- , les décimaux : les nombres ayant une écriture décimale finie ;
- , les rationnels : les nombres s'écrivant avec et (le symbole désigne l'ensemble privé de , donc entier non nul) ;
- , les réels : tous les nombres de la droite graduée.
Ces ensembles sont emboîtés les uns dans les autres : Chaque inclusion est stricte : à chaque étage on gagne de nouveaux nombres.
Exemple 1. appartient à , donc aussi à tous les ensembles plus grands : .
Exemple 2. appartient à mais pas à (il est négatif). C'est un nombre que Karim utiliserait pour noter une température à Ifrane un matin d'hiver : .
Exemple 3. est décimal : il appartient à mais pas à . On peut l'écrire .
Le piège de : rationnel mais pas décimal
La frontière entre et est subtile. Le nombre est un rationnel parfaitement légitime, mais son écriture décimale ne s'arrête jamais : ce n'est pas un décimal. Pour savoir si une fraction irréductible est décimale, on regarde le dénominateur : la fraction est décimale si et seulement si ne contient, dans sa décomposition, que des facteurs et .
Exemple 4. est décimal, car : effectivement . En revanche ne l'est pas, car contient un facteur .
Et tous les réels ne sont pas rationnels : et ont une écriture décimale infinie non périodique, ils appartiennent à mais pas à . On les appelle nombres irrationnels. Tu démontreras l'irrationalité de plus tard dans l'année.
, chaque inclusion étant stricte ; une fraction irréductible est décimale exactement quand son dénominateur ne contient que des facteurs et .
Pièges classiques
Piège 1 : confondre diviseur et multiple. Dire « est un diviseur de » est faux : c'est qui divise . Le diviseur est toujours plus petit ou égal au nombre qu'il divise. Garde en tête l'écriture : c'est , le facteur, qui divise , le produit.
Piège 2 : oublier la condition sur le reste. Dans la division euclidienne, le reste doit vérifier . Écrire n'est pas une division euclidienne valide : le reste y est négatif. La seule écriture correcte est .
Piège 3 : croire que tout nombre impair est premier. , , et sont impairs mais composés. Être impair élimine seulement le facteur ; il reste à tester , , … jusqu'à .
Piège 4 : mettre dans une décomposition. Le nombre n'est pas premier. Écrire comme décomposition en facteurs premiers est une faute : la décomposition correcte est . Le n'apporte rien et casserait l'unicité.
Piège 5 : simplifier une somme terme à terme. On ne « barre » jamais un terme dans une somme : . La simplification ne s'applique qu'à des facteurs communs au numérateur et au dénominateur tout entiers.
Piège 6 : confondre rationnel et décimal. Tout décimal est rationnel, mais l'inverse est faux. est rationnel sans être décimal, car son écriture est infinie. Le test se fait sur le dénominateur de la fraction irréductible : seuls les facteurs et donnent un décimal.
Application concrète
Reprenons Yasmine et sa fête de fin d'année à Casablanca. Elle dispose de 84 jus d'orange et 126 cornes de gazelle, et veut composer des plateaux identiques : même nombre de jus et même nombre de gâteaux par plateau, sans aucun reste. Elle veut aussi connaître le coût d'un plateau, sachant qu'un jus coûte 4 dh et une corne de gazelle 3 dh.
Étape 1 — Traduire le problème en divisibilité. Le nombre de plateaux doit diviser (pour répartir les jus sans reste) et diviser (pour les gâteaux). C'est donc un diviseur commun de et . Pour avoir le plus grand nombre de plateaux possible, Yasmine cherche le plus grand diviseur commun : le PGCD.
Étape 2 — Décomposer en facteurs premiers. On applique la méthode de la leçon 3 : Les facteurs communs sont , et , chacun pris à sa plus petite puissance : , , .
Étape 3 — Calculer le PGCD et conclure sur les plateaux. Yasmine peut donc composer 42 plateaux identiques au maximum.
Étape 4 — Contenu de chaque plateau. On effectue les divisions euclidiennes, dont le reste est nul par construction : Chaque plateau contient donc 2 jus et 3 cornes de gazelle. Au passage, la proportion est la fraction irréductible obtenue en divisant par le PGCD : exactement le rapport jus/gâteaux par plateau.
Étape 5 — Coût d'un plateau. Un plateau coûte dh. Pour vérifier la cohérence, le coût total des 42 plateaux est dh, soit aussi dh. Les deux calculs concordent.
Conclusion. En une seule notion, le PGCD, Yasmine a résolu un problème de répartition équitable qui, traité « à la main », l'aurait obligée à lister tous les diviseurs des deux nombres. Cette logique de diviseurs communs est partout : logistique, découpage de grilles, réduction de fractions. Tu la retrouveras formalisée en spécialité maths, puis en prépa avec l'identité de Bézout et l'algorithme d'Euclide, qui calculent le PGCD sans même décomposer les nombres.
À retenir
divise s'il existe un entier tel que ; plus généralement la division euclidienne s'écrit avec , le couple est unique, et divise exactement quand .
Les critères de divisibilité (par , , , , , ) se lisent directement sur les chiffres ; un entier est pair s'il s'écrit , impair s'il s'écrit .
Un nombre premier a exactement deux diviseurs, n'est pas premier, et tout entier se décompose de manière unique en produit de facteurs premiers ; il suffit de tester les premiers jusqu'à pour conclure sur la primalité.
Le PGCD de deux entiers se calcule en gardant les facteurs premiers communs à leur plus petite puissance ; diviser numérateur et dénominateur par leur PGCD rend une fraction irréductible en une étape.
Les ensembles de nombres sont strictement emboîtés : , et une fraction irréductible est décimale si et seulement si son dénominateur ne contient que des facteurs et .