Balance, éprouvette et double hélice d'ADN entrelacées, style collage sobre aux tons chauds (palette Golden Summer Glow)
Illustration collage générée par programme
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Éthique des sciences

Objectif BacTout le programme de Terminale à réviser.

La science est-elle neutre ?

Il faut d'abord distinguer soigneusement deux choses que l'on confond sans cesse.

DÉFINITION

La distinction fait / valeur oppose ce qui est (les faits, que la science décrit et explique) à ce qui doit être (les valeurs, qui relèvent de la morale et de la politique). Une équation ne dit jamais si son application est bonne ou mauvaise.

En ce sens précis, la connaissance scientifique est neutre : l'énergie de fission libérée par l'uranium est un fait, ni bon ni mauvais en soi. Mais cette neutralité s'arrête net à la porte du laboratoire. Car choisir quoi chercher, avec quels financements, dans quel but, et que faire des résultats — ce sont là des décisions traversées de valeurs. Le philosophe Jürgen Habermas a montré que la science n'est jamais un pur regard désintéressé : elle est portée par des « intérêts » — technique, pratique, de puissance. Prétendre que la science est totalement neutre, c'est souvent une manière de refuser d'en assumer les choix.

À RETENIR

Le contenu d'une découverte est neutre (un fait n'est ni moral ni immoral) ; mais l'activité scientifique — ses choix, ses fins, ses usages — est saturée de valeurs. Confondre les deux neutralités est l'erreur à ne pas commettre.

La responsabilité du savant

De là naît la question de la responsabilité du savant. Longtemps, le chercheur put se dire simple découvreur : « je révèle la vérité, l'usage n'est pas mon affaire ». Le XXᵉ siècle a rendu cette posture intenable.

DÉFINITION

La responsabilité du savant désigne l'obligation morale du chercheur de considérer les conséquences possibles de ses travaux, et pas seulement leur validité scientifique. Elle prolonge la recherche du vrai par un souci du bien.

Le philosophe Hans Jonas, dans Le Principe responsabilité (1979), a fondé cette exigence sur un constat : la puissance technique de l'humanité est devenue telle qu'elle peut désormais menacer les conditions mêmes de la vie sur Terre et l'existence des générations futures. Il en tire un nouvel impératif, qui étend l'éthique dans le temps et l'espace : « Agis de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d'une vie authentiquement humaine sur Terre. » La responsabilité ne se limite plus à mes contemporains proches : elle englobe ceux qui ne sont pas encore nés et ne peuvent se défendre.

Exemple. Les physiciens qui signèrent le manifeste Russell-Einstein (1955), appelant à renoncer à la guerre nucléaire, incarnent cette responsabilité assumée : ceux qui avaient rendu la bombe possible se sentaient comptables de son avenir.

À RETENIR

Avec Jonas, l'éthique change d'échelle : la puissance inédite de la technoscience crée une responsabilité inédite, tournée vers l'avenir et vers ce qui est vulnérable.

Le principe de précaution : agir dans l'incertitude

Un outil est né de cette prise de conscience, souvent invoqué et presque toujours mal compris : le principe de précaution. Tu dois en connaître la définition rigoureuse, car les contresens sont constants.

DÉFINITION

Le principe de précaution stipule que l'absence de certitude scientifique complète ne doit pas servir de prétexte pour retarder des mesures visant à prévenir un risque de dommage grave et irréversible. Il s'applique dans l'incertitude, non dans l'ignorance ni face à un risque avéré.

Deux distinctions sont capitales. D'abord, précaution n'est pas prévention : la prévention gère un risque connu et mesurable (on connaît la probabilité), la précaution gère une menace plausible mais scientifiquement incertaine. Ensuite, le principe de précaution n'est pas un principe d'abstention : il ne dit pas « dans le doute, interdis tout ». Il commande d'agir de façon proportionnée et provisoire malgré l'incertitude, tout en poursuivant la recherche pour la lever. C'est un principe d'action prudente, pas de paralysie.

Le piège du principe de précaution

L'erreur la plus fréquente consiste à en faire un argument pour tout bloquer : « puisqu'on n'est pas sûr que ce soit sans danger, interdisons ». C'est un contresens et, souvent, une faute morale symétrique. Car ne pas agir a aussi des conséquences : refuser une innovation médicale incertaine, c'est accepter les morts que cette innovation aurait pu éviter. Une précaution bien comprise met en balance les risques de l'action et les risques de l'inaction. Invoquer la précaution pour justifier toute immobilité, c'est en trahir la lettre.

À RETENIR

Précaution ≠ prévention (incertain vs connu) et précaution ≠ abstention. Le principe commande d'agir avec mesure dans l'incertitude, pas de s'interdire d'agir.

La bioéthique : quand le vivant devient technique

Nulle part ces tensions ne sont plus vives que dans le champ du vivant. La bioéthique est née précisément parce que la biologie a cessé de seulement décrire la vie pour se mettre à la fabriquer et à la modifier.

DÉFINITION

La bioéthique est la réflexion sur les problèmes moraux soulevés par les avancées de la biologie et de la médecine — de la procréation à la fin de vie, de la génétique à la greffe. Elle cherche à encadrer le pouvoir technique sur le vivant humain.

Le cas d'école contemporain est l'édition du génome par CRISPR-Cas9, technique qui permet de « couper-coller » l'ADN avec une précision inédite. Sur des cellules somatiques (non transmissibles), elle promet de guérir des maladies génétiques. Mais appliquée aux cellules germinales — celles transmises à la descendance —, elle modifierait le patrimoine génétique de l'humanité pour toutes les générations suivantes. En 2018, l'annonce par un chercheur chinois de la naissance de bébés au génome modifié a provoqué une condamnation mondiale : une ligne rouge éthique avait été franchie sans débat ni consentement possible des principaux concernés — les générations futures, qui n'ont pas voix au chapitre.

Ce cas ravive une inquiétude ancienne, celle de l'eugénisme : une fois qu'on peut « améliorer » l'humain, qui décide de ce qu'est une amélioration ? Réparer une maladie et « augmenter » un être bien portant sont deux gestes que la même technique rend possibles, et dont la frontière est glissante.

À RETENIR

La bioéthique tient une ligne entre soigner et transformer, entre réparer et augmenter. Le pouvoir de modifier le vivant transmissible engage une humanité qui ne peut pas consentir : d'où l'exigence de prudence maximale.

La science elle-même a une éthique interne

Il ne faudrait pas croire que l'éthique n'intervient qu'en aval, sur les usages. La pratique scientifique est elle-même régie par des exigences morales sans lesquelles elle cesse d'être de la science. Le sociologue Robert Merton a décrit cet « esprit » : recherche désintéressée du vrai, mise en commun des résultats, scepticisme organisé, refus de l'argument d'autorité. Trahir ces normes n'est pas seulement mal agir, c'est corrompre la connaissance elle-même.

À RETENIR

La fraude scientifique — données truquées, résultats fabriqués, plagiat — n'est pas qu'une faute morale : elle sape le bien commun qu'est la vérité partagée, sur laquelle d'autres chercheurs et la société tout entière s'appuient.

C'est pourquoi les manquements à l'intégrité scientifique sont si graves : une étude falsifiée sur un vaccin ou un médicament peut coûter des vies et ruiner la confiance du public dans la science pour une génération. L'éthique du savant commence donc bien avant la question des applications : elle commence dans l'honnêteté du protocole, la transparence des données, la reconnaissance des travaux d'autrui. Vérité et probité y sont indissociables.

Qui décide ? Les garde-fous de la science

Puisque le savant seul ne peut porter ce poids, les sociétés ont inventé des institutions de délibération collective. Le consentement éclairé protège la personne qui se prête à une recherche ; les comités d'éthique — au Maroc, un Comité consultatif national d'éthique existe pour les sciences de la vie et de la santé — soumettent les protocoles à un jugement pluridisciplinaire ; des moratoires suspendent des recherches jugées prématurées. L'idée commune est que les questions posées par la science ne se tranchent pas dans la science : elles relèvent d'un débat démocratique, où médecins, juristes, philosophes et citoyens ont leur mot à dire. La compétence technique ne confère aucune autorité morale supérieure — un point que tu peux défendre avec force au Grand Oral.

À toi de réfléchir

Deux angles pour un exposé ou le Grand Oral :

  • Un chercheur qui découvre un savoir dangereux est-il responsable des usages qu'en font d'autres ? Faut-il aller jusqu'à dire, avec certains, qu'il existe des connaissances qu'il vaudrait mieux ne pas produire — ou une telle idée trahit-elle la vocation même de la science, qui est de chercher le vrai sans entrave ?
  • Le principe de précaution nous demande d'agir prudemment dans l'incertitude. Mais toute innovation majeure est incertaine à ses débuts. Comment une société peut-elle se protéger des risques graves sans étouffer les avancées qui la sauveront demain — et qui devrait, selon toi, arbitrer ce dilemme : les scientifiques, les politiques, ou les citoyens ?