
C'est Marseille bébé : l'histoire de Marseille racontée aux collégiens et lycéens
Massalia, la colonie grecque (vers 600 av. J.-C.)
Vers 600 av. J.-C., des marins grecs venus de Phocée, en Asie Mineure (l'actuelle Turquie), s'installent dans une calanque abritée : le Lacydon, aujourd'hui le Vieux-Port. Ils fondent Massalia. C'est pour ça qu'on dit encore « la cité phocéenne ».
La légende raconte que le chef gaulois de la région, Nann, organisait un banquet pour marier sa fille Gyptis. Elle devait tendre une coupe à l'homme de son choix. Elle la tend à Protis, un marin grec arrivé le jour même. Le mariage scelle l'alliance entre Grecs et Gaulois, et la ville naît.
Massalia devient une cité commerçante : vin, huile, poteries, sel. Elle garde son indépendance pendant des siècles, même face à Rome. En 49 av. J.-C., elle choisit le mauvais camp dans la guerre civile entre César et Pompée. César assiège la ville pendant six mois, et Marseille perd sa liberté.
Au programme : 6ᵉ, « Le monde des cités grecques ». Massalia est l'exemple type d'une colonie grecque en Gaule.
Du Moyen Âge au royaume de France, et la peste de 1720
Au Moyen Âge, Marseille vit du port et des croisades : les navires marseillais transportent pèlerins et chevaliers vers la Terre sainte. La ville dépend des comtes de Provence, pas du roi de France.
En 1481, la Provence est rattachée au royaume de France. Marseille garde ses privilèges pendant presque deux siècles, jusqu'à ce que Louis XIV y mette fin en 1660. Il fait construire les forts Saint-Jean et Saint-Nicolas, dont les canons sont tournés vers la ville autant que vers la mer : le roi veut surveiller des habitants réputés rebelles.
En 1720, un navire, le Grand-Saint-Antoine, arrive du Levant avec des tissus contaminés. Les règles de quarantaine sont contournées pour vendre la cargaison plus vite. La peste tue environ 40 000 personnes à Marseille, sur 90 000 habitants, et près de 100 000 en Provence. C'est la dernière grande épidémie de peste en France.
Au programme : 5ᵉ, « La Méditerranée, un espace d'échanges » ; 4ᵉ et 2nde, l'affirmation de l'État royal.
La Révolution et La Marseillaise
L'hymne national n'a pas été écrit à Marseille. Rouget de Lisle le compose à Strasbourg en avril 1792, sous le titre « Chant de guerre pour l'armée du Rhin ».
Mais ce sont des volontaires marseillais, les fédérés, qui le chantent en remontant vers Paris à l'été 1792 pour défendre la Révolution. Les Parisiens l'adoptent et le surnomment « La Marseillaise ». Il devient hymne national en 1795, puis définitivement en 1879.
Marseille est une ville révolutionnaire ardente, au point de se retourner contre Paris : après une révolte contre la Convention en 1793, la ville est punie et rebaptisée « Ville-sans-Nom » en 1794. Le nom revient quelques mois plus tard.
Au programme : 4ᵉ, « La Révolution française et l'Empire ».
XIXᵉ siècle : la porte de l'Empire
Au XIXᵉ siècle, Marseille devient le premier port de France. Deux dates l'expliquent : 1830, la conquête de l'Algérie, et 1869, l'ouverture du canal de Suez, qui met l'Asie à portée de bateau. Le Vieux-Port est trop petit : on creuse les bassins de la Joliette à partir de 1844. Savonneries, huileries, sucreries et chantiers navals emploient des dizaines de milliers d'ouvriers.
La ville se couvre de monuments : Notre-Dame de la Garde, la « Bonne Mère », est consacrée en 1864 ; le palais Longchamp, qui célèbre l'arrivée de l'eau de la Durance, ouvre en 1869.
Marseille est déjà une ville d'immigration. Vers 1900, environ un habitant sur cinq est italien. Puis arrivent les Grecs, les Arméniens fuyant le génocide de 1915, les Corses, les Espagnols. Le port fait de Marseille la porte d'entrée de la France pour tout le sud de la Méditerranée.
Au programme : 4ᵉ, « L'Europe de la révolution industrielle » et « Conquêtes et sociétés coloniales » ; 1ʳᵉ, « L'industrialisation et l'accélération des transformations économiques et sociales ».
1943 : la destruction du Vieux-Port
Pendant l'Occupation, les vieux quartiers au nord du Vieux-Port, avec leurs ruelles étroites, abritent résistants, réfugiés et familles juives. Les Allemands y voient un repaire impossible à contrôler.
Du 22 au 24 janvier 1943, la police française, sur ordre de l'occupant, contrôle des milliers de personnes dans toute la ville. Environ 1 600 sont déportées, dont près de 800 Juifs envoyés au camp de Sobibor. Puis, du 1ᵉʳ au 17 février, l'armée allemande dynamite la rive nord du Vieux-Port : près de 1 500 immeubles sont détruits, 20 000 habitants expulsés. Seuls quelques bâtiments anciens, comme l'hôtel de ville, sont épargnés. C'est pour ça que ce quartier a aujourd'hui des immeubles des années 1950.
Marseille est libérée le 28 août 1944 par l'armée du général de Lattre de Tassigny, avec de nombreux soldats venus d'Afrique du Nord et d'Afrique subsaharienne, dont les goumiers marocains.
Au programme : 3ᵉ, « La France pendant la Seconde Guerre mondiale » ; Terminale, « La Seconde Guerre mondiale ».
Les Trente Glorieuses : la naissance des cités
Après 1945, Marseille grandit vite. Il faut loger les ouvriers du port, les familles qui quittent les taudis du centre, puis, en 1962, plus de 100 000 rapatriés d'Algérie qui débarquent en quelques mois. L'État construit des grands ensembles : des barres et des tours modernes, avec eau courante, salle de bain et chauffage. À l'époque, c'est un vrai progrès pour des familles qui vivaient dans des bidonvilles.
C'est ainsi que naissent les cités des quartiers nord, dans les 13ᵉ, 14ᵉ, 15ᵉ et 16ᵉ arrondissements : La Castellane, Les Flamants, La Busserine, Frais-Vallon, La Savine, Font-Vert. Elles sont construites près des usines et du port, loin du centre. Les travailleurs venus d'Algérie, du Maroc, de Tunisie, puis des Comores et d'Afrique de l'Ouest, s'y installent avec leurs familles.
La même époque voit Le Corbusier construire la Cité radieuse (1952), une barre géante pensée comme un village vertical, aujourd'hui classée au patrimoine mondial de l'UNESCO.
Un détail pour ton exposé : Zinédine Zidane naît en 1972 à La Castellane, et c'est sur le terrain de la cité qu'il apprend à jouer.
Au programme : 3ᵉ géographie, « Les aires urbaines, une nouvelle géographie d'une France mondialisée » ; Terminale, la France des Trente Glorieuses et la décolonisation.
1970-2000 : les fractures
À partir des années 1970, tout se dérègle. La fin de l'empire colonial fait perdre au port une grande partie de son commerce. Les activités industrielles partent vers Fos-sur-Mer, à 50 km, et les savonneries ferment une à une. Marseille perd environ 110 000 habitants entre 1975 et 1999 : les classes moyennes quittent la ville pour les communes voisines.
Les cités, pensées comme des logements de transition, vieillissent sans être rénovées. Le chômage explose, surtout chez les jeunes. Les quartiers nord sont coupés du centre par l'autoroute et les voies ferrées, avec très peu de transports en commun. C'est ce qu'on appelle l'enclavement : être à 20 minutes du centre en voiture, mais à une heure en bus.
Dans ce vide s'installent les trafics. Marseille avait déjà connu, dans les années 1960-1970, la « French Connection », un réseau d'héroïne qui approvisionnait les États-Unis. À partir des années 1990, le trafic de cannabis, puis de cocaïne, s'organise dans certaines cités, avec des règlements de comptes meurtriers qui font régulièrement la une des journaux.
Il faut garder une chose en tête : ces trafics impliquent une petite minorité, mais ils pèsent sur la vie de tous. Les quartiers nord, c'est environ 250 000 habitants, des écoles, des clubs de sport, des associations, des familles qui travaillent. Les réduire aux faits divers, c'est rater l'essentiel.
Au programme : 3ᵉ géographie, « Les aires urbaines » ; Terminale, « Les remises en cause économiques, politiques et sociales des années 1970 » ; EMC, le vivre-ensemble et les discriminations.
Marseille aujourd'hui
Marseille compte environ 870 000 habitants, ce qui en fait la deuxième ville de France. Depuis 1995, le projet Euroméditerranée transforme les anciens docks de la Joliette en quartier d'affaires, avec des tours, un centre commercial et de nouveaux logements. En 2013, Marseille est capitale européenne de la culture : le MuCEM ouvre face au fort Saint-Jean, et la ville se découvre une vocation touristique.
Mais les contrastes restent énormes. En novembre 2018, deux immeubles s'effondrent rue d'Aubagne, en plein centre, tuant huit personnes et révélant l'ampleur de l'habitat indigne. Dans certains arrondissements du nord, le taux de pauvreté dépasse 40 %, contre moins de 10 % dans les quartiers sud. Peu de grandes villes françaises concentrent autant de richesse et de pauvreté à quelques kilomètres de distance.
Et puis il y a ce que tout le monde connaît. L'OM, fondé en 1899, seul club français à avoir gagné la Ligue des champions (1993), et son stade Vélodrome qui fait trembler tout le quartier. Le rap, d'IAM dans les années 1990 à Jul et SCH aujourd'hui, qui a donné à la ville son slogan. Le pastis, la bouillabaisse, les calanques, et cette façon de parler fort qui n'est pas de l'agressivité, juste l'accent.
« C'est Marseille bébé », ce n'est pas qu'une punchline. C'est 2 600 ans de gens venus d'ailleurs qui ont fini par se dire d'ici.
Pour ton exposé
Six dates à retenir
| Date | Événement |
|---|---|
| vers 600 av. J.-C. | Fondation de Massalia par les Grecs de Phocée |
| 1720 | La grande peste, dernière épidémie de peste en France |
| 1792 | Les fédérés marseillais chantent le futur hymne national |
| 1943 | Rafle et destruction du Vieux-Port par l'occupant |
| 1962 | Arrivée des rapatriés d'Algérie, construction des cités |
| 2013 | Marseille capitale européenne de la culture, ouverture du MuCEM |
Trois personnages
- Pythéas (vers 330 av. J.-C.) : navigateur marseillais, premier Grec à atteindre les mers du Nord jusqu'à l'Islande ou la Norvège.
- Le Corbusier (1887-1965) : architecte de la Cité radieuse, modèle des grands ensembles de l'après-guerre.
- Zinédine Zidane (né en 1972) : enfant de La Castellane devenu champion du monde 1998.
Où ça tombe dans le programme
| Niveau | Chapitre | Ce que tu peux utiliser |
|---|---|---|
| 6ᵉ | Le monde des cités grecques | Massalia, colonie grecque |
| 4ᵉ | Révolution française | Les fédérés et La Marseillaise |
| 4ᵉ | Révolution industrielle, colonisation | Le port, Suez, l'Algérie |
| 3ᵉ | Seconde Guerre mondiale | La rafle et la destruction de 1943 |
| 3ᵉ géo | Les aires urbaines | Quartiers nord, enclavement, Euroméditerranée |
| Tle | Trente Glorieuses, années 1970 | Cités, désindustrialisation |
| EMC | Vivre ensemble | Immigration, discriminations, identité |
Pour aller plus loin
Musée d'Histoire de Marseille (gratuit pour les moins de 18 ans), Archives municipales de Marseille, MuCEM, Mémorial de la Marseillaise, et les chiffres de population et de pauvreté sur le site de l'INSEE.